Dimanche 20 Août 2017

De l' « Empire », du dessein inavoué de l'Allemagne...

En un mot, de l' « Union Européenne »! Comprendre nos temps difficiles? Toujours les grandes leçons de notre « Maître d'Ecole », le général Pierre Marie Gallois. Et si une leçon est incontournable sur cette « Union Européenne », c'est bien celle qui nous offerte dans « Le consentement fatal »…

Poursuivons la lecture de l’entretien magistral que donnait le général Pierre Marie Gallois, conduit avec pertinence et sensibilité par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001: Au cœur de nos temps difficiles qui n'ont pas pris une ride!

Portemont, le 23 août 2010

Le dessein inavoué de l'Allemagne

« A vous écouter il ne fait pas de doute que l'Europe fédérale est une idée allemande. C'est pourtant Victor Hugo le premier qui a parlé des États-Unis d'Europe. Les fédéralistes ne sont pas tous nés en Allemagne ! »

« Ils ne sont pas tous nés en Allemagne, mais, si on excepte Denis de Rougemont qui était suisse, et Jean Monnet, c'est plutôt en Allemagne qu'ils ont prospéré. Mais là n'est pas l'essentiel. Il faut comprendre pourquoi et comment l'Allemagne a été très tôt réintégrée dans le jeu occidental. Dès 1946, un an après la découverte de Buchenwald, on commençait à lui faire la cour.

Buchenwald – 1945-

Parce qu'on avait besoin de cette Allemagne, là où elle était et avec les forces dont elle disposait, face à l'URSS.

Robert Schuman du côté français s'est employé à calmer le jeu anti-allemand et les Américains ont souhaité très tôt réhabiliter l'Allemagne. Ainsi, à cause de I'URSS, celle-ci a pu transformer en force à la fois sa défaite et l'opprobre dont elle était entachée de par son comportement, au cours d'un très récent passé.

Elle est très vite devenue indispensable. Très intelligemment, l'Allemagne a vite pris conscience de ceci: elle est au centre de l'Europe, composée d'un peuple dont il faut reconnaître les éminentes qualités - je suis le premier à les reconnaître -, un peuple qui a une très forte conscience de lui-même.

Dans toute l'histoire du monde et au cours de XIXe siècle si capital, c'est peut-être le peuple qui s'est le plus encensé: « nous sommes seuls capables d'incarner l'humanité, notre langue est la seule capable d'exprimer un concept philosophique... » Cette vision - je pourrais vous en citer bien d'autres – est de Kleist, l'un des principaux écrivains allemands du XIXe siècle.

Heinrich von Kleist

L'Allemagne, à l'époque, a conscience d'être un État neuf. Le traité de Westphalie avait consacré la fin de l'autre Allemagne. L'Allemagne nouvelle se croyait jeune et l'avenir était aux peuples jeunes. Comme je vous l'ai déjà dit, l'Allemagne s'est construite sur l'idée qu'il revenait aux peuples jeunes de reprendre le flambeau face aux peuples français et anglais qui étaient des peuples mûrs et vieillissants. Cette notion-là est à l'origine de la politique de Bismarck, elle a aussi conduit Guillaume II à la Première Guerre mondiale puis au traité de Versailles, par ailleurs maladroit, que les Allemands ont cherché à effacer. Hitler s'y est employé et aujourd'hui encore Helmut Kohl en disloquant la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, restes du traité de Versailles.

Slobodan Milosevic, Président de Serbie, Franjo Tudjman, Président de Croatie et Alija Izetbegovic, Président de Bosnie-Herzégovine, signent l'accord cadre général pour la paix en Bosnie-Herzégovine, en présence de Felipe Gonzalez, Bill Clinton, Jacques Chirac, Helmut Kohl, John Major et Viktor Tchernomyrdine. Conférence de paix sur l'ex-Yougoslavie, Palais de l'Elysée, 14 décembre 1995.

