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De la société du « Pourquoi ? »…

Face à la fin d’un monde et non pas du monde, saurons-nous tourner le dos aux modèles obsolètes ? C’est l’heure de la pensée « inductive ». L’Homme ne doit plus être le bras de la machine, mais en être le cerveau…  « Crise de société » ? Dresser les constats, ouvrir des voies nouvelles. Romain Jacoud nous offre ses réflexions toujours décapantes et libres…

Romain Jacoud est ancien professeur à l’UF d’Anthropologie de Paris 7, physicien, chercheur, conseiller en politique et stratégie d’entreprise. Il est Directeur-rédacteur en chef des "Humeurs stratégiques", mensuel, depuis 1987

La crise actuelle ? La première qui soit véritablement une crise de société ! Elle s’étend dans un paysage politique désertique et se nourrit de la morosité qui dépasse nos frontières.
Victimes et acteurs, il nous faut sans tarder « inventer » des « lendemains chantants »…
Romain Jacoud nous invite à méditer sur quelques éléments pour un « nouveau modèle ». Toujours avec la clarté et la rigueur dont il ne se départit jamais.
Un grand merci.

Portemont, le 4 avril 2008

Humeurs stratégiques
Quand c'est urgent, il est déjà trop tard ! (Talleyrand)
Citation invitée : Cours camarade, le vieux monde est derrière toi !
                                                                                                                         Après 40 ans, une perle de sagesse de mai 68…

QUELQUES ÉLÉMENTS POUR UN MODÈLE NOUVEAU

Le paysage politique frappe par son aspect désertique. Quelles que soient les sensibilités exprimées par les uns et les autres, elles semblent relever d'un regard purement conjoncturel. L'utilisation généralisée du terme "sensibilités" est révélatrice de l'absence de toute référence à une image du monde et à sa probable évolution. Plus crûment encore, nous avons assisté dans le dernier tiers du vingtième siècle à un effondrement des diverses idéologies qui permettaient, ci et là, de gouverner le mouvement du monde. Avec plus ou moins de réussite certes mais ce n'est pas là l'objet de notre regard présent.

L'état des lieux auquel se livrent tous les observateurs diffère peut-être dans le détail des analyses mais toutes se caractérisent par une même timidité : aucune d'entre elles ne met en cause l'adéquation des organisations socio-sociétales à la réalité quotidienne. Les évolutions proposées reposent toutes sur des extrapolations "logiques" des situations actuelles. Elles permettent ainsi d'ignorer toutes les contradictions qu'elles génèrent.

Par exemple, le chômage et ses conséquences : l'idée, jusqu'ici quasiment par tous et toutes partagée qu'il est responsable de toutes les dissolutions sociales commence à être radicalement remise en cause. Et ce n'est là qu'un élément entre autres de la pauvreté actuelle de nos imaginations sinon de leurs expressions publiques.

Et le problème est général. Il dépasse les divisions ethniques, les frontières nationales, les coutumes générales et les singularités individuelles.  Un mot, imprécis pourtant, paraît qualifier cet état qui touche aussi bien les abandonnés du Darfour, les SdF du canal Saint Martin, les martyrisés du Tibet, les emprisonnés de la bande de Gaza, pour n'en citer que quelques exemples délibérément choisis, que les pékins vulgaires, c'est-à-dire nous tous. Seule l'intensité du sentiment qu'il recouvre change. Ce mot, c'est morosité.

Masque mortuaire (collection de l'université de Princeton)

Morosité ? Aussi bien l'absence de perspectives  que le manque de pain, de riz, de logement, de paix, bref un inventaire qui semble matérialiser celui de Prévert à cela près qu'il exprime un désespoir tranquille auquel il semble que personne n'échappe même si sa déclinaison mélange des aspects aussi peu comparables.

Comme si, de manière diffuse mais planétaire, chacun, chacune, individuellement et collectivement à la fois, nous ressentions l'absence totale d'un lien qui nous unirait dans la poursuite d'une amélioration continue de nos destins personnels.

Bref, une crise qui dépasse de loin ces considérations économico-financières qui inventent des conséquences largement étrangères à la radicalité du phénomène dont nous sommes à la fois victimes et acteurs. Cela vaut donc la peine de s'y intéresser ne serait-ce que pour ajouter nos divagations à un "bestiaire" que nous collectionnons avec constance depuis bientôt vingt-cinq ans.

