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Sur le podium des grands mystificateurs, il figure en bonne place…

Il est vrai qu’Alain Minc à fort à faire pour battre Bernard-Henri Lévy !
Deux livres d’Alain Minc passés au tamis de notre Maître d’Ecole.
« Ce Monde qui vient » et « Une Histoire de France »…
Une « lecture » par le général Pierre-Marie Gallois. Bien plus qu’une lecture : Une grande leçon ! Nous ne saurons jamais vous remercier assez. Merci mon Général !

Tant de « paradoxes » chez Alain Minc, témoignent-ils  d’une ignorance aveugle ou de la volonté de servir une « cause » ?

Portemont, le 26 octobre 2008

Une vision personnelle de l’Histoire 

Les publications d’Alain Minc ne laissent pas indifférent. Sa perception de la réalité est souvent assez particulière dans la mesure où abondent les paradoxes, donnant ainsi un attrait nouveau à de vieilles évidences qui ne prêtent pas à remise en question.

En raison de l’audience de notre auteur, il n’est pas sans intérêt d’entretenir la controverse à laquelle, d’ailleurs, généreusement, il invite le lecteur.
C’est l’objet des pages qui suivent. Elles sont inspirées par la lecture d’un ouvrage au titre prometteur « Ce Monde qui vient »,publié en 2004) et un extrait d’un livre récent : « Une Histoire de France ».

Afin de faciliter la lecture de cette sorte de recension, les textes de l’auteur sont imprimés en italique, ceux du critique en caractères courants.
                  
1° Au sujet de « Ce monde qui vient ».

A la page 11 on y lit : « Les Etats-Unis se métamorphosent… ils deviennent le seul « pays- monde »… ils établissent un laboratoire où se concoctent les valeurs collectives de demain ».
C’est assurément le monde d’hier pas « celui qui vient ». C’est la zone Asie-Pacifique qui prend le relais de la civilisation atlantique dominée hier par les Etats-Unis.

… « avec un formidable adjuvant à la croissance économique. La garantie d’une augmentation régulière de la demande ».
                                                                                                                         
C’est plutôt l’Asie-Pacifique qui garantit une augmentation régulière de la demande. La Chine en particulier avec sa boulimie de production.

« Ce sera un  pays multiculturel porté par le tonus des Hispaniques ».
Tonus hispanique ? Il ne s’est guère manifesté en Amérique latine, pas davantage dans les Caraïbes (Cuba par exemple).

A la page 29 une affirmation laisse perplexe : « A peine le communisme disparu Washington a réduit la voilure de sa présence militaire ».

Il n’en est rien, au contraire. Washington a plutôt augmenté la voilure de sa présence militaire (Irak, Afghanistan, Somalie, Kirghizistan) et en Europe aux pays Baltes, Roumanie, Bulgarie, Albanie, Georgie, Pologne… C’est l’URSS qui a réduit la voilure avec le démantèlement du Pacte de Varsovie alors que l’OTAN passait de 15 à plus de 20 nations membres.

Bases aériennes  des Etats-Unis…
Bases aériennes  des Etats-Unis…
http://www.pro-at.com

« Les Etats-Unis n’ont ni l’argent nécessaire (à vouloir être un empire) ni une armée adaptée, ni l’expérience requise ».
Fort discutable. L’argent (planche à billet) ne leur manque pas. Ils financent un gigantesque  budget militaire (520 milliards, non compris les dépenses d’Irak et d’Afghanistan.

Tout concourt à faire de l’outil militaire US un des moins impériaux imaginables.

L’OTAN, bras armé des Etats-Unis, démontre le contraire. L’organisation atlantique impose partout ses matériels en invoquant l’interopérabilité en Europe aussi bien qu’au Moyen-Orient et au Japon.
A la page 33, on peut lire une prévision démentie par les faits : « L’onde de choc du 11 septembre favorisera le repli sur soi  » (celui des Etats-Unis).

Au contraire, les événements du 11 septembre ont incité les Etats-Unis à mobiliser la « communauté internationale » pour lutter contre le terrorisme. Loin d’être un « repli » ce fut une forme d’expansion, les Etats-Unis dirigeant les opérations.
… « laissant dépérir une OTAN traditionnelle sans vocation ni projet » (page 33).

Elargissement progressif de l’OTAN en Europe

L’OTAN est loin de dépérir, et en son nom les Etats-Unis poursuivent l’exécution de nombreux projets dont, par exemple, le « bouclier anti missiles » visant officiellement l’Iran et ses capacités balistiques futures.

