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Kaboul : un autre Dien-Bien-Phu...

Une ressemblance qui frappe bien au-delà des reliefs et des « défenses »... Nos soldats connaîtront-il à Kaboul, le désastre et la gloire, comme à Dien-Bien-Phu en 1954?... « Regards » d'un homme de terrain, le colonel René Cagnat (E.R), au cœur de l'Asie centrale depuis 1994. Une « exclusivité » qu'il offre à nos lecteurs... Merci mon Colonel !

Il a porté la « Tarte », après avoir  entendu « Debout les officiers! »

Saint-Cyr, promotion du centenaire de Camerone... 1962-1964

Toujours debout, René Cagnat, docteur ès sciences politiques (IEP Paris 1983), maîtrise de russe (Sorbonne 1979), breveté technique de l’Ecole de guerre en 1982, nous apporte ses connaissances sur une région où bouillonne une fois encore le « Grand Jeu »...

Comprendre les « fondamentaux »... Nous n'espérions pas un si bon guide!

Encore merci mon Colonel!

Portemont, le 29 mars 2009

Une arrivée en avion à Kaboul remet en mémoire Dien-Bien-Phu. Les dimensions de la vallée, les contreforts qui la dominent, l’aéroport hérissé de défenses et jusqu’aux points d’appui  adossés aux axes d’entrée, tout cela remémore  la cuvette où nos soldats  connurent, en 1954, le désastre et la gloire.

Kaboul...

Dien-Bien-Phu...

Mais la ressemblance ne s’arrête pas là. La capitale afghane, peuplée aujourd’hui de trois millions de quasi réfugiés, passe à l’état de siège : alors que les Taleban s’infiltrent dans la population, les routes d’accès  se ferment. Les Etats-Unis et l’OTAN vont jusqu'à payer indirectement les insurgés pour obtenir l’approvisionnement terrestre de la garnison. Les Américains sont si conscients de la gravité de la situation qu’ils augmentent d’un tiers leur contingent par  un renfort de 17 000 hommes qui sera déployé au printemps au sud de l’agglomération. Notons que l’environnement populeux de Kaboul est mille fois plus dangereux que celui, agreste, de Dien-Bien-Phu : il permet d’installer  des commandos auprès des points d’appui et fournit  le terreau d’un fanatisme qui pourrait submerger les  défenseurs. Le seul fait qui puisse reporter de quelques années l’échéance de cet assaut est l’extrême lassitude du peuple afghan épuisé par trois guerres successives.

Attentat suicide à Kaboul - 07/07/2008

Le peuple afghan, au fil de son histoire, a plusieurs fois illustré sa capacité à chasser les étrangers. Il est facile d’envahir l’Afghanistan, pays  divisé dans lequel on peut toujours s’appuyer sur une faction. Mais le tenir est une autre affaire ! L’Afghan, en effet, et en particulier le Pachtoun, se caractérise par  une  xénophobie latente. Pour peu que le nouveau venu fasse preuve d’arrogance, pour peu qu’il n’appartienne pas à l’islam, et voici l’unité qui se reconstitue contre lui. Les Anglais qui ont essuyé en moins d’un siècle,  de 1838 à 1921, trois échecs en s’aventurant en pays pachtoun, auraient dû  s’en souvenir. Mais non ! Quel Anglo-saxon revenu à Kaboul s’est rappelé  le désastre infligé en 1842 aux 4500 hommes du premier corps expéditionnaire britannique ?

Contraints de quitter  la capitale afghane, ils ont  disparu à l’exception d’un seul, le docteur Brydon.  Aujourd’hui, comme en 1880, voici les mêmes Britanniques enlisés dans l’Helmand. Sait-on  qu’alors, dans cette région, au cours de la bataille de Maïvand, l’armée de Sa Majesté, face à des guerriers déchaînés, s’est débandée perdant 800 hommes sauvagement tués, tous ses canons et même deux étendards ? Les Afghans, il est vrai, avaient été fanatisés par une passionaria locale, Malalaï, qui leur répétait : « si tu reviens vivant de Maïvand, la honte sera sur toi ! ».