UN COUP D'ŒIL ICONOCLASTE ET AMORAL
Depuis tant d'années que nous observons, avec passion parfois, avec intérêt toujours et la curiosité réjouie du collectionneur d'affirmations délirantes énoncées avec un aplomb d'autant plus inattendu que le contenu en est riche d'invraisemblances, l'envie nous vient de dire le présent tel que nous le voyons. Ce qui, soit dit en passant, ne le rend pas plus « vrai » que celui des commentateurs professionnels. Mais il possède au moins l'avantage d'être l'expression d'un regard libre de toute attache idéologique.

En fait, depuis l'écroulement de la maison URSS, nous vivons planétairement la mise en évidence d'une réalité qui est devenue incontrôlable.

La chute du mur de Berlin. Novembre 1989.

 La social-démocratie ?  Le communisme moins les goulags ! Les différentes sociétés de droite ? Le contraire (?) du communisme, c'est-à-dire, en principe, l'absence du dirigisme de l'Etat ! L'anarchisme ? Une utopie certes intéressante qui repose sur la responsabilisation de l'individu mais une utopie quand même !

Bref, la mort de Staline –même si la Chine semble suivre les préceptes sacrés vaguement repensés par le Grand Timonier- a entraîné la dissolution de ce qui était considéré comme des idéologies alternatives.  Pourtant, elles n'étaient, elles ne sont, que des constructions sans fondements uniquement définies par rapport à la seule idéologie véritablement construite sur des prétentions scientifiques.

Et le plus dramatique, sans doute, est que le vide brusquement créé n'a jamais été comblé depuis. D'ailleurs, à y regarder de plus près, l'interventionnisme de l'Etat même dans ce qui est planétairement supposé être le laboratoire même du libéralisme, les Etats-Unis, a pris des couleurs "socialisantes". Entendons-nous, il ne s'agit pas de critiquer le contenu des mesures à caractère social mises en œuvre dans quasiment tous les pays développés mais de rappeler que le concept même de libre entreprise est devenu une utopie. Ce vide et ses conséquences ne sont pas apparus dans l'instant, les systèmes politiques ont poursuivi un cheminement traditionnel comme ces navires qui naviguent sur l'erre acquise quand les machines tournaient.

Le problème n'est pas de juger de la qualité et de la nature de cette idéologie effondrée mais de constater que depuis près d'un demi-siècle, le fonctionnement des nations occidentales (un raccourci commode et purement circonstanciel) a perdu toute cohérence. Il n'y a plus, il n'y a jamais eu, de modèle libéral, il n'y avait qu'un ensemble de coutumes dont la réalité reposait sur l'opposition à l'idéologie marxiste. Celle-ci disparue, son "contraire" a perdu dans l'instant toute consistance. Et la décomposition à laquelle nous assistons n'est que la mise en évidence de l'absence d'idéologies, c'est-à-dire de modèles qui permettent d'interpréter les situations ainsi que de tenter d'en organiser le développement.

Il n'y a pas de "tireurs de ficelles" cachés dans l'ombre. Notre société est fondée sur la recherche constante de l'amélioration de l'outil de production qui a conduit la plupart des hommes à n'être que des excroissances de la machine. Peu importe la réalité des idéologies qui ont agité la planète, leur formulation et leur mise en œuvre n'avaient que ce seul objectif. Elles procédaient de la recherche de solutions plus ou moins efficaces. Leur théorisation n'étant plus que l'habillage d'une nécessité socio-sociétale.

Une société dont le seul souci, historiquement intégré à toute pensée relative à l'organisation, est la fabrication, repose sur l'utilisation de la production. Dénoncer la société de consommation, c'est mettre en cause le pourquoi de nos raisons de vivre. C'est dire aussi qu'un modèle existe et prendre conscience du fait que nous l'avons confondu avec les diverses tentatives de le mettre en œuvre.

L'homme préhistorique utilisait le biface pour dépouiller, découper et racler.

Ce modèle est né à l'instant même où le premier homme, la première femme, se sont baissés pour ramasser la première branche, la première pierre qui leur ont servi d'arme c'est-à-dire d'outil. Ils ont ainsi lancé leur descendance, nous, dans une course à l'amélioration de cet outil. A mesure que celui-ci se perfectionnait, fatalement pourrions-nous dire, se mettait en œuvre à chaque instant l'organisation de production la plus performante compte tenu du niveau technique atteint par l'outillage. C'est ainsi que nos sociétés sont passées de l'artisan-individu à l'artisan-atelier, à la division du travail, à la spécialisation des activités, à l'usine, à la chaîne, bref en un mot comme en de multiples ouvrages, aux organisations que nous connaissons aujourd'hui.

