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Vous avez dit: « mesures d'ajustement structurel »?

Jeu de dupes, mots pipés tout autant que les chiffres... Les Grecs s'en laisseront-ils « conter »? Combien il est dur d'être à la hauteur de son histoire, de son héritage! La Grèce victime de l'idéologie « ultralibérale »? Tout autant que des rêves « socialisant » les plus fous... De la « faillite grecque et... européenne! » par notre ami Rodolphe Clauteaux...

Portemont, le 14 mai 2010

Faillite grecque et… européenne !

Les Grecs ont gagné le yoyo, en bois d’euro. Ils sont préservés de la faillite, grâce à l’Europe, à l’euro, et au FMI. Comme un pays d’Afrique, ils vont avoir droit aux « mesures d’ajustement structurel ». Ce qui veut dire qu’ils vont se serrer la ceinture.

Pas tous, heureusement. Les gros auront le droit de rester gras. Non, ce sont les petits Grecs, les déjà maigres, qui vont devoir maigrir. Mais ça leur fera du bien. La graisse, c’est pas bon pour le cholestérol. Ou l’inverse.
Et ce ne sont pas les riches qui paieront la note. Ce sont les salariés, les retraités, les fonctionnaires. Eux, on sait combien ils gagnent. Ils sont faciles à piéger. Ils ont une fiche de paie ou un bulletin de pension.
Et l’Europe, et le FMI, ils veulent récupérer leurs billes. Les fiches et les bulletins, ça aide à pister.
Mais si les Grecs sont dans la mouise, nous aussi on y sera. C’est d’ailleurs pour ça qu’on est si gentils avec eux.
L’Espagne, le Portugal, l’Irlande et… la France, sont les prochains sur la liste des mauvais élèves de l’ultralibéralisme bruxellois et merkelien. Et les 110 milliards en trois ans que l’Europe et le FMI vont verser dans les caisses de l'État grec, ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan de dettes sur lequel les États européens susmentionnés naviguent depuis une vingtaine d’années.

Action de 500 F de la Compagnie Universelle
du Canal Interocéanique de Panama (1880)

Après le « enrichissez-vous » du XIXe siècle, qui s’était terminé par l’apocalypse de l’Affaire du Canal de Panama, ce fut le « “Endettez-vous !”, ça évitera [à nos amis les gros. NDLR] d’avoir à augmenter vos salaires ! »… que nous ont prêché tous nos gouvernements depuis vingt-trente ans. Depuis qu’il faut « aimer l’argent » !… Un amour que nous ont enseigné les années Mitterrand…
Les Grecs ont suivi ce conseil. Les Grecs publics, et les Grecs privés. D’où les 120% et quelques pour cent du ratio dette/PIB grec.
Cela dit, est-ce que le « plan » de la Troïka, c’est-à-dire de la France, de l’Allemagne et du FMI, va résoudre le problème de la dette grecque ?

George Papandreou et Angela Merkel…

Probablement pas.
Tout d’abord, parce que lorsqu’un pays, en général « sous-développé », passe sous les fourches caudines des « ajustements structurels », il change immédiatement la parité de sa monnaie, ce qui s’écrit en meilleur français une « dévaluation », afin de favoriser ses exportations, et donc de gagner plus d’argent en devises, et donc ensuite de payer plus facilement sa dette. D’abord parce qu’il a de l’argent en devises, ensuite parce qu’une partie de sa dette (la « privée ») est en général en monnaie nationale et qu’il paie alors avec de l’argent dévalué. Et donc paie « moins ». Mais cette mécanique est interdite à la Grèce, parce qu’elle a le bonheur de faire partie de la Zone Euro et donc de ne plus avoir de monnaie nationale.

Ensuite… la mécanique qu’imposent les 110 milliards d’euros prêtés à la Grèce, avec les serrages de ceintures que l’on sait, l’appauvrissement général de ses citoyens, va évidemment faire diminuer la consommation intérieure. Et comme conséquence va diminuer le taux de croissance intérieure. Et que donc, malgré l’augmentation des impôts des salariés et des retraités, malgré l’augmentation de la TVA, de l’alcool, du tabac, de l’essence et autres denrées « alimentaires », l’argent ne rentrera pas dans les caisses de l'État. D’autant plus que par un effet automatique, si la dette diminue moins vite que le PIB, ce qui sera le cas, le ratio dette sur PIB augmentera mécaniquement.

Et il y eut des précédents, par exemple l'Argentine de la fin des années 90, qui ne s’en est sortie que par une “restructuration” de sa dette. Ce qui s’écrit en bon français qu’on en a « annulé une partie » et qu’on a « baissé les taux d’intérêts » du reste. Ce qui devrait, étant donné la chute du PIB grec prévue de 4% en 2010, contre les 2% calculés, être « la » solution.

Solution logique et humaine, mais qui a l’immense inconvénient d’être logique et humaine, c’est-à-dire absolument pas ultralibérale.
En tout cas, on l’a échappé belle, nous, ceux du Sud de l’Europe. Les « à moitié développés ». Les « pagailleurs de comptabilité nationale ». Les « déficiteurs de PIB ». Les « amateurs de contrat social ». Les « amoureux de l’Etat providence ». On l’a échappé belle parce que ce qui est arrivé à la Grèce, va nous arriver à nous aussi. Va arriver au Portugal, à l’Espagne, à l’Irlande, et à nous, à la France. Mais comme on a vu ce qu’on a imposé aux Grecs, on ne se laissera pas faire. Nous passerons tout de suite à la « consolidation de notre dette », ce qui s’écrit en bon français, « restructuration de la dette ». Ce qui fera de nous les égaux de n’importe quel pays sous-développé, ce qui sera bien fait pour nous et sera la preuve par l’absurde de l’absurdité de l’absurde idéologie ultralibérale qui règne à Bruxelles autant qu’à Washington autant qu’à Berlin, tout autant qu’à Paris.
Le Paris de MM. Mitterrand, Chirac et Sarkozy.
Celui de l’amour de l’argent.

Rodolphe Clauteaux

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