Mercredi 26 Juillet 2017
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Nos temps sont difficiles...

En passe d'être insupportables... Chaque jour ne payons-nous pas le prix fort des désordres en tout genre engendrés par la caricature de l'ordre? Notre ami Dominique Daguet aurait-il été tenté de changer d'air de prendre le large? Que non! Il nous conjugue, d'un verbe à un autre, de « charger à grèver »...

Portemont, le 24 octobre 2010

D’un verbe à un autre, de charger à « grèver »

Les événements m’inciteraient à déserter loin de mon ordinateur, à prendre la poudre d’escampette, à me changer les idées sinon seulement à changer d’air… Mais je sens sur moi peser la charge de m’exprimer sur tout ou presque tout car il y a quelque part dans notre petit univers un lecteur – un lecteur, assurément, car je le connais – donc un lecteur qui attend de se confronter à mon point de vue : non pour être d’accord chaque fois avec ce que je dis, mais pour souvent me contredire. Et j’aime être contredit quand cela est fait avec intelligence, comme j’aime ne l’être pas quand cela m’est avoué avec tout autant d’intelligence.
À propos du verbe « charger », je vois se généraliser l’usage de l’expression « être en charge de », directement recopiée de l’anglais sans la moindre nécessité. J’apprends ainsi, recevant un courriel, que des ministres, en l’occurrence Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, étaient tous deux « en charge de l’organisation » d’un débat annoncé sur le thème « Tout commence par l’éducation ».

La locution « être en charge de » est un calque de l’anglais « to be in charge of ». Elle devrait être remplacée par l’une des locutions suivantes : être chargé de, être responsable de, avoir la charge de, avoir la responsabilité de, avoir mission de...

Les modes sont ce qu’elles sont, le plus souvent stupides, mais il convient de s’en apercevoir et de résister aux importations inutiles. Je suis favorable à de telles adoptions chaque fois que nous ne trouvons pas un équivalent digne de ce nom, notamment quant à sa musique, trop souvent négligée par les néologues : mais comment l’être, favorable, quand l’adoption terminologique se traduit par l’éviction d’une expression française qui remplit parfaitement sa mission et qui se trouve, qui plus est, plus courte que l’anglaise ?
Juste un mot sur le thème choisi : il va tellement de soi que je m’étonne qu’il faille en débattre. Cependant, quand j’écoute les chefs syndicalistes « justifier » les affres qu’ils nous infligent ces jours-ci, je me dis que quelque part leur éducation a été trop vite expédiée. Comment des êtres civilisés pourraient-ils « justifier » le fait d’attenter quotidiennement à la liberté des « autres » ? Surtout en nous tarabustant avec des arguments infantiles qui démontrent qu’ils n’ont pas pris conscience de la gravité de nos déséquilibres financiers, surtout ceux qui affectent l’économie sociale, principales causes de la dette colossale qui se tient, telle une épée de Damoclès, au-dessus de la tête des générations montantes : je pense ici aux 35 heures comme aux 60 ans, héritage calamiteux du règne de François Mitterand, dont les coûts cumulés depuis le début des années 80 équivalent à peu de chose près au montant de cette dette. Merci au parti socialiste comme à ses alliés.
D’où ces réflexions, vu l’actualité, sur le droit de grève tel que se le sont approprié les syndicalistes de France : un droit absolu, qui ne souffre aucune contradiction, aucune contrainte, que celles-ci aillent d’elle-même ou soient imposée ou formulée par quelque gouvernement que ce soit. Quand un gréviste français fait grève, il est à lui seul le gouvernement, sans avoir besoin d’une élection ! Une jeune fille de quinze ans, dans une des manifs dites des « jeunes », est interrogée par un journaliste des plus obséquieux : on aurait pu croire qu’il interrogeait un ministre, quoiqu’alors il eut été mordant, presqu’irrespectueux, pour bien montrer qu’il n’était pas dupe ni à sa botte… Elle savait tout, disait-elle, connaissait très bien les détours qui eussent permis de contourner les impasses redoutables ouvertes devant nous… Oui, l’absurdie elle-même dans ses œuvres ! Et l’on interrogeait complaisamment les professeurs qui disaient vouloir rester avec leurs élèves pour les soutenir…

J’ai pensé à l’accusation de manipulation que certains politiques ont avancée : il est évident en effet que Mme Ségolène-Marie Royal s’est livrée à un tel exercice, mais maladroit jusqu’à l’ineptie : la manipulation ne doit pas pouvoir être détectée.