En 1919, enfin, alors que l’émir Amanullah, ulcéré par les contrôles anglais sur sa politique étrangère, vient d’attaquer à l’improviste la garnison anglaise, Londres, déjà, se met à bombarder par avion le palais royal. Le monarque fait mine de céder, mais la maladresse anglo-saxonne laisse des traces profondes dans un peuple plus indomptable que jamais.

Il le montre de 1979 à 1989 contre les Soviétiques. Face à la montée des périls, ces derniers ont  le mérite de réussir un repli avant que la nasse ne se referme sur eux. Cette nasse  correspondait à un étranglement terrestre   de la capitale par les résistants complété par l’utilisation de missiles anti-aériens stinger fournis par les occidentaux.

Puisse nos troupes de l’OTAN se retirer à temps ! Sinon, notamment à Kaboul, comment faire face à des foules fanatisées ? Aujourd’hui déjà, il y a pléthore de volontaires pour les attentats par kamikazes alors même que l’armement des Taleban s’améliore. Comme à l’état-major de Saïgon où prévalait le point de vue selon lequel le Viet-Minh ne pourrait installer son artillerie lourde autour de la cuvette, domine de nos jours  à l’OTAN l’opinion que les insurgés ne pourront se procurer les missiles anti-aériens qui leur permettraient d’acquérir la supériorité. Or nombre d’ex-Soviétiques, humiliés naguère par les stinger remis aux  mujjahidines, rêvent d’agir de même avec les révoltés. Par ailleurs, on signale de ci de là  l’utilisation  en Afghanistan des premiers missiles sol-air achetés sur le marché parallèle…Que deviendront les points d’appui isolés par les insurgés lorsque les hélicoptères ne pourront plus assurer le ravitaillement ?

A quoi bon insister ?  La guerre  a été perdue dès novembre 2001. Le peuple afghan,  révulsé par la dictature des Taleban, venait pourtant d’accueillir avec curiosité sinon bienveillance –hospitalité oblige- ces étrangers qui promettaient d’apporter le renouveau et la richesse. Hélas ! A peine les Américains étaient-ils arrivés qu’ils procédaient à des bombardements massifs.

Depuis, les Etats-Unis et, à leur remorque, l’OTAN, n’ont cessé d’accumuler les fautes graves. Ils n’ont pas lutté contre la culture du pavot qui  finance de plus en plus l’insurrection. Ils n’ont pas établi un contact suffisant avec la population. Enfin, alors qu’ils avaient affaire à une société médiévale, ils ont promu un système démocratique  inadapté, assorti d’un pouvoir fantoche : seule la famille royale, autour du roi Zaher Shah, avait l’aura et le savoir-faire nécessaires pour brider les seigneurs de la guerre et lutter contre la corruption.

Le roi Zaher Shah

Malgré l’aggravation de la situation, les Américains s’accrochent. Ils le font surtout parce que leurs bases dans la région leur offrent un pivot idéal pour prendre à revers aussi bien l’Iran ou la Chine que la Russie. Devant l’importance de l’enjeu, ne vaudrait-il pas mieux, au nom de l’efficacité, qu’ils se désengageassent, sinon des bases de Bagram et de Kandahar, du moins de Kaboul trop menacé ?

Base de Bagram


Base de Kandahar

Ils retrouveraient ainsi une liberté de manœuvre leur permettant, entre autres, de mieux lutter  contre la culture du pavot.  Que les Russes et les Chinois – et, à travers eux, l’Organisation de coopération de Shanghaï - soient alors obligés d’intervenir serait logique : l’insécurité afghane n’est-elle pas, d’abord, le problème des pays de la zone ?


Si les Américains persistent dans leur guerre, une question se pose, pour nous Français comme pour nos comparses de l’OTAN :   comment tirer notre épingle d’un « très grand jeu »  qui, pour l’instant, ne nous concerne pas ? Attendons que cette guerre s’effectue réellement contre la drogue. Alors, mais alors seulement, notre devoir sera d’y participer.

