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Plus de 30 ans que le mal nous ronge...

En 1985, Dominique Daguet publiait « Langue française à l'épreuve ». Pas une ride! Si ce n'est que le mal ne cesse de nous envahir... avec la complicité de bien des élites...

Tout récemment encore, Monsieur Jean-Pierre Raffarin plaidait la cause du français dont la pratique au sein des institutions de l'Union européenne était jugée insuffisante.

Et de déclarer à la presse: « La situation du français n’est pas satisfaisante dans l’UE d’aujourd’hui. Nous voulons clairement que l’UE ait son identité partiellement francophone »

Si M. Buzek ne parle que le polonais et l’anglais, MM. Van Rompuy et Barroso peuvent s’exprimer dans un excellent français mais l’utilisent rarement dans leurs fonctions officielles.

Lors de leur entretien, a confié M. Raffarin, M. Barroso lui a dit que lorsqu’il pratiquait la langue de Molière « cela créait parfois des remous dans la salle ».
Et l'ancien premier ministre de nous mettre dans la confidence:
« Je lui ai rétorqué que l’usage exclusif de l’anglais pourrait aussi provoquer des remous »

Quant au tout nouveau président du Conseil européen, poste créé par le traité de Lisbonne, le Belge Herman Van Rompuy, un parfait bilingue néerlandais-français, il s’est jusqu’à présent très majoritairement exprimé en anglais, que ce soit dans ses interventions publiques ou ses communiqués.

Des remous... Bruxelles devrait donc craindre des remous... Alors qu'il est temps d'appeler à la révolte! Et que la voix de Monsieur Raffarin est bien silencieuse en France, où notre langue française est toujours plus « mal aimée »...

Portemont, le 11 février 2010

Langue Française, la mal aimée

Depuis trente ans nous sommes quelques-uns – certains qui ont obtenu un succès public réconfortant, d’autres peinant davantage dans l’obscurité de l’anonymat –, à tenter de convaincre les Français et leurs gouvernements successifs de ne pas laisser en déshérence l’héritage fabuleux qu’ils ont reçu de cinquante générations, leur langue à la fois maternelle et paternelle (on oublie ce dernier point un peu trop souvent…). Ainsi ai-je en 1985, dans le sillage du Parlez-vous franglais d’Étiemble, publié un ouvrage qui avait pour titre Langue français à l’épreuve : mais à quelle épreuve avais-je alors songé ? Le titre était imprimé par-dessus le symbole « dollar » auquel avait pensé ma secrétaire avant de le dessiner (oui, à cette époque j’avais le bonheur de pouvoir compter sur les services d’une secrétaire…)

(1) Couverture par
Marie-Josèphe Laillaut de Wacquant

Faudrait-il penser ou admettre que les Français auraient renoncé à leur langue maternelle et paternelle ? Renoncé à l’explorer, l’illustrer, à la promouvoir ? À l’aimer ? Ou bien auraient-ils abdiqué leur antique conviction de s’être donné comme d’avoir donné au monde l’un des ses plus beaux parlers ? Auraient-ils consenti à leur propre abaissement devant les efforts indéfiniment repris par de puissants adeptes des modes et des courants de pensée, par des chefs d’entreprise subjugués, sinon hypnotisés par les diables heureux de l’empire états-unien ? Auraient-ils réellement accepté de s’effacer devant plus fort que soi, à s’engager même dans la promotion d’un idiome impérial, réputé non pour sa clarté, non pour son harmonie, seulement pour son efficacité monétaire, le sabir en vogue à Wall Street, en passe de ruiner même la langue de Shakespeare à défaut de celle de la City londonienne ?

Ma question est celle d’un ange : faut-il cesser de défendre la langue française pour la sauver du désastre annoncé, de sa mort programmée par des instances financières internationales, des groupes de pression soutenus par des multinationales soucieuses, non de culture et de civilisation, seulement de rentabilité au plus court terme possible ? Question qui fera sourire quelques intellectuels de grande réputation dans les circuits de ce qu’on nomme ridiculement la « jet-set » ou sur les sofas des gras médias… mais qui trouve sa justification dans la seule observation des faits.

