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« Si ce n'est toi c'est donc ton frère »...

« Je n'en ai point. » - « C'est donc quelqu'un des tiens »... Nous avons tous appris ces beaux vers de La Fontaine. Et nous n'avions pas besoin d'attendre la fin du poème pour en connaître la morale... « La raison du plus fort et toujours la meilleure ». A son tour, Michel de Poncins nous lance: « Nous l'allons montrer tout à l'heure. »
Du malheur et de la révolte des agriculteurs...

Toujours « décapant », Michel de Poncins martèle sa foi dans les libertés à retrouver...

Sans « tout » partager, nous ne pouvons pas nous détourner du constat...
Ces libertés à reconquérir imposent une haute idée, une haute conscience de son métier... Et ne sauraient se passer, au cas où..., d'une main de justice, forte et indépendante... cette main ne se lèvera jamais à Bruxelles...

Portemont, le 19 août 2009

LE FRERE JUMEAU

Mois de mai 1358...


Manifestation paysanne des Arapiroux à la Croix Jolie. 1958
(http://pagesperso-orange.fr/jean-louis.philippart/histoire/photos%20de%20famille.htm)

Le malheur et la révolte des agriculteurs ne sont pas des faits nouveaux et se reproduisent inlassablement en boucle sur eux-mêmes. Tout récemment il y eut le lait et la pêche avec des manifestations très violentes.

Sur des années, la France qui dispose de tout ce qu’il faut pour produire des fleurs, a vu disparaître la plupart des productions de fleurs et, d’ailleurs, sans beaucoup de manifestations : ce fut l’étranglement silencieux.
Ces jours-ci, les fruits et légumes font l’actualité.

Voici l'occasion, une fois de plus, d’énoncer sur les problèmes agricoles la vérité que les médias officiels cachent soigneusement.

Les producteurs de fruits et légumes reçoivent des aides nationales et nous allons parler plus loin de la justification ou non de ces aides. Quoi qu'il en soit, Bruxelles a exigé de la France que les producteurs remboursent une partie des aides nationales qu'ils ont reçues entre 1992 et 2002. La facture adressée par dictature bruxelloise à la France s'élève à 338 millions d'euros auxquels il faut ajouter les intérêts de retard compris entre 100 et 150 millions, soit un total d’environ 500 millions d’euros. Un dernier recours à la cour européenne serait possible, mais il durerait au moins deux ans avec le risque d'aggraver la facture.
Il est évident que cette demande est odieuse et ne peut être supportée par des producteurs déjà pris dans un étau entre la baisse des prix et le coût excessif de la main d’œuvre.

Le ministre, Bruno le Maire, s'est engagé à lancer la procédure de recouvrement dès la rentrée ; en effet la France a accepté depuis longtemps de perdre son indépendance vis-à-vis des fonctionnaires de Bruxelles. Comment va faire ce ministre pour lancer la procédure de recouvrement ? Quels soldats va-t-il dépêcher pour brûler la plante des pieds des récalcitrants ruinés ?
L'on imagine la douleur de ces agriculteurs qui n'exercent plus librement leur beau et vieux métier et sont transformés en chasseurs de prime. Ils avaient pourtant bien « chassé » et les voici placés devant l'exigence d'un remboursement, ceci dans une incertitude juridique totale. Pendant ce temps, les ministres successifs, co-responsables de l’erreur tragique, continuent à se partager allègrement le butin public lors des remaniements ministériels permanents.

Cette horreur fournit l’occasion de traiter en profondeur de la politique agricole, qu'elle soit nationale ou commune (PAC).

D'abord mentionnons les divers mensonges en vigueur.

Il nous est dit que la profession agricole a besoin d'aides : c'est un pur mensonge. Aider une activité quelle qu'elle soit c’est, par définition, la tromper et l'empêcher de s'adapter aux conditions du marché. Dans le cas particulier, si la presse proclame qu’il y a besoin d’aide, c’est parce que cette presse cache volontairement l’existence du frère jumeau.

Chaque agriculteur entretient par force un frère jumeau travaillant dans les bureaux dans des conditions de confort qu'il ne connaît pas, lui agriculteur, et faisant bravement ses 32 heures hebdomadaires avec des espoirs de retraite mirifiques par rapport par rapport aux retraites misérables des vrais agriculteurs.

Pour arriver à ce calcul du frère jumeau, il ne faut pas se contenter des fonctionnaires du ministère de l'agriculture qui ne forment qu’une goutte d’eau dans le drame. Il faut ajouter tous les fonctionnaires dans les régions, les départements, les mairies, etc. Il faut tenir compte de la cohorte glorieuse des eurocrates, des onucrates, sans oublier la FAO, organisme qui, malgré son titre, ne sert surtout pas à lutter contre la faim.

