jeudi 29 juin 2017

Nous contacter


Les archives

Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

 

 

 

 

Dans l'octave de la Nativité...

Temps fort. Tout particulièrement pour notre ami Rodolphe Clauteaux...
Rodolphe n' a pas son pareil quand il rêve avec Saint Nicolas et le Père Noël...
Conte de Noël...

Le 28 décembre 2009

Le rêve du Père Noël

Le bon Saint Nicolas rêvait. Il rêvait qu’il était le bon St Nicolas et qu’il faisait du bien sur la Terre. Nikolaus pour ses intimes germains et Santa Klaus pour les mêmes, américains, le Père Noël donc, rêvait qu’il était au pouvoir. Il rêvait qu’il dirigeait un vieux pays de plus de deux mille ans d’histoire, un pays avec des tas de batailles, des saints et des saintes comme lui, des salades, des massacres d’innocents et de pas, enfin, deux mille ans d’histoire des hommes. Il était donc au pouvoir d’une grande nation.

Une de celles où il est appelé “Père Noël” par les petits enfants.
Et tout en dormant, St Nicolas jouissait de son pouvoir, de sa présidence. Il rêvait… Il rêvait…

Ce soir-là, cette nuit-là, nous étions le soir de Noël, Santa Klaus était donc encore au repos, c’était juste avant son gros travail du 24 à minuit. Les provisions avaient été faites, tous ses greniers étaient remplis de paquets cadeaux, ses douze rennes étaient pansés, harnachés, ils avaient engraissé confortablement depuis six mois, ils étaient prêts au grand départ.

Quant au traîneau, on lui avait repeint son rouge et on lui avait changé un joint de culasse, alors lui aussi était prêt à partir.

Voilà ce que Saint Nicolas rêvait. St Nicolas avait décidé que juste à Noël, juste avant de porter leurs cadeaux aux enfants sages, il allait traverser sa capitale, sur son traîneau pleins de clochettes et que, applaudi à tout rompre par les foules en délire emplissant les rues, il commencerait à faire des cadeaux, mais là, c’était des cadeaux au pays qu’il dirigeait, au pays à la tête duquel il était maintenant.
Son premier acte, fut de courir enfin ses rennes courant pour lui, vers les Resto du Cœur. Il se pose devant chez eux, enfin devant chez Coluche, enfin devant chez les pauvres à Coluche, et d’un coup de fouet magistral, il en fait tomber les murs.

Un par un. Et il en chasse les bénévoles. Et il en chasse les miséreux venus là chercher à manger. « Aaaaah… se dit-il, quelle joie que de supprimer ainsi la misère ! Aaaaah… pense-t-il, heureusement que je suis arrivé là, tous ces bénévoles et tous ses pauvres, ça fait vraiment désordre une nuit de Noël ! »

« Monsieur !? C’était un bénévole un peu plus courageux que les autres, qui, après son coup de fouet qui ne lui avait même pas fait mal, avait décidé de râler. Y’en a toujours un quelque part…
- Monsieur le Père Noël, comment vont faire ces gens ? Ce sont des pauvres, des petits, des maigres, des chômeurs, des SDF, des Sans-Papiers, des Plans-sociaux… c’est Noël… comment vont ils fêter cette fête de la solidarité et de l’amitié ?
- Vous avez reçu mon courrier, alors…
- Quel courrier ?
- La Poste ne marche donc vraiment plus ? C’est un cimetière, ce truc… marmonna dans sa barbe le Père Noël…

    - Quel courrier Ô notre bon Saint Nicolas ? Requestionna le bénévole qui était probablement dans le civil syndicaliste professionnel…
    - Le courrier où j’exige et obtiens que tous les grands restaurant parisiens consacrent leur soirée de fêtes à recevoir tous les pauvres qui se  présenteront !

    - Les restaurants parisiens !?…
    - Plus un mot ! Envoyez vos gens chez Robuchon, au Trois Cochons, à la Tour d’Argent, et surtout, sur les Champs Elysées, je viens d’y passer, allez au Fouquet’s. Vous n’aurez qu’à y dire que vous venez de la part de Nicolas, y’aura aucun problème !