En fonction de la puissance de l'économie allemande, du dynamisme allemand, du pouvoir rassembleur de sa langue, de toutes ces qualités-là, il revient à l'Allemagne d'être la superpuissance européenne comme l'Amérique est la superpuissance mondiale. Elle s'était fourvoyée deux fois dans la guerre, mais désormais elle sera la superpuissance européenne par la construction de l'Europe en faisant miroiter aux pays européens un avenir dont ils seraient, avec elle, les moteurs - sous-entendu : les moteurs obéissants. Elle dirigerait cette Europe pour en faire une grande puissance capable de rivaliser avec les grands ensembles de demain: les États-Unis d'une part, la Chine et l'Inde d'autre part. C'est la thèse allemande. Elle l'a conduite deux fois aux guerres qu'elle a perdues : 14-18, 20 millions de morts; 39-45, 100 millions de morts. Maintenant, elle utilise intelligemment un autre moyen, celui de l'économie, de la diplomatie et de la politique, sagement, en faisant miroiter la transformation d'un continent en entité politique. »

« L' Europe n'est pourtant pas une idée allemande? »

« Elle l'est devenue par le traité de Paris signé en janvier 1963. Allant dans le sens de la réhabilitation, de Gaulle lui avait accordé cette égalité diplomatique. Mais dès mai 1963, il s'est aperçu qu'il avait été trompé car le Reichstag, par l'ajout d'un préambule, avait neutralisé le traité. Dans ce traité, il avait été dit que l'Europe se ferait indépendamment des Etats-Unis. Or, le préambule réintroduisait l'Amérique dans l'Europe de manière que l'Allemagne s'appuie sur l'Amérique contre la France. Dans les Mémoires que cite Alain Peyrrefitte, de Gaulle déclare: « Ah, les Allemands, ils nous ont eus, il faut les envoyer promener ! » Il était furieux, mais c'était fait. Après il y a eu l'Acte unique, Maastricht, Amsterdam, Dublin, et puis il y a eu Nice... Par grignotages successifs l'Allemagne obtient ce qu'elle veut. Nous voulions l'écu, elle a voulu l'euro, elle a eu l'euro. Nous voulions le maintien de la Yougoslavie, elle voulait la dislocation, il y a eu la dislocation. Nous ne voulions pas de pacte de stabilité, elle le voulait, elle l'a eu. Nous ne voulions pas que la Banque européenne soit à Francfort, elle est à Francfort. Nous voulions que Jean-Claude Trichet en soit le gouverneur, elle a imposé le Hollandais Wim Duisenberg.

Progressivement, l'Allemagne impose aux pays européens ce qu'elle veut. Elle est la maîtresse du jeu européen. Elle le joue très habilement, toujours en se référant aux États-Unis. Les Américains ne se rendent pas compte qu'ils sont considérés par les Allemands un peu comme des cow-boys. Mais ce sont des cow-boys utiles parce qu'ils imposent de faire baisser pavillon à la France.

Or l'objectif de l'Allemagne s'est toujours inscrit dans cette vieille rivalité qui date même d'avant le traité de Westphalie.

En 1648, la France n'a jamais cessé de lutter contre les empires, y compris le Saint Empire romain germanique. Aujourd'hui, après 1648-1918-1945, c'est la vengeance. Le projet allemand est de faire de l'Europe un empire.
Qu'est-ce qu'un empire ? C'est la juxtaposition d'États différents sous une même autorité. »

« En dehors de Ernst Nolte, tous les historiens allemands font du mot
d'ordre « plus jamais ça » et de la reconnaissance des crimes commis sous le nazisme, de l'extermination des Juifs d'Europe en premier lieu, un impératif quasi catégorique. Dans le monde intellectuel allemand, une page a été tournée avec, en même temps, une volonté de reconstruire ce que Habermas appelle le patriotisme constitutionnel. Quels sont votre appréciation et votre regard sur le rapprochement France-Allemagne sur cette question ? D'un côté, l'Allemagne se refait une virginité sur ses propres crimes, de l'autre, elle devient prépondérante en Europe, alors qu'en France après un mythe  « résistancialiste » insistant nous baignons dans une sorte de culpabilité diffuse. »

« Dans l'Allemagne d'aujourd'hui, ce que l'on reproche à Hitler, ce n'est pas l'objectif, ce sont les moyens.

Autrement dit, Hitler voyait juste en essayant d'asseoir la grandeur de l'Allemagne. Ses objectifs étaient à la mesure des capacités du peuple allemand, mais il a utilisé des moyens d'une brutalité criminelle. Certains Allemands lui trouvent une excuse, c'était la peur du communisme.

Ernst Nolte

Cela est en germe chez Nolte: il était concevable, sinon normal, de se livrer à certains excès par crainte de la puissance communiste voisine, effectivement gigantesque du point de vue militaire. Au fond, cela se résume à cette thèse: voilà un homme qui voyait juste mais qui a utilisé des moyens grossiers, barbares, voire criminels que nous réprouvons entièrement, mais l'objectif, lui, nous le retenons.

