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De la réalité de nos « affaires publiques »...

De « faux semblants » en « impostures », ne nous reste-t-il pas d'autre solution que de prendre le « maquis »? Au-delà d'une simple affaire d'aides  qui auraient été illégalement consenties à nos fruits et légumes,  Karim Ouchik met à nue, avec talent, la logique cachée de Bruxelles...

Et il faudrait être aveugle et pire encore pour ne pas la voir...

Portemont, le 17 août 2009

Bruxelles : la logique cachée

Rarement, ces dernières années, l’amour propre de la France n’aura été mis aussi rudement à l’épreuve qu’à l’occasion de l’humiliante réclamation financière dont elle vient de faire l’objet tel un débiteur indélicat, de la part des autorités de Bruxelles, au cœur de cet été 2009.

Cernons les contours d’un différend qui n’a rien de symbolique, sans nous garder d’y apporter quelques commentaires, tant ce triste épisode, édifiant en tout point, aura permis aux Français de mesurer une fois de plus les limites de l’indépendance de notre pays au sein d’un ensemble européen de plus en plus travaillé par un processus d’intégration qui la ronge peu à peu et sur lequel notre peuple n’a plus aucune prise, dans les circonstances actuelles.

*

Endossant sans vergogne en ce mois d’août la double figure de gendarme et d’huissier, la Commission de Bruxelles exige de la France de la façon la plus comminatoire qu’il soit, que celle-ci assure le remboursement par les producteurs de fruits et légumes de la coquette somme de 500 millions d’Euros, principal et intérêts compris, en prétextant du caractère illégal au regard du droit européen, des aides consenties par les pouvoirs publics à cette filière agricole, entre 1992 et  2002.

Bruno Le Maire, récemment désigné à la tête du ministère de l’Agriculture, est soucieux, nous dit-on, d’éviter à la France l’obligation de payer sur cette somme des intérêts de retard exorbitants, en cas de carence de notre pays à  satisfaire à cet ukase.

De fait, il reconnaît, séance tenante, le principe de la dette alléguée et s’engage à la recouvrer rapidement auprès des professionnels de la filière concernée, non sans avoir pris la précaution de préciser, comme pour atténuer immédiatement la portée fâcheuse de cet engagement, que seul son montant réellement exigible sera acquitté après vérification comptable d’usage des prétentions européennes.

Fort de sa solide expérience des arcanes bruxelloises, Bruno Le Maire, ancien ministre des Affaires européennes, déclare avec un fatalisme qui n’a rien de feint vouloir « éviter une guerre perdue contre la Commission européenne » (Le Monde, 5 août 2009) et avoue, comme passant aux aveux : « Lorsque Bruxelles engage une procédure de recouvrement au titre de l’article 228 b vis à vis d’un Etat, on ne peut pas faire autrement » (Le Figaro, 6 août 2009).

Manifestation de producteurs de pêches à Perpignan, le 31 juillet 2009.

Pas fâchées d’échapper dans ce dossier à une chicane qui s’annonçait immanquablement, les autorités bruxelloises se félicitent de cet accueil favorable, inattendu à tous égards, réservé à sa réclamation, et, grand prince, se disent aussitôt pleinement disposées à accorder à la France tous délais de réflexion et de remboursement utiles, en ne négligeant pas d’ajouter par la voix de la commissaire à l’Agriculture Marianne Fischer Boel, pour que chacun soit parfaitement conscient de la détermination européenne : « Si la France veut un délai, elle doit en faire la demande officielle. Nous ne l‘avons pas reçue » (Le Figaro, 6 août 2009).

Depuis, chacun crie haro sur le baudet ! Bruno Le Maire que l’on dépeint à cet instant sous les traits commodes du ministre inexpérimenté, s’attire d’emblée les foudres, pleinement légitimes, des professionnels visés par la mesure litigieuse, mais aussi l’hostilité, beaucoup plus spécieuse celle-ci, de personnalités politiques de toutes sensibilités qui s’étonnent faussement de sa pusillanimité.

Son tort, impardonnable aux yeux des éternels abonnés à la tartufferie politique ? Avoir bradé sans retenue les intérêts d’un secteur économique en grande difficulté en cédant un peu trop rapidement, sous le regard d’une opinion publique médusée par tant de culot, aux desideratade la Commission de Bruxelles à qui il n’a pas su donner le change, fût-ce en lui opposant immédiatement une fin de non-recevoir, même factice...

