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De beaux voyages en perspectives…

Mais à quelle fin?
Notre ami Pierre Jeanthon contemple la grande carte de la nouvelle Europe. Espace kafkaïen!
Peuplé de Commissaires qu'il invite à faire leurs valises…

Le "Système d'Information Schengen"

Portemont, le 21 janvier 2008

De Bruxelles à Prague

Vendredi 21 décembre l'espace européen sans frontière s'est agrandit vers le Nord et l'Est avec le rattachement au Traité de Schengen des pays qui intégraient l'Union en mai 2004 (Chypre excepté).

L'espace Schengen compte désormais 22 Etats, soit les 27 de l'U.E moins 3 îles (Irlande, Angleterre, Chypre) et 2 nouvellement européens (Bulgarie et Roumanie).

Autrement dit le voyageur en partance de Zagreb se rendra à Gibraltar, Brest ou dans l'extrême nord de la Finlande sans halte douanière…sauf pour passer de Croatie en Slovénie.
Rassurez-vous, Bruxelles a tout prévu pour que les Pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO) remplissent les conditions préalables à la suppression des frontières entre Etats membres de Schengen :

  • fiabilité du contrôle de la ligne de démarcation entre l'espace Schengen et l'extérieur
  • connexion informatique au réseau SIS (Système information Schengen), vaste base de données qui recense les personnes recherchées, disparues, interdites de séjour, les objets volés…

La Commission a même prévu de remplacer SIS, devenu obsolète et saturé, par un logiciel plus performant SIS II, entre autre capable de stocker des données biométriques.

Naturellement le passage devait s'opérer avant le 21 décembre mais, Bruxelles ayant de grosses difficultés à travailler efficacement dans le concret, on attendra l'été 2009 pour les premiers tests de SIS II.
Quelques semaines auparavant (début novembre) Brice Hortefeux précisait :

  • la baisse effective (hors clandestins) du nombre de titres de séjour accordés au ressortissants des PECO (à cette date encore comptabilisés dans les chiffres de l'immigration) à savoir 200378 en 2004 contre 191 475 en 2006.
  • sur les dix premiers mois 2007, 18 600 "sans papiers" avaient été expulsés, sur un objectif de 25 000.
"Expulsion"…

Or, si avant le 1er janvier de cette année environ le quart des expulsions concernait des bulgares et des roumains il ne pouvait en être de même aujourd'hui puisque leurs Pays faisant partie de l'U.E le seul motif d'expulsion est de troubler l'ordre public.
D’où la création du "rapatriement humanitaire", classé dans la rubrique plus large du "retour volontaire" avec toutefois des incitations financières moins intéressantes :

  • le retour volontaire donne droit à une prime de 2000 € par adulte, 3500 € pour un couple et 1000 € par enfant de moins de 18 ans.
  • le rapatriement humanitaire offre seulement 153 € par adulte et 46  € par enfant.

Reste que ces citoyens européens peuvent franchir la frontière hongroise et revenir en France sous le simple prétexte d'un voyage touristique, ce qui met en évidence la différence entre la libre circulation et le permis d'installation.
Et sur ce point encore, on va mesurer la myopie bruxelloise qui rend la Commission incapable de toute anticipation;
Très vite après la chute du Mur, les Pays de l'Est, soutenus par une croissance annuelle de 7%, comblaient le fossé qui les séparait de l'Europe des Quinze.

PIB par habitant en Europe, aux États-Unis et au Japon. 2003

Courant 2004, l'écart se creuse de nouveau en raison de la diminution de la population active des PECO. Parmi les plus concernés par cette réduction dans les 30 prochaines années, on relève :

  1. Bulgarie         : -26%
  2. Roumanie      : -16%
  3. Hongrie         : -15%
  4. Pologne         : -13%

La fiabilité de ces prévisions est quasi mathématique en raison d'une démographie catastrophique et d'une émigration massive vers l'Ouest.
A titre d'exemple, début novembre, la Roumanie estimait à 500 000 le nombre d'emplois vacants dans le bâtiment, la mécanique générale, l'automobile…après que sur la dernière décennie environ 2 millions de ses habitants aient émigré vers l'Espagne et l'Italie.
Les libéraux rétorquent que le système s'autorégulera puisque par manque de main-d'œuvre locale, les entreprises étrangères seront moins tentées de délocaliser.
Effectivement, entre 2005 et 2006 les investissements directs étrangers ont diminué de 11,5 à 6 milliards € en République Tchèque et de 7,6 à 6 en Hongrie.
L'efficacité de cette régulation toute théorique est doublement contestable par :

  • la confrontation trop brutale entre des systèmes socio-économiques trop différents (1)
  • une vision exclusivement libérale

Ici apparaît la maladie d'une Union qui ne maîtrise pas son destin entre "zone économique sans cesse élargie" et "entité politique". Bruxelles paraît ne pas comprendre qu'en manipulant les Nations elle les atteint au plus profond d'elles-mêmes, dans leur Histoire, leurs Traditions et toutes les spécificités légitimes, politiques, sociales et économiques, dont elles se sont dotées au cours du temps.

