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Pas de doute...

Monsieur Pascal Bruckner est un homme distrait! Il nous révèle une vérité vraie : « Regardez nos billets de 10, 20, 50 euros. Que représentent-ils ? Des arches, des ponts, des portes, comme si notre continent n'était qu'un lieu de transit, une salle des pas perdus. Gommées, les figures de Shakespeare, Cervantès, Rembrandt, Vinci, Goethe, Pascal, tous suspects de préjugés que notre modernité triomphante a balayés. Comment ne pas comprendre ceux qui souhaitent revenir aux monnaies nationales, vivantes, imagées, renvoyant à une mémoire et à une histoire précises ? » Non, vous ne rêvez pas. Oui, il aura fallu douze ans pour que Pascal Bruckner découvre cette vérité... Comme dit Philippe Cohen « Mieux vaut tard que jamais »

Une vérité lourde de sens!

Pascal Bruckner épinglé par Philippe Cohen

Léon Areva, le 6 juin 2010

Quand Pascal Bruckner veut sauver l'Europe...

Mieux vaut tard que jamais : douze ans après Régis Debray, l'écrivain découvre que la symbolique des billets d'euros est désespérément vide de toute figure, de tout lieu et de toute histoire. Mais nos intellectuels européistes sont comme les sangliers postés à la périphérie de nos villes, ils ne regardent que droit devant...

C'est écrit, tel que, noir sur blanc dans Le Monde du 29 mai, sous la plume de Pascal Bruckner : « Regardez nos billets de 10, 20, 50 euros. Que représentent-ils ? Des arches, des ponts, des portes, comme si notre continent n'était qu'un lieu de transit, une salle des pas perdus. Gommées, les figures de Shakespeare, Cervantès, Rembrandt, Vinci, Goethe, Pascal, tous suspects de préjugés que notre modernité triomphante a balayés. Comment ne pas comprendre ceux qui souhaitent revenir aux monnaies nationales, vivantes, imagées, renvoyant à une mémoire et à une histoire précises ? »


L'auteur a dû être satisfait de cette entrée en matière. Voilà une belle œuvre d'intellectuel, qui prend de la hauteur, surplombe la piétaille embourbée dans le récit quotidien de notre crise. L'imbécile regarde la crise, le sage, lui, regarde la symbolique de cette monnaie qui fait aujourd'hui défaut. Belle et juste pensée.... qui fut écrite - avec plus de talent littéraire et oh combien davantage d'intuition - en 1998 par Régis Debray dans un petit livre écrit alors que l'euro n'existait pas encore, mais qu'on pouvait déjà voir les projets des futurs billets:

« L'institut monétaire européen fait défiler des artefacts, non des visages. Des allégories, non des paysages. Aucun nom propre. Aucune devise. L'institut monétaire européen a tenu à donner de l'Europe une « représentation appropriée». Il y a réussi, au vu de ces maquettes. Pour symboliser l'esprit d'ouverture, on a dessiné au recto des fenêtres et des portails, et, au verso, des ponts symboles de communication : 5 euros, une baie antique, un aqueduc ; 10 euros, un portail roman, un pont de pierre, etc. l'enfilade se voudrait celle des styles d'époque (antique, roman, gothique) qui sont de partout et nulle part. Pour « s'assurer de l'absence de facteurs d'identification nationale des éléments », on a ainsi fabriqué, des anti-monuments, des non-lieux de mémoire, vestiges d'histoire dans l'histoire. Des fragments d'organe sans corps. Signaux décontextualisés, valorisants mais allusifs, prestigieux mais allusifs. Des architectures sans architecte disent une communauté sans généalogie ni topographie. Ces pierres ne parlent pas, et pour cause; si elles le faisaient, elles auraient à choisir un lieu, un passé, une langue; on a donc préféré le mutisme à la diction. Le marketing s'est marié au design pour produire cet enfant sans père, moins utopique qu'a-topique, abstrait-moderne (à la Warhol si l'on veut). C'est l'Euroland comme no man's land, no sight's land, a land of nowhere. Un opéra sans voix. Un tableau sans matières.»

