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Sur les chemins de « Basta la république ! »

Retrouvons notre « Frère d’armes », Bernard Lhôte, alors garçon de France humilié par la défaite…
Envoyer paître la république, c’est bien. Mais il faut reconstruire… Et en ces temps difficiles, l’Ami Bernard est en bonne voie… Les années 40 !

Portemont, le 9 janvier 2010

Comment je suis devenu « royalisant »

Ca ne rigolait pas ! La revanche était à ce prix. Nous devions la préparer en redoublant d'effort scolaire, de discipline, de piété, en quintuplant 1'entrainement physique, en décuplant la ferveur patriotique.
La défaite était attribuée à des défaillances politiques, mais également morales, à l'individualisme, à l’indiscipline, à l'avachissement, aux congés payés,

à la consommation de Pernod,

à1'anti-militarisme…

En foi de quoi nous apprenions à défiler en militaire, en rang et au pas, un fusil imaginaire sur 1'épau1e, et (cela surprendra) en chantant à tue-tête, par défi lancé aux boches présents, « Maréchal nous voilà ».

A l’instar de presque toute la population, les « maréchalistes » étaient très majoritaires parmi les é1èves et les professeurs. Les « gaullistes » étaient par contre un peu moins minoritaires. Etait-ce dû à 1'origine « noble » d'assez nombreux élèves? La petite cohorte des premiers ralliés à De Gaulle comportait une proportion significative de militaires issus de ce milieu.
Plusieurs copains avaient  un parent, père, frère, cousin, engagés dans les Forces Françaises Libres. Cas rares en octobre 1940.
« Maréchalistes » et « gaullistes » continuaient dans la même détestation des boches. La conviction de la nécessité d'un armistice n'empêchait pas d'approuver et d'admirer le choix de continuer à se battre.

Les « gaullistes » bénéficiaient d'un certain prestige; mis à mal par 1es coups de Mers-el-Kebir et de Dakar, ce prestige se remit à briller avec 1es succès de Leclerc contre les italiens.

Une anecdote me revient à l'esprit. A Castelfranc, 1e village du Lot où l’exode nous avait entraînés, se dressait une grande demeure, résidence champêtre d'une belle dame, une parisienne qui était venue s'y réfugier avec des amis. On chuchotait qu'elle était la maîtresse de Paul Géraldy, un poète mondain auteur de « Baisse un peu l'abat-jour... ».

Elle invitait parfois mes parents à prendre le thé. Un jour où le salon était particulièrement agité par un nouvel arrivage de réfugiés en voitures de luxe, j’entendis une voix s'élever: « Il parait qu'un général appelle de Londres à la poursuite du combat! »

Et une autre voix de répondre: « Oui, il s'agit d'un certain De Gaulle. On 1e dit royaliste ». Ceci prononcé sans aménité, d'un ton réprobateur, comme d'un travers peu recommandable.
Ce fut la première fois que j'entendis ce nom, De Gaulle et, je crois bien aussi le mot « royaliste ». Personne ne 1'était dans la tribu familiale.

D'être réputé tel ne semblait pas plaider en faveur du général, non plus d’ailleurs qu'i1 fut à Londres. Le devoir de mémoire comporte de ces trous ! On préfère revenir avec une inlassable insistance sur la faiblesse de la Résistance à ses débuts, de manière à souligner d'autant, avec une sombre délectation, 1a lâcheté des français, plutôt que d'analyser objectivement les causes du phénomène.

La première des causes, le K.O et le chaos, évidemment! Mais aussi que le peuple ne connaissait pas du tout De Gaulle, et qu'aux yeux des politiciens et notables du régime, qui le connaissaient, sa réputation était frappée de suspicion. Pétain, lui, au contraire avait celle d'être « Le » plus sûr républicain des maréchaux de 14-18. A ce titre les gouvernements de la III ème République en firent leur chouchou.

De là à lui refiler sans réticence, avec soulagement, la responsabilité d'un destin national, par leurs fautes, très handicapé, il n'y avait qu'un pas.

Plus étrange, intrigant, intéressant, l’indifférence manifestée (si 1'on peut dire) par les français à 1a volatilisation d'un régime apparemment bien enraciné, établi, populaire ? Cette absence de regrets, d'émois, laisse perplexe. Au lieu d’être escamotée (encore un trou), elle mériterait d'être étudiée.

Décembre 1940 à Toulon.