Pour ne pas être assommés par le retour du boomerang du matérialisme que leurs dirigeants ont lancé à travers la planète, les Peuples de l'Europe réelle ont le devoir de s'unir ; mais pas de se fondre dans l'Europe légale fabriquée par la suite ininterrompue des lois et directives diverses promulguées par la Commission de Bruxelles.
Les racines de l'Europe réelle sont chrétiennes ; là est l'unique point de rencontre.
Pardon pour la parenthèse, retour à la circulation des citoyens en nous reportant au 1er mai 2004, date à laquelle l'Union des Quinze devenait celle des Vingt Cinq.
Selon une clause préalable à cet élargissement les travailleurs des PECO devaient patienter deux ans avant d'obtenir systématiquement la liberté d'exercer leurs activités à l'intérieur des pays qui les accueillaient.
Par son vote du 5 avril 2006, le Parlement de Strasbourg confirmera ce calendrier en invitant les 15 pays de la "vieille Europe" à ouvrir leurs frontières à la date contractuelle.
Dans la pratique dès mai 2004 l'Angleterre, l'Irlande et la Suède acceptaient les travailleurs des Pays de l'Est.
En France D. de Villepin était favorable à une ouverture limitée en vue de pallier les difficultés de recrutement de certains métiers, en cela soutenu par les syndicats au nom de la lutte contre l'emploi non déclaré.
Au printemps 2006, quelques semaines avant l'ouverture obligatoire la situation est naturellement très différente d'un pays à l'autre (l'unité européenne quoi !) :

  • Angleterre : compte 350 000 travailleurs de l'Est entre mai 2004 et février 2006
  • Espagne, Portugal et Finlande : sont prêts à lever toutes les restrictions
  • Hollande : a reçu 30 000 immigrés des PECO ;. après avoir envisagé l'ouverture totale de ses frontières en mai 2006 le gouvernement, sous la pression des syndicats étudie une formule du genre "immigration choisie".
  • Allemagne : à l'issue du Conseil des ministres du 22 mars 2006, il est décidé de prolonger la fermeture des frontières aux travailleurs de l'Est jusqu'en 2009. Très choquée, la Commission tente une opération de charme à laquelle Berlin répond par un cours de géographie : le taux de chômage (à l'époque 12,2%) augmente au-delà de 17% le long des frontières avec la Pologne et la République Tchèque.
  • France, Danemark et Belgique : ouverture partielle selon les métiers.

Quelques mois plus tard, juste avant l'intégration de la Bulgarie et de la Roumanie :

  • Angleterre : recense maintenant presque 500 000 immigrés venus de l'Est dont plus de 50% sont polonais. La presse souligne que ce chiffre dépasse largement les prévisions gouvernementales de 2004 (240 000) et qu'il serait judicieux d'éviter un tel raz de marée en provenance de Bulgarie et de Roumanie. C'est exactement l'avis des ministres de T. Blair qui mettent en place des mesures de restrictions transitoires pour un accès progressif aux emplois anglais ; et donc jusqu'à nouvel ordre:
  • seuls seront autorisés les salariés agricoles et ceux de l'industrie alimentaire pour des quotas annuels respectifs de 16 250 et 3500 personnes
  • mise en place d'un permis de travail temporaire pour une durée de 6 mois ne donnant pas accès aux aides et logements sociaux.
  • France : puisque l'élargissement de 2004 n'a pas provoqué une hausse sensible du flux migratoire on autorisera, dès janvier 2007 "l'importation" de travailleurs roumains et bulgares dans certains métiers (maçons, cuisiniers, bouchers, chaudronniers, agents de nettoyage…)

"Vendangeurs polonais près d'Epernay…Septembre 2005."

Le Sénat tempère la candeur gouvernementale en faisant remarquer qu'à fin 2006 presque 100000 emplois (principalement BTP) sont occupés par des salariés détachés par des entreprises de l'Est ; elles sont tenues d'offrir à leurs salariés les nivaux de rémunération en vigueur dans le pays d'accueil, mais libres d'appliquer les cotisations sociales propres au pays d'origine d’où un risque de dumping social.

