Mardi 25 Juillet 2017
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Reprenons le cours de l’histoire…

De l’Allemagne. Un cours dispensé par un jeune officier en « exil » au Maroc. Un officier, qui en attendant de rerendre les airs s’improvisait alors « professeur ». Et quel professeur : notre « Maître d’Ecole », Pierre Marie Gallois ! Dans la « conclusion » de son précédent cours, il nous invitait à mesurer l’étendue du désastre… Plus que jamais d’actualité pour comprendre nos temps difficiles avec l’Allemagne…

Portemont, le 16 août 2010

Petit rappel…

« Lorsque Louis XV et Choiseul eurent compris qu'il fallait abandonner les vieux préjugés, dont les philosophes se faisaient les champions, et qu'il convenait d'opposer à la Prusse grandissante, l'allié
autrichien, ce fut un tollé général.
Plus tard, jusqu'à la révolution, après elle, même la France ne comprendra plus son rôle et foncera tête baissée sur cette Autriche déjà pantelante.
Notre révolution, les guerres de l'Empire, nous les fîmes au profit de l'Allemagne. Lorsque les restes du traité de Westphalie eurent été piétinés par nous-mêmes, la fureur teutonne ne connut plus d'obstacle. Le travail de plusieurs siècles était gâché.
Le plus grave est que les hommes d'État de la IIIe République, la IIIe et dernière, reprirent la tradition de nos philosophes et c'est en définitive l'Autriche qui devait payer à Versailles.
Nous pouvons maintenant mesurer l'étendue du désastre. »


Lire ou relire : http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article31476.php

 

Suite du deuxième exposé…

« Lorsque la nouvelle de la prise de la Bastille parvint à Koenigsberg, Kant en dérangea sa promenade. La Révolution française éclatait alors que l'Allemagne était plongée dans son anarchie séculaire et que ses penseurs méditaient. Elle fut bien accueillie.

La Prusse y vit un facteur d'abaissement d'un voisin trop puissant, les écrivains et la masse, l'avènement de temps nouveaux. Ce climat favorable dura peu. Les princes ne tardent pas à trouver que les Français sont toujours envahissants. Goethe déçu par les excès de la terreur se tourne vers les études d'optique, Kant revient à ses nuées et publie en 179I un traité sur la paix perpétuelle. Schiller rêve à la beauté.

Ludwig Achim von Arnim

Mais le mouvement romantique allemand, en exhumant un passé germanique y cherche un nouvel idéal de grandeur. Réhabilitant le moyen âge il étalera la puissance passée de l'Empire.
Arnim se fait le laudateur de l'Empire, Tieck exaltera le talent de Durer. Le voici le retour sur elle-même que les classiques demandaient pour l'Allemagne.

Ludwig Tieck

« L'Allemand, dit Novalis a été trop longtemps Jean le niais, mais il va devenir Jean le fort. Il en sera de lui comme de beaucoup d'enfants lourdauds, il vivra et agira quand ses frères et sœurs auront depuis longtemps disparus... et il sera le seul maître de la maison ».

Novalis (Friedrich Leopold, baron von Hardenberg)

Schiller même, délaisse l'esthétique et son action rénovatrice pour chanter la grandeur allemande: «Elle a été élue par l'esprit du monde pour travailler à l'œuvre intemporelle de la culture humaine, pour garder et faire fructifier 1'apport des siècles et des peuples... La journée allemande sera la moisson de tous les siècles écoulés. La grandeur morale est indépendante de la destinée politique. » (1)

Johann Christoph Friedrich von Schiller

Heureusement pour 1'outre-Rhin car la catastrophe d’Iéna aurait pu détruire à jamais cette confiance naissante que l'Allemagne avait en elle-même.

La défaite eut d'importantes conséquences. Elle montra aux Allemands, que pour conserver leur existence il fallait s'unir, et que cette union devait se faire par la Prusse, seul réduit où brillait encore la flamme patriotique. L’Allemagne de l'ouest, celle du sud plus francisée que jamais, par alliance ou par conquête, rivalisaient de bassesses àl'égard du vainqueur.

Le théoricien du relèvement fut Fichte, professeur à l'Université d' Iéna, puis à celle de Berlin. I1y prononça, alors, même que les Français  occupaient la ville, ses fameux discours à la nation allemande sur la grandeur de la mission germanique.

Johann Gottlieb Fichte

Fichte pose en principe que le peuple allemand,  par son passé comme par la valeur de sa race, est le peuple élu par excellence. Les désastres qui viennent de jeter à bas l’Allemagne sont dus à la folie des princes et à la pratique d'une morale égoïste. Une Allemagne nouvelle peut sortir du chaos, si une morale du désintéressement lui est substituée. L'avenir allemand est entre les mains de sa jeunesse; celle-ci possède les qualités nécessaires à condition qu'elle soit bien conduite et que son éducation soit entreprise sur de nouvelles bases.

Le thème est toujours, repris il y a vingt ans il a donné les mêmes résultats que ceux atteints en 1813... il les a même largement dépassés.

A l'époque la langue allemande était le seul ciment des Germains et Fichte en exalte l'excellence.

