dimanche 20 août 2017

Nous contacter


Les archives

Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

 

 

 

 

J'avais dix ans...

Notre « Frère d'armes » Bernard Lhôte se souvient. Avoir dix ans en septembre 1940... De la tristesse à l'humiliation, sur les chemins de « Basta la république! »
En Mousquetaire, 70 ans après, l'Ami Bernard toujours se bat! Une seule cause la France...

Portemont, le 16 décembre 2009

Quand et comment je ne devins pas républicain

Quand suis-je devenu royaliste ? Je ne sais. Par contre je me souviens du moment où il m'est devenu impossible d'être républicain.
C'était en I940, en Septembre, deux mois après 1'armistice. Entraînée jusqu'aux environs de Cahors par la gigantesque débâcle, la famille reprenait le chemin inverse en direction du nord, afin de retrouver la maison désormais en zone occupée.



J'avais dix ans. Malgré 1'admiration et 1'amour que j'éprouvais envers mon père, je ne comprenais pas bien sa décision d'aller se jeter dans la gueule des loups, des boches, des vainqueurs. Mais avec six enfants, avec le sens des responsabilités d'un notable de village, et un cran d'une rare sérénité, on ne raisonne pas comme un jeunot. Et nous ne disposions pas d'un avion pour rejoindre Londres.

Quoiqu'il en fût, je n'augurais rien de bon de ce retour. Le Sud, que1'exode m'avait donné de découvrir, m'avait séduit. J'y serais volontiers demeuré en d’éternelles grandes vacances, bien qu' il n'y eut plus déjà  en ce pays pauvre grand chose à manger, à part du cantal et du menu fretin péché dans le lot.

Je garde du passage de la Ligne de Démarcation un souvenir noir. Alors qu'i1 faisait jour, soudain ce fut la nuit. Une éclipse du soleil à la vue des premiers uniformes ennemis des « feldgendarmes » allemands qui contrôlaient les papiers des réfugiés rentrant chez eux.

Entassés dans la Renault familiale, parents et frères et sœurs, nous ne pipions mot. Régnait le silence de 1a peur, des profondes tristesses, de 1'humiliation.
Jamais je ne pardonnerai ça, cette peur, cette tristesse, et surtout cette humiliation, au régime, qui, par sa faiblesse, son absolue évidente nullité, me les infligea!

Bien sûr, sur le coup, je ne me suis pas dit: A bas 1a République! Mais sans que je le sache, sans en avoir claire conscience, de l'avoir vue si basse, d'avoir vu ses institutions ordinaires si veules, son armée si débandée, la disqualifiait à tout jamais dans mon esprit et dans mon cœur.
Auparavant, avant l'apparition épouvantable de 1'ennemi au passage de la Ligne de Démarcation, le drame de la défaite m'avait stupéfié et...distrait comme un spectacle justement.

Pour les enfants, le désarroi des grandes personnes ne présente pas que des inconvénients. Elles vous oublient, elles vous fichent 1a paix. Sans doute est-ce pour quoi 1es gamins ne détestent pas 1a guerre.

L'exode des bords du Loir aux bords du Lot était mon premier grand voyage, plein de péripéties inquiétantes et excitantes, de frayeurs et de divertissements.

Parmi les frayeurs, les survols et mitraillages à basse altitude des avions ennemis, à la maîtrise de l'air incontestée. Parmi les divertissements tragi-comiques, les envols de papiers d'archive de la Banque de France de Paris s'échappant par brassées des camions de déménagement censés les
mettre à 1'abri. Hélas aucun billet ne virevoltait.

La pauvreté du dispositif de protection du pont sur la Loire que nous traversâmes mit un terme aux ultimes espoirs d'arrêt de l'invasion. Seulement deux automitrailleuses, une escouade de braves des braves, légionnaires et marsouins comme par hasard, quelques marins et aviateurs à pieds, en tout et pour toute défense opposée là à la foudroyante avancée de la Wermarcht !

A Poitiers le déferlement des fuyards bloquait complètement le convoi d'un régiment de tirailleurs algériens montant en renfort vers le nord.
En un sens, un heureux  bouchon grâce à qui -et à la cessation des combats- cette unité échappa aux camps de prisonniers en Allemagne et put retourner en Afrique du Nord en vue d'un plus glorieux destin.

Bien que cette cessation mit fin à une déroute hallucinante, à une boucherie très saignante, pour rien, et bien qu'el1e stoppa l'irrésistible chevauchée allemande, elle n'en était pas moins la lugubre officialisation d'une défaite. Pardon, d'une "bataille perdue" si 1'on préfère, mais alors très très grosse bataille, très très perdue, si grosse et si perdue qu'e11e ressemblait à La Défaite, majuscule.
A voir mon père, ancien de 14-18, pleurer à 1'annonce de l'armistice, impossible de ne pas me rendre compte de l'extrême gravité du désastre.

Cependant ce n'est qu'en Septembre, à 1'apparition de l'uniforme exécré, que je m'en rendis pleinement -c'est-à-dire physiquement- compte.

Si j'insiste sur l’ampleur de ce désastre, c'est qu'à en croire ce qu'on dit maintenant, un peu plus de courage eut suffi pour renverser la situation.

Ben voyons, les petits mignons réfractaires au service militaire, on aurait aimé les y voir à 1'étripaille. C'est beau la bravoure à posteriori...pas un pacifiste actuel qui, à lire ce qu'on lit, à entendre ce qu'on entend, n'eut été jusqu'au-boutiste, baïonnette au canon à l'assaut des panzers-divisions, SS tant qu'à faire le héros rétroactif.

7e « Panzer division » pénétrant en France en 1940...

Quelle chance ils ont eu les nazis! De n'avoir pas eu affaire aux post-post-post-résistants de l'après-après-après-guerre.

Bien qu'élèvés, nous: pour servir Dieu et la Patrie, on n'en menaient pas large, lors de la rentrée des classes d'octobre 40.

La réquisition de la moitié des bâtiments du co11ège (Sainte-Croix du Mans), le voisinage quotidien de 1'occupant, ne nous permettaient jamais d'oublier l'ignominie du sort qui nous était fait. Et pour combien de temps, l'accablante question, sans réponse possible: POUR COMBIEN de TEMPS?
Cinq, dix, quinze ans ? Personne n'en savait rien. Personne, ni Churchill, ni Pétain, ni Hitler, ni 1e Pape, même pas De Gaulle.

Ça c'est un supplice! Ne pas savoir du tout la durée de la condamnation à la prison. On ne voulait pas croire à la perpétuité, un point c'est tout. Nous aurions su la durée de la peine; quatre ans.Seu1ement quatre ans, se serait-on dit, un rêve!

Les "bons pères" avaient beau nous inciter ardemment à offrir 1es privations subies, en sacrifices, pour 1e salut de Notre-Dame la France, le pain était rare, les ventres creux, le froid g1acial, les engelures crevassées, les hommes prisonniers, les dangers fréquents, les bombardements collatéraux, les bottes teutonnes écrasantes, l'honneur écorché vif.

Soixante-dix ans après, aux souvenirs de cette époque horrible, le même ressentiment envers les fauteurs de défaite me saisit. Colère et mépris, intenses. Puis le calme revenu, réflexions faites, tout bien considéré, objectivement je me dis: Basta la République!

A suivre...

Bernard Lhôte

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.