Et maintenant, nous allons l'atteindre par le sourire et la sagesse, la diplomatie et la politique.

L'Allemagne traditionnelle est à l'origine de la Première Guerre mondiale, toujours avec cette idée qu'elle est supérieure aux autres et qu'elle avait, par messianisme, le droit d'organiser l'Europe comme elle l'entendait. Et puis il y a eu le traité de Versailles, la misère du peuple allemand à la fin de la guerre, les turbulences que vous savez, le communisme en face, l'hitlérisme qui triomphe, et c'est la Seconde Guerre mondiale. La guerre, en incluant les débordements asiatiques, fait 150 millions de victimes. À peine l'Allemagne s'est-elle réunifiée en 1990 après la chute du mur de Berlin en 1989, qu'en 1991, huit jours après la signature du traité de Maastricht, le 17 décembre 1991, à Bruxelles, par la bouche de Hans-Dietrich Genscher, elle contraint ses partenaires européens à reconnaître l'indépendance de la Slovénie et de la Croatie.

Hans-Dietrich Genscher

Elle viole la Constitution yougoslave qui prévoit, selon l'article 4, je crois, que les républiques composant la République fédérale yougoslave peuvent faire sécession à condition qu'une consultation populaire générale des autres républiques par voie de référendum y consente. Hans-Dietrich Genscher entendait obtenir la reconnaissance de l'indépendance par la Communauté européenne qui ne le voulait pas, avant que le référendum ait lieu, de manière qu'il soit assuré d'obtenir la dislocation. Je puis même vous dire que l'Allemagne travaillait déjà avant la mort de Tito, avant 1980, c'est-à-dire neuf ans plus tôt, à la dislocation de la Yougoslavie. Je m'étais alors entretenu avec Franz Joseph Strauss à Munich, où il m'avait dit qu'à son avis la Yougoslavie n'était pas viable. Je vous rappelle aussi la naissance d'un groupe qui s'est appelé le
groupe « Adria », Adria comme Adriatique, et qui était un groupement folklorique, si je puis dire, mais qui, sous prétexte de faire revivre les fastes de l'Empire austro-hongrois, propageait les idées de l'indépendance. Ce groupe avait des annexes en Autriche, en Hongrie, en Slovénie, en Croatie, en Italie du Nord et en Bavière. Comme par hasard, c'est la Bavière, région la plus riche, qui finançait.

Ce groupe était déjà très actif sous Tito. Parce qu'en Allemagne, où l'on n'ignore pas ce qu'est la géopolitique, on savait très bien que Tito maintenait l'unité yougoslave autoritairement et que ce pays était fragile. Maintenant, les quatre guerres israélo-palestiniennes n'auraient probablement pas eu lieu si l'Allemagne n'avait pas exterminé 6 millions de Juifs. Pourquoi les accords de l'Onu de 1947-1948 qui créent deux États, un État palestinien et un État israélien côte à côte, n'ont pas été observés, et ce au profit des Israéliens ? Sans doute parce que, étant donné les souffrances du peuple juif et en fonction de ce qui s'était passé trois ans plus tôt en Europe, la communauté internationale leur a donné raison contre les Palestiniens. Ce qui a entraîné l'exil de 700 000 Palestiniens et le drame que nous connaissons encore aujourd'hui. »

« Donc, selon vous, l' Allemagne se trouve à [origine de deux guerres mondiales et de cinq guerres régionales, quatre israélo-patestiniennes, une dans les Balkans. Mais pour les Balkans, à la différence de la méthode hitlérienne, elle s'y est prise plus habilement. »

« Pendant un débat durant la nuit du 17 au 18 décembre, Hans-Dietrich Genscher a menacé de sanctions économiques ses collègues européens s'ils ne reconnaissaient pas la Slovénie et la Croatie. Cela a donné le drame que vous savez.
L'Allemagne n'a pas abandonné ses desseins d'expansion, simplement elle le fait d'une manière infiniment plus intelligente. L'idée européenne est tombée à point. Elle ne pouvait pas ne pas saisir cette occasion d'affirmer aux pays européens qu'ils ne font pas le poids vis-à-vis de l'Amérique et qu'il faut faire ensemble l'Europe – ensemble, c'est-à-dire avec elle. Sans qu'elle ait besoin de dire « laissez-moi faire », c'est pourtant ce qu'elle fait.

