lundi 26 juin 2017

Nous contacter


Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

« Ce sera la France ou l'Europe, pas les deux. »

Il serait bon aujourd’hui encore de nous souvenir de la phrase d’un fin connaisseur…
« que l’on me convoque tout de suite l’Europe que je puisse m’entretenir avec elle » disait Bismarck lorsqu’on lui dit que ses ambitions heurtaient l’Europe!… Nous sommes à un tournant. Il nous faut choisir. Ecoutons notre « Maître d’Ecole », le général Pierre-Marie Gallois ! Une question se pose : La France manquera-t-elle d’ambition ?

Louis XI, grand artisan de l’Etat-nation.
Le Général Pierre Marie Gallois.

Remontons avec lui aux sources de l’idée « européenne ».
Merci mon général.

Portemont, le 4 décembre 2007

Ce texte est la participation du général Pierre-Marie Gallois à l’ouvrage collectif dirigé par Jean-Michel Vernochet, « Dix-sept auteurs appellent à la renaissance du rêve européen » devenu de facto par son titre : « Manifeste pour une Europe des Peuples », aux Editions du Rouvre –Mars 2007- Le titre, « accrocheur » au possible et caressant l’air du temps, cultive la plus grande ambiguïté… L’Europe des peuples basque, catalan, flamand, et non français, italien, espagnol ?…

Nos lecteurs mesureront aisément que le général Pierre-Marie Gallois ne pouvait souscrire à un tel titre… De même que notre ami Pierre Hillard qui a contribué à cet ouvrage avec « La Paneurope au service du mondialisme ». Nous vous présenterons prochainement sa contribution et résumerons les positions des quinze autres auteurs et tout particulièrement le « Cinq fois Non ! » du Professeur Anne-marie Le Pourriet dont la conclusion devrait être à l’esprit de tous les Français :
« Le Non français à la constitution européenne a exprimé, au-delà du refus légitime de la déraison et de la servitude, un sursaut de civilisation, tout simplement. »

Ce même Non ! doit s’opposer au « Mini-traité »…

« Ce sera la France ou l’Europe, pas les deux »

L'idée européenne est la fille du génie industriel et de la guerre. Au cours des cinq derniers siècles du millénaire qui vient de s'achever, l'Europe s'est distanciée du reste du monde. Avec son prolongement transatlantique elle est à l'origine de la civilisation industrielle.

C'est en 1848, porté par le rayonnement innovateur et manufacturier, que Lamartine a rédigé son Manifeste pour l'Europe.

Alphonse de Lamartine

Et, vingt ans plus tard, Victor Hugo s'exclamait : « Au XXe siècle il y aura une nation extraordinaire... l'Europe ! »

Victor Hugo

C'était trois ans avant Sedan et la création à Versailles de l'empire allemand.

Proclamation de Guillaume Ier "empereur allemand"
dans la galerie des Glaces au château de Versailles le 18 janvier 1871
Anton von Werner, La Proclamation de l'Empire allemand, 1885. Bismarck-Museum, Friedrichsruh.

Berlin inaugurait l'ère des guerres euro-mondiales qui allaient à la fois donner tort aux poètes et, plus tard, à l'inverse, justifier auprès des politiques l'idée européenne.

En 1923, sous le choc de la Première Guerre mondiale, Coudenhove-Kalergi avait fondé le Mouvement paneuropéen,

Comte Richard de Coudenhove-Kalergi


et en 1927 Louis Loucheur innovait en proposant que fût créé un cartel européen du charbon, de l'acier et... du blé.

Louis Loucheur

Mais ce furent des initiatives sans grand écho. La réalité dissipait les illusions européennes : les peuples d'Europe venaient de se combattre et ne cherchaient qu'à renforcer leur nation et leur État respectifs afin de décourager l'agression ou de l'emporter si, à nouveau, l'on en venait à la guerre.

Sans pour autant mobiliser l'opinion, Aristide Briand avait proposé à la Société des Nations un projet relatif aux États-Unis d'Europe fonctionnant avec des institutions fédérales et formant une communauté économique (1929).

