dimanche 22 octobre 2017

Nous contacter


Effectuer
une recherche
sur le site :


Pour recevoir
la Lettre
des Manants du Roi, j'inscris mon
adresse courriel :

 

De l’« Europe », connaissez-vous le prénom ? Narcisse !

Du difficile exercice qui consiste à dénoncer mensonges, contrevérités et écrans de fumée… Le réussir ? Bien analyser l’idéologie européiste.
Une fois encore, Karim Ouchikh nous offre son talent.
Et d’évidence, déconstruire le « modus operandi » euro-fédéraliste n’est pas hors de portée…

Juste, qu’il conviendrait de chasser en « meute »…

Portemont, le 13 septembre 2009

De l’art et la manière d’étouffer le discours souverainiste

Dans la difficile gestation d’une Europe qui se construit jusqu’à présent sans l’assentiment des Nations qui la composent, il demeure extrêmement difficile pour un souverainiste de faire admettre à nos compatriotes que l’on peut en même temps se reconnaître, en parfaite cohérence d’attitude, comme un partisan sincère de la construction d’une Europe selon un modèle conforme à l’intérêt de ses peuples, et un adversaire résolu du processus supranational qui nous est  imposé à marche forcée depuis plus de vingt ans.

Bien des choses les en dissuadent, à commencer par l’idéologie européiste qui nous assaille perpétuellement : fort du soutien sans faille que lui apporte, non sans bénéfice, un appareil médiatique tout entier dévoué au rayonnement de sa propagande, elle s’emploie d’abord, avec détermination, à décrédibiliser  les souverainistes dans le débat des idées, pour mieux ensuite les combattre dans les urnes.

Pour défaire cette mystification, tentons de déconstruire le modus operandi euro-fédéraliste, dont la réussite actuelle, nullement définitive, tient finalement à la combinaison habile de quelques recettes largement éprouvées.

Règle n ° 1 : Forger une eschatologie européenne

Peut-on  prétendre vouloir résister aux évolutions inéluctables que nous impose l’Histoire ?

De ce point de vue, selon nos prophètes européistes, nul n’est censé ignorer que les Nations constituent désormais un fait historiquement dépassé, de la même façon que les Etats, qui en sont l’expression politique, sont condamnés selon la même logique à disparaître, inexorablement. Le temps des Etats étant heureusement révolu, dans l’espérance, tournons désormais nos regards et nos cœurs en direction de l’avenir, vers ces ensembles de civilisations homogènes enfin appelés à se substituer aux défuntes nations !

Pareillement aux autres nations de notre continent, la France doit donc s’effacer au profit de cette nouvelle Parousie, l’Europe, seul horizon désormais conforme au sens de l’Histoire.

A l’aune de cette Histoire qui se déroule sous nos yeux, sans entraves, que valent ainsi les idées, en tout point déclassées, de ces souverainistes incorrigiblement tournés vers le passé ?

Règle n° 2 : Investir et subvertir le mythe européen

L’Europe est le berceau d’une admirable civilisation, deux fois millénaire, à laquelle la France, noble Nation et vieil Etat, appartient indissolublement. Cette réalité géographique et historique, que nos européistes sont seuls capables d’incarner, nul ne saurait évidemment la récuser.

Dès lors, en prenant systématiquement à contre-pied le thème de l’Europe, nos idéologues retors parviennent astucieusement à circonvenir les peuples européens par l’usage douteux d’un amalgame efficace destinée à troubler malicieusement les esprits, celui qui assimile abusivement l’Union européenne, réalité institutionnelle contingente, à l’Europe, réalité historique et culturelle de longue durée.

Cette supercherie se retrouve partout, y compris dans le vocabulaire : le langage courant escamotera ainsi toute allusion explicite à l’Union européenne, malgré tout peu attractive à l’égard des consciences nationales, pour ne plus qu’invoquer, au prix d’un détournement du sens des mots, le nom, autrement plus séduisant, d’Europe.

Victimes de cette imposture, à laquelle ils peuvent d’autant peu échapper que la contradiction souverainiste aura été dans le même temps étouffée, les peuples européens sont amenés insensiblement à adhérer au projet euro fédéraliste.

