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Un grand G8 !

Il s’est tenu du 8 au 10 juillet à L’Aquila, dans les Abruzzes, chez nos voisins transalpins. Oublié, bien sûr, une fois de fois de plus ! Un G8 ? C’est toujours un rendez-vous « grandes promesses » à la clef… Un temps de grandes communications, d’embrassades… Mais pour les habitants de L’Aquila ? De L’Aquila ravagée par le séisme d’avril de cette même année 2009 ? Notre ami Karim Ouchikh étaient à L’Aquila en juillet 2010… Un an après ? Sombre pressentiment et profond dépit…

Portemont, le 3 octobre 2010

Ce deuil qui frappe les Abruzzes

Les Abruzzes portent toujours le deuil et les Français l’ignorent.

A dire vrai, comment pourrait-il en être autrement considérant que cette région, largement méconnue hors des frontières de l’Italie, n’a guère inspiré de curiosité auprès de nos compatriotes, hormis peut-être au sujet des déprédations perpétrées par sa population de loups sauvages dont certains de ses spécimens se plaisent parfois à s’égarer en France, au cœur du Parc national du Mercantour, ou par l’évocation pittoresque de ses mélodies populaires qui a si bien inspiré Hector Berlioz dans la composition d’une de ses plus belles œuvres symphoniques, « Harold en Italie », née des réminiscences de ses voyages dans cette contrée ?

Et pourtant cette région magnifique, isolée des traditionnels circuits touristiques transalpins, demeure l’un des derniers grands espaces naturels préservés de la vénérable Italie : situées au centre de la péninsule italienne, aux confins des régions du Latium, des Marches et de l’Ombrie, les Abruzzes sont dominées par les sommets de la chaîne des Apennins qui culmine fièrement à 2.914 mètres au « Grand Sasso ».

La beauté sauvage de ses paysages et l’harmonie immuable de son art de vivre doivent beaucoup, par un singulier paradoxe, à l’enclavement géographique de son territoire.

C’est peu dire que L’Aquila fut la fierté d’une région âpre dont le dénuement séculaire avait contraint la capitale des Abruzzes, par nécessité économique autant que par choix politique, à mettre intelligemment en valeur son important patrimoine historique, en prenant soin ainsi de ne pas tomber dans les travers du tourisme de masse, non plus qu’à miser sur l’essor fécond d’une remarquable université dont la renommée était célébrée bien au-delà de ses frontières.

*

Cet âge n’est plus depuis que L’Aquila a été en grande partie détruite, le 9 avril 2009, par un tremblement de terre de forte intensité dont les terribles secousses ont causé la mort de 308 de ses habitants.

Trois ans après un premier séjour dans les Abruzzes qui m’avait laissé entrevoir les richesses admirables de cette région, j’ai souhaité y revenir non sans y revoir sa capitale : je la redécouvre avec un effroi qui me saisit aussitôt. Au soir du 3 août 2010, je ne reconnais plus le visage d’autrefois de la douce L’Aquila dont, naguère, les traits si attachants m’avaient séduit d’emblée.

Du premier coup d’œil, je me rends à l’évidence : la ruine et la désolation règnent partout dans la capitale des Abruzzes. Arpentant son centre ville, je contemple, abasourdi, l’ampleur des saccages qui l’ont mutilé de toute part. Les rues bordées d’édifices de style baroque que croisaient jadis de belles artères animées, désormais toutes pareillement dévastées, ne sont plus qu’un lointain souvenir. Les immeubles qui, ici ou là, ne se sont pas immédiatement effondrés demeurent éventrés par d’innombrables lézardes qui en minent définitivement la solidité. Des bâtiments publics aux appartements privés, des riches demeures aux modestes habitations de cette ville hier prospère, tous ces lieux laissent deviner, fenêtres béantes, l’intimité de leurs tristes intérieurs, pareillement frappés par l’effroyable désolation venue des profondeurs de la Terre.

Les fureurs telluriques n’ont rien épargné du riche patrimoine historique de cette cité née, selon la tradition, en 1240, de l’union de 99 villages avoisinants.

Parmi mille autres splendeurs architecturales, l’église « Santa Maria di Paganica » et sa belle façade du XIVe siècle, l’église « Santa Maria di Collemagio » qui abrite le tombeau Renaissance où repose le Pape Célestin V et la basilique San Bernardino au superbe plafond baroque, autant d’édifices dont je me suis tant épris, sont désormais partiellement anéantis ou gravement endommagés au point que ces frêles rescapés des siècles passés ne dévoilent plus à présent que le pâle reflet de leur éclat d’antan.

