dimanche 30 avril 2017

Nous contacter


Les archives

Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

 

 

 

 

Il ne décolère pas !

Dominique Daguet mène un travail exemplaire. Nous devrions même dire qu'il en mène plusieurs de front... Combien lui est chère notre belle langue française! Il en pèse la richesse à chaque vers de la profonde poésie... Homme de l'essentiel, Dominique Daguet sait le prix que nous aurons à payer de la perte du sens... Le Pédégé d'Antalis devrait lire Dominique Daguet. Et bien d'autres « Pédégé »...

Portemont, le 13 janvier 2010

Lettre ouverte à Monsieur le Pédégé d’Antalis

Je viens de recevoir sur mon adel*, un courriel émanant de votre service commercial (info@antalis.fr) : prétendre que j’en ai été ravi serait abusif…

L’information reçue en effet m’a déplu, pour ne pas dire consterné. Il ne s’est agi pourtant que de peu de mots. Les voici : « GreenDay : Chaque mois découvrez notre sélection de gammes de produits particulièrement respectueuses de l'environnement. 5 janvier 2010 : Cocoon Silk/Gloss - Priplak R100 - Multitude 70 g »

Conçus grâce à une technologie avancée, Cocoon Silk et Cocoon Gloss sont des papiers 100 % recyclés extra-blanc et certifiés FSC source mixte. Ces deux gammes de papier ont l’apparence et la performance d’un papier fabriqué avec des fibres vierges, mais avec des certifications environnementales bien supérieures. Selon The Carbon Neutral Company, la fabrication de Coccon Silk et Gloss émet 25 % de CO2 en moins qu’un papier à fibres vierges.
Un produit de « Arjowiggins Graphic »

http://innovations.environnement-magazine.fr/pollutec/produit.php?locale=fr&id=1006&print=1

Est-ce volontaire ? Réfléchi ? Sans doute, je n’imagine pas un instant que vous puissiez laisser faire n’importe quoi à votre service d’information commerciale… Mais cette façon anglomane de dénommer vos produits a-t-elle été suffisamment soumise à réflexion ?

Excusez cette dernière question, mais comment ne pas la poser ? Je m'interroge en effet depuis des années sur la nécessité qu’éprouvent tant de nos entreprises de baptiser de noms qui ne disent rien à 95% de vos compatriotes et sans doute pas grand-chose à la multitude de leurs clients étrangers… Mais je ne m’interroge plus sur les ravages que cette polarisation linguistique provoque aussi bien chez les adultes que chez les jeunes de la francophonie : ravages qui touchent au cœur même de ce que ces francophones de partout ressentent comme part essentielle de leur identité.

Votre action d'information GreenDay... à qui s’adresse-t-elle ?

Green Day est aussi un trio de punk rock américain, originaire de Berkeley, en Californie, et formé en 1987... actuellement en tournée mondiale jusqu'en janvier 2010

À une foule de « cibles » comme nous apparaissons dans le langage des publicitaires, et aujourd’hui j’en fais partie, à mon grand désagrément. Normalement, dès que l'on s'adresse à un francophone en une autre langue que la sienne alors que ce francophone sait pertinemment que son interlocuteur  est tout comme lui français, il ne peut être qu’intérieurement, et pas toujours lucidement, contrarié : parfois choqué, indigné… Dans un tel cas, je ne lis normalement pas ce qui suit... Cette fois, j'ai voulu m'assurer qu'il ne s'agissait pas que d'un tropisme dû au snobisme actuel qui afflige le cerveau de nos prétendues élites... L'identité, dont on parle beaucoup vous vous en êtes sans doute aperçu, elle se détruit à chacun des coups d'épingle du type "Green Day", expression qui n'a d'ailleurs aucun sens... "Jour vert", vous l’avez apparemment compris, aurait été ridicule, mais, cher Monsieur le Pédégé d’Antalis, pas plus que Green Day !!!
Sont venus s’ajouter deux noms nouveaux, l’un de papier recyclé - Cocoon Silk/Gloss –l’autre d’un polypropylène recyclé– Priplak R100 – : ces noms de vos produits (qui s’accolent chez vous à d’autres dénominations du même type), sont venus renforcer chez moi l'irritation de la glotte.