Elle conduit à s'interroger sur l'enracinement réel de la République. Est-il plus profond de nos jours?
I1 faut admettre que l'Etat français, dit de Vichy, apportait un élément charismatique considérable, manquant gravement au parlementarisme, l’incarnation.
Quoiqu'on pense de Pétain, que l’armistice qu'i1 signa fut une ignominie ou 1a première grande erreur stratégique d’Hitler, qu'il fut un maniaque de la trahison ou « der alte Fuchs », 1e vieux renard, ainsi que le surnommaient les allemands, 1e Maréchal, dans la situation de panique générale, apparaissait un roc. Lorsque tout s'effondre, que les « élites » se délitent, les hommes-rocs acquièrent un pouvoir d’attraction irrésistible.
-« Le coup d'incarner est génial » écrit Cé1ine dans un « Château l'autre » à propos du Vieux, que pourtant il n'aimait pas. Un militaire...

Pour moi, ce coup génia1 fut une révélation. La politique  pouvait avoir en France un visage, un corps, une présence, une allure, alors qu'auparavant je n'apercevais qu'un jeu d'ombres fugaces qui se succédaient au gouvernement. Qui se souvient des présidents du conseil d'avant-guerre ?
De l'allure, le Vieux en avait tant, qu’à Montoire, la majesté du Chef français face à la mocheté du Chef allemand, faisait se demander qui était victorieux...? Je parle de mon impression à l'époque.

Quant à la fameuse poignée de mains, souvent obligé de serrer celle de grandes personnes détestées, ça ne me choqua pas. J'eus préféré que Pétain balança une baffe au « Fureur ». Mais qu'est-ce qu'on aurait ramassé!
Fin 40, croyait-on en la victoire finale de l'Allemagne ?
Les gens savaient, eux aussi, que toutes 1es forces et ressources des puissances hostiles à Hitler n'étaient pas encore engagées dans la guerre.
Ce n'était pas nécessaire d'être grand visionnaire pour savoir que les Etats-Unis existaient, que leur industrie était la première mondiale.
Tous les anciens combattants, de tous milieux, se souvenaient de l’intervention massive des soldats américains en 1917, Faudrait-il à nouveau attendre trois ans avant qu’ils interviennent? Personne n'ignorait non plus l’immensité de l'empire français mis en réserve, de l'empire anglais enfin mobilisé. Malgré des doutes assez justifiés, les anglais tenaient le coup. Leur attaque à Mers-el-Kébir se révélait n'être pas une avance faite aux allemands afin de négocier avec eux à nos dépens.
La situation était désespérante, mais pas désespérée.
En attendant j'apprenais l'allemand. Cela me fut utile, plus tard, durant l'occupation. L'occupation de l'Allemagne, en tant qu'occupant. C'est mieux.
Entre parenthèses mon double vécu, et d'occupé et d'occupant, me permet d'affirmer quelques compétences sur la situation d'occupation et les tactiques de manipulation de dominant à dominé et "vice" et versa.
Le prof d'allemand, breton autonomiste, partisan de la Grande Europe, fut le seul collabo que je connus, en quatre ans ! Encore un trou de mémoire dans le devoir, que dis-je un trou, un gouffre! Depuis vingt ans, la collaboration est, sans cesse davantage, amplifiée et stigmatisée, mais jamais n'est dénoncée, même pas évoquée l’idéologie européiste qui la motivait, qui la promouvait. Pourquoi ? Devinez…

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La nouvelle carte de l'Europe des Régions

A la longue le Maréchal m'ennuya un peu. Au collège, de morale, nous étions gavés. Inutile d'en rajouter. Les leçons de morale m’énervent. Données par des gouvernants, je gerbe. Plus les politiciens manquent de réels pouvoirs, plus ils prêchent. En outre j'avais la veine guerrière.
On avait beau nous expliquer qu'il fallait avant tout accroître la population française, mettre un terme à la dénatalité (effectivement l'une des causes de la défaite), faire des enfants, éviter les hécatombes, ne pas se croire obligé d'aller au casse-pipe dès qu'il s'en présentait, laisser de temps en temps le tour d'y aller à d'autres, j'étais privé d'aventures et de gloire.
Les hauts-faits des soldats de la Révolution et de Napoléon compensèrent imaginairement ce manque. Vaguement en quête d'un régime selon mon cœur vaillant, je dus être un moment bonapartiste…

Au pont d’Arcole…

Bernard Lhôte

(à suivre)

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