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Grand soir de Fête…

Une pensée pour tous ceux qui seront dans l'ombre, loin des scintillements, des paillettes et des bulles…  Une pensée, en partage avec notre ami Rodolphe Clauteaux qui cette année encore nous offre un beau cadeau: "La Mort et la vieille".

Editorial du dernier numéro de "L'Itinérant"… Grand merci Rodolphe !

Portemont, le 31 décembre 2008

La Mort et la vieille

La Mort, les soirs de fêtes, n’aime pas beaucoup faire son travail. Il est clair pour lui [nous signalons une fois pour toutes à nos lecteurs que la Mort est de sexe masculin. NdlR], que les jours de repos et de réjouissances, c’est pas pour les cochons. Et qu’il y a droit, lui aussi, aux fêtes et réjouissances. Qu’il a droit au repos, quoi.

Mais, même pas encore trop loin de Noël, fête d’une naissance, nous étions le 31, fête d’une nouvelle année, le sable des sabliers des vies des mortels s’écoule tout de même et il faut, que l’on soit de repos ou pas, qu’on y aille, que l’on mette un terme à ce que l’on a coutume d’appeler la vie. Mort en vacances ou pas, Mort à la fête ou non.

Or donc, ce soir d’entre-deux, la Mort cheminait, elle avait une vieille dame à aller accueillir, ou cueillir, selon le point de vue. Une vielle dame qui avait eu une vie très, mais alors là, très très confortable. Une vieille dame qui avant d’être vieille, et ensuite plus encore, avait été très riche. Mais riche ou pas, il faut aller là où le roi va seul, comme son valet de pied, comme le dernier de ses serviteurs.

Reor redonc, la Mort, sa faux en bandoulière, cheminait dans les rues de Paris.
De tous côtés, ce n’était que fêtards, et rubans, et éclats de rire, et bouchons de champagne en goguette.

Lorsque la Mort passait au milieu de tous ces gens si heureux, invisible, il n’est vu que de ceux ou de celles qu’il vient voir, un certain froid s’établissait, bien entendu, quelques secondes, les rires excessifs se mettaient à tousser, les grands gestes joyeux, devenaient quelques instants petits, lents et tristes, mais cela ne durait pas, le pas de la Mort était rapide, et ses tarses et métatarses, ainsi que ses deux calacanéï, bien que pas chaussés, ne faisaient aucun bruit sur les pavés.

Or donc, la dame qui sans trop le savoir, attendait la visite de la Mort, avait été, était encore, très très riche. Elle avait tout un tas d’actions de tout un tas de sociétés industrielles et commerciales de part le monde.

Elle avait des comptes en banque tout à fait remplis d’argent, elle possédait des maisons sur tous les bords des mers de France, des bateaux de plaisance sur toutes les plages de ces maisons, et beaucoup d’humbles serviteurs pour nettoyer et en hiver réchauffer ces maisons au cas où la vieille dame y viendrait passer quelques jours de repos…





Mais ce soir-là, la vieille dame riche était à Paris, attendant le peu de famille qu’il lui restait, elle était vraiment très vieille, et avait vu partir beaucoup de gens bien plus jeunes qu’elle, afin de fêter avec eux la fin de l’année et le début de la nouvelle.
Lorsque la Mort se présenta près du fauteuil où la vieille dame goûtait un peu de repos avant d’aller à table devant la grosse dinde farcie dont ses cuisiniers faisaient le plat principal du repas de fête du soir du Nouvel An, la vieille dame ne comprit pas tout à fait de qui il s’agissait.

- C’est l’heure, Madame.

- L’heure de quoi ? Et vous êtes qui, vous, pour me déranger pendant ma petite sieste ?

- Je suis celui que vous attendez, le sachant ou pas, depuis que votre mère vous a mis au monde…

- Vous êtes la Mort ? Ce serait  elle qui se présente à moi, un soir avant les fêtes de fin d’année ? C’est ça ?

- Je suis la Mort en effet, mais je suis « il ».

- Comme vous voulez, mon ami, mais ne me dérangez pas maintenant. J’ai encore beaucoup de choses à faire… Vous savez… les responsabilités des grands de ce monde…

- Je sais, Madame, mais c’est l’heure.

- Vous ne croyez pas que nous pourrions négocier ?

- Négocier quoi ? Je ne suis ni marchand ni financier…

Négocier un petit peu de temps, vous faire attendre quelque peu, j’ai des affaires à conclure, et ma famille à recevoir et à fêter…

- Négocier me semble difficile, je suis là pour trancher.

- Allons, cher Monsieur, la Mort est un négoce comme un autre, vous avez des frais de fonctionnement, des dépenses imprévues que grâce à moi vous n’auriez plus à prévoir…

- Je ne vois pas de quoi vous parlez…

- D’abord, Monsieur, il me reste combien de temps, d’après vous ?

- Trois minutes, Madame…

"Quand la Camarde rigole" dixit Françoise de Brest

- Seulement ! Mais c’est un scandale ! Arriver chez les gens, sans prévenir, et leur dire qu’il ne leur reste que trois minutes ! Mais vous rigolez, Monsieur ?!

- Hélas pour vous non, Madame, je ne rigole jamais et je fais mon travail, celui que la vie exige dès qu’elle a commencé.