A Nice encore, elle a obtenu ce qu'elle voulait: la reconnaissance logique de sa supériorité démographique. La France n'aurait pas dû s'engager dans cette négociation. L'Allemagne a profité de la complaisance des dirigeants français. Vous savez, c'est une tradition. Voltaire s'est fait abuser par Frédéric II, le despote éclairé. Louis XV a fait la guerre pour le roi de Prusse en lui donnant la Silésie. Napoléon se trouve devant une Allemagne comportant 350 petits potentats, il crée la Confédération du Rhin avec moins d'une quarantaine d'États, et prépare la réunification.

Quand Bismarck rencontre Napoléon III à Biarritz, celui-ci lui laisse le champ libre vis-à-vis de l'Autriche. Le résultat, c'est Sadowa en 1866 et Sedan en 1870.

Gustav Stresemann (à  gauche), Austen Chamberlain (au milieu) et Briand (à  droite) en 1925.

En 1926-1927, Gustav Stresemann raconte, dans ses « Mémoires », comment il a «  finassé » avec Briand, et puis c'est le général de Gaulle dont la confiance a été trompée par Konrad Adenauer en janvier 1963.

Traité de l'Elysée le 22 janvier 1963

Valéry Giscard d'Estaing s'en est trop remis à Helmut Schmidt, quant à Helmut Kohl il s'est joué de François Mitterrand pendant des années.

« Quel fatalisme ! Ce dessein inavoué de l'Allemagne, n'est-il pas possible d'y échapper? Vous avez bien une idée derrière ta tête? »

« Mon avis ne compte pas, je suis observateur. Je vous livre les choses telles que je les vois. Lorsque Helmut Kohl se déclare « en faveur d'une Europe fédérale composée de régions », il se montre à la fois rationnel et irrationnel.

L’Europe fédérale…

Rationnel, parce que si l'objectif est de rivaliser avec les États-Unis, c'est la seule solution. Irrationnel, parce que les peuples d'Europe ne sont pas prêts à adopter cette solution.

« Comment l'Allemagne l'envisage-t-elle, alors ? »

« La première étape consiste à entreprendre la dislocation progressive des États-nations par l'émergence des régions. C'est l'idée de base de la formation de l'Europe qui est en parfaite adéquation avec la situation allemande, à double titre' D'abord, parce que l'Allemagne est déjà un État fédéral, composé de régions, et qu'il n'y a qu'à étendre le processus. Ensuite, parce qu'elle s'estime être le seul ensemble, le seul État-nation, en Europe qui ait une unité de langue. Les Allemands oublient que l'allemand du Nord n'est pas le même que celui du Sud.

(in Les langues germaniques http://www.lexilogos.com/germanique_langues.htm )

Pour eux, tout le monde parle allemand et seulement l'allemand. La germanophonie est, pour eux, un fait. Alors qu'en France, par exemple, il y a encore des langues régionales vivaces. Si nous partons de l'idée qu'une nation doit montrer une totale unité de langue, la France ne serait pas encore vraiment une nation, au moins pour les Allemands.

Partant de là, un organisme nommé le Centre de défense des minorités européennes s'est installé à Flensburg, à la limite de la frontière de l'Allemagne et du Danemark. Ce centre milite depuis maintenant sept ou huit ans en faveur du régionalisme européen à partir d'une estimation qui porte à 8 millions le nombre de ses adhérents, fictifs ou réels, qui souscriraient à l'idée régionaliste. J'ai lu un texte du directeur de ce centre, disant que le moment viendrait où les Occitans et les Bretons militeront pour leur indépendance et éventuellement prendront les armes pour l'obtenir.

Plus sérieusement, cette idée est appuyée par une autre, politiquement très populaire, qui est celle de la décentralisation administrative. Les politiques y voient des postes nombreux à pourvoir et la possibilité de se tailler des petits royaumes dont ils seraient les potentats. Les citoyens se disent qu'ils exerceront mieux leur citoyenneté car le pouvoir sera à leur portée. Il ne sera plus à Paris, mais dans la ville voisine. Il y a une conjonction d'intérêts entre l'idée allemande de construire l'Europe sur la régionalisation et l'idée populaire de la décentralisation administrative, le résultat étant de rendre à nouveau vivaces les anciens particularismes. Le Pays basque, malheureusement, s'y engage d'une manière violente, extrêmement brutale. L'Espagne aussi doit être divisée: elle doit se séparer du Pays basque, naturellement, de la Catalogne et aussi de la Galicie et ne garder que l'Aragon et la Castille. L'Italie doit être scindée entre le Nord et le Sud et, sur la carte que les Allemands ont établie et que j'ai entre les mains, même la Norvège et la Suède sont divisées en deux.

