lundi 01 mai 2017

Nous contacter


Les archives

Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

 

 

 

 

De l'« Être »  de la France...

Que signifie «  être Français » ? « Etre Français » est beaucoup plus qu'un simple « vouloir vivre ensemble », comme on ne l'a que trop entendu ces mois derniers. Essai de réflexion sur une question essentielle. Par Paul-Marie Coûteaux. Interrogation? Réponse aussi, essentielle! Un grand article-une fois de plus- dans « la Nef » du mois de mars 2010... Renan quelque peu épinglé? Mais Paul-Marie Coûteaux ne jette pas le « bébé » avec l'eau du bain...Dépassant le simple « vouloir vivre ensemble », il nous martèle les socles, les fondations nécessaires au « vouloir faire » ensemble...

Fustel de Coulanges aurait pu tout aussi bien ouvrir la réflexion alors qu'il concluait que les hommes  sentent qu'ils sont d'un « même peuple lorsqu'ils ont une communauté d'idées, d'intérêts, d'affections, de souvenirs et d'espérances. »

Portemont, le 7 juin 2010

Il est heureux que le débat sur l'identité nationale ait si vite « pris » dans l'opinion. Que peut-il arriver de mieux à la France que de voir les Français s'interroger enfin sur ce qu'elle est, ses singularités, ses permanences, en somme cet « Être français » que l'on traduit assez mal par «  identité » - car l'Être tient aussi au faire, au développement infini des virtualités logiques, ce que ne dit guère le mot identité, passablement équivoque à plusieurs égards.

On aurait pu préférer l'expression « destin de la France », qui s’inscrit dans l'histoire, et donc projette dans l'avenir; ou bien « responsabilité nationale », qui se réfère davantage à une action - tant il est vrai que l'appartenance ne peut pas s'en tenir au simple « vouloir vivre commun » à quoi la limite la définition de Renan, bêtement ressassée ces derniers temps; et pourquoi n'avoir pas osé,
quitte à faire dans l'essentialisme, idée de la France? Acceptons cependant de jouer le jeu et d'utiliser le mot. À rebours de l'existentialisme ambiant, qui voudrait que tout être, toute fonction, et toute chose soient perpétuellement autres que ce qu'ils sont, cet épisode essentialiste est bienvenu et le nombre de contributions, et de débats qui s'accrochèrent à maints épisodes, des tribulations de la Marseillaise à celles d'un prix Goncourt, montrent qu'il était grand temps d'ouvrir ce que les frileux appellent la « boîte de pandore ».

Tant pis pour les faux universalistes qui entendent que la France s'oublie elle-même au nom de la « diversité » du monde, comme si elle devait à elle seule l'assumer tout entière, alors que sa meilleure contribution consiste tout au contraire à demeurer fidèle à son Être propre...

« Qu'entendre par « Identité de la France? », s'interrogeait Fernand Braudel, « sinon une prise en main de la France par elle-même, le résultat vivant  de ce que l'interminable passé a déposé patiemment? » [...] « Une nation ne peut être qu'au prix de se chercher elle-même sans fin, de s'opposer à autrui sans défaillance, de s'identifier au meilleur, à l'essentiel de soi, conséquemment de se reconnaître au vu d'images de marque, de mots de passe... » Il faut regarder de près de quoi sont faits ces permanences et mots de passe définissant à la fois le « vouloir vivre ensemble », aspect culturel; et le « vouloir faire », aspect politique.

La foi partagée

Le premier volet est lui-même composite: il tient d'abord à la foi partagée - en quoi on a pu dire que le baptême de Clovis est l'acte fondateur de la France -, et ce qui l'accompagne: des principes religieux, éthiques et moraux; il tient aussi à des partages historiques, oeuvre du temps: une mémoire, des rituels et des commémorations, un imaginaire littéraire mais aussi artistique; pour finir (ou faut-il aujourd'hui commencer par là ?), une langue, dont le rôle fut sans doute plus décisif pour la formation de la France, nation littéraire par excellence, que pour celle de toute autre nation. La langue est à ce point la clef de voûte de l'identité qu'elle porte presque tout le reste, en ses mots mêmes: nos principes politiques - telle notre fameuse 1aicité, intraduisible hors des langues latines, et encore... (Raison pour laquelle, en France, les écrivains comptent bien davantage que les politiques, chacun d'eux se sentant obligé d'écrire, ou de faire écrire, comme si l'autorité procédait des mots).

Mécaniquement lié à ce composé culturel, un autre, plus politique, devrait aller tout autant de soi: on est Français parce que l'on se reconnaît citoyen d'un territoire aux frontières sûres sur lequel s'exerce l'autorité légitime d'un État souverain - la République reprenant le terme de souveraineté théorisé au XVIe siècle par Jean Bodin, qui ne faisait que reformuler l'adage médiéval «le Roi de
France est Empereur en son royaume » et qui fut toujours le premier fondement de la légitimité politique. La France n'étant pas une race (cela dès le lointain roi franc Clovis...), son identité repose nécessairement sur une architecture politique propre, une souveraineté affirmée à la face des récurrentes menaces impériales: d'où le succès durable, dans l'imaginaire collectif des grandes figures de la résistance, longue chaîne de cette France combattante à laquelle Romain Gary donna cette enseigne: « Mon pays n'est pas la France, mais la France libre », qui claque comme le résumé de notre Histoire.

On mesure ici l'incohérence d'un gouvernement qui ouvre un grand débat sur l'identité et qui cependant corrompt de tous côtés son socle.