« Une Amérique d’autant plus isolationniste qu’elle se satisfait d’être, à elle seule, le syncrétisme du monde ».
La lutte contre le terrorisme a, au contraire, tourné les Etats-Unis vers l’extérieur, conscient qu’ils étaient, que des alliés leur étaient indispensables pour combattre le terrorisme.

« Le dollar et l’euro seront solidaires face à l’émergence de nouvelles monnaies asiatiques ».
Jusqu'à maintenant (automne 2008) il n’en a rien été. La chute du dollar et la hausse de l’euro qui en est résulté ont servi les exportations américaines et pénalisé celles des pays ayant adopté l’euro.

L’Europe se constitue plus rapidement sous la forme d’une opinion publique commune que d’institutions régaliennes.
Il semble que ce soit l’inverse et, que l’opinion publique est de plus en plus partagée. (pro américaine à l’est surtout). Et ce sont les Institutions de Bruxelles répartissant la manne communautaire qui suscitent un intérêt pour une Union européenne dont les membres affichent, par ailleurs, des politiques nationales différentes.
Le lecteur ne laisse pas d’être gêné par la contradiction.
Le chapitre 2 (page 63) comporte les lignes suivantes : « La Chine ne ferait donc pas d’émule en Asie avec son futur capitalisme d’apocalypse… sa force suffira largement à en faire un facteur de déstabilisation mondiale ». Or p. 11 Les Etats-Unis deviennent le seul pays au monde où se concoctent les valeurs de demain.  Les deux affirmations sont-elles  conciliables ?
(l’Europe) ne peut être, elle aussi, que bénéficiaire du surcroît de croissance que les Chinois apportent au monde (page 50).

En réalité la production chinoise, à la main d’œuvre maigrement rétribuée, désindustrialise l’Europe (comme les Etats-Unis) et stérilise leur production, d’où récession et chômage.

D’où « colonisation économique » exercée par le trio Chine, Inde, pays encore pétroliers, aux énormes ressources financières.

La désindustrialisation n’est pas synonyme de chômage.
Elle est synonyme de dépendance socio-économique  et généralement d’augmentation  du non-emploi…

Le modèle chinois risque de dominer le modèle occidental, l’obligeant à modifier son fonctionnement… ce qui ne sera pas dans le sens d’un accroissement des régulations.
Au contraire, si un certain protectionnisme s’imposait il y aurait accroissement des régulations et le modèle économique occidental serait bouleversé.
A. Minc consacre une trentaine de pages à la résistance de l’Occident face au terrorisme et il s’en émerveille. C’est oublier que face au communisme infiltré dans la plupart des pays occidentaux et soutenu par l’URSS, le même Occident a résisté pour finalement l’emporter après 70 ans d’affrontements.

Les craintes de l’Union soviétique disparues deux visions se sont affrontées : l’une irénique pour l’émergence d’un continent pacifique, l’autre, archaïque avec la crainte de voir l’Allemagne s’éloigner de l’Ouest – une Allemagne aimablement impériale.
Non l’Allemagne ne s’éloigne pas de l’Ouest. Elle démontre, au contraire, qu’elle entend dominer sa portion européenne.
Quant à l’opinion, elle a été fascinée par « l’effet de taille », face aux grands Etats : Chine, Inde, Etats-Unis, fédération russe.
Notre auteur souscrit à la construction européenne. Page 102 de son livre il écrit :

Le jeu à quatre : gouvernements, Parlement européen, Commission, Cour de justice européenne, n’offre-t-il pas un modèle plus adapté à un monde moderne dominé par les forces du marché, l’opinion publique et les règles de droit ?
Ce serait plutôt un « jeu à quatre » qui se révèle incapable de tempérer socialement  les lois du marché et qui ne peut avoir les mêmes vues sur l’économie, la politique étrangère, la défense d’où une bien mauvaise adaptation aux exigences du monde contemporain, à commencer par un marasme économique et une faible croissance.

« Son moment de faiblesse disparue l’Allemagne sera-t-elle aussi fraternelle et aussi solidaire à notre égard ? se demande, assez bizarrement
A. Minc (page 104).

