vendredi 18 août 2017

Nous contacter


Les archives

Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

 

 

 

 

 

 

Plus de 10 ans déjà…

Romain Jacoud s’interrogeait quant à la mort de la démocratie représentative. Penseur d’excellence du « pourquoi ? », il dressait un constat tiré au cordeau !
Et proposait des réponses toujours d’actualité…
Mais rappelons nous que « Quand c'est urgent, il est déjà trop tard ! » (Talleyrand)…

Romain Jacoud

Il y a plus de 10 ans, la messe était dite !

« En somme, à l’inébranlable bonne foi des technocrates répond la non moins inébranlable bonne foi des humanitaires. Le hic réside dans le fait que ni les uns ni les autres n’ont la moindre idée de la réalité. »

« Tout se passe comme si le pouvoir régulièrement établi au nom de règles aujourd’hui séculaires, qu’il s’agisse du suffrage universel, de la démocratie représentative, de l’investissement du capital dans l’entreprise, n’a plus de réalité. Théoriquement le système émet des lois et des règlements, théoriquement les divers échelons de l’administration ou de l’entreprise transmettent des directives jusqu’aux récipiendaires citoyens ou exécutants, théoriquement, le résultat est quasiment comptabilisé mais dans la pratique, rien, absolument rien, ne ressemble à ce qui était prévu par la machine »

Combien de révoltes ne sont-elles que le prix à payer aux mensonges d’Etat, aux promesses électorales et à une classe politicienne « fromagère » ?

Pas d’accord sur tout ? Qu’importe.

Une grande réflexion à « dévorer » sans modération…

Portemont, le 1er mai 2008

Le gouvernement des commandos :
la mort de la démocratie représentative ?
 

(Extrait des "humeurs stratégiques"n°112, septembre 1996)

Il ne se passe pas de jours que des groupes plus ou moins nombreux défient l’Etat et ses représentants, du ministre au plus humble gardien de la paix. Il n’est pas de loi qui ne soit bafouée par les uns ou les autres. Il n’est pas d’organisation socio-sociétale, l’école, l’hôpital, les organismes divers qui font partie de notre espace de liberté, les transports, les communications, le commerce, les entreprises même, qui ne soient périodiquement le terrain d’actions perturbatrices qui finissent, peu à peu, par bloquer le fonctionnement de nos vies quotidiennes.

2007 : Rien n’a changé… 2008 ?

Une étrange manière de se comporter devient la règle. Si nous étions en guerre ou dans l’optique d’une insurrection future préparant la prise du pouvoir par un quelconque groupe porteur d’une idéologie conquérante, nous pourrions rechercher la politique (le pourquoi) et la stratégie (le où) qui gouvernent et harmonisent ces actions multiples auxquelles n’échappe aucun terrain, aucun milieu et à y regarder de plus près, sous des formes différentes, aucune aire géographique.

Pourtant, il n’existe pas de chef(s) d’orchestre(s) clandestins, de “tireurs de ficelles” dissimulés ailleurs. La grève de la fin 1995 en est un exemple éclairant. Insurrection, évidemment, mais insurrection à blanc sans autre objectif que celui d’un statu quo purement corporatiste.

1995…


Pascal Colrat, « Dans grève il y a rêve... »
1995 Art graphique

Alors ?

Un psychanalyste dirait qu’en l’absence d’un “surmoi” collectif, le groupe obéit à ses pulsions les plus élémentaires. Jusqu’ici, l’ordre bien connu : “mouches ton nez et dis bonjour à la dame” était indiscutable et son exécution obligatoire et immédiate. Aujourd’hui, il est devenu inapplicable au point qu’ils sont rares ceux qui osent encore prendre le risque de tenter de l’imposer.

Faut-il pour autant baisser les bras ? Existe--il des moyens de résister au gouvernement des commandos ? Devons-nous nous résigner à cette nouvelle forme de fascisme qui nie le droit commun et les lois de la République ?