Enfin, il est nécessaire d’englober la vraie jungle des organismes qui sont censés défendre les agriculteurs et qui en fait s'enrichissent sur la bête par les prélèvements insupportables qu'ils infligent à la profession. Beaucoup de ces organismes disposent par la loi du droit extraordinaire de prélever des taxes parafiscales sur les professionnels, taxes qu’ils attribuent ensuite à leur guise, les contrôles officiels étant pratiquement nuls. Ces organismes ont inventé même la « CVO » ; pour ceux qui ne connaissent pas la signification de ce sigle, la voici : « cotisation volontaire obligatoire » ; aucun romancier, même le plus imaginatif, n'aurait pu penser qu'un tel monstre administratif puisse exister !

C'est un autre mensonge que de dire que les organismes agricoles, qui font souffrir les agriculteurs comme indiqué plus haut, les défendent contre le pouvoir. En fait, dans leurs bureaux dont le luxe est incroyable, il livrent des combats d'arrière-garde pour aménager la catastrophe et pas du tout pour l’endiguer. Ils n’ont aucun intérêt à ce que la situation des agriculteurs s'améliore car les dirigeants et l'ensemble du personnel perdraient leurs magnifiques salaires ainsi que leur statut.

En 2004...

Après les «affaires» de financement illégal des partis politiques, la mise en examen de deux anciens dirigeants de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) ouvre une nouvelle voie aux scandales financiers, dans le milieu du syndicalisme agricole cette fois. Luc Guyau, ancien président de la FNSEA, de 1992 à 2001, et Yves Salmon, ancien directeur général de 1993 à 2001, se voient reprocher d’éventuels «abus de biens sociaux, complicité et recel» dans une enquête portant sur des détournements de fonds au profit de leur organisation.

A l’origine, un rapport de la Cour des comptes, en 1998, soulignant que la Confédération nationale de l’élevage aurait reçu des fonds d’un organisme professionnel alimenté par tous les agriculteurs afin de payer sa cotisation à la FNSEA. Il s’agirait donc là d’un financement indirect du syndicat agricole par le biais de prélèvements obligatoires. En 2000, l’Organisation des producteurs de grains (OPG) qui fait partie d’un petit syndicat concurrent de la FNSEA, la Coordination rurale, porte plainte. Quatre ans après, l’instruction aboutit à ces deux mises en examen qui relancent la polémique sur le caractère hégémonique de la FNSEA dans le milieu du syndicalisme agricole et la protection dont elle ferait l’objet de la part des ministres de l’Agriculture, notamment de droite, depuis les années 60...
Deux anciens présidents de la FNSEA sont devenus ministres de l’Agriculture : Michel Debatisse, dans le gouvernement Raymond Barre de 1979 à 1981, et François Guillaume, dans le gouvernement Jacques Chirac de 1986 à 1988. Plus récemment Luc Guyau lui-même vient d'être nommé responsable des questions agricoles et agroalimentaires de l’UMP, le parti présidentiel

Jean-Michel Lemétayer est président de la FNSEA , le navire amiral de la formidable armada des organismes agricoles ; il vient d’écrire un article dans le Figaro pour glorifier la politique agricole et justifier le prétendu besoin d’aides.
De nombreux rapports de la Cour des Comptes ont montré le désordre complet qui règne dans ces innombrables organismes agricoles avec très souvent des pratiques tout à fait critiquables sur le plan de l'honnêteté, c’est-à-dire des transferts indus en faveur de certains dirigeants ; ils citent des salaires parfaitement extravagants.

Ne pouvant m’arrêter à tous les faits dans ce royaume d’absurdie, je mentionnerai seulement, pour « distraire » le lecteur, un chapitre concernant l’Anda qui est un organisme censé faire de la recherche. Voici l’un des objectifs fumeux de cet organisme : : « Actions collectives de développement en vue d'associer les agriculteurs à la recherche appliquée, de diffuser dans les milieux agricoles les connaissances nécessaires à l'amélioration des techniques de production et de gestion ainsi que des conditions de vie, afin de donner à tous une connaissance générale des problèmes techniques, économiques et sociaux de l'agriculture » !

Autre mensonge lu dans la presse : la crise des fruits et légumes viendrait de la politique « ultralibérale » de Bruxelles. C'est tout à fait le contraire : Bruxelles en réglementant jusque dans le plus petit détail le travail des agriculteurs fait preuve de pratiques parfaitement dirigistes.
Autre mensonge : la recherche de l'égalité. Les journaux écrivent benoîtement que la filière des fruits et légumes réalise 16 % des ventes agricoles et reçoit seulement 3 % des aides européennes. Nous touchons du droit le mensonge de toute pratique socialiste qui veut absolument réaliser la chimère de l'égalité avec le résultat de ruiner tout le monde.