Bien curieuse fraternité après Bismark, Guillaume II et Hitler que de mettre les Balkans  à feu et à sang, d’imposer un mark fort, d’où un franc fort,
de s’emparer d’Airbus, de militer pour l’émiettement de la France en favorisant les émancipations  régionales, que de rejeter systématiquement  les propositions
françaises : union méditerranéenne, plan financier de sauvetage du système bancaire etc.. etc..

La carte des « régions » d’Europe… Une belle vision très « allemande »…
Cliquer sur l'image pour agrandir

N’empêche, p. 122 notre auteur persiste : l’admirable invention que demeure l’Europe. A condition que s’évanouissent les Etats et que la France devienne une province et que les Français perdent leur souveraineté….

« Protégés par la masse critique que représente l’euro, les Européens du continent ont… la mémoire courte, tenant pour acquit ce qui relève d’une admirable construction  politique ».

Protégés ? Ce serait plutôt victimes qu’il faudrait dire. Cette « admirable construction politique » révèle quotidiennement ses lacunes, la zone euro étant devenue une zone de « croissance  molle » pour ne pas dire plus.

« Si nous voulons peser sur les affaires du monde ce ne peut être qu’en nous projetant à travers l’Union européenne ».
Encore une affirmation démentie par les faits… M. J. Solana pèse-t-il sur les affaires du monde ? A travers l’Union européenne, depuis une dizaine d’années Paris n’a pas réussi à avoir le droit de réduire la TVA de ses restaurateurs. Alors, les affaires du monde !!!

« Le droit du sol demeure un formidable instrument » (page 137)
Pourtant les hasards d’un voyage ne peuvent instituer un titre de nationalité . Ce « formidable instrument » concourt au métissage  et la transformation des sociétés  nationales, telles  que les siècles  d’épreuves et de succès partagés les ont peu à peu formés, « d’où le déclin intellectuel et culturel de la France » que l’auteur veut justement enrayer (p. 140).

Traitant de la situation des Etats-Unis,  A. Minc estimait « qu’une hostilité viscérale vis-à-vis de l’Amérique… a submergé le tiers monde. On a pu croire qu’il s’agissait d’un phénomène classique  d’amour-haine ».
Il s’agit plus simplement de la conjonction de deux comportements :
-Le soutien inconditionnel  fourni à l’Etat d’Israël, mal vu par une large fraction du monde musulman.
-La quête acharnée d’hydrocarbures qui a conduit les Etats-Unis au recours à la force des armes et qui font, en quelque sorte, figure de prédateurs si bien qu’il est osé d’écrire que « les Etats deviennent le seul pays monde où se concoctent les valeurs collectives de demain ». C’était une proposition plus acceptable  il y a un demi-siècle  que dans le monde d’aujourd’hui et dans « celui qui vient ».

Enquête réalisée  dans 34 pays

Les Etats-Unis recueillent en moyenne 35% d'opinions positives, contre 47% d'opinions négatives.

Les pays où les Etats-Unis recueillent le plus d'opinions positives sont le Kenya, les Philippines, Israël, le Nigeria, le Ghana et l'Amérique centrale.

Ils suscitent le plus grand nombre d'opinions négatives en Turquie et en Egypte où 73% des personnes interrogées sont critiques de l'influence américaine dans le monde. L'Allemagne arrive juste après avec 72%, le Liban 67%, le Canada 62%, l'Australie 58%, l'Argentine et le Mexique 56%.

2°  Passons à la critique de « Une Histoire de France ».

« Mauvaise relation avec le capitalisme. Elle est due à la révocation  de l’Edit de Nantes, à la faillite de John Law, au traité de Paris qui eut pour conséquence l’abandon de nos colonies outre-atlantique pour n’être qu’une puissance continentale ». 
Plus généralement doit entrer en ligne de compte le « siècle des Lumières menant à la négation de la hiérarchie naturelle qui jusque-là  avait prévalu en France, comme dans le monde ».

Ce qui explique, encore aujourd’hui, que le Darwinisme fasse l’objet de controverses parce qu’il a légitimé, dans la nouvelle société industrielle, les succès d’une minorité, qui se réclame du principe de l’inégalité des hommes, à l’opposé de la France du XVIIIème siècle.

Mais l’essentiel  c’est que si la « France s’est cantonnée  à n’être qu’une puissance continentale », c’est qu’elle a été, traditionnellement, menacée d’invasion terrestre et qu’elle ne pouvait pas, comme la Grande-Bretagne, se
doter d’une importante force navale car le Rhin n’est pas la Manche et, pour elle l’ennemi – permanent  –      est  à l’Est, sur le continent. D’où la priorité aux forces terrestres.

