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Quand les « Bons Pères » sont gens sérieux…
Ou de l’enracinement de « Basta la république »…

Nous retrouvons notre ami Bernard. Lui et nombre de ses camarades portent leur « croix » à Sainte-Croix. L’Allemand occupe la cour de récréation et fait sa gymnastique… Mais nos jeunes amis ne se privent pas de quelques plaisirs : « « zehr gut »… Et s’ils souffrent de bien de manques, « assurément pas de troubles identitaires » !

Portemont, le 18 janvier 2010

LES CLEFS du ROYAUME (suite)

Les jésuites ne s'adonnaient pas à la moindre propagande royaliste. Ne pratiquaient pas non plus 1a religion républicaine à la façon de l'école laïque toute à sa dévotion. En politique, ils rendent à César le minimum de ce qui lui est dû, et à Dieu le maximum.

ST. IGNACE DE LOYOLA
Le Fondateur de la Compagnie de Jésus.1540

Les cours d'Histoire s'en tenaient à ne pas diaboliser l'Ancien Régime et à ne pas sanctifier le Nouveau. Cependant le langage religieux nous baignait dans une ambiance royale: Notre Seigneur Jésus-Christ, le Christ-roi, Notre Dame reine de France, le règne de Dieu...
La royauté, qui ne régnait plus sur la terre française, avait conservé ses assises au ciel. Mais allez donc prier le citoyen Jésus, le Christ-président, ou Notre Père qui êtes aux cieux que votre présidence advienne ?
Il faut convenir que le rayonnement charismatique de ces paroles n'est pas le même.

L'instruction religieuse comportait l'Histoire Sainte. C'est-à-dire un condensé de la Bible, quelques-uns de ses grands moments, la Genèse, Caïn et Abel, Moïse, la traversée de la Mer Rouge (impressionnante!), le Mont Sinaï, les Dix Commandements, la traversée du désert, la manne (on en aurait volontiers mangé), la Terre promise, David et Goliath (une brute épaisse),

David roi,

Jérusalem, le Temple, le grand roi Salomon

et j'en ai oublié, le Veau d'Or (j'en rêvais), le buisson ardent, le sacrifice d'Abraham (discutable), l'effondrement des remparts de Jéricho.
J'adorais ces histoires -magiques!- tout comme celles de l'Iliade et l'Odyssée, à la réserve près que le Dieu d'Israël, Yahvé, me paraissait très malcommode en comparaison des dieux de 1'Olympe. Jamais content, il n'arrêtait pas de tarabuster son peuple, de le soumettre à de méchantes tribulations. Etre élu de Dieu ne me semblait pas un cadeau . . . pour tout dire je trouvais que Yahvé exagérait. Et i1 ne se lassait pas à en croire les perpétuelles persécutions des juifs.

Quoi qu'il en soit, la Bible est un livre royal. Qui professe le droit divin, qui cultive l’intelligence du Sacre, qui de Jérusalem mène à Reims.

Une question me vient là, présentement, à l'esprit, un tantinet surprenante.
Pourquoi les israéliens, qui eurent le génie de ressusciter l'hébreu en en refaisant une langue vivante et nationale, n'ont-ils pas ressuscité 1a royauté? L'antiquité grecque, 1'antiquité romaine connaissent des formes de république. La Bible les ignore.

Peut-être qu’un roi (un descendant de David pourquoi pas ? Avec leur sens aristocratique de la dynastie, les juifs doivent  en avoir), peut-être qu'un nouveau Salomon, indépendant d'une opinion publique anxieuse, transcendé par la majesté d'une fonction mythique, épris de justice, bénéficiant du crédit accordé à ceux qui ont du temps, serait enfin en mesure d'établir la paix entre deux peuples malheureux.

Revenons à la guerre, devenue mondiale. L'armée allemande accomplissait des exploits en Russie, jusqu'au Caucase, mais le général Hiver remplissait sa mission.

Dès le printemps 42, au sortir des mois hivernaux de froids infernaux, la rumeur nous parvint de passages de trains remplis de  blessés amputés des pieds gelés,  à destination de nos régions au climat clément.

Notre espérance se décongela d'autant. On jubilait. Trains ou pas, nous constations que les occupants du Collège changeaient d'âge et d'humeur.
Aux jeunes soldats fringants, arrogants, succédaient des recrues d'une quarantaine d'années, en moins bon état et moins allants. En allemand studieux nous leur fricassions le moral: « zehr gut », très bien, la Wehrmacht en Russie, quel courage malgré le froid (nous insistions sur le mot « froid »). Bientôt (souligné également) vous aussi là-bas ?... Ils ne rigolaient pas du tout, tiraient la gueule dans l’impossibilité de réprimander ces encouragements empoisonnés. Le double-jeu, art subtil, jubilatoire, créatif est l'arme des faibles, mais pas une faible arme.

La détérioration progressive de la chair à canon du Reich fut le meilleur bulletin d’information à notre disposition. Quand, en 1944, nous vîmes un contingent d’obèses sexagénaires soumis à des exercices de dégraissage dans nos cours de récréation, nous sûmes la libération proche.

L'entrée des américains dans la guerre -bien obligés, merci les japs!- décuplait les chances de victoire. Les post-post-post-résistants accusent les français d'attentisme. Mais ils se gardent de préciser qui nous attendions.

Le débarquement Américain dans le port de Fedhala - 1942

Le débarquement des alliés au Maroc et la reprise du combat par l'armée française d'Afrique du Nord, d'obédience maréchaliste (devoir de mémoire oblige), renforcèrent formidablement l'espérance, et donnèrent enfin à notre « lâche » attente la vraisemblance d'un terme.

Le Maréchal, peu à peu disparaissait, de moins en moins nécessaire, paradoxalement, en proportion de la réussite de la stratégie de l'armistice.

On l'aimait bien, on ne l'écoutait plus.

Le 18 avril 1942 : Inauguration de l'exposition « La Vie nouvelle » au Grand Palais. C'est une exposition à la gloire de l'Europe et de la collaboration franco-allemande. Pierre Laval devient chef du gouvernement de Vichy.

Déjà le coup du renvoi de Laval, pro-allemand et pro-européen notoire, puis son retour au pouvoir sous la pression manifeste de Berlin, avait été reçu 5 sur 5; d'une part comme un démenti silencieux mais spectaculaire de Montoire et de la collaboration et, d’autre part, comme une mise en évidence du carcan pesant sur le Chef de l'Etat. L'occupation de la zone libre et la rentrée en guerre de tout l'Empire, réduisaient à rien sa liberté. Pourquoi ne se retirait-i1 pas? A défaut les français se retiraient de lui.
Suivie une période où la souveraineté française divagua entre Alger et Londres. Les élèves de Sainte-Croix s'aperçurent à peine de cette étrange vacance. « Ad Majorem Dei Gloriam » demeurait la devise, Dieu le souverain, la France éternelle, le Père Préfet l'autorité. Nous souffrions de beaucoup de choses, mais assurément pas de troubles identitaires. D'ailleurs l’identité nationale, c'était nous ! Futurs saints, futurs héros, français toujours !

à suivre...

Bernard Lhôte

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