Santa Maria di Paganica

Au fil de mon errance, je mesure à chaque instant les contrecoups humains produits par ce chaos dévastateur. La ville est partout jonchée de tonnes de gravats et non moins encombrée d’innombrables immeubles qui menacent de s’abattre à tout moment, de sorte que cette cité est devenue à présent inhabitable, au point que les 120.000 habitants qui demeuraient jadis à L’Aquila et dans ses environs immédiats ont été tous contraints, bien malgré eux, d’en déserter les parages au lendemain de la catastrophe sismique.

Accrochés aux grillages qui interdisent l’accès des bâtiments, d’émouvants dessins d’enfants sont déposés à proximité de trousseaux de clés, tels de précieux ex-votos qui seraient exposés en offrande par une population accablée par l’adversité, en souvenir d’épreuves que l’on voudrait à présent exorciser.

Quoique étant à présent totalement vidée de ses occupants, la capitale des Abruzzes paraît encore en proie à un tourment indéfinissable comme assiégée par un génie maléfique qui, jailli d’outre-tombe, viendrait inlassablement la malmener. Le silence sépulcral qui règne désormais partout dans ce macabre « no man’s land » n’est troublé ici ou là que par la présence inquiétante de chiens errants et par les rares allers et venues des patrouilles militaires chargées d’appliquer, avec l’appui de quelques unités de police, un ordre dérisoire à l’égard d’hypothétiques rôdeurs. Dans ce nouveau « Désert des Tartares », quelquesrestaurants, aussi rares qu’incongrus, s’obstinent à rester ouverts en guettant vainement le client qui tarde à se manifester. La réalisation sur place d’une production cinématographique hollywoodienne n’aurait sans doute pas davantage restitué l’atmosphère de fin du monde et le climat d’épouvante qui étreignent irrésistiblement le visiteur à chacun de ses pas. Ainsi plongée dans un univers sans âmes, L’Aquila s’est éteinte dans les affres d’un trépas déchirant.

*

Comme beaucoup, j’espérai avec confiance que l’engagement solennel, pris par les plus hautes autorités de l’Etat italien au lendemain du violent séisme, de reconstruire entièrement la capitale des Abruzzes dans le délai annoncé de cinq ans, serait fidèlement observé. Bien qu’elle ait été érigée au rang de priorité nationale, cette promesse peine manifestement à se concrétiser chaque jour dans les faits.

Alerté, plusieurs semaines auparavant, par les rares reportages de presse réalisés à L’Aquila à l’occasion de la première commémoration de ce tremblement de terre, j’étais instruit, non sans désillusion, de l’immense lassitude de sa population qui ne cesse d’exprimer, avec pudeur mais avec une force toujours croissante, son impatience et sa frustration devant la lenteur des travaux de reconstruction qui la condamne à vivre, depuis plus d’un an, dans des conditions de dénuement matériel indignes. Comme frappés par une infortune qui n’en finit pas, ils sont près de 50.000 personnes, sur les 75.000 habitants que comptait la population de L’Aquila, à souffrir aujourd’hui encore d’une situation de précarité qui les réduits pareillement, dans l’attente d’être réintégrés un jour dans leurs habitations d’origines, à se loger provisoirement sous des tentes, dans des hôtels ou des casernes ou bien à occuper à grands frais des habitats précaires dans des cités dortoirs construits à la hâte, en périphérie lointaine de L’Aquila, sur des sites dépourvus de surcroît de toutes infrastructures urbaines.

Depuis lors, cinq mille de ces malheureux sont venus, le 7 juillet 2010, manifester à Rome leur désespoir et leur découragement, sous les fenêtres du Président du Conseil des ministres, Silvio Berlusconi. En vain, jusqu’à présent. A mes yeux, la colère des sinistrés de L’Aquila est donc aujourd’hui tout sauf illégitime.