La famille du menuisier. Les États de la société, enluminure de Jean Bourdichon, France, fin du XVe siècleParis, BnF, département des Manuscrits, Français 2374, fol. 1v.

Un atelier de couture au 19e siècle.

Chaîne de montage des automobiles Peugeot à Sochaux en 1931.

Certes, l'évolution n'a pas été aussi simpliste que notre raccourci pourrait le faire entendre mais, grosso modo, notre résumé n'est pas inconcevable. Quoi qu'il en soit, le résultat est là. Il y a quelques décennies encore, nous avons atteint le système taylorien, la forme d'organisation la plus appropriée au résultat recherché. S'il y a crise aujourd'hui, c'est que ce modèle auquel notre comportement se réfère implicitement ne correspond plus aux nécessités de l'heure. Cette situation est tout à fait nouvelle. Jusqu'ici, les bouleversements auxquels nous avons été soumis n'ont touché que les manières de le mettre en œuvre. Vue de loin, si les apparences variaient, la structure du pouvoir demeurait immuable. Que les chefs de clan soient devenus des rois, des dictateurs, que les formes soient totalitaires, dictatoriales et/ou démocratiques (encore qu'il y ait beaucoup à dire sur chacun de ces éléments), fondamentalement personne ne touchait aux principes même si l'amélioration de la vie quotidienne de millions d'individus était en cause.

Le Roi Saint-Louis (sculpture de Catherine Cairn), Vercingétorix, François Mitterrand, Staline et Mussolini.

Il est intéressant aussi de constater que les formes d'organisation qui permettent les fabrications de masse, toutes fondées sur une hiérarchisation plus ou moins absolue des rapports à l'intérieur du groupe, sont antinomiques d'un mécanisme de progrès. L'invention exige la liberté. Même Staline l'avait compris qui avait créé Akademgorod où tout était licite même le doute sur les qualités du voïvode dans la mesure où cette liberté ne dépassait pas les limites matérielles de la Cité. La fabrication implique et exige des organisations fondées sur la pratique dominante de la déduction, le progrès, celle de l'induction. Ces deux modes de pensée n'ont rien de commun et la dominance de l'un menace même la pratique de l'autre. D'où la position si particulière des inventeurs dans toutes les sociétés hiérarchiques. Nous pouvons même nous demander si la glorification du "principe de précaution" n'est pas l'expression ultime de la dominance du mode de pensée déductif.

LA CRISE ACTUELLE ?
LA PREMIÈRE QUI SOIT RÉELLEMENT UNE "CRISE DE SOCÉTÉ" !

Toujours à la recherche de l'expression qui frappe, les médias sont prompts à caractériser chaque bégaiement de l'histoire comme une "crise de société". Ce terme, pourtant, ne devrait s'appliquer qu'au moment où les hypothèses fondamentales qui gouvernent une organisation sont mises en cause. Plus précisément, au moment où une organisation n'est plus en état de permettre une interprétation opérationnelle des situations observées et/ou vécues et, par voie de conséquence, d'en envisager l'évolution. C'est alors que le modèle représentatif de l'état d'une science, d'une pensée, d'un groupe devient obsolète malgré toutes les tentatives de mise à jour. C'est le moment d'abandonner ce modèle dépassé pour en adopter un autre. C'est l'heure de la pensée inductive ou, pour tout dire, le moment d'inventer. Le problème, c'est que nous n'inventons pas sur commande même si l'existence d'une pression inconsciente et quasiment unanime de la nécessité d'une autre organisation du groupe est un élément indispensable au bouleversement. "L'air du temps" comme "on" dit chaque fois qu'une invention nouvelle apparaît presque simultanément en divers lieux, imaginée par divers auteurs sous des formes souvent diverses. Notons que l'histoire du monde se saisit toujours de la plus simple à mettre en œuvre même, et surtout, quand le bouleversement est fondamental, radical devrions-nous dire car il s'applique aux fondations de l'organisation du groupe, du savoir, de la coutume.

Cela dit, puisque nous en sommes à une "crise de société", en quoi est-elle une manifestation de l'obsolescence du modèle auquel nous nous référons aujourd'hui, ne serait-ce que de manière implicite ?