Attachons-nous à examiner les choses de plus près.
 « Commandos : l’art et la manière »

Les bagagistes de Nice, les immigrés clandestins transfigurés en “sans papiers” victimes d’un arbitraire, les bandits corses, les conducteurs de trains du sud-est, les traminots de Lyon, de Marseille ou de Strasbourg, les postiers, bref tous ceux qui de quelques dizaines à la centaine de milliers sont en mesure de faire “chanter” la communauté ou de prendre en otage un groupe suffisant de leurs concitoyens sinon de leurs congénères, pour développer une nuisance agaçante, ont découvert que l’insurrection permanente, le hold-up sociétal et l’agression sociale sont des moyens qui permettent de nier complètement l’organisation démocratique et de prendre le pouvoir passagèrement pour satisfaire leurs ambitions, peut-être corporativement légitimes mais à coup sûr socio-sociétalement suicidaires.

La logorrhée remplace la considération des faits et généralise des univers complètement mythiques et irréalistes. Sous prétexte d’humanité, les aspects les plus élémentairement économiques sont balayés, l’accent mis sur des situations particulières auxquelles on trouve des justifications culpabilisatrices permettent d’échapper à l’analyse des phénomènes actuels. Ces démarches, déjà déviantes et de type fasciste en ce sens qu’elles mettent la loi en cause en utilisant des méthodes de contestation extérieures à la règle démocratique, donnent à des personnalités ou à des groupuscules le sentiment illusoire d’être des acteurs d’un renouveau de l’action sociale.

Le bruit fait, il suffit et l’on s’en va porter ailleurs l’utopie criminelle sans s’arrêter le moins du monde sur les dégâts que l’on vient de créer, sans s’occuper du règlement de la note. Il sera bien temps de critiquer le gouvernement, les dirigeants et les employeurs quand sera venu le temps de mettre la main à la poche.

Ces commandos de “bien-pensants”, nous les retrouvons partout et tel tribun de la gauche humanitaire ferait bien de constater l’identité de son discours et de celui des militants les plus extrémistes de “laissez-les vivre”. Nous les retrouvons, en particulier, partout où ils souhaitent saisir un pouvoir immédiat.

Ce qui caractérise leur action et leur détermination, c’est que, situés en dehors de tout circuit socialisé, ils peuvent se permettre de mettre en cause un point particulier sans se donner la peine d’examiner l’ensemble des conséquences que l’exigence d’une solution partielle et détachée de tout contexte va entraîner.

Tout se passe comme si le pouvoir régulièrement établi au nom de règles aujourd’hui séculaires, qu’il s’agisse du suffrage universel, de la démocratie représentative, de l’investissement du capital dans l’entreprise, n’a plus de réalité. Théoriquement le système émet des lois et des règlements, théoriquement les divers échelons de l’administration ou de l’entreprise transmettent des directives jusqu’aux récipiendaires citoyens ou exécutants, théoriquement, le résultat est quasiment comptabilisé mais dans la pratique, rien, absolument rien, ne ressemble à ce qui était prévu par la machine. Et en suivant la trace de cet invraisemblable imbroglio, l’observateur découvre que la réalité imaginée par les bureaux et bien souvent par les dirigeants ne présente aucune commune mesure avec la vie quotidienne.

Cette distance a pour conséquence une “fragmentation” de la réalité. L’univers de chacun, de chaque communauté aussi réduite soit-elle, devient indépendant de tout ce qui l’entoure et qui ne lui est pas directement lié. Ainsi, par exemple, lorsqu’un secteur d’une entreprise cesse le travail, il compte bien sûr sur la compréhension des autres, avec l’idée implicite que leurs revendications s’en trouveront renforcées. Mais à tout prendre, celles-ci leur sont indifférentes.

Les médias jouent un rôle important dans la mesure où ils inventent de toutes pièces, bien souvent, une solidarité qui n’existe pas. Interrogés, soumis à une pression hiérarchique de la part de l’interrogateur, les spectateurs, acteurs et victimes expriment ce qu’ils croient être la réponse attendue. Apparemment sur le terrain, un grand nombre de journalistes n’ont pas quitté, intellectuellement, leur bureau et confortent les sentiments qu’ils ont en mettant inconsciemment en scène leurs propres fantasmes. C’est comme cela d’ailleurs que nous avons pu assister à cet accord collectif profond de la fin 1995 où des individus exaspérés, fatigués de supporter les vaticinations et les inconséquences de gens dont l’emploi était assuré, n’en apportaient pas moins leur caution à un mouvement qu’ils dénonçaient par ailleurs dans l’intimité.