Aristide Briand

Les conflits armés, dont les pays européens étaient si prodigues, faisaient de la construction politique de l'Europe une chimère. Apparent paradoxe, c'est la Deuxième Guerre mondiale, toujours à porter au débit de l'Allemagne, qui raviva les idéaux européens. Dès 1943, alors que la guerre faisait rage, Churchill envisageait, la paix venue, de s'en remettre à un futur Conseil de l'Europe.

Plus sérieusement, en 1946, à Zurich, Churchill suggéra de créer des États-Unis d'Europe à partir de la réconciliation de la France et de l'Allemagne, unies face au péril que représentaient les ambitions prêtées à l'URSS.

Sir Winston Churchill

Il faut signaler ici qu'en juin 1945, la Charte des Nations Unies avait été adoptée à San Francisco.

26 juin 1945. San Francisco. L’Ambassadeur Henri Bonnet signe en présence du secrétaire d’Etat Edward R Stettinius Jr la Charte des Nations Unies.

Le monde cherchait à panser ses meurtrissures avant même la reddition du Japon. Et, en janvier 1947, Churchill, toujours lui, fonda un Comité intérimaire pour l'Europe unie, comité qui sera à l'origine du Mouvement européen.

Embryon de la construction européenne, l'Union Occidentale rassemblant le Royaume-Uni, la France et le Benelux fit l'objet du traité de Bruxelles (mars 1948).

Le 17 mars 1948, les ministres des Affaires étrangères de la Belgique, de la France, du Luxembourg, des Pays-Bas et du Royaume-Uni signent à Bruxelles le Traité d'Union occidentale qui prévoit une collaboration en matière économique, sociale et culturelle et de légitime défense collective. De g. à dr.: Paul-Henri Spaak, Georges Bidault, Joseph Bech, le baron Carel Godfried van Boetzelaer van Oosterhout et Ernest Bevin.
Source : Ceremony of the Signature of the Brussels Treaty. Bruxelles: Union de l'Europe occidentale, 17/03/1948. Couleur.
Union de l'Europe occidentale - Secrétariat général, Rue de l'Association, 15, 1000 Bruxelles.
© WEU Secretariat General - Secrétariat Général UEO

Il s'agissait, officieusement, de surveiller l'Allemagne tout en constituant un système de défense collective contre les empiètements politiques et territoriaux de Moscou. Dans la foulée, le Mouvement européen s'était réuni en Congrès à La Haye et il y avait déjà été proposé la convocation d'une Assemblée constituante et d'un Parlement européen. Blum pour la France, Churchill pour la Grande-Bretagne, Spaak pour le Benelux et Gasperi pour l'Italie avaient présidé les débats.

En 1949, enfin, le Conseil de l'Europe, envisagé par Churchill six ans plus tôt, voyait le jour ; lequel Conseil donnera naissance à l'Assemblée parlementaire européenne.

Réunion du Conseil de l’Europe. Strasbourg 1949.

Vingt ans après la première défaite de l'Allemagne, tout autre, en Europe et dans le monde, était la situation géopolitique :

  • La Seconde Guerre mondiale, la mobilisation de la quasi-totalité de l'humanité, l'ampleur des pertes humaines et matérielles, l'horreur qu'inspirait le comportement de l'Allemagne et du Japon, l'émergence de deux superpuissances dont une paraissait redoutable, ces épreuves et ces constats convergeaient : il fallait mettre un terme aux divisions et aux hostilités en Europe et y constituer un ensemble politique à la mesure des grandes puissances qui avaient remporté la victoire.
  • Les États-Unis venaient de démontrer à la fois l'importance de leur réussite économique et sociale et la puissance irrésistible de leurs armes. Le plan Marshall hâterait la reconstruction de l'Europe ravagée par la guerre et, pour tout dire, les États-Unis étaient un exemple pour les Européens en quête d'avenir. De surcroît, ils les aideraient dans leurs efforts d'unification.