- Allons, Monsieur…

- Je vois que vous êtes une patiente difficile… Mais il faut y aller… et puis… vous savez, des délices vous attendent peut-être lorsque ma faux aura tranché la question…

- Des délices, vous dites ? Des délices… meilleurs que ceux que m’ont procurés mes richesses ? Vous rigolez encore, Monsieur !

- Toujours pas Madame, mais sait-on jamais, vous avez peut-être accompli quelques bonnes actions, malgré vos richesses, quelques bonnes actions qui vous vaudraient…

- De bonnes actions ? Mais j’en ai, plein… L’Oréal… Rhône-Poulenc…

- Madame, allons ! Je ne parle pas de celles que vous avez achetées, mais de celles que vous auriez faites…

- Ah oui ! Des actions solidaires… Mais tout un tas ! Vous me donnez combien de plus, pour chacune ?

- Tout un tas ? C’est bizarre, je n’ai en ce qui vous concerne pas cela dans mes registres…

- Combien ?

- Oh… quelques secondes pour chaque sourire, une dizaine pour chaque larme séchée, même une ou deux minutes pour une vie sauvée… C’est mon tarif.

- Des sourires ! Des larmes séchées ! Je ne vois pas de quoi vous parlez. J’ai donné des millions à des associations solidaires internationales, je pense que cela me vaut plus que « quelques minutes » ! Enfin !…

- Hélas, Madame, les associations internationales ne sont pas inscrites dans mes tarifs. Non, je parle, moi, de sourires et de larmes d’enfants. De petits enfants d’Afrique, d’Asie, d’Amérique ou d’ailleurs…



- Des enfants ? J’en ai eu un. Et je n’en suis pas fière. Il est parti. Il a disparu. Il n’a pas voulu de la situation que je lui offrais ! Un fort-cailloux, comme disait mon père. Une noix sèche ! Un va-nu-pieds ! Un esprit faible !

- Je ne parlais pas du vôtre, Madame, quoi que quelques sourires, même de son enfant par le sang, vaut bien quelques secondes…

- Ce hippie… quel échec, Monsieur, ah, si vous saviez !…

- Madame le Président Directeur Général, quelqu’un…

- Hubert, je suis occupée ! On ne me dérange pas lorsque je suis occupée ! Vous ne le savez pas encore après vingt ans à mon service ?

- Mais Madame le Président Directeur Général, il y a quelqu’un qui vous demande…

- Je ne suis là pour personne. Surtout sans rendez-vous !

- Vous disiez, Monsieur… Au fait, combien de temps me reste-t-il encore, d’après vous ?

- D’après votre sablier, Madame. Il vous reste un peu moins d’une minute.

- Un peu moins d’une… ? Vous exagérez ! Allez, cherchez-moi donc quelques instants supplémentaires, je suis certaine que cela fait partie de vos attributions réglementaires.

- Nous disions, des sourires, des larmes…

- Oui, je sais, et d’enfants ! Non, hélas, je ne trouve pas.

- Hélas… et il vous reste trente secondes.

- Madame le Président Directeur Général, je suis désolé, mais ce Monsieur a forcé l’entrée. Il veut vous voir, absolument. Il prétend qu’il est votre fils…

- Hubert, allez chez mon comptable. Vous êtes renvoyé ! Quoi ? Vous dites qu’il prétend quoi ?

- Maman !

- Chââârles ! Que fais-tu ici, fils indigne !

- Je suis enfin venu te voir, te revoir… Mais qui est cette ombre ?

- Je suis la Mort, Charles. Je suis venu pour votre mère.

- Non ! Tous ces jours, ces années, à lutter contre vous ! Ces années passées à attendre ce moment, revoir ma mère… Et vous l’emporteriez à l’instant où je la serre dans mes bras ?!

- Charles, c’est la loi de la vie. Le commencement vient avant le terme, la fin après le début…

- Toutes ces années de lutte, et enfin quelques instants de bonheur, et vous viendriez alors, pour repartir avec celle qui m’a donné la lumière du monde ?

- Monsieur, elle n’a pas de larmes d’enfants séchées à offrir, pas de sourires non plus, pas de vies sauvées. Que voulez-vous, c’est la loi, il ne lui reste que cinq secondes.

- Elle n’a pas de sourires retrouvés ? Pas de larmes séchées ? Elle ?

- Eh non. Trois secondes…

- Monsieur la Mort, je viens d’Afrique. Cela fait vingt ans que je travaille comme infirmier dans un orphelinat. Cela vous suffirait-il, comme sourires d’enfants ? Comme larmes séchées ?

- Bonnes fêtes de fin d’année. A l’An prochain !

Dit la Mort, en s’en allant, silencieux, invisible, et déçu. « Ah, ces riches, toujours les mêmes ! », pensait -il.

R.C.


Source : http://img292.imageshack.us

Masculin!... Rodolphe insiste…

Relire le "conte" de Noël – 2007 –

Ce n’était pas « Ma nuit chez Maud »…

Mais un vrai « Conte d’hiver » ! Rodolphe Clauteaux nous fait l’amitié de nous adresser son article paru dans un des derniers numéros de « l’Itinérant », après la nuit de Noël… Il restera à débattre sur tous les grands écarts de nos politiciens, sur toutes les fausses mesures, toujours prises dans l’urgence...

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