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Près de vingt ans de combat...

Contre le chaos sourd qui lézarde notre langue, guettant sa dernière soumission, contre la « machine d’unification linguistique anglo-américaine », nous rappelant que les langues ne sont pas des signes neutres de communication ; qu'elles véhiculent toujours une conception du monde et l’idéologie qui la soutient... L'Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française, depuis près de vingt ans, conduit un combat exemplaire. Exemplaire et vital!

Avec peu de moyens en regard des enjeux, avec obstination, elle pose sans complaisance la question du maintien, y compris en France même, d’un français de qualité comme langue de la cité et alerte les francophones pour que des « élites » mondialisées n’abandonnent pas la langue française, qui est notre premier lien social et la seule voie d’accès au débat public dans notre pays et dans les pays francophones, au profit de l’anglo-américain.

A soutenir sans réserve!

Portemont, le 30 juin 2009

Quelques belles pages au service de notre langue qui est la langue d'une grande communauté de près de 300 millions de personnes vivant sur les cinq continents, unis par la langue française...

Site: http://asselaf.neuf.fr/

Marguerite Yourcenar
ou la langue française au summum de sa perfection

En 1970, un étudiant belge attentif à deux questions énoncées par Saint-Exupéry : « Que faut-il dire aux hommes ? Comment leur parler ? » les proposa à l’expérience et à la maîtrise de Marguerite Yourcenar. Voici la réponse qu’il reçut à la deuxième question, réponse qui n’est autre que l’énumération des dix commandements yourcenariens pour bien dire : COMMENT LEUR PARLER ? Simplement, lucidement, sans lieux communs d’aucune sorte, sans concession à la paresse du lecteur, mais aussi sans obscurité voulue, sans fausse élégance, sans affectation de vulgarité, sans jargon d’école, de chapelle, de groupe ou d’administration, sans concession envers la mode d’aujourd’hui qui sera ridicule demain, sans désir de choquer pour le plaisir, mais sans hésiter à le faire, si on le croit utile, sans rien sacrifier des complexités, des faits ou des pensées, mais en s’efforçant de présenter celles-ci le plus clairement possible.

Il semblerait aujourd’hui qu’aucune de ces interdictions ne soit respectée. Il est interdit d’interdire. Qui plus est, bon nombre d’écrivains par une surenchère dans l’horreur, la pornographie, l’indécence, le bas étage déprécient le sujet des romans, en polluent le style, l’écriture, comme on dit désormais.

Marguerite Yourcenar n’assista jamais qu’aux débuts du désastre qui mine notre langue. Mais déjà perçait sa méfiance à l’égard des nouveautés révolutionnaires voire sa réprobation totale. Par exemple, en 1971, elle avouait ne se sentir « aucune affinité avec le nouveau roman, reculant d’instinct devant tout ce qui est en vogue ». Michel de Crayencour, le père de Marguerite, lui confia que sa mère qui mourut à la naissance de son enfant, grande lectrice, s’attardait sur « les beaux livres, ceux que la mode n’atteint pas ». En 1978, la romancière exprima ses premiers regrets sur un abaissement de la littérature : « le sens (des) œuvres littéraires réfléchies, nobles, un peu lentes, semble irrémédiablement perdu ». Une année plus tard, elle se disait dégoûtée par « l’horrible sensualité épaisse et comme pourrie qui se dégage de tant de livres de nos jours, surtout de ceux provenant de dames de ce qu’on appelle ici (aux États-Unis) « le front de libération féminine ». Elle déplorait, à Paris, « l’effondrement presque complet de toute notion de style (un peu moins sensible, convenait-elle, à tort ou à raison, dans les arts visuels, ou dans la musique où la notion subsiste encore) mais presque entièrement disparue de la littérature ».

Elle n’entreprit cependant aucune croisade en faveur du maintien d’un bon et beau langage. Elle s’abstint toujours de tenir de premiers rôles, de porter une étiquette. Ses écrits, ses romans, ses articles et pour certains privilégiés, sa correspondance étaient par la qualité de leur forme autant que par celle du fond des modèles certes difficiles à suivre mais qui donnaient la preuve que pour bien écrire, il est inutile de recourir à des vocables étrangers à ceux de notre patrimoine ou d’abandonner toute règle syntaxique. Elle déplorait la mise à l’écart de toute structure grammaticale éprouvée source de clarté, l’afflux de nouveautés langagières qui souvent portent atteinte à la musique des mots. Elle rappela dans son discours de réception à l’Académie française, que Roger Caillois, au fauteuil duquel elle succédait, se déprit très tôt lui aussi de cette sujétion aux modes. Il disait ne pas croire « qu’un mot de plus de quatre syllabes soit jamais nécessaire pour désigner une notion importante », « de nos jours, ajoutait-elle, c’est là jeter bien bas de triomphants clichés ».

