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Un « Triangle d’incompatibilité »

Souveraineté, démocratie, globalisation, sont incompatibles ! Plus précisément nous ne pouvons pas avoir à la fois : la démocratie, la souveraineté nationale et accepter la mondialisation ! La preuve par le « triangle » de Dani Rodrik qui nous éclaire sur l’impossible démocratie européenne. Dani Rodrik, professeur d’économie à Harvard, maître « es » problématiques de développement macroéconomique… Où la vérité va-t-elle se cacher ! A lire, relire et relire encore… Une petit « trésor » que nous devons à « La Lettre volée »…

Un petit « trésor » qui nous attendait depuis février 2009…

Léon Areva, le 29 mars 2010

L'impossible démocratie européenne, à la lumière de Dani Rodrik

Dani Rodrik est un professeur d'économie à Harvard, très orienté sur les problématiques de développement macroéconomique. J'avais commenté un de ses billets récents sur le poids de la mondialisation sur les systèmes sociaux.

Il lance sur son blog une idée intéressante.

On connaît le triangle d'incompatibilité de Mundell, selon lequel on ne peut pas avoir à la fois des changes fixes, la circulation des capitaux et une politique monétaire autonome.

Robert A. Mundell

Rodrik énonce l'idée suivante : on ne peut pas avoir à la fois la démocratie, la souveraineté nationale et accepter la mondialisation (global economic integration).

L'idée principale est que, par nature, les états réglementent et sont donc une contrainte à la mondialisation. Ils doivent normalement, pour satisfaire leurs objectifs internes, se doter d'outils qui sont autant de particularismes gênants pour les échanges mondiaux.

Ce préalable posé, essayons de prendre chaque paire de conditions du triangle de Rodrik, pour voir pourquoi la troisième ne peut pas être satisfaite.

1. Si l'on veut maintenir la mondialisation (deep economic integration) et la démocratie, il faut alors un gouvernment mondial ou un partage mondial de souverainetés (global federalism). Impossible dit-il, l'exemple européen montre déjà qu'à petite échelle c'est très complexe (Un commentateur ajoute - pas moi, promis : "jusqu'à maintenant, toutes les formes de fédéralisme global (comme l'Union européenne) sont des institutions plutôt non démocratiques". Dans le texte: Up to now, all the forms of global federalism (such as the UE) are rather undemocratic institutions.)


2. Autre paire de d épart possible : que l'état national ait comme seul objectif de s'ajuster à la mondialisation (Golden Straightjacket). Cela ne peut être compatible durablement avec la démocratie, comme le montre l'effondrement de l'Argentine, qui avait décidé d'aligner son taux de change sur le dollar dans les années 90, subordonnant tout autre objectif interne à celui-ci.

3. Troisième paire : on garde la démocratie et l'état nation, il faut alors accepter une moindre mondialisation (Bretton Woods compromise) et donc, par exemple, un contrôle des mouvements de capitaux.


Parvenus à ce point, résumons la situation européenne et les choix européens à la lumière du triangle de Rodrik :

- l'Union européenne a fait le choix de la globalisation, c'est inscrit partout dans les traités européens. Le libre-échange doit être promu autant dans l'Union qu'avec les tiers ;

- l'Union européenne essaie de se doter des éléments caractéristiques de la souveraineté (défense, politique étrangère, justice) ;

- l'Union européenne ne PEUT PAS ETRE UNE DEMOCRATIE. Elle est obligée de mettre tous les moyens qu'elle arrache progressivement à ses états-membres, au service de la réduction des frottements dans le système commercial international (minima sociaux etc...) C'est la situation que Rodrik appelle la camisole dorée (golden straightjacket).

Le pari des européens intelligents est que l'Europe peut imposer aux USA un partage de leur souveraineté. Mais ces européens intelligents sont généralement fonctionnaires et ne sont pas au chômage en attendant que la raison vienne au reste de la planète - car les USA n'ont pas l'air touchés par la grâce, Obama ou pas.

On note par ailleurs que dès lors qu'un compromis à la Bretton Woods prévaudrait mondialement, l'Union européenne devient inutile puisque tous les états nations ont leur place dans le système, quelle que soit leur taille.

Autrement dit : l'imbécillité des abandons de souveraineté à un cadre européen, tels que consentis par la France, l'Allemagne et autres pays qui ont été contraints d'accepter ce fonctionnement pour pouvoir toucher les subsides du plan Marshall, c'est que de tels abandons de souveraineté ne servent à rien s'ils ne s'inscrivent pas dans un cadre mondial régulé.

S'il s'agit de consentir des abandons de souveraineté pour le bénéfice du globalisme, c'est tout simplement renoncer à la démocratie, y compris à un niveau européen. La démocratie perdue au niveau national n'est pas retrouvée à l'échelon européen parce que le pari globalisateur l'empêche (question au fond de la salle : mais alors une Europe démocratique non libre-échangiste c'est possible ? Réponse : oui, mais l'Union européenne est un traité de libre échange agrémenté de fioritures, donc d'abord on le déchire et après on voit).

*

Je trouve absolument délicieux, et décisif, et illustrateur de la noblesse de la macro-économie, qu'un raisonnement abstrait portant sur le système économique planétaire décrive parfaitement la situation européenne. La camisole dorée c'est en effet exactement ce que nous vivons tous les jours - toute une classe sociale vit fort bien de l'entretien de la camisole et protestera violemment, mais la réalité est là.

*

Voilà pourquoi il ne faut pas voter en juin prochain lorsqu'on se veut démocrate - sauf pour un parti qui entendrait explicitement mettre fin à l'Union européenne. Ceux qui entendent lutter contre le libre-échangisme au sein de l'Union européenne devraient comprendre que l'Union a été créée pour cela, et que renoncer au globalisme c'est la faire éclater. S'ils n'osent pas afficher la couleur c'est qu'ils ne sont pas prêts à renoncer réellement au globalisme ; ou alors qu'ils n'ont pas compris la nature de l'Union, ce qui les disqualifie pour être élus au Parlement européen ; ou enfin qu'ils mentent pour ne pas effrayer les électeurs, qu'ils prennent donc pour des gogos (ça c'est le triangle d'Edgar pour les européennes...)

Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /2009 05:41

Lire :
« La Lettre volée »


Dani Rodrik (né en 1957 à İstanbul) est professeur d'économie politique internationale à la John F. Kennedy School of Government de l'Université Harvard. C'est un auteur reconnu en économie internationale, économie du développement ainsi qu'en économie politique. Ses recherches se concentrent autour des problèmes de croissance, en particulier pourquoi certains types de gouvernements et certaines politiques gouvernementales réussissent mieux que d'autres. C'est un des principaux opposants académiques à la thèse selon laquelle le libre-échange est un facteur important de croissance.
Rodrik est affilié avec le National Bureau of Economic Research, le Centre for Economic Policy Research (à Londres), le Center for Global Development, l'Institute for International Economics, et le Conseil des relations étrangères (CFR). Il fait partie du conseil scientifique de l'École d'économie de Paris. Il est co-directeur de la Review of Economics and Statistics. Parmi ses récompenses, il a reçu le « prix Léontieff pour l'avancement des limites de la pensée économique » en 2002.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dani_Rodrik

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