En voici quelques-uns. À Bruxelles, notre langue est de fondation : reconnue statutairement comme langue de travail. Les Anglais n’étaient pas au rendez-vous de la Fondation de l’Europe près de Bruxelles… mais les voici en passe d’obtenir bien pire pour nous que Waterloo, la relégation progressive du français dans quelques bas-fonds où il n’empêchera personne de danser en rond.

Carpette anglaise 1999...

En France des pédégés, tels M. Schweitzer qui vient de quitter Renault avec dans ses bagages le diplôme de Carpette anglaise ou le fondateur de Gemplus (ou moins) ou celui de la BNP-Paribas, qui tous, parmi d’autres, ont osé demander à leurs personnels de direction de s’exprimer en anglais dans le cadre de leur travail et de ne plus rédiger leurs rapports que dans cette langue, pourtant si souvent mal possédée. L’Institut Pasteur ne publie plus le résultat de ses travaux en français. Un colloque organisé par le Haut Commandement de notre armée devait ne pas se tenir dans la langue de France à l’École militaire… Nos gendarmes forment, en cet ancien pays francophone qu’est le Cambodge, de jeunes recrues en usant d’une très lointaine, et à vrai dire très émancipée (ollé, ollé !) descendante de la langue de la reine Victoria…

Mais pourquoi donc la défendre, questionnent quelques pontifes et chroniqueurs de la grosse presse ? Ne suffit-elle pas seule à la tâche ? À quoi bon argumenter, chercher à en faire une promotion vibrante alors que les vrais détenteurs du pouvoir, ici comme ailleurs, se moquent de son avenir comme de leur premier reniement ? Et puis il y a l’Europe qui s’anglicise, les fonctionnaires de Bruxelles, aux salaires somptueux dégagés de toute obligation de payer l’impôt, qui n’ont d’oreilles que les phonèmes venus d’outre-Atlantique… Sérieusement, peut-on s’opposer à la marche du Monde ? À cette épopée linguistique qui devrait nous laisser pantois d’admiration ? Il court, il court, alerte, l’homme nouveau de la France parisienne vers l’uniforme (à moins qu’il ne s’agisse que d’une camisole de force ?) que lui ont préparé les gagneurs états-uniens afin de s’en revêtir sans états d’âme, bonheur que la langue de « douce France » ne saurait lui ménager : sa Banque, à Paris, n’a pas les charmes rondouillards de Fort Knox !
Le pire serait-il devant nous en même temps que l’espoir ? Le pire d’abord : qu’aboutissent les efforts de certains politiques pour qu’il n’y ait plus à Bruxelles qu’une seule langue de travail, qui deviendrait progressivement la seule langue de l’Europe. Disons, pour faire bref, que ce serait inscrire aussitôt le monstre invertébré à 27 chenilles dans la sphère d’influence majeure des Etats-Unis. Ce serait oublier qu’il convient toujours d’établir une distance certaine entre le plus puissant et celui qui l’est moins, si ce dernier désire conserver une marge de manœuvre pour sa liberté. Surtout si ce dernier des deux aspire à ce que s’établisse entre tous un équilibre harmonieux qui ne soit pas seulement qu’un faux-semblant. Imposer le tout anglais à l’Europe, comme s’en affirme le projet tous les jours, ce n’est que d’avance la condamner à l’impuissance, la réduire au rôle de sous-traitant, notamment mais pas seulement dans le domaine essentiel de la culture.

J’écris ces douceurs alors que le 29 mai n’est point passé, et donc sans savoir si notre destin est scellé, si notre pays est destiné à n’être plus qu’un département de l’Europe ou si l’on peut encore tenter d’éviter la subordination définitive de notre pays à l’État fédéral dont rêvent tous les intoxiqués de l’American way of life.