En ce sens, les sondages réussissent assez bien l’entreprise de la désinformation ; de même les reportages fait sur le terrain pour « savoir » ce que pensent les gens : exactement comme si en cette matière ils possédaient les données qui leur permettraient d’en « causer » savamment. Si j’avais été interrogé, ma réponse n’aurait jamais été reprise : on ne nous donne que des avis favorables, parmi lesquels un ou deux sont glissés qui manifestent, mais avec quelle prudence, une opposition de bon aloi. Crainte d’être reconnu par des proches d’un tout autre avis et aussitôt insulté, traîné dans la boue comme de droite, fascisant, etc.. L’habitude des gens de gauche en notre heureux pays.
Se découvre dans le droit de grève pratiqué en France un caractère totalitaire surprenant: celui qui est en grève peut tout se permettre à l’égard de ses concitoyens. Ah, une précision, je parle du gréviste extraordinaire, celui qui dispose d’un pouvoir excédant sa personne, non celui qui agit au sein d’une petite firme sans jamais risquer d’indisposer les foules : je vis le gréviste sûr de conserver son emploi à la SNCF, à l’EDF, à l’Éducation Nationale, dans les filières archi-bourrées par les gouvernements socialistes des administrations nationales et régionales… Il est là où l’on a la capacité de paralyser un tiers ou la moitié ou la totalité de la France, c’est-à-dire où se trouvent des Français qui veulent travailler, ne serait-ce que parce qu’ils ne peuvent se permettre matériellement d’arrêter leur boulot, des Français qui sont dans la nécessité de se déplacer, ne serait-ce que pour que des soins leur soient dispensés…
L’économiste qui réussirait à calculer le coût financier de tout ce que les grèves empêchent, gênent, détournent, détruisent, il ferait un noble travail car il exposerait aux grévistes combien ils ont « volé » leurs concitoyens en matière de travail, de temps et d’argent. Je n’oublie pas que le temps en effet c’est souvent également de la monnaie gagnée à la sueur de son front !
Je pense aux innombrables employés – bien plus donc que les faux trois millions de manifestants, sans doute à peine la moitié ! – qui ne savaient pas comment rejoindre leur lieu de travail ! À ceux qui furent empêchés d’entrer dans ce même lieu ! À ceux qui durent la boucler, interdit d’exprimer leur opinion, défavorable évidemment à la tournure prise par les événements ! Ceux qui voulaient bien alimenter les stations-service mais qui restaient prisonnier des commandos de blocage.

Combien de « professionnels », connaissant cependant la fragilité de notre économie, hurlaient qu’il fallait l’arrêter ! Mais ce qui aura été perdu – par exemple ces marchandises fragiles qui auront séjourné trop longtemps dans les camions bloqués – ne sera jamais retrouvé.
Un phénomène m’a surpris : non seulement le manque d’éducation, qui aboutit au mépris total de l’autre, mais aussi l’inculture économique de la plupart de ceux, les Chérèque et les Thibault, dont il nous a fallu subir les discours et les raisonnements. Je ne pense plus ici aux jeunes gens autoproclamés spécialistes de tout, non, je pense aux chefs, à ces chefs qui ne sont que des suiveurs protégeant leur gagne-pain de fonctionnaires de la contestation ! Quelle énergie dépensée pour nous  susurrer des solutions dont pas une ne tient la route : comme s’ils se moquaient du monde, comme si leur était indifférent que leurs solutions, si elles étaient adoptées, surchargent encore à les faire s’écrouler une multitude d’entreprises dans l’incapacité évidente de les supporter.
Le gouvernement aurait pu mieux faire, tout le monde a le droit de le penser comme tout le monde a le droit de le soutenir puisque tout le monde n’a pas eu à aborder une de ces difficultés auxquelles tout le monde ou presque n’entend rien. Ce sont des chiffres, nets et clairs. Et ces chiffres ou ces nombres ne supportent pas la contradiction : il ne s’agit pas ici d’idées conçues dans le bouillonnement des conversations autour d’un brasero, devant la grille cadenassée interdisant aux empêcheurs de « grèver » en rond d’entrer dans « leur » usine ou leur bureau ou leur classe. On peut n’être ici que le tiers des effectifs, parfois encore nettement moins, on devient les rois, les maîtres et surtout les penseurs.
Nul mépris dans mes affirmation : il s’agit d’un phénomène humain, la foule rend souvent idiot. Rentré chez lui, il doit arriver que le gréviste s’en rende compte mais n’ose l’avouer, le lendemain, repris par l’élan de la foule, son dynamisme primaire.
Où veux-je en venir ? À ceci : il serait temps qu’enfin les droits des victimes des grèves soient reconnus. Je n’ai rien évidemment contre le droit de grève, ce qui est sage sinon je me ferais assassiner, mais je suis contre ses excès. Bloquer l’espace public – notre propriété commune, par la très sainte loi divine de notre République ! – ce n’est rien d’autre qu’une appropriation illégitime, une prise d’otage indécente plus encore qu’illégale. Empêcher tel ou tel d’accomplir ce qui relève de son droit le plus strict, le plus élémentaire, c’est une atteinte intolérable à la personne, à sa liberté la plus naturelle. Laisser dans les rues de Marseille s’entasser des tonnages hallucinants d’ordures c’est une indignité en même temps que la manifestation du mépris dans lequel on tient à la fois son travail et ceux qui en temps normal en bénéficient. Propos durs ?



Les feux déclenchés par Frédéric Guendouz, 37 ans, agent de nettoyage, avaient provoqué, dans la nuit de lundi à mardi, la destruction de sept véhicules stationnés dans le quartier de La Blancarde (4e ), notamment sur le boulevard Philippon.

Bien moins que ce qui est infligé aux Marseillais qui n’en peuvent plus, d’autant que ce genre de barbarie se reproduit souvent. Il n’a pas suffi à la CGT de ruiner le port de cette ville – réduite, par ses actions oniriques et archaïques de défense d’un monopole intenable, à passer de premier à onzième port méditerranéen, d’où là-bas une contraction tragique du nombre d’emploi… Où l’intelligence, le raisonnement lucide, la réflexion, la projection dans l’avenir ?

Il existe d’autres manières de faire grève, plus respectueuses des êtres.
Tout cela a été dit et redit, mais je crois que faire grève doit rendre sourd, exactement ce qui arrive aux puces dont le polytechnicien de service arrache les pattes et qui ne sautent plus alors qu’il le leur demande…
J’étais parti du verbe « charger » qui m'incitait à « changer » d'air : je crois que le syndicalisme à la française – hélas, trois fois hélas, « à la française » - devrait changer s’il veut qu’à l’avenir on le prenne au sérieux. Pour l’instant, il demeure et de loin le plus ringard de la planète.

Dominique Daguet

 

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