René Pleven

Jean Monnet

Assistant, témoin muet, à des entretiens entre René Pleven, ministre de la Défense nationale, et Jean Monnet, ardent militant de la cause européenne (au début des années 50), j'avais noté que celui-ci avançait, ici résumés, les arguments suivants :

  • La situation en Europe était propice à la marche vers l'unité politique. Seule celle-ci mettrait un terme définitif à des siècles de conflits intereuropéens. C'est le sentiment général qu'expriment, plus ou moins confusément, les opinions publiques.
  • L'avenir est aux grands ensembles politiques, économiques, militaires : États-Unis, URSS, Chine, Inde... Fractionné comme il l'est, le continent européen n'additionne que des faiblesses, encore accentuées par les ruines de la guerre.
  • Mais les peuples européens, tout récemment libérés du joug allemand et se réjouissant de leur souveraineté retrouvée, ne sont pas prêts à consentir les abandons de cette souveraineté, abandons qui sont un des préalables essentiels à la construction des États-Unis d'Europe, dotés d'Institutions fédérales, à l'instar des États-Unis d'Amérique.
  • Il faut donc procéder par de prudentes étapes. Et, par exemple, mettre sur pied des organismes dont l'intérêt n'est pas contestable, mais qui, pour fonctionner normalement, exigeront d'être coiffés par une autorité supranationale. Et, ainsi, d'autorités supranationales en autorités supranationales, sera amenuisé le rôle des États et préparé l'avènement d'un gouvernement supranational. Cette tactique donne, comme il se doit, la priorité à la technicité caractéristique de notre époque sur les rouages politiques, administratifs et économiques trop complexes pour l'entendement du citoyen. En décidant pour lui, on ne le trahit pas puisque, confusément, l'idée européenne lui convient.

Et c'est ainsi qu'en avril 1951 fut créée la Communauté européenne du charbon et de l'acier scellant une entente des Six et créant une haute autorité supranationale pour l'administrer. L'année suivante le traité de Paris instituera une Communauté européenne de défense, la CED, qui impliquait une structure communautaire. On sait que fort heureusement, l'Assemblée rejettera ce traité en août 1954.

En revanche, en juillet 1957, le Parlement ratifia le traité de Rome dont l'objectif immédiat a été la Communauté économique (le Marché commun) mais qui a nécessité la mise sur pied d'une Commission exécutive et, par la suite, de nombreux organismes de politique et d'administration qui allaient former un gouvernement européen supra national, conformément à des textes assez ésotériques pour prendre le citoyen de court, si bien que la « construction européenne » n'a plus été « son affaire ».

Traité de Rome. 25 mars 1957

En 1953, le secret atomique décidé par la loi Mac Mahon avait été levé. Cette loi désarmait les alliés des Etats-Unis au profit de leur adversaire commun, l'URSS, qui venait de procéder à sa première expérimentation d'une charge explosive thermonucléaire (août 1953).

 Aussi Washington accepta-t-il que soit créée une industrie nucléaire privée et qu'un certain savoir fut communiqué à la Grande-Bretagne. Un contrôle était établi, les matières fissiles seraient gérées par un organisme international.

Parallèlement, le gouvernement français, René Pleven, Antoine Pinay, Guy Mollet, décidèrent de poursuivre les études conduites plus ou moins ouvertement en vue de construire un armement atomique.

Reggan, le 13 février 1960

Dès lors s'éloignait le spectre d'une nouvelle guerre en Europe et disparaissait l'argument utilisé jusqu'alors : l'Europe unie c'est la paix. La signification de l'intrusion de l'arme atomique dans l'équation stratégique n'a pas été comprise, ou a été volontairement ignorée. (Quarante ans plus tard, une semaine après la signature du traité de Maëstricht, l'Allemagne mettra les Balkans à feu et à sang en reconnaissant unilatéralement l'indépendance de la Slovénie et de la Croatie en violation du droit international, alors que si la Yougoslavie avait été une puissance nucléaire elle eut été respectée).