Qu’importe, quelle que soit la solution choisie par le peuple, il sera demain plus nécessaire que jamais d’avoir une politique de la langue, de notre langue, car elle sera notre ultime patrie.
Nécessité de promouvoir la langue française dans un ensemble européen qui ne doit pas se livrer à l’anglais, c’est-à-dire aux Etats-Unis, où l’on ne pense qu’à l’efficacité commerciale que permettrait la généralisation de la pratique de la langue de Wall Street. L’Europe, et donc la France et les différentes nations qui la composent ne peuvent pas s’abandonner comme de séniles prostituées à la langue de la domination, de l’empire : ce serait d’avance accepter de perdre toute influence, toute capacité de penser par nous-mêmes. Ce serait rompre pour toujours le lien qui nous unit à nos passés et ce serait accepter un abaissement sans remède toujours promis aux lâches. Ce serait également un acte de soumission d’une indignité insoutenable.
Non qu’il faille proclamer la langue française langue unique de l’Europe : on succomberait alors à la vieille tentation hégémonique – celle même qui rend les Etats-Unis moralement infréquentables –, démangeaison ignoble, dont ne pourraient surgir que des fruits de mort. Il y a bien mieux à faire. Notre langue est, d’institution, langue de travail à Bruxelles : il a fallu beaucoup de petitesse et de vanité, d’hypocrisie et de lâcheté à ceux qui étaient chargés de veiller sur elle pour l’avoir laissée mettre de côté : bientôt sans doute à la porte et demain au tombeau. Il faut donc exiger de l’État qu’il fasse seulement son devoir, rien que son devoir, lui en fait qui organise en sous-main le crime : refuser tout mauvais coup porté à la langue, refuser obstinément que l’anglais seul l’emporte dans cette guerre souterraine que nous livre le monde anglo-saxon en vue d’une prépondérance générale et sans contrepoids. Exiger le strict respect des textes fondateurs de l’Europe, strict minimum vital. Ne pas brader comme on le fait sournoisement aujourd’hui le réseau magnifique des Alliances et des Instituts français à l’étranger. Investir puissamment dans la promotion du français, car un francophone se tournera naturellement vers la source de ce qu’il a appris à aimer. Soutenir avec force, détermination et moyens nettement accrus, la Francophonie vivante qui comptera, si l’on fait ce qu’il faut, plus de cinq cents millions de locuteurs dans 30/40 ans.

Car il s’agit d’un combat , un combat en vue, non pas de survivre petitement dans une étroite banlieue de la grande Amérique, mais en vue de garder la maîtrise de nos pensées, et donc ne pas risquer, dans quelques années, de ne plus voir le monde que par le filtre de l’anglo-étatsunien. De ne plus connaître les littératures de nos univers que par les traductions venues de New York ou Chicago. De ne plus pouvoir disposer de films que tournés en anglais : pour nous déjà nombre de nos propres œuvres doublées en français ! Mais pour encore combien de temps, messieurs et dames chanteurs et cinéastes qui ne songez plus qu’au fric, ayant enterré vos père et mère ?
Oui, ce combat doit se mener, même si l’on pense devoir y être vaincus car ce sera dans l’honneur, pour que s’établisse une civilisation qui ne soit pas qu’une sorte de « syphilisation » de nos âmes. La gangrène de l’esprit se « gagne » vite quand ainsi on jette ce que le passé nous a légué de meilleur : et le meilleur ici, pour chacun des peuples de l’Europe, est de se saisir de l’instrument de résistance idéal que peut devenir cette langue : il suffit de s’en servir, sans oublier naturellement de lui adjoindre à chaque fois tous les parlers en qui s’accomplissent chacun de nos peuples. Car la vocation de la langue française aujourd’hui n’est pas de faire disparaître quelque langue que ce soit, mais au contraire d’aider toutes les langues, et naturellement celles du continent européen, à ne pas se courber pour passer sous les fourches caudines de la tyrannie linguistique du dollar.

L’anglais d’outre-Atlantique, le seul aujourd’hui qui fascine, demeure, quoiqu’en dise M. Claude Allègre, une langue étrangère : étrangère à nos mentalités, à nos façons de penser, de raisonner le monde, son histoire, de comprendre notre destin, d’entendre la vie de l’esprit. Bienheureusement étrangère d’ailleurs, car ce n’est qu’ainsi que peut s’entretenir l’émulation créatrice.
J’ai parlé d’espoir aussi… Ténu, faible, quoique porté par des David. Goliath a le front fragile ! Mais quel espoir ? Celui-ci : des élus de pays récemment inclus dans le club furieusement jacobin de Bruxelles se sont inquiétés de cette dérive suicidaire : et se tournent résolument – mais sans trouver l’appui de Paris, totalement tétanisé à l’idée de déplaire du côté de Washington – vers la langue française : ils aperçoivent ce que nos élites ne savent plus concevoir, aveuglés par l’intensité du vert des billets au grand S barré du double bâton du seigneur et maître.