Et d'abord vivons-nous bien une "crise de société" ? Avant de "crier au feu" de la fin d'un monde –pas de la fin du monde- posons-nous la question de la nature de la crise. Ne se bornerait-elle pas à la nécessité d'une réévaluation des méthodes, des organisations à rendre plus efficaces, à une meilleure formation des agents de la production, à la correction de quelques erreurs manifestes ? L'incapacité, pour ne pas dire l'impuissance, de nos "directions générales" à résoudre les problèmes qui se posent, des plus immédiatement locaux aux plus planétaires, les SdF, les chômeurs, les victimes d'épidémie, les retraités, les populations défavorisées, la faim dans le monde, le manque d'eau à terme, etc, etc, l'énumération des difficultés apparemment insupportables et sans solutions envisageables pourrait être poursuivie. Elle est déjà une réponse implicite à la question posée.

Cela dit, en quoi cette crise met-elle en cause ce modèle implicite que nous avons caractérisé comme étant celui de la recherche permanente de l'amélioration de l'outil ? Rappelons qu'une amélioration, une évolution, un progrès naissent de l'existence d'une demande dont il n'est pas indispensable qu'elle soit explicite. Cet "air du temps" dont nous relevions l'existence suffit à faire bouger les lignes. Jusqu'ici, l'état des savoirs, des techniques et la pratique des technologies existantes permettaient une satisfaction collective de désirs communs. Les progrès enregistrés depuis la fin de la seconde guerre mondiale qui ont touché tous les domaines de la vie quotidienne ont entraîné une diversification, une individualisation même des désirs au point qu'il n'existe plus de réponses qui puissent satisfaire des populations entières comme cela a été le cas jusqu'à présent. Cela ne signifie pas que des besoins n'existent pas et qu'ils ne correspondent pas à des nombres importants d'individus. lI se trouve que leur satisfaction n'est plus le fruit de dispositions générales. Leur multiplication et leur diversité rendent quasi impossible une satisfaction institutionnelle. Aussi règne-t-il une atmosphère diffuse d'insatisfaction dont la responsabilité est attribuée aux dirigeants.

Pour ne prendre que la France et son Président, s'il est déjà un peu facile de lui reprocher l'état actuel de l'économie, il est indécent de lui en attribuer le contrôle.
La crise de l'immobilier était prévisible sans qu'on puisse précisément en désigner le moment. Son étendue et son influence au-delà de la sphère concernée n'étaient pas évidentes.
 Quand nous nous bornons à des dénonciations passives ou véhémentes, suivies de propositions dont la portée réelle est parfaitement illusoire, nous cachons les raisons de notre impuissance derrière un refus d'approfondissement des mécanismes en jeu.
 Comment croire, par exemple, que la multiplication des aides financières de toutes natures peut constituer une solution même passagère.
La mise en œuvre d'une solidarité, expression de charité publique, lourde au portefeuille de chacun, dégradante et créatrice d'exclusion des victimes parce qu'elle n'implique aucune participation des populations concernée est un non sens. ,

      Le RMI compenserait-il des inégalités insupportables ?      
Evolution du nombre de RMI-istes (source INSEE)

Les primes et autres parachutes dorés empochés par certains dirigeants relèvent d'excès ou  relèvent d'une dérive liée à notre type d'organisation.
 Elles s'apparentent plutôt à ces jeux de gamins à l'entrée des cabinets de l'école élémentaire où la notoriété des uns et des autres se fonde sur des comparaisons anatomiques élémentaires.
 A tout le moins, la question devrait être posée. Sa réponse permettrait de faire le tri entre les « yaka » et les « faut qu'on » irréalistes et les véritables mesures que la situation internationale rend impossibles à envisager.

Comment reprocher à des banques françaises des comportements sociétalement et économiquement suicidaires alors que leurs concurrentes étrangères seraient libres de continuer de les pratiquer ?
Le temps n'est plus où les hommes gouvernaient les événements, c'est aujourd'hui l'inverse. Comment imaginer une manifestation plus éclatante de l'obsolescence d'un modèle.

OUI… ET ALORS ?

