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« Royale nature »...

Ce n’est pas le fruit du hasard, si la « République », indolente ou sanguinaire, veille toujours à se donner la figure d’une femme. En souvenir de toutes celles qu’elle a fait couper, raison pour laquelle, au fond, la République est une femme sans tête… Fille de la révolution, la République française, par ses origines est intrinsèquement « machiste »… En douteriez-vous ? Notre ami et frère d’armes, Bernard Lhôte, saura vous en convaincre…

Bloc-feuillet de Madagascar commémorant l'exécution de Charlotte Corday. © Bloc-feuillet de 1989. Postes malgaches.

Et comment ne pas dédier cet article à

Olympe de Gouges
« La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. »
« … ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé »

Portemont, le 10 mars 2010

La Révolution machiste

Le troisième effet produit par la Révolution française -effet trop important pour n'en être pas une des causes- est la disparition des femmes des lieux de pouvoir. Sauf sur l'échafaud...
Ce phénomène échappait à l'attention de l'enseignement des jésuites, et des laïques sans doute aussi. Pourtant, à la Libération, cent cinquante six ans après 1789, 1es femmes venaient enfin d'obtenir le droit de vote!
Il y eut eu de quoi se poser des questions...Celle-ci entre autres: la Révolution n'avait-elle pas handicapé la citoyenneté féminine?
La compagnie des femmes m'est vitale. Enfant, mon premier petit copain était une jolie copine. Nous jouions à la poupée, au docteur, aux soldats de plomb. On s'aimait et se chamaillait en toute parité. Bien qu'il m'arrive de 1'éprouver parfois, à 1'égard des politiciens par exemple, je n'ai jamais ressenti un sentiment de supériorité quelconque vis-à-vis de la gente féminine. Sa puissance dans les relations de la plupart des couples me subjuguait ou m'amusait.
La légende, répandue de nos jours, de la soumission craintive des pauvres femmes d'antan me fait franchement rigoler. Il faut ne pas avoir connu « mémère Olympe » éternellement calée entre table de cuisine et fourneau, régentant son monde en matriarche, sa fille, son gendre, ses petits-enfants, les servantes, la clientèle paysanne du café du pont, pour accorder crédit à cette version simpliste et victimaire, méprisante au fond, du sort de nos aïeules.
Et madame V..., corpulente, altière, qui traitait son petit mari avec humanité. Je la voyais le sortir de son sac à main avec précaution, l'asseoir sur le bord d'un siège, lui tartiner de confitures des bouchées de pain; mais s'il ouvrait la bouche pour parler, elle le fourrait aussitôt dans son sac... « Imagé » me direz-vous! Mais si proche de la réalité...

Et tante Lucie qui tenait en laisse son époux surnommé par elle « Linlin », colonel de gendarmerie; tante Madeleine, souveraine abbesse d'un grand Ordre religieux; tante Yonne, conteuse inspirée, médisante à souhait, juste le poivre nécessaire à la conversation, qui parlait la langue de Chateaubriand, de Flaubert, de Maupassant. Tout de même, tout autre chose, que le jargon du management!
Néanmoins les femmes ne votaient pas. Je ne comprenais pas pourquoi...Les messieurs ne me semblaient pas plus intelligents que les dames.

Les révolutionnaires n'étaient pas de mon avis. Non  seulement, pensaient-ils, 1es femmes sont trop faibles de corps et de raison pour assumer par le vote le destin de la NATION, mais entre elles et la monarchie existent trop d'intimes connivences pour qu'on puisse leur faire politiquement confiance.

Fut-il en effet une époque plus brillante, plus élégante, plus spirituelle, plus galante, raffinée, en un mot "féminisée", que ce XVIII ème siècle français?
Quelle offense, quel défi à l'austérité et à la virilité de cet homme nouveau: le citoyen républicain! En un tour de main masculin, la société la plus féminine qu'on vit jamais disparut.
Cette disparition spectaculaire ne passa pas inaperçue. Interpellé par de nombreuses lettres de protestation, le journal « Révolutions de Paris » répondit ceci: « Ce qui s'est passé à Versailles pendant trois règnes ne prouve pas en faveur de l'heureuse influence des femmes sur la liberté; son règne daterait de beaucoup plus haut sans elles; elles se sont prêtées avec complaisance à tout ce qu'ont voulu d'elles la cour et le ministère pour éloigner 1es hommes des affaires publiques. Elles avaient à gagner sous un tel régime. A l'exemple des tyrans...elles régnaient en despotes dans les cercles et même 1es cabinets diplomatiques. Le sceptre de la beauté pesait presque autant que celui des rois. »

Le pouvoir des courtisanes sous Louis XV et de Marie-Antoinette sur Louis XVI choquait 1es apôtres des vertus démocratiques.

« On fait tout d'une nation qui ne réfléchit point et qui n'a point de mœurs; et grâce aux femmes nous en étions venus 1à. » Somme toute le procès fait à Eve, tentatrice, responsable du péché originel, survivait à la politique de déchristianisation.