La population du nord de la Norvège ne serait pas de même origine que celle du sud, donc la Norvège doit être coupée en deux. En fondant cette Europe sur le principe des langues régionales, on parviendrait à un émiettement des États qui permettrait tout naturellement aux populations ainsi fragmentées de faire accepter un pouvoir supranational.

Il n'y aurait en effet plus de frein à ce pouvoir, il deviendrait même indispensable. Dans ce cas, le problème serait rég1é. Mais dans ce cas aussi, les grandes questions, par exemple la politique énergétique, la politique économique, la politique militaire, la politique diplomatique échapperaient complètement aux anciens États-nations. Et l'Allemagne, compte tenu de sa place, du poids de la langue allemande qui comprend aussi l'Autriche, de près de 90 millions d'habitants, de son talent, de son génie industriel - elle est capable d'être la deuxième puissance exportatrice mondiale, il lui est même arrivé d'être la première -, l'Allemagne, donc, paraît tout indiquée pour diriger cet ensemble. La pensée allemande est, de ce point de vue, parfaitement cohérente.

« « L'incohérence vient des pays voisins qui acceptent de devenir des satellites? »

« L'Europe est un tissu de contradictions. Tony Blair en Angleterre ne rêve que de resserrer les liens avec les Etats-Unis de manière que l'Allemagne ne soit pas le seul interlocuteur des États-Unis. Pour lui, l'Europe doit être une Europe des États souverains.

Ce n'est alors pas la peine de la faire, puisqu'elle est faite. Pour la France, l'Europe doit être une fédération des États souverains. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cette Europe fédérale des États souverains ne sera-t-elle pas une Europe dont le pouvoir fédéral sera diminué par la souveraineté qu'il aura laissée aux États souverains? Les États souverains, ayant perdu une part de leur souveraineté, ne pourront plus, accomplir certaines tâches et l'État fédéral supérieur non plus. L'Europe se viderait de tout contenu. Il ne resterait donc que la thèse allemande.

Mais elle rencontre un obstacle de fond, c'est un attachement viscéral aux cloisonnements nationaux. Il y a un choc, en ce moment, entre ces deux grandes idées. Pour ma part, je crains qu'ayant consenti bon nombre d'abandons de souveraineté nous ayons fait une croix sur un certain nombre d'activités qui, dans l'esprit de nos dirigeants, relèvent davantage d'un pouvoir supranational, qui n'existe pas, plutôt que d'un pouvoir national qui existe, tout cela sans être sûr que le pouvoir européen rêvé existe un jour. En effet, les troubles qui vont naître avec le passage à l'euro - les difficultés d'adaptation seront considérables - conduiront probablement à des mouvements de rejet. Il est possible aussi que le carcan européen, qui est un carcan artificiel, soit mal accepté par certains peuples habitués à la liberté que leur confère l'État dont ils relèvent.
Actuellement, les Irlandais protestent: par leur développement économique récent, ils sont arrivés à un taux d'inflation qui les met hors des normes européennes. L'Irlande est rappelée à l'ordre et l'Europe lui demande de changer sa politique économique.

Elle s'y refuse puisqu'elle y trouve profit. La monnaie unique va imposer des ajustements de productivité sur les salaires, car on ne pourra plus les faire sur la dévaluation de la monnaie. Auparavant les différences de productivité dans différents pays d'Europe pouvaient être lissées par une dévaluation: on luttait contre la vie chère en maintenant les salaires. Nous ne le pouvons plus. Si, par exemple, la productivité allemande devenait supérieure à la française, quelle serait la solution sinon de diminuer le prix du salaire horaire pour compenser. D'où une situation socialement explosive. »

« Il reste la solution d'adopter une souveraineté d'empire. Un nouvel empire germanique ! »

La souveraineté d'empire revient à exercer une autorité sur des peuples différents, par la culture, la religion et l'histoire. Cette souveraineté impose de surmonter ce que Huntington a appelé le choc des cultures et, par conséquent, demande une autorité assez ferme. Aux États-Unis, il y a un pouvoir fédéral fort. Les mœurs européennes sont tout autres, alors que le « melting-pot » exige une souveraineté solide. La question se pose: l'Europe après sa très longue évolution vers le culte de l'individu, vers le développement d'une société de plus en plus harmonieuse, peut-elle s'accommoder d'un retour à l'autoritarisme ? Au fond, la souveraineté fédérale, c'est un empire. Qu'est-ce qu'un empire, par rapport à un État-nation, une république ou une monarchie ?