Obsèques de victimes serbes

Pour le général de Gaulle, le traité de Rome était une fin. Marché commun d'une part, Euratome de l'autre, libéreraient la France – et les Six européens – d'une excessive tutelle américaine. Aussi le général approuva-t-il le traité de Rome, probablement sans se douter qu'il conduirait le pays à la vassalisation. En effet, le général de Gaulle s'efforça d'appliquer le traité au bénéfice de la France sans imaginer qu'il menait à une supranationalité chère à Jean Monnet. « L'Union de l'Europe, a-t-il écrit, ne saurait être la .fusion des peuples, mais elle peut et doit résulter de leur systématique rapprochement. Or, tout les y pousse en notre temps d'échanges massifs, d'entreprises communes, de science et de techniques sans frontières, de communications rapides, de voyages multiples. Ma politique vise donc à l'institution du concert des États européens afin qu'en développant, entre eux, des liens de toutes sortes, grandisse leur solidarité. Rien n'empêche de penser qu'à partir de là, et surtout s'ils sont, un jour, l'objet d'une même menace, l'évolution puisse aboutir à leur confédération ».

La « confédération » ? Nulle part il n'existe d'État confédéral. Afin d'affaiblir l'Allemagne, le général lui-même avait souhaité qu'elle devienne une confédération. Piètre perspective pour l'Europe politique ! L'histoire des États-Unis témoigne de l'échec du confédéralisme : libérés de la tutelle de Londres, les 13 États fondateurs se donnèrent des Institutions qui ménageraient leur indépendance tout en relevant d'un pouvoir commun. Ce furent les « Articles de la Confédération. » Baroques, ces Institutions se révélèrent désastreuses : crises politiques, conflits économiques, misère, menaces de désordres et d'émeutes. La Confédération fut très vite abandonnée et Jefferson rédigea la Constitution fédérale qui est toujours celle des États-Unis.

« La Constitution définit les principes d'une fédération qui reconnaît deux ordres de gouvernement basés sur la séparation et l'équilibre des pouvoirs ainsi que sur le partage des responsabilités entre l'état fédéral (politique extérieure, défense, commerce avec l'étranger et entre états, etc.) et les états fédérés (justice, santé, protection des droits individuels, instruction, etc.). »

Spéculant sur l'ignorance politique du citoyen et jouant sur la confusion des termes, des hommes politiques français ont utilisé des expressions dépourvues de sens telles que « confédération », ou « fédération d'États nations », « confédération d'États nations », institutions qui n'existent nulle part.

Peu à peu, les rouages d'un futur gouvernement supranational ont été mis en place. En 1977, la Communauté des Neuf supprime tous les droits de douane internes.

Deux ans plus tard, les membres de l'Assemblée européenne sont élus au suffrage universel et forment un Parlement européen. En 1985, sont signés les accords de Schengen qui vont favoriser « l'invasion » dénoncée par Valéry Gicard d'Estaing lui-même. L'année suivante, l'Acte Unique fixe au 1cr juin 1993 l'entrée en vigueur du marché intérieur. Et le 7 février 1992 est signé le traité de Maëstricht, le 2 octobre 1997 est adopté le traité d’Amsterdamet le 26 février 2001 celui de Nice, tandis que la même année, il est décidé de réunir une Convention pour rédiger un projet de Constitution européenne.

Il faudra deux ans pour terminer la rédaction de ce traité constitutionnel, que la France et les Pays-Bas rejetteront en 2005.

Désormais, en matière institutionnelle les Français sont placés devant une alternative :
- ou bien, ils en reviennent à l'État-nation, récupérant leur pleine souveraineté et, à l'instar des Canadiens (31 millions) ou des Coréens du sud (49 millions), ils sont à la fois souverains et indépendants.
- ou bien, acceptant la « construction européenne », ils admettent de vivre sur un territoire qui ne sera plus qu'une division administrative du continent européen devenu à 25 ex-nations, voire plus, un État fédéral, la France y occupant, toutes proportions gardées, la place de la Louisiane aux États-Unis ou du Bade-Wurtemberg en Allemagne.

Comme les peuples n'acceptent pas de revenir au passé, même s'il leur fut bénéfique, il apparaît que l'irréversible a été accompli et qu'en dépit des échecs de cette « constitution européenne », les Français préfèrent continuer à s'y engager.
Ayant atteint la quasi-totalité de ses objectifs publiques, la construction européenne a surtout « dé-construit » la France sans pour autant prendre la stature d'un État européen digne de ce nom c'est-à-dire sans avoir construit une Europe politique viable, indépendante et souveraine.