Règle n° 3 : Epouser la cause des libertés

Ne perdons jamais de vue, suivant la vulgate des européistes, que l’Union européenne a su, d’emblée, faire sienne la philosophie du progrès, née au Siècle des Lumières, et qu’elle se propose jusqu’à présent d’en assurer fidèlement la traduction concrète dans nos vies quotidiennes !

Aux Etats castrateurs, grands pourvoyeurs de réglementations tatillonnes qui entravent de toute part l’expression des libertés, à la fois préférons une Union européenne décidée, non sans résolution, à faire tomber ces normes liberticides qui s’opposent tant à son projet fédéral et consentons à y substituer du même coup, sous sa maîtrise exclusive, une réglementation nouvelle, forcément rédemptrice ! Dans cette nouvelle Utopie, les libertés sont reines, sans restriction aucune, et cette dimension heureuse de l’avenir n’aura manifestement pas échappé aux communautarismes de tous poils qui y voient, par l’effet d’un droit européen autoritaire désormais directement applicable dans les législations nationales, la source de leurs prochaines émancipations.

Plus que jamais, il importe donc définitivement de tourner le dos aux souverainistes qui, tous à leurs vieilles chimères, veulent imposer aux peuples européens un retour brutal de leurs visions régressives du monde.

Règle n ° 4 : Idéaliser l’Europe providence

A en croire nos belles âmes européistes, l’Europe nous a apporté à tous, depuis la signature du Traité de Rome, paix et prospérité. Ce monde nouveau, nous dit-on, est né à Bruxelles, grâce à l’action d’institutions salvatrices qui ne cessent d’œuvrer avec bienveillance à son épanouissement. Du reste, l’Union européenne n’offre-t-elle pas un modèle de stabilité et d’harmonie démocratique que le monde nous envie ?

Cette dynamique vertueuse, à la réalisation de laquelle, depuis tant d’années, sur notre continent, l’Union européenne ne cesse de se dévouer inlassablement, requiert dans le même temps l’accomplissement de son corollaire, le dépassement permanent du cadre trop étroit des Etats, désormais impuissants.

En réalité, l’adhésion résolue des peuples européens à ce projet en tout point exemplaire, ne peut d’autant moins être marchandée, que ceux-ci sont parfaitement disposés à se jeter avec confiance, dans leurs intérêts bien compris, dans les bras de cette nouvelle mère nourricière.

A moins de n’avoir pas compris, à l’exemple de ces pauvres souverainistes aveuglés par leurs antiques certitudes, que l’Union européenne a su, depuis des décennies, préserver de la sorte ses Etats membres de bien des conflits et de calamités, tout en étant la cause évidente d’abondants bienfaits, pourquoi vouloir opposer à une telle ambition une hostilité aussi  farouche ?

Règle n ° 5 : Amplifier les défis de ce temps

Les européistes nous le soufflent sans cesse. L’intensité de compétition économique internationale et la gravité des défis de ce monde désormais commandent aux peuples européens à la fois de dépasser le modèle étriqué des Etats-nations et d’intégrer en pratique des ensembles économiques et politiques plus vastes pour ainsi atteindre, comme par un effet d’échelle, un niveau d’action opérationnel.

L’Europe, entendue sous son modèle fédéral actuel, doit donc constituer pour nos pays cet indépassable niveau d’intervention dont tout doit dépendre désormais, car il en va plus que jamais de nos économies comme de nos existences. Que n’a-t-on entendu discourir à cet égard sur ce nouveau démiurge, l’Europe puissance, devenue la nouvelle frontière des Etats de notre continent !

De tous ces sujets graves, faisant litière de tout état d’âme, nos activistes européens n’hésitent pas à en dramatiser les enjeux, quitte à forcer le trait, pour mieux convaincre les peuples, sans crainte de manichéisme, de l’urgence à sauter le pas de l’intégration européenne.

Débarrassées de ses entraves étatiques, auxquels pourtant les souverainistes s’accrochent désespérément, l’Union européenne devient à la fin le seul cadre pertinent permettant, sans autre issue possible, d’affronter avec confiance les défis de ce temps.

Règle n ° 6 : Exploiter l’opacité du système

Si l’Europe est partout, pourquoi vouloir alors s’en tenir à l’écart, comme nous y invite l’irresponsable discours souverainiste ?