    Aussitôt dit, aussitôt fouettés, ses rennes le remettent en l’air au galop et St Niklaus se précipite vers le 115. Ce central téléphonique que l’on appelle lorsqu’on n’a plus personne à appeler mais que l’on veut tout de même manger et dormir au chaud.

    Arrivé dans la rue, au milieu des voitures des maraudes déjà prêtes à démarrer pour aller chercher leurs lots à chacun d’esseulés, de désolés, de déconsolés, Santa Klaus ne perdit pas une minute. En effet, si la nuit de Noël est longue pour les astronomes et les sorcières, elle est trop courte pour Saint Nicolas. Or donc, il se précipite au milieu des minibi, et de son fouet magique, frappe les tôles automobiles, les renverse, les disperse, les « asperse » (un asperseur vaporise...), chasse les chauffeurs bénévoles ainsi que le bénévole qui a coutume de l’accompagner dans ses maraudes nocturnes. « Aaaah… gromèle-t-il alors, quelle plaisir que ce nettoyage, pas de doute, ces minibi [pluriel latin de “minibus”. NdlR] n’ont plus de fonction, car maintenant, c’est le… » Notre Santa Niklaus venait de s’arrêter brusquement de soupirer d’aise, car un officiel s’approchait de lui, accompagné de beaucoup de monde l’air pas content du tout. « Que faites vous donc, Sire ? [L’Officiel savait plus ou moins de qui il s’agissait, il l’avait vu à la télévision, et donc lui donnait en fait du “Monsieur le Président”, mais nous, pour aller plus vite, nous qui racontons son histoire, nous lui avons donné du “Sire”… NdlR] Nous sommes dans un endroit sacré, car c’est ici que finit la route du citoyen, c’est d’ici que l’homme s’en va là où il lui faut abandonner toute espérance ! » “Et toute citoyenneté”, ne manqua pas de penser dans sa tête le fonctionnaire officiel pas peureux du tout. Mais il pensa aussi qu’il valait mieux ne pas trop en rajouter vu l’état des nerfs du Père Noël…

    Le beau sang rouge de Nicolas ne fit qu’un tour, il abattit son fouet mystagorique juste devant les pieds de l’officiel, y creusant un grand trou où celui-ci aurait pu disparaître si le Sire en question l’avait désiré. Mais on est Père Noël ou on ne l’est pas…
    - Votre téléphone de misère n’a plus cours. Fini. Désormais, le 115 est aux abonnés absents !
    - Mais les pauvres ? Les SDF ? Il fait froid… Ils vont aller où ?
    L’officiel en question était vraiment courageux et quelque peu obstiné…
    - Vous n’avez pas encore compris ? Je suis le Père Noël, Santa Klaus, Saint Nicolas, Nicolas si vous voulez, okay ? A partir de ce Noël, fini, plus de pauvres ! Plus de SDF !

    - Sire, si c’est vous qui le dites…
    - C’est moi, en effet. J’ai ordonné la réquisition de tous les appartements vides de Paris. De tous les bureaux vides de Paris. De tous les ministères et autres locaux publics vides de Paris et d’ailleurs. Il y aura bientôt trop de place. Plus de SDF, c’est fini. FINI !

    La conversation s’arrêta là, l’officiel s’en alla, tout content de ne plus avoir à se farcir cette corvée administrative, et heureux à l’idée de reprendre bientôt son poste de Chef-de-Bureau au Ministère des Affaires sociales dont il n’aurait jamais dû être détaché s’il n’y avait pas eu la “boulette” à laquelle il ne voulait plus penser. Une boulette administrative qui lui avait valu un blâme avec solde et une affectation dans ce poste avancé de la « guerre officielle et républicaine contre la pauvreté »…
    Le Père Noël, après s’être bien assuré que les téléphonistes n’étaient plus au téléphone, que la ligne était débranchée [il a ses services de renseignements. NdlR], que plus personne ne répondrait au 115, wrounch ! redécolla.

    Pour aussitôt se précipiter vers un charmant appartement du XVIe arrondissement. Un de ces appartement dont les privilégiés sont souvent des ministres et qui donc paient rarement leur loyer ceci expliquant cela.