Si la solidarité manifestée médiatiquement était à ce point réelle, son dévoiement dans des actions suicidaires en paraissait d’autant plus regrettable. La considération attentive de l’art et de la manière selon lesquels s’organisent ces mouvements est pleine d’enseignement. L’opération, tout naturellement, se déroule en plusieurs étapes :

1. À partir d’un mécontentement, d’un désenchantement, tout à fait réels, des solutions apparaissent qui sont élémentairement évidentes.

2. Ces solutions, complètement isolées du contexte même le plus immédiat, semblent faciles à mettre en œuvre. D’autant plus qu’à y regarder de plus près mais toujours dans un cadre qui les isole de l’environnement, le refus ne peut apparaître que le fruit d’une incompréhension et d’une volonté délibérée de brimade.

3. Dans la mesure où le contexte de traitement devient complètement mythique et où les exigences ainsi aseptisées deviennent parfaitement acceptables, les refus s’apparentent à une injustice délibérée. C’est alors que les “humanistes” interviennent.

4. Le contenu initial du problème est alors ignoré. Il s’agit maintenant de la défense d’un groupe, voire d’un seul individu, opprimé par une machine réactionnaire qui ignore les droits de l’homme les plus élémentaires.

5. Le problème initial, déformé, devient objet de négociations. Des médiateurs autoproclamés s’en saisissent. En fait, il s’agit maintenant de discuter de l’application du règlement, de la loi même quand ce n’est pas d’une relecture de la Constitution.

6. La loi est alors remise en cause, son rejet exigé dans un cadre qui n’est plus le cadre constitutionnel. Les dirigeants, les gouvernants, les responsables de tous ordres sont mis en demeure d’obéir aux exigences du groupe souvent restreint qui se saisit de la situation.

L’aspect typiquement fasciste de la démarche (remise en cause de décisions, fruits d’un processus démocratique, par des minorités agissantes et qui ne reculent pas devant la forme actuelle de la violence la plus accessible : l’utilisation rationnelle des médias) s’efface devant le contenu affectif des mises en jeu.

Il ne s’agit plus, par exemple, d’une multitude qui met en jeu la santé économique du pays et dont l’action va conduire un certain nombre d’entreprises au dépôt de bilan donc à la disparition d’un certain nombre d’emplois, mais de pauvres malheureux à qui l’on va supprimer des avantages d’un autre âge et à qui l’on demande de discuter d’une autre manière d’exercer leur métier compte tenu des évolutions des moyens, des besoins et du contexte nouveaux. Parallèlement, les incidences économiques sont ignorées. Le déficit de la SNCF, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, doit être pris en main par l’Etat dont le budget comblera de manière permanente le déficit lié à une organisation et à un fonctionnement obsolètes. L’idée que l’Etat, c’est nous et que le budget de l’Etat se fabrique de la ponction fiscale est purement et simplement ignoré. Le bon sens de la ménagère est escamoté en même temps que les données réelles de la situation.

Eh, quoi ! Je vous parle de votre prochain, de l’amour de l’autre et vous me répondez gros sous. Nous ne sommes pas du même monde et vous n’avez en vue que le profit. Je suis humain, moi môssieu, je suis même humanitaire.

Le plus effarant, en l’occurrence, c’est que cette déviation, cet escamotage, sont dans le plus grand nombre des cas l’objet d’un processus tout à fait inconscient et la bonne foi d’un grand nombre des acteurs est tout à fait indiscutable. En somme, à l’inébranlable bonne foi des technocrates répond la non moins inébranlable bonne foi des humanitaires. Le hic réside dans le fait que ni les uns ni les autres n’ont la moindre idée de la réalité.

Entre les deux, les “administrés, encore une fois acteurs et victimes, sont absolument inconscients de l’imbrication du “tout dans le tout... et réciproquement”. Il y a des choses apparemment si simples à comprendre que la moindre complication n’est là que pour nous faire perdre de vue leur clarté originelle.