L’Europe, oui, mais quelle Europe ? Celle du Conseil de l’Europe, celle de l’Union Européenne, ou bien celle des coopérations interétatiques ?

Lorsque la question de l’illusoire Europe de la défense est abordée, pour ne prendre qu’un exemple particulier, doit-on, dans nos raisonnements, s’en tenir à l’examen du pilier européen de l’OTAN, projet indéfendable s’il en est, à celui de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), institution aujourd’hui obsolète, ou bien à celui de la PESD (Politique Européenne de Sécurité et de Défense), chantier plus que jamais en déshérence ?

Somme toute, force est d’admettre que la multiplication de ces organisations européennes, aux compétences et zones d’interventions géographiques toujours distinctes et jamais complémentaires, ne facilite guère les registres de compréhensions.

Au surplus, ces confusions ne seront guère clarifiées par le périmètre géographique non résolu de l’Union Européenne, alors que les peuples qui la composent attendent d’elle, légitimement, qu’elle veuille bien enfin définir leur « pré carré ». Entre une Europe carolingienne et celle dont les frontières pourraient s’étendre de l’Atlantique à l’Oural, les périmètres possibles sont innombrables ; mais l’Union Européenne, en panne d’horizon sur ce sujet, comme en bien des domaines, s’est toujours consciencieusement appliquée à ne jamais régler la question y compris, singulièrement, à l’occasion de ses élargissements successifs

De toutes ces équivoques, qui sont autant d’aubaines, propices à bien des  manœuvres de diversion et d’intoxication, les idéologues européistes en tirent bien sûr largement profit pour confondre des opinions publiques européennes lassées par tant de confusions et d’hésitations.

Règle n ° 7 : S’approprier les acquis européens
 
Selon nos abonnés aux contrevérités européennes, la cause est largement entendue: l’accélérateur de particules du CERN à Grenoble, les réalisations industrielles fameuses que sont Ariane Espace, Airbus Industries ou sa division spécialisée, Eurocopter…toutes ces réussites remarquables doivent, sans conteste, être mises au crédit de l’Europe, celle qui est sise, bien sûr, à Bruxelles !

Chacun est invité à se convaincre, sans broncher, de ce que les initiatives politiques, économiques ou scientifiques réalisées sur le continent européen, lorsqu’elles sont couronnées de succès, doivent immanquablement être attribuées aux seuls mérites de l’Union européenne, y compris lorsque cette institution, coupable dès lors d’indélicatesse à l’égard de la vérité, n’a aucune compétence à y prétendre. Le tour de passe-passe sera d’autant mieux exécuté que l’on aura su jouer, en brouillant habilement les pistes, de la grande complexité du fonctionnement des institutions européennes, auprès des opinions publiques européennes peu au faîte de ces subtilités,

A l’égard du réfractaire de service, souverainiste ou autre, qui se hasarderait imprudemment à rappeler que nous sommes en présence, au travers de ces quelques exemples, de réussites économiques et scientifiques, de réalisations nées à partir d’un cadre de coopération purement interétatique où l’Union européenne n’a rien à y faire, les micros demeureront hermétiquement fermés !

Règle n ° 8 : Diaboliser et ringardiser le propos souverainiste

A l’heure de la mondialisation heureuse qui impose, comme chacun sait, l’ouverture de nos économies domestiques à un monde en perpétuelle mutation, paré de toutes les vertus, quel intérêt pourrait-on sérieusement prêter au bavardage souverainiste qui prétend rien moins que résoudre les considérables défis de ce temps (crise économique et financière, réchauffement climatique, famines, accès à l’eau, terrorisme..) dans un cadre national, ô combien ! dépassé, en faisant appel de surcroît aux recettes du passé (autorité de l’Etat, protectionnisme …) !

Pour peu crédible que soit dans ces conditions le message souverainiste, il demeure cependant toujours dangereux aux yeux des européistes, car il conserve auprès de certains esprits égarés, encore trop nombreux, une force de séduction évidente. Le souverainiste intransigeant sera dès lors regardé, selon le catéchisme européiste, comme le mal absolu qu’il faut sans plus tarder exorciser, par mesure de salubrité, en le disqualifiant définitivement auprès de l’opinion publique, en prenant garde soigneusement d’esquiver avec lui toute confrontation d’idées.