  • Hollande : en septembre 2006 assouplit les règles d'embauche des travailleurs de l'Est employés dans 16 secteurs bien définis (industrie des métaux, santé…) ; les entreprises ne sont plus assujetties à prouver le manque de main d'œuvre locale pour embaucher un ressortissant des PECO.

2007, Bulgarie et Roumanie, merci d'être venues! A Vingt Sept, l'Europe ne s'en trouve pas revigorée pour autant et peine à maintenir son rang de grande puissance économique mondiale.

  • Allemagne : en mai 2007 s'alarme de ne pas trouver parmi ses 3,8 millions de chômeurs les candidats susceptibles de répondre à 643 000 offres d'emploi non pourvues dont 48 000 postes d'ingénieurs dont elle a un besoin urgent dans la mécanique, activité hautement exportatrice. A titre d'exemple dans le secteur de la machine-outil, les carnets de commandes affichent une progression de 9% qui ne pourra être totalement satisfaite par manque de cerveaux et de bras.

D’où la pression des organisations patronales, DIHK (équivalent de nos C.C.I) ou BDA (Medef d'outre-Rhin) pour que le gouvernement fédéral prenne les mesures administratives qui leur permettront d'embaucher au pied levé des ingénieurs chinois ou indiens.

  • Hollande : bénéficie d'une croissance d'environ 3% et vise un excédent budgétaire de 1% du PIB dès 2011 si elle trouve la main d'œuvre qui lui fait défaut. Au printemps dernier le chômage tombait à 4,7%, soit environ 300 000 sans emploi auxquels il est proposé 1,1 million de postes dont 100 000 à pourvoir d'urgence.

Tous les moyens sont mis en œuvre : 30 000 clandestins susceptibles de travailler sont régularisés durant l'été, la semaine de 36 heures est remise en cause, des 16 secteurs définis en septembre 2006, on passe à 24 et 140 000 travailleurs, principalement polonais, bulgares et roumains sont à l'œuvre dans le royaume.
Et pendant ce temps l'Est marche vers l'Ouest.
Sur les trois dernières années entre 600 000 et 1 million de polonais se sont exilés, parmi lesquels :

  • 5% des médecins
  • plus de 50% des ouvriers des célèbres chantiers navals de la région de Gdansk travaillent actuellement en Scandinavie….
  • Et en France…
Ouvriers sur les Chantiers navals de l'Atlantique à Saint-Nazaire. Plusieurs centaines de soudeurs polonais travaillent à la construction des paquebots.
  • est-il nécessaire de préciser qu'il s'agit des plus qualifiés ?

Aujourd'hui 4 entreprises polonaises sur 10 sont concernées par la pénurie de main d'œuvre, phénomène qui touche également les firmes occidentales ayant délocalisé en Pologne.
Une surenchère salariale aurait le mérite de fixer une partie des salariés en Pologne, mais serait porteuse d'inflation (Monsieur J.C Trichet en serait peiné)  et réduirait l'attractivité des prix proposés par l'industrie locale.
Après avoir recruté encore plus à l'Est (au moins 150 000 ukrainiens, et de nombreux ouzbeks et biélorusses) Varsovie  a dépêché une équipe de fonctionnaires pour une mission d'embauches….en Chine et en Inde.
Schengen…un chinois en Pologne…transit temporaire via Brest, Gibraltar et Finlande…

Obsédée par la course à l'élargissement, Bruxelles n'a pas pris le temps de considérer les effets de deux évidences majeures :

  • le "mal du pays" qui frappe les émigrés euro européens
  • le drame démographique


Les conséquences de cet "oubli" sont immédiates alors qu'il faudra au moins le temps d'une génération pour en guérir.
Vous comprenez Messieurs les Commissaires, une génération…c'est bien au-delà de vos "présidences semestrielles tournantes" et du mandat d'un éventuel président européen tel que défini dans votre Traité simplifié.
Espace Schengen…espace Kafkaïen…allons, il est temps de vous retirer Messieurs les Commissaires.


Pierre Jeanthon – France Royaliste

(1) En prenant pour base 100 le PIB moyen/habitant de l'Europe à 27 en euros, les derniers chiffres publiés par l'office Eurostat conduisent au classement suivant :

  • Luxembourg            : 280
  • Irlande                    : 146
  • Hollande                 : 131
  • France                   : 111
  • Roumanie               :   39
  • Bulgarie                  :   31

Carte d'une autre réalité:

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