A.Minc : La France a été le seul pays d’Europe à pouvoir opter pour la puissance maritime ou continentale, voire les deux.
Il insiste, commet la même erreur : ouverte sur la plaine du nord, la France ne pouvait qu’être militairement qu’une puissance  continentale. Si A.Minc avait lu l’amiral Mahan, il n’aurait pas écrit une telle contre-vérité.

Alfred Thayer Mahan

Dans ses livres, l’amiral Mahan tâchait d’expliquer d’où provenait la grandeur de l’empire britannique. Il affirma en trouver la réponse dans l’acquisition par la Grande-Bretagne de la suprématie maritime. Les Britanniques avaient réussi à s’assurer en même temps un commerce extérieur prospère qui les enrichissait, une marine marchande florissante pour effectuer ce commerce, une marine de guerre puissante pour veiller à la défense des bateaux de commerce partout dans le monde, une série de bases maritimes où les navires pouvaient se ravitailler ou être réparés, et enfin un empire qui fournissait les matières premières nécessaires à l’industrie et constituait un marché de consommation pour les produits finis. Ces cinq éléments apparaissaient à Mahan à la fois complémentaires et indispensables pour assurer la puissance et la prospérité. Sans eux, les nations restent en retard dans la marche de la civilisation. Les Américains devaient donc en tirer la leçon.

Mahan se rendait parfaitement compte qu’il n’était pas possible de rivaliser sur-le-champ avec les Britanniques. L’acquisition de colonies n’était que la dernière étape à envisager dans ce processus : le gouvernement américain devait d’abord acquérir une flotte de guerre susceptible de contrôler les océans autour des États-Unis. Ensuite, il lui fallait empêcher d’éventuels ennemis d’avoir accès à certains sites stratégiques à proximité des zones à défendre. Enfin, il devait occuper des positions sur les principales routes maritimes du globe.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Mahan

Si la France l’emporta à Austerlitz, et s’inclina à Trafalgar c’est que Londres était protégée par les mers et pouvait consacrer ses ressources  aux métiers de la mer, pas Paris.                   

A.Minc : Le choix continental qui se situe entre Richelieu et Napoléon pour se sceller à Trafalgar est lié à ….. l’illusion italienne impasse stratégique qui commença avec Charles VIII.

Par la suite l’habile politique de Richelieu vis-à-vis des Etats allemands qui, notamment avec le Rhin nous a apporté le mythe des frontières naturelles… Voilà comment l’enchaînement des mythes territoriaux  nous a conduit à laisser de côté toute ambition maritime…
L’argumentation de A.Minc n’est guère convaincante.
D’abord :
-l’illusion italienne impasse stratégique qui commença avec Charles VIII.
Les guerres d’Italie, et particulièrement celle que mena, d’abord, triomphalement, Charles VIII, étaient, au contraire, la manifestation de l’attirance de la France pour le « grand large » maritime. En l’occurrence pour la Méditerranée, la richesse  des villes italiennes, le commerce nord-sud, l’héritage des Anjou avec Naples, Chypre… Jérusalem… entreprise à la fois politique,économique, idéologique  et religieuse.
Moyen, également de mener la lutte séculaire de la France contre les Empires, contre le Saint Empire Germanique et l’Espagne qui d’ailleurs, avec la prise de Naples a mis un terme aux ambitions de Charles VIII mais pas aux ambitions maritimes de la France qui sera présente sur tous les continents, mais trop menacée, en Europe, par l’ennemi héréditaire pour avoir les moyens d’y rester.

« L’habile politique de Richelieu – et de Mazarin  – vis-à-vis des Etats allemands nous apporta le mythe (pourquoi le mythe ?) des frontières naturelles…
Visant l’affaiblissement du Saint Empire et le maintien du morcellement politique allemand : quelque 350 à 400 potentats et villes libres, le tout encore divisé par la pratique de 3 confessions : calvinisme, luthérianisme, catholicisme, les traités de Wesphalie ont confirmé l’émiettement politique de l’Allemagne. Aussi, au lieu de « laisser de côté toute ambition maritime » la France, rassurée à l’est, aurait pu mener de grandes aventures au-delà de son territoire ? Mais, pour elle le principal adversaire était l’impérialisme  espagnol puis allemand, la Grande-Bretagne construisant un empire hors d’Europe. L’ennemi était sur le continent.