Le baron Stein, Arndt aidés de Scharnost et de Gneisenau passeront à  l'application du programme et Leipzig sera le couronnement de leurs efforts.

Ernst Moritz Arndt

Dans son livre, « l'Esprit des temps », Arndt adjure les princes allemands de se regrouper derrière la Prusse pour chasser l'envahisseur. Il donne un fondement rationnel à son appel en reprenant le rêve allemand.

« L'Allemagne doit être forte, son domaine doit s'étendre aux petites nations qui ne peuvent mettre 500 000 hommes sous les armes, car elles n'ont pas le droit à l'existence... Hollande, Suisse, les deux rives du Rhin sont pays allemands. Ne remettez pas l'épée au fourreau, s'écria-t-il, avant d'avoir ramené à l'Empire allemand, la Lorraine et l'Alsace, le Luxembourg et les Flandres... Quelle est la patrie de l'Allemand? Partout où retentit la langue allemande ».

Ainsi Arndt justifie l'union à l'Empire, des terres étrangères en prenant la linguistique pour base. C'est le premier motif de revendication, nous aurons ensuite les nationalités, puis l'espace vital. Nous en sommes maintenant à l'encerclement et au coup de couteau dans le dos.

«Et les littérateurs, les poètes, les journalistes viennent en aide aux philosophes: Koerner, Ruckert, Schenkendorff multiplient les exhortations: l'Allemagne doit vaincre parce que sa morale est supérieure; le Rhin doit être fleuve et non frontière d'Allemagne. A l'intérieur de ses frontières linguistiques marquées par Dunkerque, Lille, Luxembourg, Metz, les Vosges, l'Allemagne doit réaliser son unité, la Prusse doit prendre la direction des affaires d'Allemagne, c'est à elle que revient le droit et le devoir de défendre l'Allemagne, car elle en est le cœur et la tête comme elle en a été le bras ». (2)

Nous devons peut-être à Alexandre de Russie et à l'Autriche d'avoir modéré cette explosion de germanisme, de pangermanisme même. Les traités de Vienne furent pour les Allemands une dure déception.

Toute la politique du XIXe siècle restera marquée par cet échec.

Bismarck

Peuple insatisfait comme l'Italie après 1919, il lui faudra attendre Bismarck pour réaliser une partie de son rêve, et Hitler pour l'achever. I1 semble d'ailleurs que le rêve allemand soit maintenant en retard sur la réalité.

Ses ambitions déçues, l'Allemagne est restée, après la Révolution française, un pays morcelé. Elle présente aux Français unis et centralisés par la rude poigne impériale, le spectacle d'un Etat monstrueux, avec ses barrières douanières, son particularisme politique, sa paysannerie et son industrie arriérées, ses routes défoncées.

« L'Allemagne n'existe pas ! Observez l'extraordinaire morcellement du territoire, divisé en de multiples principautés, évêchés et villes libres (détail d'une carte de 1789 tirée du "Westermanns Großer Atlas zur Weltgeshichte". Braunschweig 1969) »

Et pourtant Napoléon avait travaillé, en définitive, pour elle. Sa mosaïque devenait intelligible, les diplomates, maintenant, connaissaient ses 31 royaumes ou principautés, les cartographes étaient à l'aise avec leur jeu de couleurs, comme ils le sont de nos jours avec les 48 Etats de l'Amérique du nord.

Le sentiment allemand est lui aussi resté complexe. L'Allemagne du sud est toujours sous l'influence française, et l'épopée révolutionnaire et impériale y inspirera les mouvements libéraux qui secoueront l'Allemagne en 1830 et 1848. Au milieu du XIXe siècle nous sommes encore avec les Germains du sud et de l'ouest en résonance, comme nous ne l'avons jamais été, et pourtant le jour est proche où Bismarck, prenant dans son poing les fils épars de la trame germanique, tissera à grands coups, une destinée allemande grandiose mais opposée à la nôtre.

Trois facteurs, au cours de ce dernier siècle, rendent son œuvre possible: Le Zollverein, l' échec du Parlement de Francfort, les fautes de la politique française.

Le Zollverein est l'œuvre de la Prusse. C'est encore elle qui, patiemment, en l6 années d'efforts continus, parviendra à réaliser une unité économique en abattant, une à une les barrières douanières
des 30 territoires.

Le résultat est prodigieux. L'Allemagne regagne rapidement le retard qu'elle avait sur la France et sur l'Angleterre. De pays agraire, vivant chichement sur son sol, elle passe brusquement sur le plan international par son industrie. L'agriculture n'est pas sacrifiée et, grâce à des agronomes comme Thaer et Liebig la grande culture se développe avec une incroyable rapidité. Jusqu'en 1875 I'Allemagne vivra largement sur son sol.

La prospérité commerciale, corollaire obligé d'une industrie et d'une agriculture florissantes, suivra immédiatement. Un des plus curieux phénomènes allemands est de voir ce pays se passionner pour les questions économiques qu'il avait délaissées depuis la Hanse. A un tel point d'ailleurs, qu'il mettra au second plan les questions politiques.
L'Allemagne du XIXe siècle suit un chemin inverse de celui que lui tracera Hitler, de nos jours, lorsqu'il s'élèvera contre la prédominance des soucis économiques sur les affaires sociales ou politiques.

