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« Royale nature »... Encore !

Nostalgie? Simple constat! Quand notre Frère d'armes Bernard Lhôte dresse une haie d'honneur à nos campagnes... Bien sûr, le « monde » avance... Mais à quel prix? Et qu'est devenue le N.L.V.? Le Niveau de Liberté de Vie...

Portemont,le 10 mars 2010

L'honneur des haies

La France d'avant-guerre n'était pas aussi rurale qu'on le donne à croire.

Au cinquième rang des pays industrialisés, elle brillait dans les domaines de l'automobile, de l'aviation, des chemins de fer, des ponts et des chaussées, des barrages hydro-électriques. Elle possédait une industrie lourde et une grande diversité d'industries de transformation. Sa marine de guerre était la deuxième du monde. Toutes choses qui n'existent pas en ne cultivant que des radis.
Ce n'était pas une principauté himalayenne isolée, fermée au monde, qui ne se serait ouverte que grâce à l'Union européenne, comme 1a propagande des « eurofanatiques » à la Duhamel, Imbert,  Quatremer et consorts s'emploie à en répandre l'image.

Quatrième pays export-importateur, avec la quatrième ou cinquième marine marchande, la France participait activement à la mondialisation en plein développement.

Il est nécessaire de rappeler ces faits, tant circulent d idées fausses qui alimentent le besoin de valoriser telle ou telle politique de l'après-guerre.
L'agriculture en retard ? Relativement à celle des U.S.A, sans doute, de la Hollande peut-être, mais par rapport à celles de la plupart des pays du monde, pas du tout. La polyculture dominait, avec des rendements quantitatifs moindres, mais qualitatifs incomparables, et un N.L.V (niveau de liberté de vie) pour les paysans enviable en comparaison de celui des ouvriers et des employés, et plus encore en comparaison des agriculteurs actuels complètement aliénés aux industries agroalimentaires et chimiques, au Crédit Agricole, aux circuits de distribution.
Les paysans vivaient en partie en autarcie et vendaient maints produits en direct au voisinage. L'horreur totale! Pour l'Etat et les intermédiaires.
Ça ne pouvait pas durer. En dix ans, après-guerre, l'affaire fut dans le sac, les cultivateurs endettés et/ou contraints à l'usine, les terres soumises au remembrement et à l'érosion, la monoculture imposée, c'est le cas de le dire.

Une évolution était certes nécessaire et inévitable. L’électrification des campagnes, l'amélioration du confort des fermes, la motorisation, une certaine amélioration des rendements quantitatifs et de la conservation des produits. De là à tout chambouler et abîmer, les terres, les eaux, les airs, et les hommes, moralement, physiquement, il y avait de la marge.

Haro sur les haies! fut le cri de guerre des déménageurs du territoire.

Les agriculteurs s'y rallièrent avec un zèle enragé, de la même sorte que celui qu'ils mettaient à se débarrasser de leurs vieilles armoires en chêne ou en noyer, de leurs longues tables, de leurs huches vendues pour trois sous et qu'ils remplaçaient par des camelotes en formica. Complexés à force d'être traités de ploucs, de cul-terreux, ils faisaient table-rase d'un passé dont ces meubles, ces « vieilleries » étaient 1es témoins.
Il est juste de reconnaître qu'en même temps 1es centres historiques de nombreuses villes, rescapés des bombardements, étaient détruits, afin de faire moderne et aussi nul que le formica.

Des haies, il y en avait trop, d'accord...il eut cependant été intelligent de réf1échir aux raisons pour lesquelles les aïeux s'étaient échinés à creuser des fossés à la force des bras, à élever des talus, à planter et à entretenir ces murs végétaux ?

Foin des raisons! Les gars les connaissaient, elles sont évidentes; mais ces obstacles gênaient, ils firent semblant de sous-estimer les conséquences néfastes de l'arasement. Les fossés furent comblés, les haies arrachées, les talus aplanis. On arrête pas le progrès, qu'ils disaient.

J'en ai eu des discussions avec mes copains agriculteurs. N'en étant pas un, je n'étais pas crédible, ou ça les arrangeait de ne pas entendre.

Les anciens n'appréciaient pas trop le remembrement. Ils soupçonnaient des magouillages le chambardement des propriétés, au bénéfice des gros bonnets. » Ça va se passer comme pour les biens nationaux sous la Révolution.
Les riches ont tout raflé. C'est pour ça plus que pour les curés, que les « ventres-à-choux* » se sont rebiffés, argumentait un original, vigneron et maçon, communiste par anti-cléricalisme et anti-bourgeoisisme. Son propos n'était pas sot.
Mon ami Louis Marchaux, surnommé l'Oracle, devin de la pluie et du beau temps, répétait: « Ils verront les jeunes. Ça sait tout aujourd'hui à vingt ans, mais ça ne sait point! » Pour lui, C'était tout vu, il ne résulterait que des « cataclysmes » (un mot qu'il adorait) de ces"conneries, mon gars
Bernard, que des ca-ta-clysmes, j 'te dit ».
I1 s'en délectait d'avance, sûr de son bon sens.  « Ils verront » signifiait aussi que 1ui ne verrait pas.
Dans sa cave creusée dans le tuffeau, nous en avons vidé des bouteilles, des heures durant, à demi-mot et long silence, d'un vin anti-oenologique, un peu raide mais franc. Ni le vigneron ni son vin n'étaient bavards