Qui entend par exemple imposer l'enseignement de l'américain dès les petites classes,alors même que la langue maternelle est loin d'être acquise; dont un ministre (des universités) claironne qu'elle s'exprime à l'étranger en anglais (alors même qu'elle peut utiliser un système de traduction) parce qu'elle estime être alors mieux comprise - peut-être d'elle-même- ou annoncer son intention de multiplier les épreuves en états-unien; dont une autre, chargé de l'économie, peut truffer un entretien d'expressions anglo-américaines en s'excusant :

«  Pardon de le dire en anglais. Mais ça me vient comme ça »; dont un troisième autorise les services publics à servir  « la clientèle » (sic !), dans des langues étrangères (l'anglais dans l'Ouest, l'arabe ou le wolof ailleurs).

Et le président de la République peut lui-même dauber sur l'utilité du patrimoine littéraire (« A quoi sert-il de connaître la princesse de Clèves ? ») ou faire supprimer les épreuves de culture générale de concours administratifs, etc.

Le pilier politique

Encore n'évoquais-je ici que l'élément le plus consensuel et unificateur de la Nation, le môle ultime la langue. Que ne pourrait-on dire de la générale « préférence nationale à l'envers », devenue partout systématique, de l'annonce triomphante par les radios du service public des dates du «  printemps chinois », ou du ramadan tandis que celles du Carême sont passées sous silence, du soin obsessionnel à présenter le passé national comme odieux, des mille et une formes de « discrimination positive » qui consiste à favoriser l'Autre, quel qu'il soit plutôt que nous-mêmes ? Quant au pilier politique, la souveraineté, c'est peu dire que nos oligarchies se sont évertuées à la saper, quand il est devenu obligatoire de la considérer comme dépassée, pour cause
d'Europe un jour, de solidarité atlantique un autre, d'ouverture internationale, à moins qu'il ne s’agisse de défendre la souveraineté du Koweït, ou celle de la Bosnie...

S'il fallait une preuve de l'insincérité fondamentale du débat, elle serait signée par le président de la république lui-même quand, dans le Monde du 9 décembre, il l'a orienté dans une sorte d'obsession de l'islamisme, prônant le « métissage », tartufferie à la mode.

La prière dans la rue Myrha, à Paris, dans le 18e arrondissement, en 2005.

L'article finalement révéla la manœuvre électorale; sa problématique est toute entière religieuse, c'est-à-dire, quoi qu'il s'en défende, communautariste, sa préoccupation, comme celle de ses commanditaires sans doute, étant de mettre le doigt sur ce qui fait conflit, transposant sur le territoire national la thèse américaine sur le choc des civilisations, piège fort bien tendu par nombre de plumitifs, à la suite de Samuel Huntington et qui relève de ce qui se nomme en stratégie une diversion, procédé banal mais hélas réussi: du coup, les chiens furent lâchés: plus rien ni personne n'évoque le cœur du sujet, où l'on verrait que ce qu'il nomme l'identité française n'est pas tant
menacée par « l'islamisme » que par le matérialisme consumériste, mais le phénomène second, une islamisation que rend évidemment facile la déculturation de notre nation, l'oubli d'elle-même, de ses intérêts et de ses principes.

La « Bourse »...


Manifestants musulmans...

Ce n'est pas l'islamisme qui a vidé les églises depuis quarante ans; ni lui qui a conduit à l'abandon du dimanche, mais le fric; on n'enseigne pas en langue arabe dans les universités, nos télévisions ne sont pas inondées de productions musulmanes... En fait le « projet français » est contraire aussi bien au tout-marché atlantique qu'au tout religieux islamique ; or, il est d'abord torpillé par l'idéal  américain, qui ne va pas sans un certain messianisme, d'autant plus redoutable qu'il est servi par des puissances infiniment plus importantes que celle de « l'islamisme ». Celui-ci ne peut être pensé ni comme l'  « autre menace », ni comme un antidote à l'impérialisme (certains le font !), mais comme l'un de ses effets: d'une part, il se trouve sans cesse instrumentalisé par l'Empire -d'autant qu'il lui servit et lui sert encore d'allié, en Afghanistan et ailleurs, contre tout ce qu'il ne contrôle pas directement, tout en lui servant de repoussoir pour souder autour de lui la troupe de I'OTAN à l'enseigne du « choc des civilisations »; on peut dire de ce point de vue que, tout autant que l'antiracisme, l'anti-islamisme est le « communisme du XXIe siècle »...

D'autre part, les provocations islamistes se sont trouvées mécaniquement favorisées par la « grande déculturation » des nations européennes, qui, du coup, ont trop oublié l'essentiel d'elles-mêmes pour répondre à ses récurrentes provocations...

Les chrétiens n'ont pas à craindre une définition large de l'Être français; tous ses éléments civilisationnels portent à des degrés divers la marque de la cosmogonie chrétienne: aussi longtemps que la France demeurera une grande puissance souveraine (elle est le seul pays catholique des Cinq Grands du Conseil de sécurité de I'ONU), le message chrétien gardera un relais politique -c'est d'ailleurs là que réside, face à tant de menaces, d'insultes à la nature des choses et en particulier à la nature humaine, sa mission au XXI" siècle...

Paul-Marie Coûteaux

Un numéro à lire et relire... Nous y reviendrons...

« La Nef »

DOSSIER : L’IDENTITE NATIONALE
L’identité nationale, une histoire d’amour, par Christophe Geffroy
Mourir pour la patrie : vertu, choix ou devoir ?, par Pierre Mayrant
Qu’est-ce que l’identité, par Thibaud Collin
Que signifie « être Français » ?, par Paul-Marie Coûteaux
La dette irrémissible, par Jacques de Guillebon
L’impossible débat sur l’identité nationale, par Hervé Coutau-Bégarie
« Un faux diagnostic », entretien avec Malika Sorel
Fin de partie ?, par Michel Toda

http://www.lanef.net/t_article/sommaire-du-n0213-de-mars-2010.asp

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.