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De Marrakech, en mars 1942 jusqu'au  23 juin 1942...

Un jeune officier, la France chevillée au cœur, s'improvisait « professeur » avant que de reprendre les airs... Un « professeur » hors normes qui remontait aux sources de la « conscience » de l’Allemagne… Nous vous avons fait découvrir la première leçon. En ces temps difficiles où l’Allemagne est une fois de plus sur la sellette, il plus impératif encore de lire le général Pierre Marie Gallois, alors capitaine, notre « Maître d’Ecole » ! Première partie de la deuxième leçon…

Portemont, le 23 mars 2010

Court rappel
Nous avons vu mardi dernier:
- La formation de la conscience allemande.
- Les essais malheureux d'unification territoriale sous l'impulsion de l'Empire.
- La formation de la mosaïque territoriale caractéristique de 1'Allemagne que voudra faire renaître Bainville après 1918.

Nous avons vu aussi qu'elle a été la contribution de la « Réforme » et du « Piétisme » à la formation de l'esprit national.

Le pasteur Philipp Jakob Spener, « père » du « Piétisme »…

Nous savons maintenant, qu'au moment où le rêve germanique semblait prendre corps par 1'édification d'une morale religieuse nationale, la guerre de 30 ans allait anéantir la jeune conscience allemande et livrer la Germanie entière à l'influence française.

Alors, commence pour l'Allemagne le siècle des Lumières, une magnifique floraison intellectuelle qui renforcera chez elle le sentiment de sa puissance.

Leibniz

Si la masse ne suit pas Leibniz, ses idées seront reprises par Herder et Fichte.
Un nouveau mouvement religieux, le Piétisme devait à la même époque diriger les Allemands vers un sentiment religieux unique et répondre ainsi aux appels de Leibniz. Le théologien Spener, son fondateur estime que l'homme porte en lui l'action inspiratrice de Dieu.
Dieu est le centre de la nature, de nous-mêmes, de nos passions, de nos sentiments. Ainsi les sentiments, pourvu qu'ils soient purs et violents, sont la preuve que Dieu est en nous. La grâce est sur nous si nous savons par notre passion communier directement avec cette « énergie en acte qu'est Dieu ».
Le piétisme se répandit dans toute l'Allemagne. Il apportait à ce peuple déçu par l'État-Église ou par son nationalisme irréalisable, la certitude d'une rédemption, la possibilité d'un relèvement moral.
A l'université de Leipzig, Thomasius inaugure ses cours en allemand alors que la seule langue pédagogique était le latin, fonde une revue allemande, réclame l'utilisation du vieux droit germanique à la place du droit romain.

L'âme allemande n'est jamais apparue aussi intégrale que lorsqu'elle s'est pénétrée d'une âme étrangère. Mais par une contradiction spécifiquement germanique, les écrivains allemands du
XVIIIe siècle, dès après avoir utilisé les lettres françaises, se tournent contre elles et englobent dans leur antagonisme tout ce qui provient de leur trop riche voisin.

Les uns comme Schlegel, Gelbert, Bödner, Burger se tournent vers l'Angleterre pour opposer Shakespeare, Milton ou Richardson aux poètes français, les autres, comme Lessing remontent aux Grecs, les  opposent à Corneille et à Racine et ruinent en Allemagne le crédit de nos lettres.
Un archéologue, même, Winckelmann compare à l'art français, maniéré, contourné, la mesure et la pureté grecque. Et pourtant nous savons quelle a été l'influence de l'architecture française en Allemagne et combien, en l'alourdissant par le détail, les Germains l'ont déformée.

Le XVIIIe siècle allemand ne sera pas seulement destructeur.
Après avoir nié notre culture, tout en ayant acquis grâce à elle, la forme, la clarté, et la précision, poètes et philosophes vont rechercher dans le génie allemand les éléments d'une culture nationale. Ils ne se contenteront pas de créer une œuvre solide et, par bien des côtés atteignant au sublime, sans s'attaquer à notre conception politique, sociale, culturelle, à notre humanisme occidental. Car l'Allemand ne pourra jamais faire une œuvre belle en soi, il lui faudra l'opposer à celle de ses voisins et en prouver la beauté par la négation de la leur.