A.Minc :  « enfin la Révolution… notamment avec le Rhin, nous apporte le mythe des frontières naturelles ».

Erreur, un siècle avant la Révolution Vauban avait construit, aux frontières naturelles, dictées par la configuration du territoire, sa « ceinture de fer ». La carte de places fortes françaises avant la Révolution est significative.

« Sérieusement, Monseigneur, dit Vauban s'adressant à Louix XIV, le Roi devrait un peu songer à faire son pré carré. Cette confusion de places amies et ennemies pêle-mêlées ne me plaît point. Vous êtes obligé d'en entretenir trois pour une ; vos peuples en sont tourmentés, vos dépenses de beaucoup augmentées et vos forces de beaucoup diminuées ; [...] c'est pourquoi, soit par traité ou par une bonne guerre, si vous m'en croyez, Monseigneur, prêchez toujours la quadrature. Non pas du cercle mais du pré ». Vauban aura au cours de sa vie établi en France une ceinture de fer, une double ligne de places fortifiées pour protéger le royaume nouvellement conquis au nord. Cette double ligne de fortifications placées à des positions stratégiques jouait aussi un rôle économique par les réseaux de routes et de fleuves qui les reliait.

http://leker.typepad.com/medievaliste/

Vauban par Joseph Vivien

Ces places fortes forment une « ceinture » quasi continue, de Dunkerque à la côte d’Azur passant par Valenciennes, Mézières, Sarrelouis, Strasbourg, Besançon, Grenoble, Embrun, toutes faces à l’Est. (1)
Au nord de Caen à St Omer, la plus forte densité est au nord-est, formant une frontière artificielle sur la route des invasions par la plaine du nord. (1)
L’identification et la défense des frontières naturelles, la matérialisation du « pré carré » sont dues à l’ancien régime, pas à la Révolution.

« La mauvaise relation de la France avec le capitalisme m’apparaît comme un thème majeur. Analysée d’un point de vue historique, elle vient d’une succession  de trois événements : la révocation de l’édit de Nantes, la faillite bancaire de John Law et le traité de Paris de 1763 ».

Notre auteur a tout à fait raison de citer la révocation de l’édit de Nantes. Elle ruina une grande partie l’œuvre grandiose de Colbert… au profit de Brandebourg et aussi de la Hollande et de l’Angleterre où se réfugièrent quelque 30.000 huguenots, pays qu’ils enrichirent de leurs savoirs.

Ce fut une malencontreuse  manifestation de l’absolutisme royal.

« Sur la foi de rapports optimistes, le Roi-Soleil en vient à croire que la religion réformée n'est plus pratiquée dans le royaume. Malgré une ultime requête des protestants pour l'assurer de leur loyauté, il considère que la tolérance instituée par Henri IV n'a plus lieu d'être. »
Lire :


La Révocation fut suivie d’une décision, à l’époque, révolutionnaire : l’égalité du citoyen devant l’impôt et crée l’impôt sur le revenu. C’en était trop, la réforme échoua, après avoir mis à mal l’économie du pays.

… la faillite bancaire de John Law…
C’est négliger le fait qu’à la même époque, la spéculation  en Angleterre comme en France, aboutit au krach de la Cie de Mers du Sud et au suicide du ministre anglais des Postes tandis que le gouvernement était renversé et que l’opposition, avec Walpole prenait le pouvoir.

Krach de la Compagnie des mers du Sud

Fondée en 1711, la Compagnie des mers du Sud (South Sea Company) dispose d'un monopole sur le commerce avec les colonies espagnoles en Amérique. Le premier voyage commercial pour l'Amérique se fait en 1717, mais rapporte peu, tout comme ceux qui suivront. Malgré cela, la compagnie maintient que ses perspectives à court terme sont excellentes, ce qui contribuera à alimenter une spéculation maladive. Le cours de l'action grimpe en flèche, avant de se renverser brutalement, entraînant à la dérive les banques qui ont prêté sur gage d'actions et ne peuvent être remboursées. La crise touche aussi les particuliers, dont certains ont acheté à crédit et oblige d'autres à revendre à découvert.