    C’est devant le balcon du quatrième étage tout confort avec ascenseur que le Père Noël, ses rennes et son traîneau se stationnèrent. Ensuite, ouvrant magiquement la fenêtre de ce balcon, il fit son entrée en pleine fête. C’était la fête de Noël dans la famille d’un ministre. Beaucoup de cadeaux et plein de choses à manger. Des bougies partout, et la charmante épouse du ministre, ravissante malgré ses cinquante-cinq piges et cinq lifting nez-menton-gorge-oreilles complets…
    - Sire ! Vous ici ?!
    - Oui Eric, moi ici ! Je viens te régler ton compte !

    L’ambiance festive se refroidit « accélérément» d'autant plus que la grande et majestueuse fenêtre était toujours ouverte.

    - Me régler mon compte ? Me limoger ?!
    - Exact. C’est comme ça qu’on dit à Sciences Po’ et à l’ENA !
    - Mais Sire, j’ai fait tout ce que vous m’avez dit ! J’ai multiplié les priso… euh… les camps de rétention administrative, j’ai multiplié les raccompagnements à la frontière, en Afghanistan-qui-n’est-pas-en-guerre, par exemple… j’ai liquidé la Jungle de Calais… J’ai organisé le Débat sur l’identité nationale exclusivement mené par les préfets des Préfectures… Tout ! J’ai tout fait comme vous le vouliez…

    Le pauvre Ministre était dans tous ses états et, déjà, son épouse ravissante et liftée commençait à chercher à se rappeler le nom de ce présentateur du 20 Heures qui lui avait souri la dernière fois…
    - Peut-être, mais tout a changé, je n’ai plus besoin de toi !
    - Mais et les Sans-Papiers ?
    - Fini, plus de frontière !
    - Mais et les minarets ?
    - Les minarets ? C’est quoi les minarets ?
    - Les minarets des mosquées que vous rêviez de suisser…
    - Et alors ? On a des cheminées, des clochers, des buildings, on aura des minarets. C’est Noël, même pour…
    - Même pour les Bougnoules ?
    - Viré ! T’es viré Eric, plus besoin de toi dans mon cher pays. Et puis en plus, tu risques bien d’avoir un procès aux fesses pour insultes à caractère raciss !
    - Petit papa Noël…
    - Viré !
    - Petit papa Noël, je peux pas me rattraper ?
    - Te rattraper… Comment ?
    - Euh… je vais faire distribuer des jouets aux enfants sans-papiers des pris… des camps de rétention ! Ça c’est bien, non ?
    - Limogé ! T’es !
    - Mais !
    - Strabourgeoïsé !
    - Mais…
    - Clermont-Ferrandisé ! Ouste !

    Sur ces bonnes et énergiques paroles, des mots qui lui réchauffait le cœur, notre bon St Nicolas repris les rênes de ses rennes et se renvola. Il n’eut pas à aller trop loin, puisqu’il allait visiter un autre appartement ministériel qui était bien sûr dans le même quartier. Même modus operandi. Arrêt devant le balcon principal, ouverture mystagogique de la fenêtre et irruption au milieu de la fête familiale et ministérielle…
    - Alors Brice ! Ça farte ?
    - Ah ! Monsieur le Président, quel plaisir de vous recevoir en ce joyeux soir de Noël !
    - Brice, t’es viré !
    - Quoi ? Moi ? Limogé ? Pourquoi ?

    - T’es viré parce que j’ai plus besoin d’un ministre de l’intérieur ! Aussi simple que ça.
    - Plus besoin ? Mais et les cameras urbaines à installer ? Et les effectifs de la police à diminuer ? Et les effectifs des prisons à augmenter, là où faut encore que je réussisse à réduire l’espace vital des cellules individuelles habitées par cinq détenus ? Allons, Nicolas…
    - Saint Nicolas s’il-te-plaît !…
    - Nicolas, t’as trop besoin de moi !
    - Brice, retourne à Nice…
    - Quoi ?
    - Ah ah ! Je t’ai cassé ! Ouais, plus besoin de toi. Les prisons, on va trier les pensionnaires et on va en envoyer à l’hôpital psychiatrique la moitié d’entre eux. Ceux qui n’ont rien à faire en prison. Ça fera de la place ! Les cameras, finies, à coup de lance-pierres qu’on les aura !