Un empire fait vivre ensemble des peuples différents. Cette question se posera bien quand il faudra faire vivre ensemble 80 millions de Turcs avec des Irlandais ou des Norvégiens, ce ne sera pas forcément commode. Il faudra de la poigne.
Tous les pays qui connaissent une forte vague migratoire et des chocs de cultures sont obligés d'avoir une police sévère. Cela change complètement toutes les données. Alors que l'évolution que nous avons suivie pendant deux siècles avait au contraire pour objectif de libérer l'homme de ce genre de contraintes. »

« En trente ans, la Californie a effectivement évolué dans ce sens:
il y a aujourd'hui un policier pour cinq habitants. C'est inimaginable en Europe... »

« Vous avez raison. En Californie, vers 1950, je crois, il devait y avoir 12 millions d'habitants. En 2025, il devrait y en avoir 50 millions. Ces millions d'habitants supplémentaires viennent de mouvements migratoires, qui seront à l'origine de chocs de civilisations, asiatiques, hispaniques et anglo-saxonnes encore. Comme dit un commentateur, il n'y a pas aujourd'hui un Californien qui souhaite que son pays compte 50 millions d'habitants, la population de cet État a l'impression d'être déjà saturée alors qu'elle ne compte que 22 ou 25 millions.
Il y a actuellement dans le monde environ 30 à 40 millions de personnes en déplacement, dont une grande partie d'ailleurs essaie de s'installer aux États-Unis, participant ainsi à la transformation socio-économique de la population du pays; tant et si bien que vers 2020-2025 les Américains d'origine européenne seront devenus minoritaires par rapport à la masse d'immigration hispanique, asiatique et africaine. Une culture différente va donc s'établir et il n'est pas sûr qu'elle obtienne les mêmes résultats que le « melting-pot » précédent.
Le « melting-pot » a été admis tant que les Anglo-Saxons dominaient. Ils sont en train de perdre du terrain et à présent on ne parle déjà plus de « melting-pot » mais de « grande salade », pot-pourri hétéroclite où a disparu l'unité qui était celle de la côte Est, sous le régime bostonien, qui a fait la grandeur des États-Unis. »

A suivre…

Un ouvrage à toujours garder à portée de main…

Précédentes « lectures » :

Le prix de nos abandons et de nos lâchetés...

Europe Nous disons - Le 3 janvier 2010

Il fut un des  symboles de notre vieille nation, le coq...Il s'est mué en autruche. Mesurons-nous les conséquences de ces abandons, de ces lâchetés? Un homme, le général Pierre Marie Gallois, notre « Maître d'Ecole », est toujours là pour nous les rappeler! Des conséquences terribles... « Le Consentement fatal ». Un entretien « magistral », conduit avec pertinence et sensibilité par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001: au cœur de nos temps difficiles qui n'ont pas pris une ride!

Lire la suite...


« A vouloir se faire, l'Europe se défait. »

Politique France - Le 25 février 2010

Avec notre « Maître d'Ecole » poursuivons la lecture du « Consentement fatal ».
Quelques « paramètres » ont-ils changés? Bien peu...

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Du « Consentement fatal »... suite…

Politique France - Le 4 avril 2010

Poursuite de l’entretien « magistral », conduit par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001. Comme toujours notre « Maître d’Ecole » ne laisse rien dans l'ombre: de l'Europe, de l'Allemagne, des jeux américains, du Moyen-Orient, de la Russie... De la France qui paye et payera plus encore le prix de ses abandons... Le général Pierre Marie Gallois, dès 2001- pour ne pas dire plus avant encore…- prévoyait bien des désenchantements.

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Du « Consentement fatal »… Du poison « Monnet »…Suite…

Politique France - Le 8 avril 2010

Toujours une grande leçon d’histoire pour comprendre les dérives de nos temps difficiles. Quand la France, icône de l’Etat-nation, tourne le dos à ses racines et à son histoire… Notre « Maître d’Ecole », le général Pierre Marie Gallois débusque tous les pièges. Dans l’ombre d’une certaine « Europe », le spectre du Saint-Empire, germanique comme il se doit… Et de ses « alliés »…

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Les « couples franco allemands ?

En photographies éloquentes…

http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/monde/europe/les-couples-franco-allemands_827507.html?p=5

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