La crise britannique fut encore plus grave que la française et l’effort colonial français retardé si celui des Britanniques ne fut guère ralenti. Mais dans les deux pays le capitalisme  fut loin d’en souffrir. Au contraire, l’industrie se développa et l’exploitation agricole créa de grands propriétaires fonciers, transformant les paysans  en ouvriers, et formant un nouveau prolétariat.
En France, le cardinal Fleury repris la politique de Colbert, libéralisme en plus, dont profita le capitalisme naissant. En peu de temps la marine marchande française quintupla tandis qu’était entreprise la mise en valeur de la Louisiane.
D’après l’historien Jacques Pirenne « l’expansion coloniale que l’interventionnisme de Colbert n’avait pas su donner à la France, fut réalisé par la liberté commerciale que Law introduisit dans le royaume et que Fleury respecta. « La faillite de Law n’eut donc pas les conséquences que leur attribue A. Minc.

A.Minc : la faillite de John Law… a provoqué un dégoût de la monnaie.
Dégoût modéré semble-t-il. Jacques  Pierenne est en désaccord avec notre auteur : « De 1716 à 1740, la France avait connu un grand essor économique.
Le capitalisme avait pris dans l’Etat une influence de plus en plus considérable… la Compagnie des Indes… ne cessait de grossir son capital ». S’il y eut « dégoût de la monnaie », ce fut fort brièvement.
Au siècle suivant, l’œuvre de Balzac témoigne du rôle primordial de l’argent dans la société française.

A.Minc : La mauvaise relation de la France avec le capitalisme vient… (aussi) du traité de Paris en 1763.
L’Histoire est encore en désaccord : « Au lendemain de la paix le commerce maritime de la France rebondit immédiatement… le renouveau du commerce colonial, au lendemain de la paix valut une extraordinaire prospérité aux ports de l’Atlantique… Bordeaux devient le centre le plus actif du commerce international ». Certes, durant la guerre, le commerce extérieur du royaume avait été fortement atteint, en fait réduit de moitié. Mais il y eut « rebondissement ». L’auteur de « Une Histoire de France » modestement, revendique le qualificatif « d’historien du dimanche… qui a beaucoup lu… sans la rigueur de l’ascèse. Mais en procédant à des rapprochements  inattendus, « que l’on peut, évidemment, contester ». Contestons.
C’est sans doute en se référant à la politique britannique que A.Minc peut, en comparaison, évoquer la « mauvaise relation avec le capitalisme » d’une part et le repli sur le continent, la renonciation au commerce colonial, d’autre part.
Or, à l’époque, au 17ème siècle et au début du suivant, la situation de la France avait des traits bien spécifiques :
-Terre riche, propice aux travaux agricoles, qui n’incitait guère à chercher fortune ailleurs comme ce fut le cas des Britanniques, des Hollandais, des Espagnols ou des Portugais.
-Terre fort peuplée : trois fois plus que les Iles Britanniques, plus que tous les Etats du Saint Empire réunis.
-A l’époque, le travail de la terre, n’exigeait pas d’investissements  d’équipements et le recours au capitalisme.
Ces spécialités  apparaissent plus déterminantes  que les « accidents de parcours » cités par l’auteur. Mais, vieilles évidences, elles sont moins stimulantes  que les événements mis en exergue par A.Minc. Pour la France, relativement brèves, ont été les exigences  du colbertisme et de son mercantilisme  alors qu’elles étaient vitales pour la Grande-Bretagne, au sol ingrat et au sous-sol riche en charbon, mais exploité seulement un siècle plus tard.

A.Minc : Bismark, l’homme sage qui ne cesse de se retenir…. Clemenceau l’homme qui fonce et ne comprend rien… le traité de Versailles fut l’un des actes les plus malencontreux  de l’Histoire.

Otto von Bismarck

L’homme sage, « qui ne cesse de se retenir » n’en a pas moins lancé 60.000 hommes à l’assaut du petit Danemark (1864) pour reprendre le Schlewig, à la population danoise  en majorité. « Homme sage », il se joue de Napoléon III lors de l’entrevue de Biarritz afin de s’assurer de la neutralité de la France pour s’en prendre plus librement à l’Autriche, et c’est Sadowa.

Sa « sagesse » le conduit à transformer la fameuse dépêche d’Ems de Guillaume de Prusse en un texte condensé  et brutal afin de conduire la France à réagir en déclarant la guerre à la Prusse, origine de près d’un siècle de malheurs.