Peut-être êtes-vous soumis, de par vos fonctions pégétaines, à l'anglomanie régnant dans les hauteurs du Medef et de nos élites politiques aujourd’hui convulsivement subordonnées à l’impérium de Washington par l’intermédiaire de la Commission de Bruxelles, mais pas obligatoirement tous ceux que vous aimeriez voir devenir vos clients : certes, le grand nombre des publicitaires s’imaginent, avec une foi qui en dit long sur leur intelligence de ces questions, incontournable l'usage de l'anglais dans la promotion commerciale… Ils s'avèrent en réalité les commis de l’impérium déjà cité, les premiers destructeurs de l'identité des Français, entraînant dans leur sillage commerçants et entreprises, devenus au fil du temps de simples massacreurs d'une langue sur laquelle ils n'ont aucun droit, sinon celui, indubitable, de la servir.

Or il se trouve que tous ceux qui ont osé se garder de ces pratiques imbéciles s'en sont trouvés fort bien et leurs affaires n'en ont pas souffert, bien au contraire : au Japon, un exemple parmi d’autres, tout un mouvement réclame que nous n’ayons pas « honte » de nos mots !

Il est vrai que, du côté ouest de l'Océan, on ne fait que se moquer des esclaves que semblent être devenus les Français, par la faute de méthodes foncièrement scandaleuses : l'idolâtrie de la puissance qui rayonne depuis Wall Street ferait-elle perdre le sens de la décence linguistique à ceux qui ont la charge de notre économie ?

Que vous pratiquiez l'anglo-états-unien lorsque vous commercez avec les anglophones, cela se comprend - encore que passer par l'intermédiaire d’interprètes donne très souvent de meilleurs résultats que la négociation directe dans une langue que l'on connaît de toute façon moins bien que la sienne - mais détruire la nôtre à force de soumission, voilà qui révolte tous ceux qui ont gardé le sens de leur identité, inexprimée mais intérieurement agissante.
Certes, vous direz : « Mais enfin ! Il ne s'agit que de quelques dénominations ! » Oui, quelques quoique j’en ai relevées d’autres sur votre site, mais quand on compte les milliers des fornicateurs linguistiques tous dévoués à la langue du dollar qui se livrent à cet exercice ignoble, on se rend compte qu'ils provoquent un véritable tsunami, emportant peu à peu toutes les sauvegardes qui font de notre langue une langue nécessaire à l'équilibre de l'intelligence dans notre monde. Il suffit d’ailleurs d’interroger nos jeunes gens pour se rendre compte qu’ils n’ont de leur langue qu’une connaissance des plus partielle. Et de ce résultat affligeant vous êtes l’un des auteurs : les Français ont le droit imprescriptible de vous en demander raison.

Est-ce trop demander que vous réfléchissiez davantage à ce qu’est votre rôle ? Il déborde celui d’administrer, gérer, faire progresser votre entreprise !
Ah ! me reste une question subsidiaire : n’êtes-vous pas étonné parfois du nombre de sottises que l’on nous fait dire en nous proposant des tournures anglo-saxonnes ? Me vient à l’esprit le fameux « Menu enfant » de la SNCF… Mais la suppression quasi systématique de l’article, à la manière anglaise, croit-on, construit des expressions radicalement sottes. Est-ce le but poursuivit, nous rendre tous idiots ?

Quant à moi, qui aime pourtant toutes les couleurs, je souffre actuellement d'une indigestion de verdure et de vert : pardon, de « green ». Chez nous, en France, nous avons des gens quoi se disent « Verts ». De quel vert s’agit-il ? Du « vert de gris », du « vert de peur », à moins que l’on s’en tienne à « fruit ou bois ou cuir vert » ? Mais le vert va très bien à la réprimande tandis que d’autres accolent cette couleur aux histoires grivoises. Où se situe votre « GreenDay » ?

Dominique Daguet
le 5 janvier 2010

Adel = adresse électronique.

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.