L'offensive commence avec Gottsched, professeur à l'université de Leipzig.

Désirant une Allemagne forte il la met d'abord à l'école française. Puis, à la française il exalte le génie allemand. La tentative n'est pas heureuse. Elle ne sera plus imitée, d'autant que la victoire de Rossbach a un retentissement considérable dans toute l'Allemagne.

Friedrich Wilhelm, Freiherr  von Seydlitz – Brillant et fougueux cavalier qui donna la victoire de Rossbach à Frédéric II de Prusse…

Cette victoire sur le roi de France est une preuve de la vitalité prussienne. C'est vers la Prusse et, non plus vers l'Autriche, que tendent les aspirations germaniques. L'unité sera faite lorsque le Reich saura se donner à la Prusse.

C'est le grand thème littéraire de l'époque.

Johann Wilhelm Ludwig Gleim

Gleim publie ses « Chants de guerre d'un grenadier prussien », Klopstock dans les « Odes et Epigrammes », développe l'amitié, le patriotisme, l'amour de la langue nationale. Son lyrisme est inspiré de Rousseau.

Friedrich Gottlieb Klopstock

Lessing s'attaque à Corneille, Racine, Molière, Voltaire.

Gotthold Ephraim Lessing

Ces Français n'ont rien compris au génie grec, pas plus d'ailleurs qu'ils ne saisissent Shakespeare. Goethe lui-même, Goethe l'européen, aura vers 1770, sa crise de nationalisme, lorsque des bords du Rhin il se tournera vers l'éclatante civilisation française et qu'il la comparera à l'anarchie allemande.

Klopstock, Lessing sont les initiateurs d'un mouvement protestataire contre la tutelle intellectuelle française. Le « Sturm und Drang », (Tempête et Assaut).

Le mouvement, s'inspire, séculaire contradiction, de Jean-Jacques Rousseau, pour affirmer la force allemande, dans un retour à la nature, aux sentiments librement exprimés, à la jeunesse. L'homme porte en lui tous les signes de la puissance, s'il consent à rompre avec la servitude de la tradition.
Il a son Dieu, son âme, son art. Plus de cadres étrangers, corrupteurs. Qu'il remonte aux sources de la vie, de son histoire, qu'il lise la Bible et qu'il cherche son avenir dans le passé, dans l'éternel allemand.

Friedrich Maximilian Klinger est évidemment un des auteurs clés du mouvement avec sa pièce Sturm und Drang bien que le terme existât en réalité avant même la réalisation de la pièce. En fait, ce sont surtout Friedrich von Schiller (Les Brigands) et Johann Wolfgang von Goethe qui seront les représentants principaux de ce courant. Les Souffrances du jeune Werther (Die Leiden des jungen Werther) est considéré comme un des romans les plus importants. Ce premier roman rend Goethe immédiatement célèbre (il a alors 24 ans). La plus grande partie de l'action est racontée sous forme de lettres que Werther écrit à son ami Wilhelm.

Werther est un jeune homme qui ne sait que faire de son existence et qui part dans la ville de W pour fuir le monde bourgeois. Là, il se promène dans la nature pour la dessiner car il se croit artiste. Un jour il est invité à un bal au cours duquel il rencontre une jeune femme prénommée Charlotte (Lotte), fille d'un notable, qui depuis la mort de sa mère s'occupe de ses frères et de ses sœurs. Werther sait depuis le début que Charlotte est engagée à Albert. Cependant Werther refuse d'y penser et tombe immédiatement amoureux d'elle... à la fin, le jeune Werther se suicide, et l'impact de ce livre se manifesta sur la société par une vague de suicides en Allemagne.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Sturm_und_Drang

Johann Gottfried von Herder

Avec Herder, le nationalisme allemand reçoit, une doctrine, et un encouragement qui ne sera pas vain puisque aux heures sombres d'Iéna, Fichte en reprendra le thème et que ce peuple promptement découragé y puisera les raisons d'espérer et d'attendre l'heure de la vengeance.