Elle avouait entretenir des rapports « passionnels » avec le subjonctif aujourd’hui si déconsidéré. Elle appréciait la richesse des temps du passé qui permettaient de bien se situer à la surface du temps. Que dirait-elle de nos jours où il en va de même des temps de l’avenir ? Le futur n’est-il pas de plus en plus battu en brèche par le présent ? Elle recourait avec fréquence et poésie aux procédés rhétoriques les plus subtils et les plus expressifs de notre langue. Par exemple, elle pratiquait souvent la périphrase, soit l’art de dire sans nommer.

Hadrien

L’empereur Hadrien effondré après le suicide de son favori Antinoüs n’est plus, le Zeus olympien, le Maître de Tout, le Sauveur du Monde mais un homme à cheveux gris sanglotant sur le pont d’une barque. Elle usait avec une grande fréquence des métaphores ou des comparaisons qu’elle enchaînait parfois comme des guirlandes, décors poétiques à sa prose. Ainsi sut-elle exprimer l’éblouissement et la violence de la passion de la façon la plus pure, la plus décente, la plus délicate qui soit entre Aphrodissia et Kostis le Rouge, façon qui devrait faire rougir de honte nos érotomanes forcenés contemporains. « Leur passion née avec la soudaineté de l’éclair […] cet homme devenu pour elle plus nécessaire que le pain et l’eau […] et le jupon jaune qu’elle portait en ce temps-là, et qu’ils avaient étendu sur eux en guise de couverture, et ç’avait été comme s’ils avaient couché sous un lambeau de soleil […] et les regards cupides et fous qu’il jetait sur elle comme sur un précieux objet volé et son rire qui la rassurait […] ».

Bien sûr le chaos littéraire de notre temps l’affligeait. Le retour à une langue aussi pure et aussi précise que celle de Racine lui semblait une utopie ; en conséquence, elle s’interrogeait sur les raisons d’être d’une telle « infection », d’un tel « désordre dans l’art de la fin du xxe siècle ». Elle trouvait à l’art moderne un côté « démoniaque », cet art de l’artiste « allant jusqu’au bout de la décomposition des choses » ; jusqu’à « un dernier état de la dégradation » et, sceptique, se demandait s’il ne s’agissait pas là « d’un processus qui nous dépasse, même si nous décidions de lutter contre lui ». Elle était accablée par « la débauche d’aveux et de vanteries démoniaques d’aujourd’hui » mais humblement elle avait tendance à penser que « l’art béant » de nos jours pourrait être le résultat d’une « infection et d’un désordre qui existaient de longue date ». Personne plus qu’elle, selon un de ses aveux, ne déplorait la mort de la mélodie, mais, s’interrogeait-elle, ne faut-il pas s’en prendre à trop de « douceâtres mélodies de salon qui traduisaient une vue menteuse de la sensibilité humaine ? »

Il lui est arrivé cependant de retrouver dans sa prose l’élégance racinienne qui mêle la musicalité des mots à une érudition discrète pour signifier un regret à la fois suave et poignant. Hadrien vient de faire l’ascension de l’Etna, son favori à ses côtés. Malade, apercevant le profil de sa port, il se souvient :
« Saison alcyoniennes, solstices de mes jours… »

Alexandrin parfait, césure bien placée, reprise anaphorique de la sonorité « s » à l’hémistiche et en cours de route. Résurrection progressive d’un souvenir fabuleux évoqué sur le tempo lent et monocorde qui convient à un malade au souffle court. Érudition obligée avec l’évocation de l’oiseau légendaire, l’alcyon, d’heureux présage lorsque le bonheur comblait l’âme et les sens du prince alors sur une des cimes de sa vie. Allusion à la divinité solaire dans son plein éclat. Hadrien revit en un murmure délicieux l’acmé de sa vie amoureuse que le destin a brisé sans crier gare.