Extraits de Le Code et le Glaive, par Régis Debray, Albin Michel, 1999.
Si Bruckner n'a sans doute pas lu ce texte, il ne s'est pas non plus relu avec attention pour affirmer, à la fin de son papier, le contraire de ce qu'il écrit au début : « Athènes a dû attendre plusieurs mois une solidarité réticente quand tant de financiers, de politiciens rêvaient de l'exclure de l'euro, de l'abandonner à ses déficits », s'indigne-t-il, avant de conclure que, finalement, mieux vaudrait sans doute se regrouper entre riches aux tempes argentées : « Que faire pour sauver la "vieille dame" de son atonie ? Peut-être lui imposer un régime d'amaigrissement draconien, revenir à l'Union des fondateurs, aux quatre ou cinq pays d'origine, les souder enfin par une alliance politique et économique. » Adieu chers amis grecs!

Impossible, enfin, de reprocher à Bruckner de faire partie du cercle des plagiaires éclairés : s'il a écrit ce qu'il a écrit, c'est bien qu'il l'a pensé par lui-même, douze ans après ce Régis Debray que lui et ses amis pourfendaient à cette époque, pas si lointaine où émettre la moindre réserve sur la monnaie européenne vous faisait passer pour un crypto-lepéniste entre le Flore et la rue Claude Bernard, où officiait alors Le Monde, organe central de feue la pensée unique.

Douze ans après et cinq ans après le référendum sur le Traité Constitutionnel européen, qui a enterré pour longtemps (pour toujours ?) l'idée même de référendum, le paysage médiatico-idéologique a, en apparence changé. SI RTL se voit obligé - on entendait le journaliste commis d'office se boucher le nez à l'antenne - d'inviter Nicolas Dupont-Aignan, Le Monde, lui, alloue 75% des deux pages consacrées au débat à ceux qui se sont, et avec tant de constance, trompés depuis quinze ans ! Le même journal peut faire sa une, vendredi 28 mai, sur l'impact positif de la baisse de l'euro, sans qu'aucun de ses éditorialistes ni de ses journalistes économiques ne se donne la peine du moindre articulet introspectif : nous sommes-nous trompés, quand ? Pourquoi écrivons-nous aujourd'hui le contraire de ce que nous avons prétendu ?
Autrefois, les staliniens disposaient d'une imparable rhétorique pour expliquer leurs virages à 180 degrés : camarades, la situation a changé, disaient-ils en substance quand ils passaient de la dénonciation des sociaux-fascistes au Front Populaire ou vice-versa.
Les exégètes de l'euro et les intellectuels d'aujourd'hui ne se donnent même plus cette peine. L'« intellectuel terminal » (Régis Debray encore) n'a que faire de la mémoire, il vit dans l'intensité du présent médiatique. Qu importe d'ailleurs puisque, quoi qu'il dise, il est de tous les plateaux et de toutes les tribunes qui vaillent (voir Attali, BHL, Onfray, Elie et Daniel Cohen) où jamais - même chez Taddéi - on ne lui demandera de s'expliquer quand il s'est trompé...
Le système étant ce qu'il est, notre débat public et notre vie intellectuelle ne dépendent plus donc d'une vertu très individuelle et si peu partagée : l'honnêteté intellectuelle et l'aptitude à l'examen de conscience. Alors, chers amis et camarades, une supplique : pendant une semaine, annulez vos émissions, et relisez vos textes. Vous serez un peu ennuyé, mais vous en sortirez tellement grandi!

Dimanche 30 Mai 2010
Philippe Cohen - Marianne

Source : http://www.marianne2.fr

Et pour prendre de l'altitude sur ce sujet « primordial », entendons l' « euro » et ses images vides, lisons :

De « L’auto-immunité... »

Le 4 décembre 2009

« ...capacité destructrice d’un être vivant de supprimer ses défenses immunitaires, comme si elles étaient un facteur étranger, au point de se détruire du fait de cette altérité. » Quand le professeur Jean-François Mattéi nous offre les indispensables clefs!

Lire la suite...

Extraits :

« Que les billets de banque européens, réduits au petit cap sémantique d’ « euro », ne présentent aucune œuvre d’art réelle de l’Europe, mais des portails, des fenêtres ou des ponts virtuels qui ne rappellent rien à personne, d’autant que les visages humains, ceux de Pascal, de Richelieu ou de Delacroix, mais aussi bien ceux de Léonard, de Keats ou de Wagner, ont été supprimés pour ne chagriner aucune nation, font chaque jour la preuve des ravages de l’auto-immunité décrite par Derrida. »

 

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