La situation est à la fois simple : il est facile de décréter l'obsolescence d'un modèle.  Il est difficile d'imaginer et de construire un modèle nouveau. Ce sont des affaires d'imagination collective. Une entreprise de longue haleine d'autant plus délicate à mener qu'elle exige une adhésion réfléchie et une participation de chaque instant. Mais dans la mesure où elle s'accompagne d'une remise en cause radicale de tout ce qui fait l'environnement actuel, il faut compter avec une hostilité profonde et quasiment générale. Cependant, il est possible d'imaginer les grandes lignes de ce qu'il pourrait être à partir des besoins qu'il devra permettre de satisfaire.
Le système qu'il est nécessaire d'inventer puis de mettre en œuvre doit favoriser l'invention. La structure du réseau qui traduira le modèle d'organisation sociale ne sera pas d'essence hiérarchique. Il s'agit d'imaginer une société du « pourquoi ? » dans la mesure où la première étape de toute invention est l'énonciation du « pourquoi » de la recherche à entreprendre. Notre société de la fabrication repose sur la réponse permanente à la question « comment? ». La structure de demain présentera un caractère politique comparé à la nature tactique de notre société actuelle.

Dès lors que la structure envisagée est fondée sur une équivalence entre les divers nœuds du réseau qui la rend opérationnelle, le comportement des membres du réseau dépend de chacun d'entre eux. Contrairement à un réseau taylorien dont la structure dépend totalement des choix politiques (le pourquoi) et stratégiques antérieurs traduits en tactiques exécutables, la structure du réseau systémique traduit les choix politique et stratégique à mesure qu'ils s'élaborent et renvoie la responsabilité de leur formalisation en tactiques aux divers nœuds constituants. Ceux-ci traduisent la politique et la stratégie fondatrices en actions localement adaptées. Ce type d'organisation implique un rôle du « patron » complètement différent puisqu'il ne procède plus aux choix tactiques et qu'il n'appartient plus à l'organigramme interne. Cela découle du fait que tous les nœuds portent les mêmes responsabilités et jouent des rôles équivalents. Si le chef d'entreprise occupait l'un des nœuds, il en serait fini de l'équivalence et la structure reviendrait ipso facto à l'état antérieur taylorien.

Dans ce type d'organisation, le dirigeant joue deux rôles complémentaires et absolument fondamentaux. D'une part, seul ou en groupe, il élabore la politique et la stratégie qui seront la raison d'être du réseau (de l'entreprise quelle qu'elle soit en fait, industrielle, commerciale; socio-sociétale). Portées à la connaissance de tous les membres de la structure, il revient à chacun d'entre eux de traduire en tactiques les choix fondateurs. D'autre part, c'est au patron que revient alors un autre rôle aussi « fondateur » que le premier et qui est d'assurer la coordination des efforts et leur cohérence, en premier d'assurer l'optimisation de la circulation de l'information à l'intérieur de l'entreprise.

Le Taylorisme...

Sans cette irrigation permanente, il n'existe pas d'entreprise : contrairement à l'entreprise taylorienne où la communication véhicule des ordres et relève par conséquent de la tactique, en régime systémique, la communication assure la réalité de l'entreprise, elle est donc d'ordre stratégique. L'Homme n'est plus l'excroissance de la machine, il en est devenu le cerveau. C'est dire que son comportement doit subir un bouleversement drastique puisqu'il devient totalement responsable de la réification du geste quels qu'en soient le champ et le mode d'application.

C'est peu de dire qu'il s'agit d'un bouleversement drastique des comportements, des relations et des cultures. Il devient évident que la structure nouvelle ne prendra une forme stable qu'après de nombreuses tentatives où une succession interminable d'essais et d'erreurs façonnera peu à peu des réponses acceptables apportées par des partenaires de plus en plus pertinents qui apprendront à inventer de manière permanente ces réponses au moment même où les problèmes, chaque fois nouveaux et différents, se formuleront.

Une belle succession de lendemains chantants… et enchanteurs, nous attend où l'homme ne survivra qu'en portant à la fois le chapeau du créateur, la casquette du constructeur, les manches de lustrine du comptable, tout en se dotant du bagout du commerçant.

Rien ne sera jamais comme avant. La rupture en fin de parcours sera à ce point totale et définitive que nous ne pouvons même pas imaginer la place que nous occuperons demain dans un monde où la démarche d'invention sera devenue notre geste le plus naturel.

Voilà de quoi nous réjouir ! Pensons qu'après huit millions d'années, l'espèce humaine va se heurter à un défi à peine envisageable, il y a encore une cinquantaine d'années et qu'elle ne manquera pas de le relever… en attendant le prochain.

Qu'en pensez-vous ?

                                                                                  Romain JACOUD humeurs.strategiques@free.fr

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