Jamais, la puissance publique ne devrait parler de sommes globalisées. Le prix du Crédit Lyonnais s’exprime en milliers de francs par foyer fiscal et représente tant de francs à payer sur chaque paie. En l’occurrence d'ailleurs, il ne devrait y avoir aucune dispense et le smicard devrait contribuer comme l’assujetti à l’ISF.

«  La gestion des commandos »

L’actualité de ces derniers mois est pleine d’événements où la confusion des genres à laquelle nous venons de faire allusion s’est exprimée, s’exprime encore chaque jour, comme dans autant de cas d’école. Chaque fois pourtant, il apparaît que la soudaineté des décisions bouleverse des groupes d’acteurs apparemment ignorants de la situation, de sa réalité et des conséquences qu’elles entraînent.

Chaque fois, le scénario est le même. Des réformes, des restructurations sont annoncées. Elles sont présentées comme nécessaires, sinon indispensables, incontournables. A proprement parler, il ne s’agit plus de présentation : l’état des lieux est asséné à des exécutants tenus jusque là dans l’ignorance. A partir de ce moment-là, toutes les réactions deviennent possibles.

Qu’il s’agisse de l’ensemble des prestations sociales, des aides à la création d’emplois, de la Sécurité sociale, de la SNCF mais aussi de Myris, d’ALCATEL ou de bien d’autres entreprises en difficultés, l’annonce tombe après quelques vagues fuites. Certes la loi fait obligation aux uns et aux autres de suivre un certain nombre de règles mais l’aspect formel des démarches cache mal l’impréparation de tous à la compréhension d’abord, à la gestion ensuite des situations réelles.

Que faire alors ?
Ce ne sont pas les commandos, quels que soient leurs origines et leurs objectifs qu’il s’agit de maîtriser. Quand l’insurrection éclate, il est trop tard. C’est avant, bien avant, que la situation doit être prise en mains. La crise a généralement bon dos : l’impéritie des conseils d’administration, l’impréparation de nombreux dirigeants de PMI-PME, voire d’entreprises plus grandes, l’indifférence organisée des personnels à la manière dont ils sont dirigés et le manque d’imagination quasi-général sont à l’origine de la plupart des catastrophes que nous observons. Combien de signes avant-coureurs ont été ignorés, négligés, niés même.

Comment se fait-il que sans “balladurettes” et autres “jupettes”, les industries automobiles des autres pays européens affichent une santé quasiment insolente ? Comment se fait-il que même ceux qui doivent impérativement changer de véhicules ne trouvent de réponses que chez la concurrence étrangère ?

Comment se fait-il que des fabricants d’objets quotidiennement indispensables, des chaussures par exemple, en sont à licencier des masses importantes de personnel ?

L’usine de chaussures Myrys  à Limoux (Aude) ferme brutalement ses portes en 2000. Cent cinquante employés abattus crient d'abord leur colère, La plupart ont 35 ans de «boîte» et ont commencé là à 14 ans.


Aujourd’hui la Chine…

Comment se fait-il que des banques, internationalement connues, découvrent brusquement qu’elles sont en situation de sureffectifs au point que leur équilibre gestionnaire est menacé, sinon tout à fait compromis ?

Bref, il n’est pas de secteur auxquels des remarques de ce type ne pourraient s’étendre.

Le taylorisme est mort, l’ère des réseaux se profile à l’horizon. Pour certains, elle s’installe déjà.

Le taylorisme est « mort » chez « nous »…

Survivra-t-il en Chine ?

Cela signifie qu’il n’y a plus de “chefs” autocratiques et des “subordonnés” obéissants mais incultes, il n’y a plus que des partenaires. Dirigeants, exécutants... et clients... sont devenus solidaires. Tous ont un besoin définitif les uns des autres. Leur premier lien est l’information. Je fabrique pour toi mais avant de fabriquer, il faudrait peut-être que je t’interroge (au lieu de m’interroger sur ton désir, sur ton besoin). Tu fabriques sous mes ordres, peut-être faudrait-il que je recherche ta participation en t’expliquant le “pourquoi” et le “où” de ton intervention.