Antinoüs

Tolstoï, « notre maître à tous », ainsi que le désignait Marguerite Yourcenar, regrettait déjà dans Anna Karenine, « cette admirable langue française de jadis, si polie, si galante, rarement parlée aujourd’hui » sinon par notre première académicienne. Exposée comme elle l’était dans son île des Monts Déserts, à la tentation de parsemer son langage de mots anglais ou mieux encore de rompre avec sa langue maternelle, Marguerite Yourcenar se fit un devoir de rester fidèle à cette langue qui lui semblait si belle et de l’honorer jusqu’à ce que la plume lui tombât des mains. À l’extrême fin de sa vie, les visites outre-Atlantique se raréfiant, elle regrettait de ne plus entendre parler le français. Sur son lit d’hôpital à Bar Harbor, à demi consciente, elle eut le bonheur, manifesté par un sourire, d’entendre Yannick Guillou, un de ses trois exécuteurs littéraires, s’exprimer dans la langue qu’elle avait servie sans discontinuer et qui lui avait gagné la gloire.
Sur sa plaque funéraire posée à même le sol selon l’usage américain, elle avait fait graver une épitaphe en français, épitaphe empruntée à son roman L’Œuvre au noir, « Plaise à celui qui est peut-être de dilater le cœur de l’homme à la mesure de toute la vie ».
Et c’est ainsi que dans le cimetière d’un petit village américain repose celle qui défendit et illustra cette langue française si exposée aux coups de ses fossoyeurs aussi bien que de ses légataires et qu’il importe de sauver à tout prix.

Marthe Peyroux


L’avènement de l’Europe anglophone

Ce que Maurice Druon dénomme la Babel européenne est née. Elle est destinée à prospérer. Toutes les langues, en effet, y sont en principe sur un pied d’égalité. Ce principe à intention hautement démocratique n’a et n’aura qu’un effet : l’instauration de l’anglais, ou plutôt de l’anglo-américain, c’est-à-dire de la langue du pays le moins européen de l’Union, comme langue de travail et de communication imposée. Cela se fit longtemps dans une certaine discrétion. Avec la présidence de Romano Prodi, ce fut le coup de force permanent, dans l’indifférence active – si l’on ose dire… – du gouvernement français, dont les hymnes à la francophonie ne se tiennent qu’à Moncton et à Ouagadougou.
Deux décisions toute récentes sont évidemment passées inaperçues dans notre presse uniquement préoccupée de ce grave « problème de société » que constitue le mariage homosexuel, beaucoup plus important que l’avenir de notre langue en Europe et dans le monde. Voici ces deux faits.

C’est par une déclaration de protestation à la presse de Mme Anna-Maria Campogrande, haut fonctionnaire européen, que nous avons appris que, depuis le 1er mai, les standardistes de la Commission à Bruxelles, ville francophone, avaient reçu l’ordre exprès de répondre exclusivement en anglais aux communications. Mme Campogrande précise que « depuis la fondation des institutions européennes, par courtoisie pour le pays hôte, le standard répondait en français et n’utilisait une autre langue que lorsque l’interlocuteur le désirait ». Ce haut fonctionnaire ajoute que cette décision, qui encourage le monolinguisme, ne peut se justifier et constitue une véritable discrimination à l’égard des pays latins « qui sont plus à l’aise en français, particulièrement au téléphone ». Nul doute que notre Représentation permanente n’aura pas manqué d’intervenir, mais on n’en a pas entendu parler…

 

Des ministres bien étrangers aux Affaires

Je voudrais poser deux axiomes. Le premier est que l’avenir du français dans le monde se joue en Europe. Le second est que le meilleur des investissements que nous puissions encore faire concerne la présence, et par conséquent l’enseignement, de notre langue, non seulement en Europe, mais dans le monde. Si j’ai posé le premier axiome, c’est pour souligner qu’en donnant l’alerte, dans notre précédente livraison, à l’occasion du projet de Traité constitutionnel européen finalement rejeté par les Français, nous n’avons aucunement voulu choquer les partisans, inconditionnels ou non, de la construction européenne telle qu’elle nous était présentée  – peu de nos lecteurs s’en sont offusqués – mais les éclairer pleinement sur leur choix et leurs priorités. Car nul ne peut contester ni douter que l’Union européenne, à la sauce Prodi ou à la sauce Barroso, est devenue une machine d’unification linguistique anglo-américaine : or les langues ne sont pas des signes neutres de communication ; elles véhiculent toujours une conception du monde et l’idéologie qui la soutient. Georges Pompidou, peu suivi par ceux qui persistent à se réclamer de lui, avait prévenu qu’une Europe qui choisirait de parler exclusivement une langue qui, depuis longtemps, n’est plus celle de la seule Angleterre, mais celle des États-Unis, ne serait jamais « européenne ». De fait, elle l’est de moins en moins, surtout depuis que les nouveaux adhérents provenant de l’Europe de l’Est ont à peu près tous choisi d’être autant de chevaux de Troie américains, avec implantation de bases militaires et de prisons où l’on torture au nom d’une démocratie d’exportation qui, en Irak, ne cesse de faire ses preuves.

Contact : asselaf@wanadoo.fr

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