L'influence des femmes, c'est l'influence de l'aristocratie, commente l'historienne Anne Verjus. Toutes les femmes, qui ne sont pas du peuple, sont presque tout entières aristocrates. En révolution, elles ne peuvent que perdre. Et de re-citer « Révolutions de Paris »: « Les myrtes de l'amour s'enlacent difficilement avec le chêne civique.....Les fiers accents de la liberté rendent peu propres aux madrigaux des boudoirs, et à la tribune on ne parle pas à toute une nation comme on parle à sa maîtresse ».

Ce thème de la contradiction entre les mœurs austères et viriles des républicains et le règne, par nature féminin et frivole des gouvernements aristocratiques, est une constance d'un discours révolutionnaire influencé par Montesquieu et Rousseau, constate 1'historienne qui se régale à citer ces lignes édifiantes: « Nées pour une dépendance perpétuelle, les femmes n'ont été douées que de vertus privées ».

Les Droits de l'Homme sont à proprement dit les droits de l'homme. La Femme naît, non pas libre et égale, mais soumise et inférieure, en droit et de par sa nature!

Quelle ingratitude républicaine! Dans les premiers temps de 1'entreprise de Régénération du Genre humain (bigre!), corrompu par les tyrans, des foules de femmes y participent avec ardeur, avec ferveur.  « Une mobilisation fortement, voire majoritairement féminine, est attestée lors des émeutes de subsistance du printemps 1789 », écrit l'historienne Martine Lapied, et Michelet: « Les hommes ont pris la Bastille, les femmes ont pris le roi. Le Ier Octobre tout fut gâté par les dames de Versailles. Le 6, tout fut réparé par 1es femmes de Paris ».

Les Parisiennes à Versailles
Versailles les 5-6 octobre 1789.
Cortège des femmes de Paris à Versailles le 5 octobre 1789

Des militantes sont admises dans certains clubs politiques, ou elles en créent. Cinquante-six entre 1789 et L793. Ils seront interdits par décret de la Convention 1e 30 Octobre 1793. Aux yeux des Jacobins: « 1es femmes doivent enfanter des citoyens républicains et les élever en les imprégnant de l'idéal révolutionnaire ».

Pas question qu'elles s'engagent dans l'armée. La demande en est rejetée d'emblée. C'est un attentat à la virilité de 1a République!
Par contre la résistance à la Révolution -comme souvent les mouvements de résistance- sera soutenue et animée par un grand nombre de femmes.

Celles « des campagnes sont souvent mises en cause par les autorités pour leur mauvais gré, leur mauvaise langue, leur aide aux réfractaires, aux déserteurs, aux contre-révolutionnaires!

Comme quoi il n'était pas que les courtisanes à aimer 1e roi. Et quand ce serait -oh tartuffes puritains- devoir 1'ascension sociale aux jeux de l'amour n'est pas sans mérites, sans aimables vertus. La promotion par l'alcôve vaut bien celle par l'isoloir. Une campagne électorale ne ressemble-t-elle pas au racolage de la prostitution?
Mais laissons 1à des médisances qui tendent à dévaloriser la relation intime et intense (selon 1es révolutionnaires eux-mêmes) entre la royauté et la féminité.
La République peut fonctionner politiquement sans les femmes. Elle l'a prouvé longtemps. Sans femmes, la monarchie héréditaire, elle, ne peut pas fonctionner. C'est qu’elle place au sommet du royaume une famille, un couple, un souverain, une souveraine. En France, la loi salique écartait, certes, les femmes du trône. Cependant elles n'en étaient jamais loin, parfois s'asseyaient dessus.

Catherine de Médicis


Anne d’Autriche -  nommée Régente du royaume (1643-1651).

En République la chambre des députés peut se passer d'élues. En monarchie héréditaire, impossible de se passer de femme dans la chambre royale.
Le lit en est un haut lieu politique. D'où ce parfum sensuel, cette féminité ambiante, cet érotisme qui participe grandement aux charmes séculaires de notre monarchie.

Les révolutionnaires haïssaient la féminisation de la société. Ils guillotinèrent la présence féminine. Les nouvelles citoyennes furent exclues des lieux de citoyenneté effective.
Sauf sur l'échafaud où elles furent admises à l'égal des hommes. Ultime hommage du régime républicain au ci-devant royal. Vu le grand nombre de condamnées, c'était une sorte de reconnaissance, expéditive mais significative, de la place qu'y tenaient les femmes.

à suivre....

Bernard Lhôte

Références: « LE BON MARI, une histoire politique des hommes et des femmes à l'époque révolutionnaire ». Anne Verjus, éd.Fayard.

« La Révolution Française, une histoire toujours vivante ».
Ouvrage collectif, avec la participation de Martine Lapied. Ed.Tallandier.

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