Danton exhortait la France républicaine à toujours plus d’audace au moment où la Convention décrétait la “Patrie en danger”. Dans la situation actuelle, c’est à plus de transparence, à plus d’information, qu’il faut exhorter les uns et les autres.

Le problème de l’immigration, par exemple, est un de ceux qui ne pourra être traité que si l’ensemble de ses caractéristiques est publiquement considéré. Le Haut-commissariat aux réfugiés s’en mêle. Parmi les pays qu’il représente combien sont prêts à partager avec la France le fardeau de l’immigration aussi bien clandestine qu’autorisée ?

Chaque terrain ne peut plus se satisfaire d’un “comment” généralisé. Il n’est pas possible de courir de la même façon dans toutes les conditions, sur la plage, le macadam et la neige des montagnes. Dans tous ces cas différents, seul celles et ceux qui courent sont en mesure de choisir leur équipement. Encore faut-il qu’ils sachent pourquoi et où ils courent.

Et c’est là que la transparence et l’information prennent tous leurs sens.

Une information aujourd’hui n’est plus une communication ficelée et indiscutable. Il n’existe plus d’omniscience qui puisse avoir la connaissance de tous les secteurs et de tous les terrains. La décision ne peut plus être prise que là où elle sera exécutée : il n’est donc pas possible de survivre autrement qu’en communiquant sans cesse dans tous les azimuts.

Diriger aujourd’hui, c’est avant tout choisir et traduire en objectifs à long et moyen termes. C’est discuter, informer ses exécutants, écouter ce qu’ils ont à dire, car c’est sur elles et eux repose le lourd fardeau du “comment”. Certes, le temps de la chaîne manuelle est en train de s’achever, certes le travail de fabrication disparaît, entraînant de plus en plus de suppression de postes de travail mais le processus n’est pas immédiat, pas plus qu’il n’est soudain. A côté de ce qui s’efface, il est encore une multitude de besoins à satisfaire que les “libérés” de la chaîne pourraient aider à satisfaire. Mais avant tout, faut-il expliquer, faire savoir et écouter les suggestions de celles et ceux qui ne seront plus jamais sténodactylos, fraiseurs, soudeurs, tourneurs. Discuter et leur faire découvrir qu’il n’est pas plus dévalorisant de nettoyer une forêt, une plage ou tout autre lieu public, de servir une personne du troisième ou du quatrième âge que de “serrer sans cesse le même petit boulon”, d’autant plus que le serreur de boulons a été remplacé par une machine.

Moulinex est en péril. Est-ce si nouveau ? Est-ce par pléthore de personnel, par oubli de suivre l’évolution d’un marché, par le développement pendant plusieurs années de désaccords stratégiques dont la considération était limitée à des luttes intestines entre factions et fractions dirigeantes rivales... sans que jamais, les acteurs n’aient eu leur mot à dire ?

Les malades, morts guéris, se comptent par milliers. En attendant, si le spécialiste se satisfait du succès théorique, les victimes se traînent à l’ANPE.

« Il n’est pas de sauveur suprême : une vérité élémentaire devenue une incantation gratuite »

La France est morose.

Elle reproche à son Président, à son Premier ministre et à son gouvernement de ne pas inventer le remède à sa maladie... dont elle paraît ignorer par ailleurs la nature et la gravité. Elle se rit des experts qui n’en finissent pas de se tromper dans leurs prévisions. Elle attend une solution miracle sans remarquer que personne, ni les uns aujourd’hui dans l’opposition, hier au pouvoir, ni les autres, aujourd’hui au pouvoir, sont impuissants à tirer du chapeau le lapin espéré.

Elle attend, sans vouloir tirer de conclusions de la bonne volonté de ces uns et de ces autres, même si des “mieux” passagers et évanescents apparaissent périodiquement pour disparaître aussi vite. Elle attend sans vouloir accepter que le salut n’est pas dans davantage d’aides qui entraînent davantage d’impôts contre lesquels elle proteste.

La France est morose mais pour la faire sortir de sa morosité, il faut avant tout lui exposer l’état des lieux.

Le budget ?