La bourgeoisie allemande, écartée des administrations et des Parlements par les monarques soucieux de leur autorité, se tournera vers l'économique et s'identifiera au mouvement matérialiste allemand sorte de « Realpolitik » économique.
Avec l'union douanière les encouragements sont substantiels:
- En 1850: 200 000 tonnes de fer; en 1860: 1 400 000
-En 1840: 470 km de rails; en 1860: 110 00

Ils servent de base aux théoriciens allemands qui reprennent le vieux rêve germanique et lui donnent un fondement économique.

« Prophète » de l'Allemagne future, après avoir étudié la jeune société américaine, Frédéric List définit comme suit les buts économiques de l'expansion allemande:

« une seule race, dit-il a les qualités voulues pour faire grande figure économique, c'est-à-dire la fécondité, la capacité industrielle, le don de l'ordre, de la discipline et de l'association. Entre la race française, en qui Napoléon a tué toutes les autres vertus que les vertus militaires et la race russe, redoutable mais incapable d'organisation, c'est la race germanique.

C'est donc à elle que doit revenir l'hégémonie économique que détient indûment l'Angleterre. Pour cela, elle n'a, après avoir développé chez elle, parallèlement, la grande industrie et la grande  agriculture, qu'à constituer à son profit, par la persuasion ou par la force, un système continental, une vaste fédération douanière de l'Europe contre l'Angleterre. Elle y fera entrer les petits Etats, la Belgique, la Suisse, la Hollande, qui au reste, appartiennent à l'Allemagne tout aussi bien que la Bretagne et la Normandie appartiennent à la France.

La France même, pourra participer aux bienfaits de l'entreprise si elle consent à déposer ses ambitions militaires. Par l' Autriche, agent naturel du germanisme en orient et boulevard de l'Europe contre le slavisme, on s'assurera les routes de la mer Rouge et du golfe persique, et peu à peu, la paix germanique s'étendra à  l'Asie entière placée sous la tutelle européenne, c'est-à-dire sous l'hégémonie allemande.

La Hollande sera reliée au golfe persique par une voie commerciale qui sera la grande voie d'échange entre l'Europe et l'Asie. Il n'y a pas, d'ailleurs, que l'Asie, il y a aussi l'Amérique qui s'annonce comme une grande puissance économique. Vers elle aussi, l'effort allemand doit s'orienter et, qui sait, se demande List, si malgré la distance, il ne sera pas possible à l'Allemagne grâce à l'émigration, et au besoin par la force armée soutenue par une puissante marine de guerre, d'imposer un jour au grand État transocéanique son joug industriel, commercial et économique? Mais ce n'est pas tout. Pourquoi les puissances-germaniques seraient-elles les seules à ne pas avoir de colonies. Pourquoi la Nouvelle Zélande par exemple, ne serait-elle pas donnée à la colonisation allemande? Et pourquoi la Prusse n'aurait-elle pas son morceau d'Australie? Est-ce parce que l'Angleterre les occupe? Mais est-il raisonnable, dit List, de reconnaître la propriété de toute une partie de l'univers à celui qui, n'importe où, fiche en terre, le premier, une hampe de bois avec un chiffon de soie au bout? Seule une occupation rendue effective par la colonisation peut, logiquement, donner droit à la propriété exclusive ». (3)

Un tel programme, exposé avec tant de cynisme eut soulevé en France un tollé d'indignation. Heurtant le sens de la mesure de ses compatriotes un List français eut été considéré comme un de ces êtres à part, rêveur, dangereux qu'il convient d'assagir ou de neutraliser par un séjour à la Santé.

En Allemagne, List fut, et est resté un grand homme. Son système d'économie politique était le livre de chevet de Bismarck (4) qui voit d'ailleurs dans la « Weltpolitik » la mise en application de ses théories.
Le chemin de fer de Hollande au golfe Persique n'est-ce pas le fameux triple B: le Berlin- Byzance - Bagdad de Guillaume II? La vaste confédération économique européenne opposée à l'Angleterre, n'est-ce pas l'œuvre actuelle du docteur Funk ministre du Führer ?

Ainsi ce programme, tracé avant 1880, les chefs politiques allemands vont s'efforcer de le réaliser.

C'est même cette ambitieuse tentative qui donnera à l'organisation politique allemande son caractère autoritaire et social.
Dès que l'unité territoriale sera réalisée, dès même 1866, lorsque la Prusse aura écartée l'Autriche de son chemin, l'État conduisant les peuples germaniques à l'assaut du vieux monde, leur imposera sa tutelle.

Victoire de Sadowa sur les Autrichiens et les Saxons…

Pierre Marie Gallois - 1942 -

A suivre…

(1) Loiseau (op.cit)
(2) Loiseau (op. cit)
(3) Loiseau (op. Cit)
(4) Loiseau (op. Cit)


Principaux continuums linguistiques d'Europe. Chaque couleur représente un continuum. Les flèches indiquent les directions de continuité.

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