La dépêche d’Ems…

Sans doute est-ce toujours  cette « sagesse » qui inspira Bismarck lorsqu’il impose à la France le traité de Francfort : annexion de l’Alsace, absorption d’une partie de la Lorraine – dont Metz  –  plus de 6 milliards d’indemnités, occupation militaire de la France jusqu’au paiement du dernier franc. Et c’est toujours avec « sagesse » qu’il força plus de 1,5 million de Français à passer sous la coupe de l’Allemagne, contraignant 300.000 d’entre eux à fuir leur terre.

En réalité, il mit en pratique avec ruse, et aussi brutalité, les idées des pangermanistes  allemands du siècle (Herder, List, Naumann, Ratzetter, Treitschke… dont les thèses conduiront au national-socialisme  et aux tristes manifestations de la barbarie allemande).

C’est encore l’Allemagne, cette fois celle de Guillaume II, qui encourageant l’Autriche à la fermeté contre la Serbie à la suite de l’assassinat  du grand duc François-Ferdinand (28 juin 1914) réunit les conditions de la guerre de 14-18.

Sarajevo : Assassinat  de  l'archiduc François-Ferdinand, héritier de l'empire austro-hongrois, et son épouse, au moment où leur accession au trône semblait imminente…


Guillaume II

 

Après l’entrée en guerre des Etats-Unis et l’envoi sur le théâtre des opérations de plus d’un million d’hommes, c’est pour l’Allemagne la défaite et la décomposition du régime : révoltes populaires, conseils d’ouvriers et de soldats, fuite de l’empereur en Hollande. Du 30 octobre au 11 novembre sont signés les armistices.

Rethondes…

 A Rethondes, Washington intervient imposant aux Alliés de respecter la déclaration des 14 points de Wilson. Aussi les conditions  de cet armistice sont-elles surprenantes : Les Alliés anglo-saxons se contentaient de l’évacuation de la Belgique et de l’Alsace-Lorraine.

Georges Clemenceau

Heureusement pour la France Clemenceau « fonça » et obtint l’occupation de la rive gauche du Rhin, bien maigre compensation au regard de la ruine du nord-est de la France et des millions de victimes de la guerre. D’ailleurs, soucieux de leur sécurité plus que de celle de la France,  les Etats-Unis exigèrent la livraison des sous-marins  allemands, et la Grande-Bretagne des grands bâtiments  de la flotte de guerre allemande.

La France devait se contenter de l’artillerie lourde et de matériels roulants.
Etats-Unis et Grande-Bretagne aux territoires intacts vont dominer la conférence de la Paix et, ensuite, les fameuses Réparations.

Ils étaient tous deux pressés  de commercer avec une Allemagne qui, elle aussi, n’avait pas été ravagée, comme la France, par la guerre. Wilson et Lloyd George refusèrent le rattachement de la Sarre à la France, Clemenceau et Poincaré obtinrent que la rive gauche du Rhin serait occupée  pendant 15 ans, durée du paiement des « Réparations ».

Si la guerre avait coûté plus de 350 milliards de francs, les grands Alliés refusèrent d’aller au-delà de 100 milliards. Une Commission interalliée  évaluerait les dommages causés par la guerre. Faute d’avoir poursuivi les hostilités (en novembre 1918) jusque sur le territoire allemand les vaincus ne se rendirent pas compte de la défaite de leurs armées et protestèrent contre un traité bien moins sévère que celui de Francfort.

Et c’est tout à l’honneur de Clemenceau d’avoir défendu les intérêts de la France dont les Grands Alliés faisaient peu de cas. De surcroît, avant même que les différents traités de paix soient signés, Washington refusa la ratification du traité de Versailles. En réalité, la défaite des armes de l’Allemagne se transforma aussi en succès politique.

Ce n’est pas Clemenceau qui ne « comprenait rien » mais d’abord Wilson puis Dawes et Young supprimant le principe de la responsabilité  de l’Allemagne. D’où jusqu’en 1930, des années  de prospérité mais la dépression américaine  de 1929.
Déjà, en lisant « Ce monde qui vient » le « critique du dimanche » avait été surpris de constater que l’auteur n’avait fait aucun commentaire sur les conséquences  de la dictature de la quête d’énergie, sur le bouleversement de l’économie mondiale due au renoncement au bi-métallisme par les Etats-Unis, à l’énormité de la masse monétaire artificiellement créée, pas d’allusion non plus à la désindustrialisation  des « anciennement  industrialisés » occidentaux, ni dans un autre ordre d’idées aux vastes mouvements migratoires  dont nous sommes aujourd’hui les témoins.