D'après les démographes, la population européenne vieillit de manière inquiétante et ne pourra étendre à tous les siens le modèle social obtenu par les privilégiés d'hier.

 

  • L'OCDE estime que la croissance moyenne sera limitée à 1,9 voire 1,5 (3,6 aux États-Unis, 2,3 au Japon, sans parler de 10 et plus en Chine).
  • En Europe, la productivité moyenne est tombée à la moitié de la productivité américaine.
  • L'anémie européenne relative à la science, à l'industrie, au rayon­nement économique, va porter la dépendance de l'Union de 50 à 66%de ses besoins.
  • Elle compte plus de 20 millions de chômeurs, le double vivant au-dessous du seuil de pauvreté.
  • Le traité de Schengen a facilité l'« invasion », selon le terme même de M. Giscard d'Estaing, et accru considérablement les charges des États en matière de chômage, de logement, de dépenses sociales, de police, de justice, tout en détruisant les identités nationales et en baissant le niveau culturel.
  • En France, souhaitée par Bruxelles et par Berlin, la décentralisation administrative est devenue la source de difficultés politiques supplémentaires, de prélèvements obligatoires plus lourds, de gaspillages et de complications administratives.
  • Les abandons de souveraineté consentis au supranational ont détruit le sentiment national, l'idée d'appartenance à une même collectivité et renforcé encore l'individualisme des habitants de la France.
  • Enfin, conformément au traité de Maëstricht, Bruxelles a imposé une politique de « concurrence libre et non faussée » dans le cadre d'un total libéralisme économique. Les économies des pays européens ne peuvent résister à cette politique en raison des énormes écarts sociaux existants dans le monde (par exemple le coût de la main d'oeuvre). D'où le marasme économique grandissant de la zone euro, dont se tarit la production et dont pâtit l'innovation.
  • La voix de la France s'est éteinte. N'étant plus souveraine, elle n'a plus guère d'audience, elle perd pied en Afrique et brade son patrimoine territorial, dans le même temps que, pour « faire ses fins de mois » et commencer à rembourser une énorme dette, le gouvernement brade ses actifs au secteur privé, et plus particulièrement à des fonds d'investissements étrangers. La politique intérieure et extérieure de la Ve République, marquée par le souci de «faire l'Europe », a ruiné la France en une trentaine d'années seulement.

Lire :

— C'est que, étant, politiquement et socialement, ce qu'ils sont, les peuples formant cette Europe sont si spécifiques qu'y créer une nationalité commune apparaît quasi impossible.
Éloquent est le cas de l'Allemagne. Dans ses Mémoires d'espoir, le Renouveau, le général De Gaulle a écrit :
...« Au centre du Continent il y a l'Allemagne. C'est son destin que rien ne peut être bâti sans elle et que rien plus que ses méfaits n'a déchiré l'ancien monde... comment imaginer qu'une paix véritable et durable se fonde sur des bases telles que ce grand peuple ne puisse s'y résigner, qu'une réelle union du continent s'établisse sans qu'il y soit associé ».
Mais, bien après cet appel, en septembre 1990, l'Allemagne étant tout juste réunifiée, son gouvernement imposait précipitamment l'indépendance de la Slovénie et de la Croatie, se hâtant d'effacer les dernières traces politiques des traités qui sanctionnaient ses défaites, et par voie de conséquence mettaient les Balkans à feu et à sang. Cela c'était hier, à mettre au débit d'une Allemagne que l'on croyait enfin assagie. Et elle avait besoin de l'être.
En 1871, elle réglait son compte à la France se vengeant ainsi des traités de Westphalie, des ravages exercés au Palatinat et de la défaite d'Iéna. En 1914, Guillaume II reprit les armes, ses armées envahirent et dévastèrent le nord-est de la France qui compta 1,4 millions des siens morts au combat. Vingt ans plus tard Hitler récidive... Indirectement, par ces crimes, l'Allemagne a été responsable de la prolongation des hostilités au Proche-Orient, la Communauté internationale n'exigeant pas de l'État d'Israël qu'il applique les résolutions 242 et 338 relatives au retrait des territoires conquis par la guerre. Dans la paix, l'Allemagne a coûté cher à la France avec le mark fort destiné à la réhabilitation de l'Allemagne de l'Est, et ni « Maëstrich »t, ni « Amsterdam », ni « Nice » n'ont été favorables aux intérêts de la France, mais aux siens. Rappelons le traité de l'Élysée, en 1963, vidé de son contenu par un vote du Parlement allemand, à la grande fureur du général de Gaulle. «Les Allemands, il faut les envoyer promener !». En Europe on ne peut rien faire sans l'Allemagne mais, malheureusement, pas davantage avec elle.