Faible espoir ! J’ajoute pour ajouter quelques grammes sur le plateau de la balance, que nous ne sommes pas encore morts et qu’une relève se prépare pour le jour où nous le serons.

***

J’ai écrit ce texte je ne sais plus quand, oublieux le plus souvent d’inscrire les dates : il me semble que se dut être lors de la campagne du référendum, grand cirque de la langue dite de bois mais qui ne fut que de tourbe, de plomb, de merde !

Carpette anglaise 2008!

Surtout de mensonge, mais je découvre que Madame Pécheresse, relisant ses classiques, a emboîté le pas du discours de son prédécesseur, imitée aussitôt par Luc Chatel, et je vois qu’Aéroport de Lyon a suivi leur exemple et qu’Aéroport de Paris ne s’est pas fait prier pour ajouter à ces hontes multiples sa propre crotte : qu’est-ce que comprennent à leur fourberie ces techno-praticiens d’une entreprise française pourtant emblématique de « notre » pays ? Plus le leur, diable non ! Les ailes qu’arborent ces dignitaires aéroportuaires sont désormais, non plus ornées des plumes des aigles, mais de la fiente des charognards, pauvres ineptes imitateurs de ceux qui autrefois ouvraient nuitamment, lors des sièges, les portes aux ennemis !

Quelle importance pour eux que le Français de France, au droit immarcescible et éternel de ne pas savoir l’anglais si telle est sa volonté d’aller ailleurs s’initier, dans le vaste univers des sons oubliés mais qui perdurent, à telle ou telle langue de son choix – quoique aussi d’apprendre si tel est son désir le « nouveau » latin, selon l’expression de quelques fantomatiques courtisans, qui veulent gagner le concours de « plus barbare que moi, tu meurs » ? Que ce minable ignorant se perde donc dans les labyrinthes aéroportuaires, lui qui oublie la courbette quotidienne qu’il se doit de faire devant le mammouth dollar… pourvu que les touristes et les hommes d’affaires de la noble Amérique anglo-saxonne – qui d’ailleurs n’en demandent pas tant, le plus souvent ignorants de ces macabres grandes manœuvres, avec lesquelles ils ne seraient pas obligatoirement d’accord ! – puissent se sentir chez eux même quand ils sont chez nous. Je n’applaudirai que lorsque les symboles et les abréviations devenus chez nous anglo-saxons seront devenus chez eux français. Car s’il existe un droit à ne jamais lâcher c’est bien celui qui me permet de naviguer en mon pays dans la langue de chez moi. Et que l’on ne me parle pas d’une sorte d’enfermement de mon esprit dans l’espace étroit d’un chauvinisme ringard : car ma pensée, par ma langue, s’envole jusqu’à l’instant même de la fameuse « explosion initiale », en laquelle déjà ma langue était contenue. Comme celle d’ailleurs des Anglais, qu’ainsi je prétends sauver en luttant ici pour qu’elle soit lavée de son péché d’aujourd’hui, l’impérialisme.

J’aurais pu traduire « explosion initiale » par « explosion d’origine », mais je préfère conserver au mot origine son sens plénier, qui outrepasse le temps des commencements et des fins dans lequel nous sommes temporairement plongés.

Dominique Daguet
Février 2010


(1) - Livre toujours disponible chez Zurfluh-Cahiers Bleus, 13 rue du Lycée Lakanal à Bourg-la-Reine (92340). Que « le » bienfaiteur qui le commanderait n’oublie pas de réclamer en même temps l’indispensable errata qui permet à ce livre de n’être pas ridicule, quoiqu’il ait reçu une abondance de louanges lors de sa sortie… Mais il faut dire que publier des livres en ayant mille autres occupations très prenantes ne prédispose pas à bien relire pour ne pas laisser de coquilles. Il est même possible que l’article ici publié fourmille de telles erreurs. Que mon lecteur me les pardonne, je suis hélas très éloigné de la perfection.

 

 

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