Vendredi 24 Novembre 2017
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« Sanctórum ómnium »!

Tous les saints! Connus et inconnus... Tonitruants de sainteté ou discrets comme une violette au fond des bois... Tous les saints pour la Fête du Ciel... Et demain, nous nous inclinerons sereinement devant les tombes de nos morts. De tous nos morts. Notre ami Rodolphe, de « l'itinérant », ne manque pas de mots pour nous le rappeler: « La Mort n'est rien! »...

Portemont, le 31 octobre 2010


La Mort n'est rien !

Le 2 novembre, comme chaque année, Catho ou pas, chrétien ou pas, beaucoup d’entre nous vont au cimetière, « honorer » leurs morts. Mais… qui est donc « là » ? Qui donc attend, 364 jours, cette visite ? Qui donc repose, sous cette terre du pauvre, dans le caveau du riche ?
Ni rien ni personne. Car la chair est de la terre, l’os est de la terre. La vie s’en est retirée, et avec elle, celui qu’elle soutenait dans l’être, dans la vie.
Non, là, sous la dalle luxueuse, au pied de la croix miséreuse, il n’y a rien. Ni personne.
C’est en nous, pour nous, qu’il subsiste quelque chose, une « chose » qui est quelqu’un. Un quelqu’un que nous avons aimé, ou haï, un Un, une Une, qui nous fut proche. Suffisamment pour que ce jour de novembre nous soyons là, avec peut-être des fleurs à la main, devant le trou bouché, rempli par une boite de bois. Un boite qui n’enferme plus que du rien, et du souvenir.
Il est certain pour beaucoup d’entre nous, qu’il y a « une vie » après la vie. Ou, plutôt, une vie après la mort. Une vie qui est alors hors du temps, car pour qu’elle puisse être, cette vie, sans matière, sans corps, il faut bien que le temps n’y soit plus, que le déroulement des heures, l’enfouissement par le présent du futur dans le passé, ne soit plus obligé. L’éternité est alors un « temps » sans temps. Un temps dans lequel celui que nous avons aimé est entré. Un temps sans temps qui, devenu le sien, fait qu’il ne nous « attend » pas. Puisque nous sommes déjà avec lui, l’éternité n’admettant ni futur ni passé, rien que le présent. Ce qui fait que nous accédons à la vie après la vie, tous ensemble, personne n’y attendant personne.
En d’autres mots : nous mourrons tous en même temps !

saint Bernard

Ce présent d’un temps qui n’existe plus qu’au présent, fait que nos larmes sont sans objet, puisque la cause de nos amours, de nos pleurs, ou du rire de nos haines intérieures, celui ou celle que nous avons ou aimé ou haï, ne nous attend pas. Nous sommes déjà, « là-bas », ensemble.

Oui mais… ici, dans le temps, dans ce temps qui court, où le futur est si vite dépassé, ou le présent dure si peu, nous sommes faits de chair. Et la chair pleure, et la chair souffre, et la chair gémit, et la chair regrette ce qui s’en est allé.
Gérard était le frère de Bernard. Bernard était le « Grand », Bernard de Clairvaux.

Et les deux sont des saints de l’Eglise. Et Gérard est mort, et Bernard, le si grand, fondateur de la plus puissante multinationale médiévale de tous les temps, celle de 300 monastères conçus et créés en moins de trente ans, monastères habités par des milliers de moines de la Scandinavie à la Péninsule ibérique…

Eh bien Bernard, à la mort de son frère Gérard, devant sa communauté réunie, au moment de prononcer une homélie sur le Cantique des cantiques, sombra dans le chagrin le plus profond. Du désespoir ! Ses gémissements, ses larmes, ses cris, emplirent les cœurs des moines présents, atterrés, parfois scandalisés, mais, souvent, eux-mêmes en larmes. Bernard ne voulait pas que son frère de sang et de religion, lui ait été ôté. Il n’acceptait pas que la cendre de l’un ne soit plus que boue froide à la flamme de l’autre. Lui, Bernard, le saint vivant, le chef de dizaines de milliers d’hommes répartis dans toute l’Europe, souffrait et pleurait comme le dernier des palefreniers ! « Peut-être, mon frère, m'ayant connu selon la chair, ne me connais-tu plus maintenant ; entré dans le royaume de Dieu, tu nous oublies sans doute… (…) Mais il faut que soient miséricordieux ceux qui sont unis au Dieu de miséricorde, même s'ils sont eux-mêmes au-delà de toute misère. Délivrés de la souffrance, ils y compatissent. Leur sensibilité n'est pas diminuée, elle est transfigurée. En se revêtant de Dieu, ils n'ont pas dépouillé toute affection pour nous. Libérés de la faiblesse, ils ne le sont pas de la pitié. Car la charité ne périt jamais.
Mon frère, tu ne m'oublieras donc pas !… » *