Pourtant, là aussi, est le « monde qui vient ».

Général Pierre-Marie Gallois
Octobre 2008

(1)Voir Vauban par Anne Blanchard. Fayard 1996, page 295.

Quand la page 11: « Les Etats-Unis se métamorphosent… ils deviennent le seul « pays- monde »… ils établissent un laboratoire où se concoctent les valeurs collectives de demain » vole en éclats…

Relire :

Dans quelle direction vagabondons nous ?

« …Ce mercredi  là, les média annoncèrent à la fois l’euro à 1,47 dollar et la baisse de la monnaie américaine, le « Dow Jones » perdant 2,5 % , l’or grimpant à 848 dollars l’once et le baril de pétrole à 96,37 dollars, tandis que la Chine, devenue la principale usine du monde, détenant 1430 milliards de réserve de change – la majorité en dollars – spéculait à la baisse en déclarant qu’il lui fallait désormais s’approvisionner en monnaies fortes pour compenser la dépréciation des monnaies faibles (en l’occurrence, le dollar). »

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De « Notre Maître d’Ecole »…

« Formulant ses prévisions pour l’année 2008, le Fonds Monétaire International estime que les économies des pays dits émergents, en expansion, compenseront, au moins partiellement, les médiocres performances des Etats « anciennement industrialisés ». D’après le FMI, la Chine, l’Inde et la Russie contribuent  à elles trois à la moitié de l’expansion globale. Hier, moteurs de la croissance mondiale, les Etats-Unis n’y figureront plus qu’en proportion de leur taux de croissance, soit moins de 2 %... et la zone euro pour 2,1 %, voire moins. »…

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Ems : le piège de Bismarck se referme :

« Sa Majesté le roi m’écrit :
Le comte Benedetti m’aborde à la promenade pour exiger avec, de sa part, une insistance très pressante, que je l’autorise à télégraphier immédiatement, que je m’engage pour l’avenir à ne donner en aucun cas mon accord si les Hohenzollerns reposaient leur candidature.
Je lui réponds immédiatement un peu sérieusement qu’on ne peut ni ne doit « à tout jamais » prendre un tel engagement.
Naturellement, je lui dis que je n’avais plus à le recevoir une nouvelle et, puisqu’il est, autant que moi, informé sur Paris et Madrid, il comprend pleinement que le gouvernement est de nouveau en dehors du jeu.
Sa Majesté a depuis reçu une lettre du prince.
Alors que Sa Majesté avait dit au comte Benedetti qu’elle attendait une communication des princes, elle a pris, au vu de l’exigence ci-dessus et sur le conseil du comte Eulenburg et de moi-même, la décision de ne plus recevoir le comte Benedetti mais de lui communiquer seulement par un adjudant : que Sa Majesté maintient la confirmation de la nouvelle apportée par les princes que Benedetti connaît déjà par Paris et qu’elle n’a rien d’autre à dire à l’ambassadeur.
Sa Majesté s’en remet à votre Excellence pour décider su oui ou non, la nouvelle demande de Benedetti ainsi que son renvoi doivent être annoncés à nos ambassadeurs et à la presse. »

Dépêche de Bismarck donnée à la presse, le 13 juillet au soir.

« Après que la nouvelle de la renonciation du prince héritier de Hohenzollern a été officiellement communiquée au gouvernement impérial français par les Espagnols, l’ambassadeur français a encore demandé à Ems à Sa Majesté le roi de l’autoriser à télégraphier à Paris que Sa Majesté le roi s’engageait à l’avenir à refuser toujours son accord si les Hohenzollerns devaient renouveler leur candidature. A la suite de cela, Sa Majesté le roi a refusé de recevoir encore une fois l’ambassadeur français et lui fait dire par l’adjudant de service que Sa Majesté n’avait plus rien d’autre à communiquer à l’ambassadeur. Communiquez cela à l’étranger. »

Ajoutant la blessure à l’insulte, Bismarck donna au texte, ainsi manipulé, un maximum de publicité en le diffusant dans toutes les chancelleries et auprès des journaux de Berlin qui le publièrent dès 22 heures dans des éditions spéciales. Le piège de Bismarck s’était refermé sur Napoléon III.
La guerre était désormais inévitable à moins que la France ne perdît la face. L’opinion allemande interpréta la démarche française comme une tentative d’humiliation du vieux monarque et s’enflamma contre la France.

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