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L'Europe écartelée

Quand il est question d’ampoules, de vis, de petites culottes, et bien plus encore !
Le 14 décembre 2007 approche… pour quelle Europe ?
Notre ami Pierre Jeanthon passe en revue quelques rayons du grand bazar européen…

Portemont, le 15 novembre 2007

L'Europe écartelée

Dans le cadre de la lutte "antigaspi", il est beaucoup question des ampoules à économie d'énergie (dites ampoules fluo compactes) qui consomment cinq fois moins d'électricité que celle à incandescence.

Merveilleux, bonne idée et vive le progrès! Hélas sur le terrain, les choses se compliquent parce que le prix moyen des premières est de 7 € contre 1 pour les secondes.
Les ampoules « nouvelle technologie » sont principalement diffusées par deux marques :

  1. Philips (Hollande) qui produit en Pologne et en Chine.
  2. Osram (filiale de l'allemand Siemens) qui réalise le tiers de sa production en Allemagne, le solde étant réparti dans divers pays de l'U.E

Naturellement les prix de revient ne sont pas les mêmes de sorte qu'en 2001 Bruxelles a instauré une taxe anti-dumping de 66% sur les produits chinois ce qui ne satisfait personne :

  1. au nom de la défense de l'environnement, Philips (qui vient d'investir un milliard € en Chine) souhaite l'abrogation de cette taxe qui limite l'utilisation de cette ampoule en raison d'un prix artificiellement trop élevé (7 € au lieu de 5 sans taxe).
  2. Osram réplique qu'il faut maintenir la taxe car la Chine viole les règles de concurrence en vigueur entre les membres de l'OMC en subventionnant ses fabricants.

On peut objecter que la défense de l'environnement  ne peut être totalement gratuite pour le consommateur qui souhaite aussi" consommer" un environnement de qualité ; pour ce qui est du pouvoir d'achat et dans ce domaine comme dans bien d'autres, il serait intéressant de chiffrer la diminution des prélèvements obligatoires induite par une fabrication européenne, donc créatrice d'emplois, de ressources fiscales pour les États et d'allègement de leurs dépenses de traitement du chômage.
Vieux débat qu'il conviendrait de relancer parce que, si au XIXe siècle, les conditions sociales étaient quasi identiques dans tous les pays industriels, il n'en est plus de même aujourd'hui.
Apparemment, loin de l'ampoule, l'acier dont la consommation mondiale annuelle est passée de 200 à 1250 millions de tonnes entre 1950 et 2006 sous l'effet de la demande croissante du Brésil, de l'Inde, de la Russie et de la Chine.
Cette dernière qui intervenait pour 13% de la production planétaire en 1996, compte pour 34% en 2006, ce qui lui permet de couvrir ses besoins propres et d'exporter de plus en plus…et pas cher.
D'autant plus que ce secteur, nationalisé à 95%, bénéficie de subventions diverses généreusement distribuées par Pékin (augmentation de capital, prêts spéciaux à l'investissement…) qui lui ont ouvert le marché américain (2,3 millions de tonnes exportées en 2005 et 5,35 en 2006) malgré la mise en place de droits de douane compris entre 12 et 90% selon la nature des aciers.
Aux Etats-Unis, les acteurs de la filière acier sont partagés entre :

  1. les constructeurs automobiles qui souhaitent un marché totalement détaxé (principalement pour les tôles) afin de n'être pas pénalisés vis-à-vis de leurs collègues européens qui importent librement les produits chinois.
  2. les sidérurgistes qui, en août dernier, attiraient l'attention du Congrès en publiant les conclusions d'un rapport réalisé par un cabinet d'audit "par le biais de subventions massives le gouvernement chinois exerce un contrôle direct sur son industrie sidérurgique, ce qui est contraire aux principes de l'OMC" ; en conséquence, il y aurait lieu d'ajouter une taxe anti-dumping à celles déjà en vigueur.

En octobre de cette année, les sidérurgistes européens emboîtent le pas à leurs collègues américains en pressant la Commission de Bruxelles d'instaurer des barrières douanières significatives pour limiter le déferlement des aciers chinois (à peine 1 million de tonnes en 2005 alors qu'on attend dix fois plus en 2007).
M. Glos, ministre allemand de l'Économie se fait vainement le porte-parole des maîtres de forge auprès de Bruxelles qui hésite à prendre parti :

  1. une plainte anti-dumping doit être précédée d'une enquête systématiquement très longue.
  2. il faut prendre son mal en patience en attendant que les hausses en cours sur le fret maritime réduisent la compétitivité des aciers chinois.
  3. et donc pour l'heure il n'est pas question d'envisager un système de quotas.