Rodolphe Clauteaux

* St Bernard, homélie 26 sur le Cantique des cantiques


La mort n’est rien
Je suis simplement passé dans la pièce à côté.
Je suis moi. Tu es toi.
Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom que tu m’as toujours donné.
Parle-moi comme tu l’as toujours fait.
N’emploie pas de ton différent.
Ne prends pas un air solennel ou triste.
Continue à rire de ce qui nous faisait vivre ensemble.
Prie. Souris. Pense à moi. Prie pour moi.
Que mon nom soit toujours prononcé à la maison comme
il l’a toujours été.
Sans emphase d’aucune sorte et sans trace d’ombre.
La vie signifie ce qu’elle a toujours signifié.
Elle reste ce qu’elle a toujours été. Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de ta pensée,
Simplement parce que je suis hors de ta vue ?
Je t’attends. Je ne suis pas loin.
Juste de l’autre côté du chemin.
Tu vois, tout est bien.

Henri Scott-Holland


L'éloge par saint Bernard, in Cantica,

" Vous savez, mes enfants, disait le saint abbé à ses moines, combien juste est ma douleur, combien pitoyable ma blessure. Vous voyez, n'est-ce pas, quel compagnon m'a abandonné dans la voie où je marchais! Quelle énergie au travail, et quelle suavité dans ses manières! Qui donc m'était aussi indispensable? Qui donc avait pour moi autant d'amour? Il était mon frère par le sang, mais par la religion plus fraternellement. Plaignez-moi, je vous en prie, vous qui comprenez cela. J'étais infirme, il me portait; je perdais cœur, il me confortait; j'étais paresseux et négligent, il me stimulait; imprévoyant, oublieux, il était ma mémoire. Pourquoi m'as-tu été arraché, homme uni à mon âme, homme selon mon cœur... Il eût mieux valu pour moi perdre la vie que ta présence, Gérard, toi qui étais l'instigateur zélé de mes études, mon secours vigoureux, mon examinateur prudent. Dis, pourquoi nous sommes-nous tant aimés, pourquoi nous sommes-nous perdus? Dure condition, triste fortune - pour moi du moins, non pour lui ! Il me semble entendre mon frère qui me dit "Est-ce qu'une mère pourra oublier le fils de ses entrailles? Quand bien même elle l'oublierait, moi je ne t'oublierai pas! » (Is., 49, 15.) Oh! non, ce n'est pas le moment! tu sais où je vis, où je languis, où tu m'as laissé! Personne pour me tendre la main! A tout ce qui arrive, je regarde vers Gérard comme j'avais l'habitude - et il n'est pas là. Hélas! alors je gémis, malheureux, comme un homme sans secours. Qui consulter dans le doute? A qui me fier dans les combats? Qui portera le fardeau? Qui éloignera les dangers? Est-ce que partout les yeux de Gèrard n'éclairaient point mes pas? N'est-il pas vrai, Gérard, que tu prenais à cœur plus que moi-même mes soucis, ils t'envahissaient plus familièrement, ils te harcelaient plus âprement? N'est-ce pas, ta parole douce et efficace me retirait très souvent des discours mondains, et me rendait au cher silence? Le Seigneur avait instruit sa langue, en sorte qu'il savait quand il devait parler. Ainsi la prudence de ses réponses, et leur bonne grâce, par dessus le marché, donnaient satisfaction à ceux de la maison comme à ceux du dehors, et personne presque ne me demandait quand on avait déjà vu Gérard. Il courait aux visiteurs, me servait de bouclier pour qu'ils ne fissent pas irruption dans mon repos. Si, malgré tout, il s'en trouvait qu'il ne pût satisfaire, il me les amenait et congédiait le reste. Ah! l'homme industrieux! Ah! l'ami fidèle! Il ménageait l'amitié sans manquer aux devoirs de charité. Le riche emportait un conseil; le pauvre, une aumône. Il ne cherchait pas son intérêt il se plongeait dans les ennuis pour que j'eusse la paix. " ... Il n'a pas connu la littérature, mais il a eu le sens qui découvre la lettre, et il a eu l'illuminateur, l'Esprit. Ce n'est pas seulement dans les très grandes circonstances, mais dans les plus petites, qu'il était très grand..."

 

 

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