      - Quant à la police, elle va retourner à l’école et faire dorénavant de l’animation de quartier, de la proximité, de la prévention, et je vais leur augmenter les salaires et en doubler les effectifs !
      - Mais c’est affreux ! Et le déficit ? Qu’est-ce qu’ils vont dire à Bruxelles ?
      - Quel déficit ?
      - Mais Ô Grand St Nicolas, le déficit à cause des impôts des riches qu’ont diminué…
      - Quoi ? Les riches paient moins d’impôts ?!
      - Mais Nicolas… enfin…
      - Z’en paieront plus, je vais leur faire rendre gorge ! Et puis…
      - Et puis ?
      - Et puis y’a le Grand Emprunt ! Avec ça, plus de déficit. Bruxelles sera contente ! Allez ! Lillisé que t’es.
      - Mais !
      - Bordélisé !
      - Mais…
      - Lyonisé, nicé ! Ouste !

      Aussitôt dit aussitôt fait Brice sut qu’il devrait désormais surfer à Pôle Emploi, et sa ravissante épouse téléphonait déjà à son avocat pour demander le divorce, lorsque le Père Noël remit en marche son équipage, en direction du HLM de la cheftaine de Ni Putes Ni Soumises

      Vingtième étage… pas de balcon… ascenseur en panne… Le char du Père Noël dut donc se poser entre les paraboles sur le toit de la grande tour…

      - Ah ! Fadela !
      - Ah ! Nicolas !
      - Et alors… On fête pas Noël chez toi ?
      - Nicolas, tu sais bien que je kife pas le Petit Jésus…
      - T’es virée !
      - Moi ? A cause du Petit Jésus ?
      - Non, t’es virée à cause du Plan Marshall des Banlieues ?
      - Justement, Nicolas, je reviens de New-York, j’y ai appris des tas de choses et j’allais commencer à…
      - Virée que t’es. On a plus besoin de toi. Les banlieues, c’est fini !
      - Fini… les banlieues ?! Les Quartiers Sensibles… Finis ? Les Zones d’Activités Prioritaires ? Finies ? Tu vas les kärchériser ? Enfin ?
      - Non, finies les banlieues parce qu’il n’y en aura plus quand les riches y seront installés ! Plus besoin de toi !…
      - Les riches dans les banlieues ? Dans mes HLM ? Impossible !
      - Si. Au Père Noël rien d’imp…
      - J’y crois pas au Père Noël, tu connais ma religion…
      - A Saint Nicolas rien d’imp…
      - Je crois pas aux saints…
      - A Nicolas, rien d’impossible !
      - Mais comment vas-tu mettre les riches dans les HLM ?
      - Je vais leur faire payer tellement d’impôts qu’ils ne pourront plus payer leurs loyers, qu’ils devront vendre leurs appartements de luxe, et que donc ils me supplieront de leur obtenir un HLM. Comme y’a pas beaucoup de riches, ce sera facile !
      - Et les pauvres, tu vas les mettre où, s’il y a les riches à leur place ?
      - Les pauvres, chez les riches, les riches chez les pauvres, et les cochons seront bien gardés !
      - Nicolas, je crois que tu as abusé de la bouteille !
      - Tu crois ?…

      C’est alors que le Père Noël, Santa Klaus, le bon Saint Nicolas, Nicolas tout court, se réveilla…
      - Allez ! Allez mon chéri ! Réveille-toi ! Tu fais un cauchemar !
      - Hein ? Carla ?
      - Oui, c’est moi… tu faisais un horrible rêve, tu t’agitais, tu…
      - Horrib’. Tu peux pas savoir ! Carla… Je réduisais les impôts des riches… je réquisitionnais les appartements vides… Je…
      - Quelle horreur ! Allez, rendors-toi, demain, tu dois aller à Copenhague…

      Faits et propos recueillis
      par Rodolphe Clauteaux

      …Qui vous souhaite à toutes et à tous un Joyeux Noël !

 

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.