Enfin dernier mensonge : le malheur viendrait de la politique agricole commune (PAC), non par son existence même, mais par des erreurs qui seraient aisées à corriger. C'est une contrevérité grave : l’erreur de base est l’existence d’une politique agricole publique, qu'elle soit commune ou nationale. La politique industrielle a détruit l'industrie française et la politique informatique a détruit l'informatique française ; le même phénomène se produit en agriculture.
Les faits étant rappelés ainsi que divers mensonges, quelles sont les explications ?

L'agriculture ne se distingue pas de tous les autres métiers. Elle a ses particularités comme celui d'être proche de la nature et d’être tributaire des éléments dont le climat ; elle n’est pas la seule dans les activités humaines à avoir ces caractéristiques et doit simplement en tenir compte. La réglementer à partir d'un gouvernement ou encore mieux d'une commission européenne qui règne dans les nuées de l'Olympe est une vue de l'esprit. Quand il s'agit de biens aussi périssables que les fruits et légumes, il faudrait être un « deus ex machina » pour y arriver. Trois dictateurs à Bruxelles règnent sur le lait dans toute l’Europe, avec des milliers d’exploitants qu’ils traitent comme des esclaves leur dictant les prix, la façon de travailler, la qualité du lait, etc.

Il nous est dit que le prix de la main-d'œuvre écrase les agriculteurs. Ce qui les écrase en vérité, ce sont les impôts et charges insensés auxquels ils sont soumis et leurs frères jumeaux travaillant dans les bureaux dont ils n'ont nul besoin. S'il n'y avait pas ce poids insupportable, les agriculteurs auraient tous les moyens de se gérer eux-mêmes dans leur totale responsabilité avec les organismes qu’ils créeraient librement et qu'ils surveilleraient eux-mêmes.

Les réglementations exercent des ravages aussi perturbateurs que les impôts et charges. Un agriculteur passe peut-être la moitié de son temps à gérer les primes et à comprendre les réglementations perpétuellement changeantes. Le propriétaire d’une terre qui veut s’installer agriculteur sur sa propre terre doit franchir un véritable parcours du combattant pour y arriver, avec au finish, le Préfet qui lui indique comment faire !

Il s'ajoute un gaspillage du temps absolument phénoménal.
Pendant longtemps la mode était la culture productiviste qui a reçu des subventions fabuleuses, surtout en direction des plus riches céréaliers ; la tendance maintenant est à l'élevage ce qui veut dire qu'on s'est trompé pendant de longues années avec toutes les conséquences économiques et financières que l'on peut imaginer. Si les cultures n'étaient pas soumises à la véritable dictature que les agriculteurs acceptent, ils s'adapteraient fort bien et au jour le jour à tous les changements sur le marché au lieu d'attendre des années avant de se corriger.

Depuis peu de l’argent public est déversé sur les produits bio : cela signifie sans doute qu'on s'est trompé pendant longtemps en les négligeant. Il n'empêche qu’une étude britannique vient de s'apercevoir que la culture bio n'offrait finalement aucun avantage marquant pour la santé humaine : à quand pour corriger tout ceci la prochaine invention des bureaucrates au pouvoir ?

Pour illustrer le propos , rappelons que la Nouvelle-Zélande a pu sortir du socialisme qui ruinait son économie. C'était d'autant plus méritoire que le ministre des finances, Sir Roger Owen Douglas, auteur de la réforme appartenait au parti travailliste et, donc, a dû réaliser avec ses amis une vraie reconversion intellectuelle.

L'agriculture, notamment, vivait pour un tiers de subventions et se mourait en silence de ces subventions. Elles ont été supprimées d'un seul coup et l'agriculture est devenue très vite prospère, grâce à la liberté retrouvée des agriculteurs qui ont pu gérer avec efficacité leurs affaires.

Dans la crise actuelle, il n’est, hélas, aucune chance que la libération nécessaire de l’agriculture se produise : les énarchos-gauchos au pouvoir ne sont pas formatés pour cela et n’y trouveraient aucun intérêt personnel, car leur richesse vient précisément de leurs aptitudes à gérer la jungle des réglementations qu’ils alimentent sans arrêt.

La probabilité est qu’après s’être couché devant Bruxelles, le pouvoir va subir des manifestations violentes et cherchera à éteindre l’incendie qu’il a lui-même laissé se créer.

Les pompiers pyromanes enverront des canadairs arroser d’argent public les paysans en juste colère.

L’argent ramassé à la hâte par les canadairs dans la rivière argentée des impôts ira asphyxier quelque part les quelques industries et activités qui résistent encore courageusement aux assauts meurtriers des gouvernements successifs.

Michel de Poncins
micheldeponcins@orange. fr

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