Je suis allé lui rendre visite à l'hôpital où il se mourrait d'un cancer.
Il  m'a confié: « Mon gars Bernard, t'inquiète pas, la mort c'est facile, c'est comme un grand fleuve qui t'emporte... ». Il est mort le lendemain.
A ta santé, l’Oracle!

En plus des raisons à courte-vue économique qui servaient à justifier l'arrachage des haies, il m'apparut que 1'acharnement qu'on y mettait provenait aussi de causes irrationnelles. Dont la haine des haies!
Bien sûr que si. Elles représentaient l'arriération, et les tares attribuées à ces êtres  « farouches et fourbes », méprisés et craints, les paysans. La méfiance, la vie cachée qui échappe aux lois, aux gendarmes, aux administrations, la révolte soudaine, puissante, rusée et hardie, pour tout dire,
la chouannerie.

Bref, la haie est anti-républicaine.
Cet arrachage à grande échelle, au-delà même des utilités invoquées, fut le dernier acte de l'entreprise de table-rase voulue par la Révolution, deux siècles auparavant.
En 1965 l'entreprise se poursuivait encore, en dépit des nuisances  prouvées par les dégâts;  érosions,  inondations,  mort de la bio-diversité. Plus généralement, le productivisme illimité de la
politique agricole produisait, comme prévu, ses fruits malfaisants. Désertification des campagnes, empoisonnement des sols, des airs, des cultivateurs, et des produits empestés de pesticides, banalisation de leur qualité gustative.

Désolé, je rédigeai mon premier article écolo, publié dans 1'hebdomadaire « Agri 7 Jours ».
Qu'on me permette d'en citer quelques extraits. Après tout, considéré à l'époque comme rétrograde et conservateur, ce texte était d'avant-garde, vu la tournure de l'évolution.

« Les ETONNEMENTS D'UN CITADIN ou LE NAIF aux CHAMPS », tel en est le titre.

« Les paysans sont en colère. Ils gagnent mal leur vie. Parce qu'ils sont trop nombreux, parait-il. Peut-être...En tout cas, arithmétiquement rien de plus sûr: en diminuant leur nombre, on diminuera d'autant celui des mécontents...Le temps n'est plus où les ruraux quittaient d'eux-mêmes assez volontiers leurs vi1lages, attirés comme des papillons par la lumière des villes. Celles-ci ont perdu beaucoup de leurs prestiges et de leurs agréments. Les paysans mieux informés de la vie des cités industrielles peuvent établir des comparaisons. Ils n'en sont plus dupes. C'est sur place qu'i1s veulent désormais améliorer leurs conditions d'existence...
Leurs motivations n'épousent plus 1es nécessités économiques de l'exode rural. Elles s'y opposent. D'où la tension actuelle.
En outre ces nécessités économiques rabâchées comme des évidences sont étonnantes.

« On nous dit: la population active des Etats-Unis, préfiguration de notre futur, ne compte que 5% d'agriculteurs. Nous devons tendre à la même proportion. Ce genre de raisonnement peut mener loin! Les Etats-Unis comptent X% de drogués, droguons-nous autant, X% de suicidés, suicidons-nous vivement. . .

On nous dit l'avenir est aux grands espaces cultivés. Finis les champs clos. A-bas les haies, symbole bien connu de 1'obscurantisme pré-industriel!

Comme si les croquants d'antan n'en dressaient qu'en vue du sombre dessein de chouanner,

ou le plaisir, néfaste à la productivité, de culbuter les bergères à l'abri! Les haies n'ont pas que des inconvénients, on s'en apercevra.

On s'en aperçoit. Sols ravinés, brusques montées des cours d'eau, vents sans freins, sécheresses accrues.
Les "cataclysmes" dus à 1a politique agricole productiviste aveugle sont si manifestes que sa remise en cause est devenue banale, même dans le journal « Le Monde », sans plus d'influence (maigre consolation) qu' « Agri 7 Jours ». La politique d'élimination de la population des agriculteurs et
de regroupement des exploitations se poursuit au seul profit des gros bonnets. Quelques communes subventionnent la restauration de fossés, talus, haies, quelques kilomètres. ..C'est tout.
A Copenhague, toute proportion gardée, c'est du pareil au même. Malgré la vigueur, l'ampleur, la rigueur des alarmes scientifiques, aucune mesure d importance n'est prise.
Au président Chavez le mot de la fin: « Si le climat était une banque, il serait depuis longtemps sauvé! ».

Bernard Lhôte

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