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Royale nature !

Une « Liaison heureuse »…
« Je voudrais encore une monarchie pour maintenir l'égalité entre les personnes, je voudrais une monarchie pour me garantir contre les grands citoyens; je la voudrais pour n'avoir pas à me décider un jour, et très prochainement peut-être, entre César et Pompée. Je 1a voudrais pour qu'il y ait quelque chose au-dessus des grandes fortunes… » Cette belle envolée, c’est tout notre ami et frère d’armes Bernard Lhôte ! Sauf qu’elle n’est pas de lui. Bernard nous brandit les grandes déclarations de Choderlos de Laclos qui fut un familier du club des Jacobins…

Portemont, le 30 juin 2010

« Je veux une monarchie pour maintenir l'égalité entre les différents départements, pour que la souveraineté nationale ne se divise pas en souveraineté partielle, pour que le plus bel empire d'Europe ne consomme pas ses ressources et n'épuise pas ses forces dans des discussions intéressées, nées de prétentions mesquines et locales. Je veux aussi et principalement une monarchie pour que le département de Paris ne devienne pas, à l'égard des autres départements ce qu’était l'ancienne Rome à l'égard de l'empire romain...Je voudrais encore une monarchie pour maintenir l'égalité entre les personnes, je voudrais une monarchie pour me garantir contre les grands citoyens; je la voudrais pour n'avoir pas à me décider un jour, et très prochainement peut-être, entre César et Pompée. Je la voudrais pour qu'il y ait quelque chose au-dessus des grandes fortunes, quelque chose au-dessus des grands talents, quelque chose au-dessus de la réunion de tous ces avantages, et ce quelque chose, je veux que ce soit une institution constitutionnelle une véritable magistrature, l'ouvrage de la loi créé et circonscrit par elle; et non le produit ou de vertus dangereuses ou de crimes heureux, et non l'effet de l'enthousiasme ou de la crainte.
Je ne veux pas d'une monarchie sans monarque ni d'une régence sans régent.
Je veux la monarchie héréditaire ! »

Ces arguments sont familiers à des générations de royalistes. Certains lecteurs se diront qu'il est superflu d'y revenir, d'autres qu'il est bon de les rappeler. Quand on saura qu'ils furent prononcés par Choderlos de Laclos au club des Jacobins à Paris, peu de temps après l'échec de l'évasion de Louis XVI, arrêté à Varennes, humilié, pratiquement déchu, on les considérera avec le respect que mérite le courage et l'attention que mérite le talent.

Retour de la famille Royale à Paris le 25 juin 1791 - gravure populaire

Car du courage, il en fallait un, extraordinaire, pour oser cet éloge de la monarchie, de la monarchie héréditaire, devant un public de révolutionnaires en ébullition à la suite de la tentative du roi de leur «  échapper ».

Il fallait un culot monstre, une lucidité hors du commun pour afficher alors une liaison indéfectible et judicieuse avec la monarchie française en péril. C'était mettre, soi-même, sa propre vie en danger.

Quel culot, quelle lucidité de se référer à l'égalité, devant des gens qui l'érigeait en valeur suprême, afin de plaider la cause monarchique !
A priori héritage et égalité ne font pas bon ménage « Naître nanti de droits à des biens et à des positions sociales avantageuses défie la profession de foi selon laquelle les hommes naissent libres et égaux en droit ».

Les révolutionnaires considéraient la monarchie comme un enfer d'inégalités qu'ils avaient l’intention d'éradiquer, à grand renfort de colonnes infernales, si nécessaire.

Les républicains contemporains sont moins radicaux, moins sévères, obligés qu'ils sont de reconnaître les actuelles inégalités de fait, trop nombreuses, trop énormes pour ne pas, par comparaison, relativiser les privilèges de l'Ancien Régime.

