jeudi 21 septembre 2017

Nous contacter


Les archives

Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

 

 

 

 

Il fait trop chaud en Guadeloupe!

Et dire que chez « nous », il faisait bien froid...
Notre ami Rodolphe Clauteaux nous offre un cours de « Pwofitasyon »...
Monsieur Jego, peut-être l’a-t-il déjà lu avant que de regagner nos belles îles...
Et que dire aussi des « chauds » salaires des dockers de Fort-de-France...

Image : TDR

Portemont, le 27 mars 2009

Guadeloupe, la pwofitasyon

Les Guadeloupéens en général, ceux du “kolektif” « Liyannaj Kont Pwofitasyon » en particulier, sont vexés, ils l’ont dit, crié, hurlé. Le Président, lors de son allocution-conférence-de-presse, n’a pas effleuré le sujet. Silence sur l’agitation aux Antilles.
Or les citoyens “kont”, contre, “pwofitasyon”, l’exploitation, devraient être fiers de ce silence.
En effet, ne pas parler des revendications de ces foules descendues dans les rues, c’est leur rendre hommage. “On” a peur de ces foules. On a peur de ce qu’elles signifient. On a, en un mot, peur de la contagion.
Il est certain qu’en Métropole, surtout en ce mois de février, il y fait froid. Il est clair qu’endettés comme nous le sommes tous plus ou moins, tremblant tous à l’idée de perdre nos salaires, ou, si c’est déjà fait, de ne pas en retrouver, et vite, très vite, un autre (« promis M. Le Banquier »)… on n’a pas envie de descendre dans la rue.
Et pourtant, la « pwofitasyon » est grosso modo la même ici et là-bas. Sur le Continent, ou dans les Iles. On « pwofitasyonne » pareil. Les prix sont hors d’eux-mêmes, et si le pétrole brut est aujourd’hui descendu en dessous de 40 dollars le baril, il est monté l’été dernier à 150… Or le plein à la pompe, lui, ne se fait jamais en dessous d’un euro le litre. Or, logique immédiate et simple pour sous-doué scolaire, si on a payé l’essence à 1,50 euros le litre lorsqu’il était à 150 dollars le baril, on pourrait peut-être la payer aujourd’hui aux alentours de 40 centimes…      
- Non, m’Dame ?
- Non. Et vous serez de retenue samedi.
Quand je vous dis que l’opération est pour sous-doués à l’école, c’est pas un mensonge.
D’ailleurs, les Guadeloupéens sont peut-être des sous-doués ? Y comprennent pas les mathématiques financières. Y veulent pas participer au Progrès des Peuples ultralibéraux. Et y’a que leurs petits intérêts qui les intéressent.
Sous-doués ou pas, réfractaires ou pas au Progrès, intéressés ou pas, lorsque les Guadeloupéens eux-mêmes expliquent, grâce à un rapport resté encore secret mais que Le Monde a pu se procurer, que les raffineurs de pétrole de l’Île s’en mettent plein les poches, même qu’elles y sont encore plus pleines que celles remplies en Métropole, l’explication est facile à piger. Et convaincante. Comme quoi, y’a pas besoin d’avoir fait l’ENA ou Polytechnique pour comprendre. Une explication que même le Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer a comprise. M. Jégo a évoqué « un questionnement sur un enrichissement sans cause des compagnies pétrolières" qui pourrait se terminer "par une action judiciaire de l’Etat ». Ouais. Et là, M. Jégo a montré les dents.

Mais alors, que se passe-t-il dans la commercialisation de l’essence, aux Antilles en particulier, Outre-Mer en général ? Que s’y passe-t-il qui ne se passe pas en Métropole ?…

Le coût du brut importé pour être raffiné, c’est-à-dire le prix payé pour remplir les cuves de réserve, n’est pas établi avec ce qui rentre réellement dans les cuves du raffineur, mais grâce à une formule mathématique elle aussi, qui ne varie pas quel que soit le moment où on l’applique. Ainsi, quand la Société Anonyme de Raffinement des Antilles, la SARA, a été arrêtée pendant deux mois, le bling bling du tiroir-caisse a continué à sonner pareil. De là à ce qu’on l’accuse, cette SARA, d’enrichissement indu, y’a pas loin.

Ne parlons pas des variations, plus 15% entre les produits, sans raisons, d’un circuit à l’autre, ni des 25% de “charges salariales” qui sont peut-être payés à des fantômes ou des zombies.