Après avoir exposé la misère du peuple allemand courbé sous la tyrannie de ses innombrables princes, Herder lui révèle sa gloire passée et future. Pourquoi le peuple allemand est-il glorieux? C'est parce qu'il s'oublie lui-même pour se consacrer au progrès de l'humanité. La nation allemande laisse aux autres nations, puissance et richesse. Elle se contente d'être l'éducatrice du monde et comme la philosophie vivante de 1'univers. Nous sommes arrivés trop tard, s'exclame Herder. Eh bien ! nous sommes d'autant plus jeunes. Nous avons beaucoup à faire, tandis que d'autres nations restent dans le repos après avoir produit ce dont elles étaient capables. La France a terminé sa mission, celle de l'Allemagne commence. Des vues « prophétiques », Herder les justifiait par l'exaltation de l'Allemand : « L'Allemand a pour lui le courage, le respect de la foi jurée, la fidélité, l'horreur de la perfidie, du mensonge, la répugnance pour l'immoralité.

Si les mœurs allemandes sont actuellement grossières c'est qu'elles sont d'importation étrangère, la profondeur du vice allemand est même la garantie de son origine extérieure ». (Loiseau)

Rêvant de grandeur allemande, faute de pouvoir la réaliser, l'Allemagne accueillit ces paroles avec enthousiasme. Nous aurons quelques difficultés, nous Français, pour saisir qu'elles allaient droit au cœur de nos voisins. Notre littérature n'a laissé aucune place à l'exaltation du peuple français, alors qu'il n'y a peut-être pas un Allemand qui n'ait, en écrivant, pensé à sa patrie. Peut-être nous paraissait-il vain d'affirmer un dogme qui, dans notre esprit ne faisait de doute, pour personne. C'est d'ailleurs pour cela, qu'à l'admettre comme fait acquis, nous nous sommes éveillés avec un faux idéal national.

L'erreur remonte loin. Elle date peut-être de la fin du XVIIIe siècle.

Elle a commencé par prendre une forme diplomatique. Lancée par Richelieu sur l'idée de l'abaissement de la Maison d'Autriche, la France n'a pas saisi l'évolution prussienne. Elle n'a pas vu qu'entre, l'Autriche et la Prusse, c'était la Prusse qui allait réaliser l'unité allemande.

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Par une contradiction étonnante chez un peuple épris de logique et dont la diplomatie n'avait guère fait de fautes depuis des siècles, les Français ont suivi avec enthousiasme le mouvement encyclopédiste qui opposait à la statique du régime français, le dynamisme des despotes éclairés. Alors que les penseurs allemands réagissaient durement contre nous, nous l'avons dit, alors que nous étions en guerre avec la Prusse, 1'opinion française, malgré son roi, était prussophile. Plus d'un Français s'est réjoui de la défaite de Rossbach.

Lorsque Louis XV et Choiseul eurent compris qu'il fallait abandonner les vieux préjugés, dont les philosophes se faisaient les champions, et qu'il convenait d'opposer à la Prusse grandissante, l'allié
autrichien, ce fut un tollé général.

Plus tard, jusqu'à la révolution, après elle, même la France ne comprendra plus son rôle et foncera tête baissée sur cette Autriche déjà pantelante.

Notre révolution, les guerres de l'Empire, nous les fîmes au profit de l'Allemagne. Lorsque les restes du traité de Westphalie eurent été piétinés par nous-mêmes, la fureur teutonne ne connut plus d'obstacle. Le travail de plusieurs siècles était gâché.

Carte de la Prusse et de l'Autriche de 1618 à 1772
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Le plus grave est que les hommes d'État de la IIIe République, la IIIe et dernière, reprirent la tradition de nos philosophes et c'est en définitive l'Autriche qui devait payer à Versailles.

Nous pouvons maintenant mesurer l'étendue du désastre.

A suivre…

Général Pierre Marie Gallois

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