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De «  L’asticot national brut »…

Imaginez notre frère d’armes, Bernard Lhôte… La couenne durcie à bon escient sous les « Bons Pères », les interrogations d’un jeune preux sous l’occupation, la mort du père ; l’amour de la France chevillée au corps et au cœur, ce goût bouillonnant de la grande aventure qui le conduit à servir, débordant d’appétits… L’Indo sous le règne du « Roi Jean »… Le retour aussi, vers la mère patrie… Après deux ans au loin : quels changements ! Découverte d’une « économie nouvelle »…


Portemont, le 25 juin 2010

L'asticot national brut

A mon retour en France, après plus de deux ans au loin, je constatai un changement important. La traction animale était en voie de disparition complète.

La mécanisation des activités agricoles se répandait partout à vive allure.

Le phénomène n'était pas tout à fait nouveau. Un roman prémonitoire du début du XX ème sièc1e, "La Terre qui meurt", de René Bazin, traitait des effets {de cette mécanisation sur 1e paysannat et les terres.

Il traitait aussi, déjà, de 1a mondialisation du marché des produits alimentaires, céréales et viandes en provenance d'Australie, des Etats-Unis, d'Argentine, de Russie. Oui, en 1901, 1a mondialisation, une concurrence internationale considérable, déjà!

Cependant les petites exploitations familiales demeuraient encore nombreuses et vivantes en 1939, Durant l'Occupation elles sauvèrent les français de la famine.

Leur multiplicité, leur dispersion, 1a polyculture pratiquée, les mettaient en partie à 1'abri des réquisitions de l'ennemi. De nos jours, dans une situation similaire, on n'ose imaginer ce qu'i1 adviendrait du ravitaillement de la population...

En très peu de temps donc, dans les années 50, 1es tracteurs avaient remplacé les animaux de trait.

Mon vieil ami, l'Oracle, n'ayant plus de cheval, n'avait plus de fumier, n'ayant plus de fumier il ne pouvait plus me fournir en vers rouges et frétillants dont perches et goujons sont friands.

Mais rien n'arrête ni le pêcheur ni 1e progrès. Celui-ci mit à la disposition de celui-la des esches, vermisseaux et asticots, produits par des élevages industrialisés, distribués par 1es « supermarchés ».

D'accord, les acheter en boîtes conditionnées est plus propre que de fouiller la crotte. Plus propre, mais plus coûteux. Le pêcheur n'a jamais été aussi gâté de toutes sortes d'articles ingénieux et de commodités que depuis -c'est un inconvénient tout de même- que le poisson se raréfie et/ou devient impropre à la consommation. Ça laisse sur les eaux  mortes un surcroît de loisir pour méditer aux rapports difficiles qu'entretiennent évolution et plaisir.

Toutefois, quelle consolation de penser que, désormais, un passe-temps autrefois déplorablement gratuit, ou presque, concourt à 1'Economie nationale et à la Croissance!

Aux époques où les vers rouges se ramassaient à la pelle (à la fourche plus exactement) aucune administration n'en tenait compte. Quel archaïsme, quelle misère d'un autre temps! Heureusement révolu. Les appâts vendus, achetés, et dépensés en vain, dûment inventoriés, répertoriés, ajoutent enfin leur modeste contribution au P.N.B.

Somme toute, se dit alors 1e pêcheur, en l'occurrence cette fameuse croissance consiste en un passage de la gratuité à la comptabilité. Et comme être bredouille rend subversif, il ajoute: à une comptabilité fausse par dessus le  marché!

Car, en effet, si l introduction de l'asticot dans le circuit économique officiel est comptabilisé « en plus », la raréfaction du poisson (et sa toxicité) n'apparaît nulle part « en moins » au bilan.

Sous l'effet de cette révélation, le pêcheur s'inquiète: « Et si c'était pareil, même tour de passe-passe, même entourloupette statistique pour des tas de choses?". Aussitôt quantité d'exemples surgissent à son esprit.

Son grand-père disposait pour mettre barriques et provisions au frais, de deux caves profondes creusées dans le tuffeau tourangeau, et aucun indice économétrique ne prenait en considération, tandis que le minuscule frigo de sa minuscule cuisine parisienne, ayant droit aux contrôles statistiques, constitue un facteur d'élévation de son Niveau de Vie. De même la source près de la ferme du pépé coulait sans compter, tandis que le compteur du Service des Eaux n'omet pas un centilitre, qui plus est, d'un liquide nauséabond, chargé à mort en nitrates, pesticides, aluminium, et autres résidus (d'après un documentaire documenté récemment présenté par France 3). Du coup, comment ne pas acheter de l'eau « de source » en bouteille, dont la production, elle, est source de Croissance?

De même le pépé, décédé à 84 ans, respirait le grand air à gogo; alors qu'il faut au citadin dépenser les économies d'une année pour se refaire une santé en vacances. De même miel des ruches, noix des noyers, fruits du verger, cidre, gnôle resquilleuse, légumes du potager, et j'en passe, échappaient (presque) totalement au fisc et aux évaluations économiques.

Il faut ne pas l'oublier: un accident de voiture bien sanglant concourt à la Croissance. Un autre exemple édifiant: en Californie, les pesticides répandus par avion sur 1es plantations ont occis les abeilles. Les producteurs d'amandes (et d'autres fruits) doivent, importer des abeilles afin de féconder leurs amandiers. Ce serait une erreur de croire que l'opération est économiquement négative.
D'une par l'usage de pesticides profite à l’industrie chimique et à ses actionnaires. Et il accroît le P.N.B. D'autre part, pareillement les importations d'essaims profitent aux fournisseurs, intermédiaires, sociétés de transport et au P.N.B. Quand à la disparition des abeilles indigènes (indiennes en somme...) elle n'a pas d incidence économique négative. Pourtant, ce n'est pas rien 1'extermination d'une espèce d'abeilles! Il paraît même qu'elles seraient toutes en danger, 1a pollinisation avec. Nul doute que ce soit une occasion de bénéfices. Les abeilles, ça pique et c'est vieux jeu. On « ogéémisera »! On fécondera par des nuées d’insectes-robots. Il y a du profit en perspective.
Bien qu'il soit devenu impossible d’ignorer que la sacro-sainte Croissance est en partie fondée sur un calcul biaisé qui ne tient pas compte de pertes immenses, de destructions aussi massives que celles causées par une guerre moderne, bien que l'évaluation de niveaux de vie à partir de cette tromperie soit de plus en plus contestée, économistes, responsables politiques, médias font comme si de rien n'était.

Un Chef d'Etat a osé s'opposer à cette « économicolâtrie », le roi du Bhoutan.

Jigme Khesar Namgyel Wangchuck Roi Dragon de la Terre du Dragon-Tonnerre

Ce souverain, bouddhiste, estime que la qualité de vie ne peut s'apprécier d'une façon seulement quantitative. Son pays, probablement l'un des plus pauvres au monde, d'après les critères simplistes du système actuel, se retrouve relativement prospère dès lors que sont prises en considération la qualité de l'air et de l'eau de ses montagnes, la moindre pollution, la jouissance d'espaces grandioses, la faiblesse de la criminalité, une certaine sérénité collective.
A la notion de niveau de vie, il préfère et souhaite établir celle de niveau de bonheur de vivre. A votre santé, Majesté!
Ce roi veut aussi démocratiser les institutions de son royaume. Il n'est par contre pas certain que la qualité de vie  de ses sujets en devienne meilleure.

Attention, votre Majesté! Il est plus facile de changer d'ère en pire, que l'air en mieux.

Bernard Lhôte

à suivre...

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