Alors que l’Europe a apporté à ses peuples abondance et bienfaits, dans un monde qui le tient comme le nouvel Eldorado, le souverainiste sera d’abord tenu comme un irrécupérable ingrat. Dans le débat public, son discours sera ensuite méthodiquement déformé, caricaturé ou tourné en dérision, toujours et encore, pour le rendre ainsi constamment inaudible, au point de faire endosser à  son auteur l’habit de l’indécrottable ringard.

Enfin, dans le pire des cas, traqué de toute part, il sera finalement soupçonné de vouloir, tout à ses vieilles lunes, faire le lit des extrêmes, en exaltant à l’excès la nation si exécrable en ces temps nouveaux, et ainsi de contribuer au retour des années noires de l’histoire européenne et, avec elles, son cortège de fantômes que l’on voudrait oublier (patriotisme étriqué, chauvinisme, pensée totalitaire, ostracisme, rejet de l’autre…).

Avouons, après ce bref tour d’horizon de l’arsenal anti-souverainiste, que la tâche est rude pour celles et ceux qui demeurent déterminés à restaurer et à préserver la voix des nations en Europe comme dans le monde, au premier rang desquelles nous entendons ranger la France.

Un travail « herculéen »... Nettoyer les écuries d'Augias !

N’ayant aucunement accès aux médias, vaste territoire à conquérir où il reste pour l’heure interdit de séjour, le discours souverainiste, dans lequel chaque patriote français doit se reconnaître, peut-il prétendre changer la donne et enfin être audible ? Reconnaissons lucidement que l’entreprise, qui est tout sauf insurmontable, ne peut dans l’immédiat que se heurter à de considérables obstacles, conçus par des adversaires perpétuellement acharnés à la faire échouer, tant les enjeux sont considérables pour les partisans du système euro fédéraliste.

Tel un défi à relever à chaque instant, les souverainistes se doivent de livrer aux français, dans la fidélité de leurs convictions et la constance de leurs engagements, les clés de ce débat confisqué, nonobstant les immenses difficultés médiatiques à pouvoir en pratique le dévoiler.

A la propagande européiste, à bien des égards anxiogène, qu’il faut dénoncer résolument en ne cessant de démasquer ceux qui en assure le relais complaisant, il faut opposer avec persévérance un discours politique clair, non sans le relier aux préoccupations quotidiennes des peuples, en leur proposant simultanément une vision cohérente du monde.

Sur le chemin d’une Europe qui se construit jusqu’à présent sur un mode fédéral, parsemé de nombreux échecs mais aussi de rares réussites, avant tout il appartient aux souverainistes, en toute honnêteté, de faire entendre la voix du discernement et de l’objectivité : ainsi, dans la juste appréciation des acquis enregistrés sur notre continent, si tous les mérites ne doivent pas, loin s’en faut, être systématiquement attribués à l’Union européenne, les mécomptes n’ont pas, symétriquement, à lui être imputés à chaque fois.

De même, les souverainistes ne peuvent uniquement se contenter de dénoncer, certes à bon droit, les effets dévastateurs pour les Nations d’un processus supranational en marche, rôle auquel on voudrait les cantonner, tant il est vrai, au fond, qu’ils se doivent tout autant de proposer aux peuples, également au regard des enjeux électoraux à venir, une alternative fiable dans la construction de l’Europe de demain.

En persistant à œuvrer au respect des souverainetés des Etats, dans la plénitude de leurs compétences, les souverainistes en réalité n’agissent pas au rebours de l’Histoire mais bien au contraire offrent aux peuples de notre continent un modèle d’action moderne et efficace, fondé sur une méthode simple, celle de la coopération des Etats qui préserve, grâce précisément à ses vertus, le génie de chaque Nation tout en assurant à chacune d’entre elle le respect de son indépendance, au sein d’un système mondialisé qu’il ne faut jamais renoncer à maîtriser.

Karim Ouchikh, le 22 août 2009

Transmettre à un ami
Imprimer
Réagir

 

 
© lesmanantsduroi - Tous droits réservés.