En revanche, parlons du prix que le “détaillant”, le pompiste, paie au camion-citerne qui vient remplir ses réservoirs. Normalement, l’essence lui arrive à 15 degrés centigrades, c’est-à-dire à la température au sortir des tuyaux de la raffinerie. Ce qui alors fait qu’un camion citerne de 10000 litres contient dix mille litres. Mais comme on le sait, dans les Iles, il fait chaud. Ce qui fait qu’à 25°, la pompe calculeuse du camion, qui facture combien de litres auront filé vers les cuves du détaillant, comptera 10000 litres alors qu’il n’y en aura que 9750 qui se seront effectivement écoulés. Si l’on multiplie ça par des centaines de camions-citernes chaque année, pour UN détaillant… on se demande s’il n’y a pas des petits bénéfices devenus coloniaux… pardon… colossaux.

L’article du Monde, laissant la parole à l’auteur de ce rapport, conclu… « Cette longue liste d’anomalies, de chiffres non justifiés, de formules peu calées sur la réalité des coûts, me conduit à penser que la crédibilité du dispositif actuel est atteinte. »

Une jolie phrase pour dire qu’il y a pwofitasyon.

Et là, nous n’avons vu que les carburants. Qu’en est-il de la grande distribution ? Fonctionne-t-elle avec la même pwofitasyon, elle aussi ?

Il semblerait qu’il soit bien dur de vivre dans nos douces îles !

Rodolphe Clauteaux

 

Les dockers de Fort-de-France

Ils contrôlent l'unique port de la Martinique et ont un salaire moyen de 6000 euros par mois.

Quel est le seul parking de la Martinique où l'on ne fait pas la différence entre les voitures de la direction et celles des salariés ? Réponse : celui du port de Fort-de-France. Si cette boutade fait sourire les Martiniquais, c'est qu'elle a du vrai. Un simple coup d'oeil au parking en question le confirme d'ailleurs aisément : on dirait un showroom de 4X4 rutilants !

Rien d'étonnant à cela : les 130 dockers du port de Fort-de-France sont la corporation la mieux payée de l'île. Leurs salaires, à la fois décriés et enviés, sont en effet hors normes. Ils oscillent entre 4 000 et 9 000 euros par mois pour 35 heures de travail par semaine. Soit nettement plus que le salaire moyen d'un docker de la métropole (3 000 à 3 500 euros).

L'explication est très simple : les dockers contrôlent le poumon économique de la Martinique. « En dehors de quelques produits agroalimentaires, l'essentiel de ce qui est consommé sur l'île transite par le port de Fort-de-France, le seul du département », souligne Charles Apanon, le directeur de l'IEDOM en Martinique, la « banque centrale déléguée » à l'outre-mer. Les dockers le savent et ils en usent et en abusent. Les blocages quasi quotidiens de l'année 2003 ont certes disparu. Mais le trafic n'est jamais à l'abri de mouvements intempestifs. En mars, les portiqueurs ont débrayé pendant quinze jours pour demander une augmentation de… 1 200 euros par mois ! Pourtant, leur salaire mensuel moyen avoisine déjà 5 500 euros.

La tactique est payante. La rémunération des dockers a doublé depuis la fin des années 90. « Comme la banane, le principal produit d'exportation du port, est une denrée très périssable, les dockers ont un énorme pouvoir de nuisance », insiste Jean-Charles Cren, président du syndicat des manutentionnaires du port de Fort-de-France. Il leur suffit de croiser les bras pendant quelques jours pour mettre en péril toute la filière bananière qui fait vivre près d'un salarié martiniquais sur cinq. Résultat : les revendications salariales des dockers sont sans limite et si on les refuse, c'est le blocage assuré. Dans ce cas, c'est toute l'économie de l'île qui est grippée au bout de quelques jours. Les organisations patronales sont particulièrement inquiètes. « A cause de la surrémunération des dockers, nous avons le port le plus cher du monde ! », insiste Patrick Lecurieux-Durival, président du Medef martiniquais. Or, dit-il, « on ne peut pas être en position de monopole et ne pas avoir de service minimum ».

Un discours auquel reste insensible José-Jean Baptiste, le patron des dockers, surnommé « le dictateur. Il a d'ailleurs été publiquement dénoncé au printemps 2005 par un autre syndicaliste. Marc Pulvar, le patron de la Centrale syndicale des travailleurs martiniquais (CSTM, gauche indépendantiste) n'a pas hésité à parler de la « mafia des dockers », soulignant notamment qu'un tiers d'entre eux font partie de la même famille élargie ils sont en effet recrutés parmi les enfants, les frères ou les cousins.

Dès qu'un conflit se profile sur le port, les politiques restent muets. Au nom de la préservation de la paix sociale, des augmentations de salaires sont régulièrement accordées. « Mais quand on fait ça depuis 20 ans, on arrive à des coûts de manutention surréalistes », s'inquiète Jean-Charles Cren. Du coup, regrette-t-il, « 130 personnes vivent sur un petit nuage et prennent l'île en otage ».

Yves-Michel Riols, envoyé spécial à Fort-de-France

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.