Néanmoins celui-ci reste synonyme d'inégalités abusives. Tentez cette expérience. Lorsqu'un interlocuteur vous demande: Pourquoi êtes-vous royaliste? Répondez: Parce que la royauté dynastique assure une véritable égalité! Vous verrez votre questionneur écarquiller les yeux d'étonnement, n’en pas croire ses oreilles, hausser les épaules et vous rigoler au nez pourtant, c’est exact. L'auteur des « Liaisons dangereuses » a raison de relier égalité-monarchie-hérédité. C'est que le système de transmission dynastique de la Souveraineté met tout le monde sur un pied d'égalité. Une égalité non pas théorique, mais vécue, perceptible. Tout le monde, à l’exception du monarque, bien entendu, puisque cette exception, par la grâce de son unicité et de son éminence, est la condition d'une égalisation morale commune
Même les richissimes qui peuvent tout s'offrir (y compris en république la présidence, ou... le président) ne peuvent s'offrir la Couronne. Les puissants n’ont, à cet égard, pas davantage de pouvoir que les citoyens les plus démunis. En monarchie héréditaire les hommes naissent égaux devant le roi.
C’est pourquoi les puissants et fortunés préfèrent la démocratie, complice commode de la ploutocratie. Les citoyens du club des Jacobins comprirent parfaitement le propos de Laclos. Ils en conclurent que leur intérêt était d se débarrasser du monarque obstacle à leur complète mainmise sur la Souveraineté. Férus d'Egalité ils aspiraient -c'est humain- à être supérieurement égaux.

L’expression « grands citoyens », cocasse, révèle l'existence, sans l’avouer ainsi, de « petits citoyens ». Une multitude privée de vote et d'éligibilité.
La société dite d'Ancien Régime avait, elle, la franchise et la prudence de ne pas se prétendre égalitaire. Psychologiquement sans doute est-ce moins frustrant.
A notre époque les monarchies ne bénéficient que d'une prééminence symbolique. Ce n’est pas rien, mais il est regrettable qu'elles ne soient plus à même de plier les Fouquet modernes à la modestie, à la modération. C'est de l'absolutisme! protestera-t-on. Tout doux...  « Monarchie absolue signifie d'abord monarchie indépendante, absolument libre de toutes influences partisanes. AB-SOLUTA = qu’on ne peut dissoudre dans la mer agitée des intérêts particuliers » m'écrit récemment un ami. La monarchie absolue n'est absolument pas dotée de pouvoirs illimités. Elle est ce quelque chose au-dessus! cher à Laclos, qui limite au contraire les prédominances indues de particuliers ou de collectivités.
Ainsi de l’usurpation parisienne. Paris commença par retenir en quasi captivité Louis XVI.

D'où l'obligation légitime de s'évader. Parler d'une fuite du roi est impropre. Il ne fuit pas, il s'évade. Il tente de retrouver la liberté. C'est bien le moins alors qu'on en exalte le principe!

Paris s’arrogeait en somme le privilège outrecuidant de détenir le souverain, bien historique appartenant à toute la France. De là à s'arroger la souveraineté nationale, il n'y eut qu'un pas. La capitale se substitua au capétien.

Auparavant la souveraineté résidait là où résidait le souverain. Le trône roulait carrosse. Insuffisamment certes, depuis un penchant à l'encrottement de la Cour à Versailles.

Malgré cela Versailles empêchait l'espèce de dictature parisienne qui s'exerçait pendant  la Révolution et depuis, au détriment des départements, comme le redoutait le courageux orateur.

Il redoutait également une tyrannie qu'il devinait prochaine et sans commune mesure avec l'absolutisme précédent.

Il ne se trompait pas.

Camille Desmoulins

Deux ans après, Camille Desmoulins, l'un des artisans de cette tyrannie terrifiante, la dénonçait dans son journal, « le Vieux Cordelier »: « Représentant du peuple, oserais-tu parler aujourd'hui au premier commis de la guerre aussi courageusement que tu le faisais, il y a quatre ans, à Saint-Priest, à Mirabeau, à Lafayette, à Capet lui-même? Nous n'avons jamais été si esclaves que depuis que nous sommes républicains, si rampants que depuis que nous avons le chapeau sur la tête ! ».

Ca déplut à son ami Robespierre, qui lui enleva son chapeau en lui faisant couper la tête.
On dira que c'est de la vieille histoire, que la République est enfin instaurée...Au prix du renoncement à deux de ses principes, l'Egalité, la Fraternité. Quant à la Liberté, elle étouffe sous l'avalanche de réglementations, de lois, d’interdictions. Nous n'avons jamais été aussi assujettis que depuis que nous sommes citoyens.

Bernard Lhôte

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