Et de fait, la présence des entreprises de travaux publics missionnées pour relever le défi de la reconstruction du centre historique de L’Aquila, s’avère des plus discrètes. Nulle noria de camions circulant dans les rues de la ville meurtrie, nulle forêt de grues qui en barrerait l’horizon, ne viennent attester de la conduite vigoureuse d’un chantier de reconstruction, aujourd’hui manifestement en panne. Les quelques équipes d’ouvriers visibles sur les lieux s’affairent sans entrain particulier, davantage préoccupés à consolider péniblement les édifices institutionnels qu’à reconstruire avec énergie les habitations de la population de L’Aquila dont la remise en état est pourtant jugée par tous prioritaire. Que penser dès lors à la célérité qui sera apportée, le moment venu, à la reconstruction du considérable patrimoine artistique et religieux de cette ville ?

Au train de sénateur où vont les choses, la capitale des Abruzzes ne sera reconstruite en son entier vraisemblablement pas avant vingt ans au mieux, soit deux décennies durant lesquelles le sort économique de L’Aquila et le relogement définitif de sa population, dans son environnement d’origine, n’auront sans doute pas été entièrement réglés.

*

Sur un plan opérationnel, l’incapacité de la puissance publique à redresser puissamment une situation plus que jamais catastrophique, se ressent partout.

Au lendemain du séisme meurtrier, tout portait à croire pourtant que la détermination des pouvoirs publics italiens à reconstruire rapidement L’Aquila, serait sans faille.

Silvio Berlusconi n‘y avait-il pas déplacé, non sans clairvoyance, le 35ème sommet du G8 qui devait se tenir initialement en Sardaigne du 8 au 10 juillet 2009, dans l’espoir de sensibiliser les opinions publiques des grandes puissances mondiales aux malheurs d’une région qui souffre sévèrement de la baisse brutale de 70 % des revenus liés à sa fréquentation touristique ? Le gouvernement italien n’avait-il pas également bénéficié de l’appui financier conséquent de l’Union européenne qui lui avait accordé, pour le soutenir dans son entreprise de reconstruction, la somme de 493,7 millions d’euros au titre du Fond de Solidarité ?

Toutes ces initiatives étaient certes plus que louables mais restaient à coup sûr notoirement insuffisantes pour un pays confronté à l’ampleur colossale des réparations à financer, estimées à un coût de 10,2 milliards d’euros.

Cette situation inédite exigeait de l’Italie qu’elle fasse preuve assurément d’un courage politique et d’un volontarisme institutionnel exemplaires qui soient à la mesure du défi historique à relever : fort logiquement, il lui appartenait donc de pourvoir sans le moindre atermoiement à l’intégralité de cette dépense vertigineuse, en ne négligeant pas de ce fait l’apport salutaire de concours financiers extérieurs.

Or, en refusant en pratique de supporter en toute hâte cet effort budgétaire qui s’annonçait sans précédent mais aussi en ne facilitant guère les manifestations de solidarité et de générosité, notamment à vocation culturelle, qui se sont exprimées en provenance de nombre de pays étrangers, l’Etat italien n’a pas été, tant s’en faut, à la hauteur du drame qui frappe toujours cruellement une partie de sa population et de son territoire.

*

Quelque soit l’affection infinie que je porte intensément à l’égard de l’Italie, à sa noblesse comme à ses vertus, il me faut bien dresser, avec amertume, ce douloureux constat qui ne présume en rien d’un possible et salutaire revirement de sa politique en la matière : se dérobant dans l’immédiat non moins qu’au poids de ses obligations régaliennes, ce grand pays semble pour le moment avoir de facto abandonné L’Aquila et ses réfugiés à leurs sorts funestes, autant sans doute par esprit de routine et de fatalisme qu’en raison de l’impuissance d’un Etat qui demeure, sur cette question comme sur beaucoup d’autres, incapable d’exercer, avec constance et opiniâtreté, les prérogatives élémentaires d’une puissance publique digne d’une nation responsable.

L’église de San Pio delle Camere

D’où ce sombre pressentiment qui ne dissimule guère mon profond dépit et m’inspire une égale tristesse : victime d’une si grande incurie que chacun peine à en entrevoir l’issue, la région des Abruzzes n’est pas prête d’échapper aux ténèbres de son deuil persistant.

Karim Ouchikh, le 6 août 2010


SÉISME PROVINCE D'AQUILA (Italie)
du lundi 06 avril 2009

Visitez
http://www.azurseisme.com/SeismeAbruzzes09.html

Bonne nouvelle…

La France a adopté, pour la restauration et la reconstruction, La Chiesa del Suffragio e delle Anime Sante, en plein centre de L’Aquila


Le G8 à L’Aquila ?

 

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