Informer, en utilisant des termes à chacun compréhensibles. Que signifie un déficit rapporté en francs domestiques aux divers foyers fiscaux ? Que représente, en réalité et en francs de revenu indirect, la décote des impôts accordée à plus de la moitié de nos concitoyens ?

2007 : Nombre de contribuables imposables : 34 791 446 ; d'avis d'imposition : 16 348 366 et de non-imposition : 10 633 550 ; nombre de notifications de restitutions : 7 809 530.

Informer, en, discutant de la participation de chacun au résultat, bénéfice ou déficit. Montrer à chacun comment son travail se transforme en chiffre d’affaires, en salaires, en fais, en investissements, en impôts, en bénéfice ou en perte.

La seule manière d’échapper à l’explosion, incontrôlée par principe, des pulsions dans un monde où la première des polices, la restriction individuelle, se délite chaque jour un peu plus, est de mettre chacun devant ses responsabilités. Participer ou subir, redécouvrir que la si fameuse solidarité n’est pas une prise en charge et qu’elle demande un échange et une participation ou accepter passivement d’être emporté sinon d’être durement traité dès que la transgression de la loi collective prend des allures insurrectionnelles.

Le secret, volontaire ou par habitude, fruit d’une certaine conception taylorienne du pouvoir, est la première étape de l’enlisement et de l’autodestruction socio-sociétale. Le savoir acquis et géré comme un compte-épargne n’est plus qu’un leurre. C’est aujourd’hui le temps de la conjonction des savoir-faire dont la possession et la pratique n’ont qu’un lointain rapport avec les diplômes, fussent-ils les plus prestigieux. Encore faut-il, pour qu’ils explosent, que leurs détenteurs soient informés et consultés en ce qui fait leur talent. La solution ne viendra pas d’une femme, d’un homme ou d’un groupe charismatiques. Les idéologies tayloriennes sont déjà mortes, même si certains continuent désespérément de s’y accrocher. Tout ce que nous pouvons attendre de nos dirigeants, c’est qu’ils nous rendent adultes et responsables et qu’ils rendent possibles toutes les initiatives que nous pouvons inventer pour résoudre localement pour un moment, les problèmes de survie qui se posent à nous. Et avant tout, sans doute, qu’ils ne se référent plus à un appareil administratif et légal qui appartient déjà au passé et dont la mise en œuvre continue constitue sans doute le frein le plus puissant à toute évolution.

Qu’en pensez-vous ?

Romain JACOUD

Et toujours le « secret »…

Le quotidien Les Echos a publié, mercredi 23 avril, une étude sur les rémunérations des patrons du CAC 40. Selon le journal, la moyenne de leur salaire – hors stock-options et actions gratuites – s'est établie à 2,26 millions d'euros en 2007, soit une hausse de 4,3 % sur un an.

Durant cette même période, la progression des bénéfices totaux des entreprises du CAC 40 a été évaluée à 5 %. La croissance similaire des deux taux est le signe que les rémunérations patronales "progressent au même rythme que les bénéfices" des entreprises."On peut donc penser que le jeu des bonus, ces rémunérations variables que chaque société détermine selon ses propres priorités, permet de renforcer la symétrie entre salaire du patron et résultats de la société", précise le journal.

CONSÉQUENCES DE L'AFFAIRE KERVIEL

L'exemple le plus significatif est celui de Daniel Bouton, PDG de la Société générale. "Après la révélation des pertes colossales liées à l'affaire Kerviel, le conseil d'administration de la Société générale a décidé de supprimer sa part variable. Résultat, sa rémunération totale s'effondre de 62 % en 2007. Du jamais vu au sein du CAC 40", explique Les Echos.

Une telle étude demeure toutefois limitée, puisque les émetteurs ne dévoilent que les rémunérations en cash, et non celles sous forme de titres, qui constituent vraisemblablement une part importante et croissante des revenus. "En ce sens, l'évaluation systématique, et selon une méthode standard, des titres attribués aux dirigeants, sur le modèle de ce qui se fait outre-Atlantique (...), constitue sans doute la prochaine frontière de la transparence sur les rémunérations des patrons", conclut le quotidien économique.

Le Monde.fr

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.