René Cagnat

°Colonel (er), auteur de La rumeur des steppes (Payot), René Cagnat s’est retiré au Kyrgyzstan d’où il suit l’évolution de la situation en Asie centrale.

Lire ou relire notre article :

Une grande figure…

Né en 1914, éduqué en France, Mohammed Zaher Shah qui monta sur le trône d’Afghanistan à 19 ans n’est plus. Sa Majesté Al-Mutawakkil Allah, Pairaw ud-din-i-Matin-i-Islam Mohammed Zaher Shah est décédée le 23 juillet 2007, à Kaboul.
Le « Père de la patrie », dernier roi d’Afghanistan, laisse un grand vide...

Lire la suite...

 

La première guerre Anglo-Afghane ou « la folie d’Aukland »

Malheureusement pour les Anglais, ils n’eurent pas la patience d’attendre la constitution d’une force d’escorte par les troupes d’Akbar Khan. En outre, les chefs de la tribu des Ghilzaï n’avaient pas participé aux négociations. Ces derniers étaient bien décidés à se venger de la répression meurtrière dont ils avaient été victime au cours de l’occupation anglaise. C’est dans ces conditions que, défaits, les soldats anglais commencèrent à préparer leur départ. La garnison britannique la plus proche se trouvait à Jalalabad, sous le commandement du général Sale, et tous savaient que c’était leur dernier espoir.

La légende veut que Lord Brydon, chirurgien de l’armée anglaise, soit l’unique survivant ayant réussi à atteindre le cantonemment britannique de Jalalabad.

Ils partirent donc le 6 Janvier 1842 vers la plus terrible retraite militaire de l’histoire britannique. Les exactions commises par les Anglais au cours de leur avancée n’ayant pas été oubliées, chacun, du plus humble paysan au plus grand chef de tribu, voulait punir les Anglais pour les humiliations que ces derniers leur avaient fait subir du temps de leur splendeur. C’est dans ce contexte qu’une colonne comprenant 4500 soldats et 12000 suiveurs quitta le cantonnement et se dirigea vers Jalalabad, ville vers laquelle tous les yeux des colonialistes anglais étaient tournés. Le relief de l’Afghanistan étant très accidenté, ils durent rapidement abandonner une grande partie de leurs bagages.

Le climat de cet hiver 1842 fut lui aussi particulièrement rude, causant de nombreuses victimes dans les rangs des troupes vaincues. Parallèlement aux difficultés dues au climat et aux reliefs, la colonne fut aussi la cible de cavaliers afghans, appartenant pour la plupart à la tribu des Ghilzaï.
Au second jour de la retraite, un obstacle de taille apparut : la passe de Khoord Kaboul qui s’étend sur plus de 5 kilomètres de long. Une fois de plus, les Britanniques furent la cible des snipers et de cavaliers avides de revanche. Au moins 3000 victimes furent à dénombrer dans leur rang. C’est alors qu’Akbar Khan intervint à nouveau. Il tenta une énième fois de calmer la rancœur des guerriers afghans. Devant, l’impossibilité de la tache, il prit sous sa protection un groupe de femmes et d’enfants, ainsi que quelques officiers anglais dont Elphinstone. Le reste du convoi continua son chemin. Une dernière attaque eut lieu à Gandamak en raison du refus des troupes anglaises de poser leurs armes à terre. La légende veut que seul le docteur Brydon, un chirurgien de l’armée de l’Indus, ait réussi à atteindre Jalalabad. Mais en réalité, dans les jours qui suivirent, d’autres soldats atteignirent cette ville.

Lire aussi:

Les pourparlers anglo-afghan scellant la défaite anglaise
http://www.bassirat.net/Les-pourparlers-anglo-afghan-scellant-la-defaite-anglaise,358.html

Malalaï de Maïvand
http://www.afghanland.com/history/malalai.html

Histoire de l' Afghanistan vue par:
http://www.afghanland.com/history/history.html

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