En faisant le choix de s’écarter de cette partition convenue qu’il aurait dû interpréter avec discipline, Bruno Le Maire a préféré nous dévoiler bien malgré lui les dessous, guère attirants, d’une réalité bruxelloise faîte d’injonctions et de renoncements permanents, et ainsi briser ouvertement sur ce sujet une omerta politique jusqu’à présent unanimement observée.

Cette franchise de langage permettant pour une fois de démasquer, comme par un effet d’aubaine, les habituels faux semblants et autres impostures bruxelloises, ne ménageons pas notre plaisir et rendons grâce à la bourde ministérielle !

*

Quelle est cette funeste réalité qui pèse désormais sur la conduite des affaires publiques de notre pays et que la plupart de nos gouvernants, qui n’en ignorent rien, s’emploient en permanence à en dissimuler l’existence ?

Nul ne saurait méconnaitre aujourd’hui la réalité pesante de la politique restrictive adoptée par Bruxelles pour combattre depuis plus de trente ans les mesures de soutien consenties par les gouvernements français successifs en faveur notamment de nos agriculteurs en grandes difficultés, politique menée avec tant de succès qu’elle est quasiment parvenue à bannir l’existence des aides financières dans la mise en œuvre pratique des politiques publiques.

Largement usitée par l’Union européenne pour mettre au pas les politiques nationales d’aides publiques, cette politique répressive se réclame au fond d’une doctrine juridique, qui pour être contestable aux yeux de l’auteur de ces lignes n’en est pas moins désormais largement éprouvée par l’application constante qui en est faite : parce qu’elles viseraient ni plus ni moins à manipuler les prix et les quantités mises sur le marché, ces aides publiques seraient par la même de nature à affecter les échanges et à fausser la concurrence, dont le libre exercice est censé être protégé par les textes européens.

En réalité, c’est bien cette logique normative qui sous tend en profondeur la substance même d’un droit européen autoritaire, largement fondé à cet égard sur les principes généraux de libre circulation des biens, des personnes et des marchandises, sur lesquels s’appuie en pratique le projet libéral d’unification du marché européen voulu par les partisans de la construction d’une Europe fédérale.

Véritables Tables de la Loi, dès la signature du Traité de Rome, ces dogmes juridiques sont appelés à nourrir en permanence notre environnement juridique quotidien, surtout depuis que le droit européen a pris le pas sur les droits nationaux en vertu de cet autre principe intangible que représente la primauté du droit communautaire et de l’applicabilité directe de celui-ci dans la législation des Etats membres.

Toutes à leur commune volonté de contraindre les Etats membres à intégrer à marche forcée les institutions d’essence fédérale de l’Union Européenne, la Commission de Bruxelles et surtout la Cour de Justice des Communautés européennes, dans sa jurisprudence castratrice, se livrent sans relâche à une interprétation toujours plus extensive de cette doctrine juridique avec, à l’œuvre,  une seule et même obsession, inscrite désormais pour son malheur dans l’histoire de notre continent : créer un processus d’intégration fédérale irréversible en abolissant soigneusement les singularités nationales, en tous domaines confondus.

Avec cette logique cachée, qui innerve véritablement le système fédéraliste bruxellois, nous sommes là au cœur d’une idéologie européiste conquérante, qui a su trouver un relais puissant dans sa mise en œuvre déterminée, avec l’apparition d’une bureaucratie bruxelloise pléthorique à l’origine directe de politiques de dérégulation rigides pratiquées depuis trente ans dans un esprit résolument libre échangiste, avec à vrai dire la lâche complicité d’Etats membres qui n’ont pas hésité en cela à livrer arbitrairement, dans le plus grand secret, leurs compétences d’intervention dans des secteurs économiques où, pourtant, ils opéraient traditionnellement en toute liberté.

Aucun secteur d’activité économique n’est épargné ; invoquée à Bruxelles pour repousser, contre toute logique industrielle, des fusions d’entreprises pourtant nécessaires à nos champions nationaux pour leur permettre d’affronter la compétition internationale, cette même idéologie mortifère est pareillement employée, avec la même raideur, pour prohiber les aides accordées aux agriculteurs et pécheurs français.

Hier le conflit avec les producteurs de lait, aujourd’hui celui de la filière des fruits et légumes, en attendant demain le probable bras de fer au sujet des aides financières accordées aux marins pêcheurs…. Avec la question de la compatibilité des aides publiques françaises aux règles européennes, aujourd’hui posée, c’est bien la chronique du délitement du tissu économique de notre pays, méthodiquement organisé, qui s’écrit peu à peu sous nos yeux.