La Grande-Bretagne et la majorité des gouvernements de l'Europe centrale manifestent leur attirance pour les États-Unis. Ces derniers préfèrent la garantie d'une superpuissance lointaine à l'assistance d'une Allemagne au triste passé et trop proche. Quant à Londres, c'est toujours vers le « grand large » qu'il se tournera. Conduire dans ces conditions, une politique commune, et proprement européenne, apparaît bien difficile.

Quant à la France, elle a trop souffert de la « construction européenne » pour y croire encore. Elle s'est prononcée le 29 mai.

Ce n'est pas le projet de traité constitutionnel — aberration juridique —qui a été formellement condamné. Il était inintelligible pour la grande majorité des citoyens et le simple bon sens a rejeté d'emblée un document aussi volumineux disant non seulement la loi, mais la manière dont il aurait fallu l'appliquer. Les évènements récents, associés à la construction européenne, ont refroidi les ardeurs européennes.

L'adoption de l'euro a provoqué un renchérissement du coût de la vie et la réduction du pouvoir d'achat. Tributaire du dollar au lieu d'en être le rival, l'euro pénalise les économies des pays dits de « l'euroland » au gré des décisions de la banque fédérale américaine.

    - En France, la généralisation des trente-cinq heures a réduit la production, dévalorisé le travail, appauvri le pays.

    - L'élargissement de l'Union aux pays du centre et de l'Est européens, outre qu'il constitue une lourde charge supplémentaire pour les États finançant les « fonds de cohésion », incite aux délocalisations industrielles et commerciales et aux mouvements de travailleurs en quête de meilleurs salaires, les deux phénomènes convergeant pour accroître, en France, le nombre des chômeurs.

    « France » Industrie de l’habillement

    L'application du principe de la « concurrence libre et non faussée » favorise peut-être quelques grosses entreprises en quête de marchés extérieurs, mais conduit à la faillite l'essentiel du tissu économique du pays, l'inégalité des charges, des salaires, de la durée du travail, tarissant peu à peu une production française réalisée dans un tout autre cadre économique et social.

    Subies quasi simultanément, ce sont là de sérieuses épreuves. S'y ajoutent la question allemande et l'adhésion turque. Partenaire difficile, aisément dominateur dans le soi-disant noyau dur européen, l'Allemagne a coûté fort cher à la France et il est normal qu'elle entende exploiter longtemps le filon (par exemple en s'appropriant peu à peu l'Airbus).

    Quant à la Turquie, elle attend de la manne communautaire une élévation du niveau de vie de ses quelques 80 millions d'habitants. Le concept des vases communicants y contribuera en réduisant l'aisance des donateurs. Et tout cela dans une société déprimée par une énergie fossile de plus en plus coûteuse et où les pays milliardaires en vies humaines vont être en mesure d'accaparer la production mondiale.

    Belle idée que les États-Unis d'Europe. Au moment où les grands ensembles politiques – en Asie – s'imposent sur la scène internationale, l'idée européenne se révèle de moins en moins séduisante. Seul l'attrait de la manne communautaire – c'est-à-dire l'achat des peuples par la promesse d'une redistribution de la richesse européenne à leur profit – lui donne par places encore quelque consistance. Les pères fondateurs n'ont pu résoudre une contradiction fondamentale : l'ambition était si grande que les moyens pour en atteindre les objectifs dépassaient la capacité de compréhension des populations. Aussi la construction européenne a-t-elle été l'oeuvre des techniciens, des anonymes technocrates de Bruxelles. Et lorsqu'il a fallu avoir l'accord des peuples, le système s'est effondré.

    Général Pierre-Marie Gallois Août 2005

     


Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.