Bien entendu les utilisateurs d'acier s'opposent aux sidérurgistes et par la voix d'Orgalime, fédération qui regroupe leurs divers métiers (mécanique, matériel agricole, électroménager, automobile…) argumentent au nom :

  1. de l'emploi, parce que les PME de leur secteur occupent 7 millions de salariés pour seulement 250 000 dans la sidérurgie.
  2. des capacités, puisque les hauts fourneaux européens ne sont plus suffisants pour répondre à la croissance de la demande.
  3. de la concurrence, en raison d'un prix européen supérieur de 20% au cours mondial, ce qui les empêche d'être compétitifs par rapport aux asiatiques (Corée du Sud, Japon…).

Au passage, on notera l'aboutissement de l'incompétence de la politique industrielle de Bruxelles qui a placé l'U.E en totale dépendance, non seulement de l'acier chinois, mais aussi de celui produit au Brésil et en Inde. Sans compter qu'en matière de minerai et de charbon à coke, nous sommes complètement absents des grandes multinationales anglo-australiennes et anglo-canadiennes puisque le seul européen présent dans ces activités est le Suisse Xstrata.
Pour l'anecdote, nous rappelons l'épisode de la fermeture, en novembre 1993, de la Société Métallurgique Normande (à l'époque groupe Usinor-Sacilor) implantée à proximité de Caen : les installations furent cédées à la Chine qui, après avoir envoyé sur place des équipes de démontage, s'est empressée de remettre l'ensemble en service sur son territoire.
Dans les mois qui suivirent, on retrouvait une ambiance de marché noir avec la pénurie d'un produit aussi banal que les vis inox de diamètre 8 mm pour lesquelles la Chine était devenue le presque unique producteur mondial.

D'un côté la Chine, une et indivisible et de l'autre l'Europe des querelles gauloises… souvenez-vous, au 1er janvier 2005, de la libéralisation du commerce des textiles entre la Chine et l'U.E.

A peine 8 mois plus tard, on relevait des importations en hausse de 153% pour les brassières, jusqu'à 429% pour les pantalons masculins.

Le 10 juin 2005 Bruxelles, pour tenter de limiter la casse et Pékin, pour ne pas tuer la poule aux œufs d'or, signaient l'accord de Shanghai, par lequel les exportations chinoises seront soumises à dispositif de quotas par type de produits et négocié année par année jusqu'à fin 2007.

Le problème est qu'à fin août 2005 les quotas définis en juin sont déjà épuisés pour les pulls, les soutiens-gorge, les pantalons…alors que les cargos voguent vers les ports européens avec environ 80 millions d'articles dans leurs cales.
Les pays du nord (Danemark, Finlande, Hollande, Suède) souhaitent un dédouanement rapide au prétexte qu'une pénurie de vêtements mettrait leurs importateurs en faillite, pendant que ceux du sud (Espagne, France, Grèce, Italie et Portugal) se verraient plutôt envoyer ces cargaisons par le fond pour préserver leur industrie textile.

Puisqu'il faudra bien vider les entrepôts d'une façon ou d'une autre, chinois et européens s'orientent vers un dépassement des quotas 2005, qui viendrait en déduction de ceux prévus sur 2006 et 2007.

Les pays du sud accepteraient ce compromis sous réserve que Bruxelles n'en profite pas pour relever les quantités allouées et prolonge le système des quotas en 2008.

Face à la colère des importateurs et distributeurs du nord, P. Mandelson, représentant de Bruxelles, déclare exagérée la pression protectionniste mise par la France et l'Italie pour finalement accepter de laisser entrer quelques pulls et autres articles au nom de la défense du pouvoir d'achat des consommateurs de l'Union.

De fait, début septembre on coupe la poire en deux…ou presque…Bo Xilai, ministre du Commerce extérieur se félicite car « l'intérêt des producteurs chinois et des distributeurs européens vont dans le même sens ».

En Europe, tout le monde est mécontent et personne ne se félicite :
Les distributeurs réunis au sein de la « Foreign Trade Association » estiment le compromis satisfaisant pour le court terme, mais beaucoup trop imprécis pour permettre à la grande distribution de passer ses commandes pour 2006.

Eurotex, groupement des industriels, exprime les doutes de ses adhérents sur l'efficacité des accords commerciaux déjà signés, puisque leur validité est sans cesse remise en question.

Usine textile chinoise

Deux ans plus tard, le 9 septembre 2007, Bruxelles fait savoir que « le dispositif des quotas d'importation de textiles chinois prendra fin au 31 décembre 2007 ».
Ampoule, acier, textile et fond de discorde identique à l'intérieur de 3 activités si différentes ; et pendant ce temps, Bruxelles s'obstine vouloir construire l'Europe par le bas, à l'aide d'une législation qui arbitrairement déclare commun ce qui ne l'est pas, et d'une multitude de recommandations tout juste propres à satisfaire quelques intérêts catégoriels.

Tant il est vrai qu'à force d'omettre le dénominateur commun aux peuples d'Europe, il est normal que l'intérêt général passe à la trappe.

La France engagera la ratification du Traité (dit) simplifié le 14 décembre prochain…peut-être d'ici là, quelqu'un répondra à la question " pour quelle Europe".

Pierre Jeanthon – France Royaliste

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