*

En définitive, tel un rouleur compresseur, à peine entravé par l’hypothèque de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne qui pèse toujours sur son architecture future, le système européiste parvient, en capitalisant les errements des nations européennes, à réaliser son objectif ultime : arracher progressivement aux Etats membres, dans la plus grande opacité, leurs compétences régaliennes en faisant en sorte qu’ils ne puissent disposer en pratique de quelconques marges de manœuvres dans la conduite réelle de leurs politiques, tout en laissant croire habilement aux peuples qu’ils continuent à élire à leurs têtes des représentants appelés à assumer la plénitude des capacités à gouverner.

Par là, nous revenons toujours et encore à ce même défi, permanent et à bien des égards vital pour la France, qui doit mettre chacun de nous au pied du mur, celui de la souveraineté des Etats, à reconquérir sans relâche et à préserver avec détermination dans un système bureaucratique hostile qui n’en veut plus à Bruxelles comme à Paris.

*

Que faire alors, pour qui veut ne pas assister impuissant à la décomposition des Nations sur notre continent et au premier rang de celles-ci, de la France ?

D’abord œuvrer à la prise de conscience collective de cette logique souterraine qui anime le fonctionnement de la machine européenne ; parce qu’elle agit sournoisement sur les esprits comme sur les comportements, il importe de la combattre en connaissance de cause pour ne plus, par confort, composer avec elle, tout en ne laissant pas détourner nos énergies par les discours déphasés servis en ce domaine avec constance par des partis institutionnels impuissants qui, de droite comme de gauche, se bercent aveuglement d’illusions en s’ingéniant à exporter à Bruxelles d’étroits débats hexagonaux, parfaitement étrangers aux défis institutionnels de ce temps.

Ensuite, considérer que les institutions européennes ne sont pas réformables de l’intérieur en raison de la rigidité de leur environnement juridique et des actuels rapports de force en leurs seins, ce qui conduit dès lors à orienter en priorité la réflexion, préalable à toute action politique, vers la refonte du corpus juridique de l’Union européenne, sans oublier de revoir dans un sens plus restrictif les capacités de son interprétation, aujourd’hui dévastatrices, que les institutions européennes auront à leur imprimer.

Le cap à conserver n’en sera dès lors que plus clair : fonder un ensemble  européen alternatif, à vocation confédérale, qui limitera  avec autorité le rôle et l’influence d’institutions européennes aux attributions à venir strictement limitées au profit des Etats membres, dont la pleine souveraineté,  reconnue en droit et respectée dans les faits, leur permettra dans leur commune volonté de coopérer enfin librement .

Membre fondateur des institutions européennes, la France doit désormais prendre le maquis en prenant la tête de cette saine insurrection et braver avec force les tabous européens, plutôt que continuer à se mêler avec entêtement à une aventure bruxelloise où elle court inexorablement à sa perte.

Soyons cependant lucide : au sein d’un ensemble européen dilué composé désormais de Vingt-Sept Etats membres, aux traditions et intérêts bien souvent divergents, le risque pour notre pays, même allié à d’autres puissances, de ne pas être entendu, est plus que probable.

Reprenant, dans son esprit et sa pratique, l’heureuse initiative gaullienne de la politique dite de la chaise vide, d’où surgit in fine le compromis de Luxembourg en 1965, la France devra alors affirmer sans crainte, si sa voix devait ne pas être accueillie, sa détermination à sortir, provisoirement ou définitivement, de l’Union européenne. Pesées et négociées avec ses partenaires, les conséquences de ce choix politique ne seraient pas, à long terme, forcément dommageables pour les intérêts de notre pays.

Vaste programme, nous dira-t-on, au regard de la difficulté de l’entreprise, inévitablement tributaire de la capacité des Français à se ressaisir, par delà les récentes déceptions électorales !

Très certainement, mais peut-on penser et agir aujourd’hui autrement, lorsqu’il s’agit de défendre, dans les circonstances présentes, la cause de la France?

De ce point de vue, de grandes et salutaires perspectives d’actions s’ouvrent désormais pour les mouvements souverainistes et patriotes, appelés pour réussir à se mobiliser dans l’unité.

Karim Ouchikh
7 août 2009

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