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Quelle tête ferait le laboureur de la fable de Jean de la Fontaine ?…

« Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'Oût.
Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse. »

Notre ami Pierre Jeanthon a tendu l’oreille par-dessus les haies…
« Mais qui éradiquera toutes les considérations bassement politiciennes d'un si vieux et si beau métier ? »


« Bruits divers par-dessus les haies »

Selon l'Insee, l'inflation atteignait 1,2% sur un an à fin juin ; un mois plus tard l'enquête mensuelle sur le moral des Français révèle que celui-ci est en berne pour cause de….crainte d'inflation.

Parce que le panier de la ménagère fait le grand écart avec l'ordinateur de l'Insee depuis l'envolée du prix des matières premières agricoles :

  1. Le blé coté au « Chicago Board of Trade » en $/boisseau (27kg) valait 3$ en janvier 2006, 6,64 le 2 août 2007, 7,87 à fin août et montait à 8,97 le 12 septembre. Conséquence des mauvaises récoltes et de la hausse de la consommation, les déficits se cumulent : aux 24 millions de tonnes manquantes sur la saison 2006-2007 s'ajoutent les 13 millions de la dernière moisson. Les réserves mondiales baissent, le prix de la baguette monte…
  2. Le lait, exprimé en € pour 1000 litres était payé 309,7 € début 2001, 267,1 € début 2006 et, selon la Fédération Nationale des producteurs de lait (FNPL) évoluera autour de 330 € après une nouvelle de 20% attendue sur le trimestre en cours.

Sur septembre, Danone a déjà augmenté le prix de ses produits frais de 2,5% et on imagine aisément le dérapage du prix de revient dans les biscuiteries qui achètent du beurre et de la farine.

Les céréales et le lait sont d'abord destinés à l'alimentation humaine mais aussi à celle des animaux de ferme, d’où le prix des volailles relevé de 5% et des situations très critiques dans certains élevages :

  1. Le veau : en France (premier producteur européen), les veaux de boucherie sont nourris à partir de poudre de lait dont le prix a augmenté de 50% sur un an, ce qui "plombe" le prix de revient par animal d'à peu près 150 €
  2. Le porc : le prix de revient en € par kilo de carcasse est passé de 1,20 à 1,50 € en moins de 18 mois en raison de la hausse des farines qui entrent dans la composition des aliments composés. La survie de ces élevages passerait par une revalorisation de 20 à 25% du prix aux consommateurs.

Depuis septembre, la situation des éleveurs est encore fragilisée par une hausse de 35% du soja à 9,63 $ le boisseau…conditions climatiques défavorables aux Etats-Unis et au Brésil et forte augmentation des besoins de la Chine (second consommateur mondial).

Faisant preuve d'une candeur surprenante, les hautes autorités européennes paraissent découvrir le problème : Michel Barnier évoque un retournement de conjoncture qui a provoqué une flambée des prix inattendue (!?!) et Bruxelles qui depuis 20 ans s'acharne à maîtriser les volumes produits annonce sentencieusement "YAKA produire plus".

Pour le lait, la Commission prêche une revalorisation progressive des quotas jusqu'à leur suppression en 2015. Du côté producteurs, la FNPL fait remarquer que la France (23 milliards de litres/an, n°2 derrière l'Allemagne) ne réalise pas ses quotas en raison d'un prix à la production jusqu'alors trop bas.

Pour les céréales, il s'agit de revoir la politique européenne qui, depuis 1992, impose un taux de jachère de 10% sans toutefois le supprimer totalement puisque :

  • 22% des jachères sont réservées aux biocarburants et aux matières végétales utilisées dans l'industrie (chimie, textile).
  • 3% concernent les jachères environnementales (pièges à nitrates).
  • A celles-ci s'ajoutent les jachères faunistiques et les terres gelées dont la mise en culture nécessiterait des apports d'engrais trop élevés.
Jachère

La remise en culture du solde dégagerait une production supplémentaire annuelle d'environ 10 millions de tonnes, certes insuffisante pour combler le déficit actuel, mais dont l'effet psychologique pourrait ralentir l'activité des spéculateurs.

A titre expérimental Bruxelles envisage la suppression des jachères pour une durée d'un an pour les céréales d'hiver et de printemps.

En marge de ces considérations, il convient de ne pas occulter les grandes négociations en cours à Bruxelles (PAC) et à Genève (OMC).

On se souvient qu'après la période 1960-1992 au cours de laquelle l'objectif de la PAC a été de promouvoir les "industriels de la terre" pour baisser le coût des produits alimentaires, nous sommes passés en 1992 à la notion des "paysans jardiniers du paysage" pour cause de surproduction.

Aujourd'hui, il est prévu que la PAC évolue selon le calendrier suivant :

  1. 2008 : analyse de la situation, dans laquelle la France peut jouer un rôle prépondérant puisqu'elle assumera la présidence de l'Union sur le second semestre 2008.
  2. 2009 : définition du budget;
  3. 2013 : réforme.

A la mi septembre N. Sarkozy considérait le "retournement de conjoncture" en soulignant que pour la première fois depuis 1970 les prix mondiaux étant supérieurs aux prix européens, il convient de profiter de la situation pour que les agriculteurs, dont 37 à 50% des revenus proviennent des subventions européennes, cessent d'être les mendiants de Bruxelles et vivent décemment du fruit de leur labeur.

Au demeurant, l'attribution des subventions relève d'une véritable "usine à gaz" :

  1. Les céréaliers sont largement favorisés.
  2. Les éleveurs sont pénalisés par la hausse des aliments complémentaires.
  3. Les producteurs d'oléagineux perçoivent des aides qui représentent 150 à 200% de leurs revenus.
  4. La filière fruits et légumes ne reçoit rien.

Pour le président, il serait donc (enfin!) possible d'appliquer le principe de "préférence communautaire" avec des prix agricoles réévalués sans toutefois générer d'inflation sur le budget nourriture. A cet égard, on peut s'interroger sur le fait que si, en 30 ans les prix agricoles ont été approximativement divisés par deux, alors que ceux des produits alimentaires ont régressé de seulement 15%.

La position française agace visiblement J.M  Barroso qui rétorque que :

  1. La France n'a pas le privilège de réformer seule la PAC qui est une affaire commune à 27 Pays et comporte de nombreux cas particuliers (le chèque britannique, les attentes de la Pologne…)
  2. Il est impératif que le budget agricole de l'Union qui représentait 61%  des dépenses totales en 1998 descende à 32% en 2013.
  3. Pour exporter il faut également savoir importer.

Au final, le président de la Commission ajoute que l'Union n'est pas responsable de tous les maux français et met en garde ceux qui "attaquent Bruxelles du lundi au samedi et demandent aux citoyens de voter en faveur de l'Europe le dimanche"…d'évidence nous ne sommes pas concernés !

Quant à l'OMC, en ce début d'automne, on relèvera que :
Toujours optimiste P. Mandelson affirme qu'un accord est proche.
Début septembre :

  1. L'Australie lance l'appel de Sydney en exhortant les Etats-Unis "les pays agricoles de l'OMC aimeraient que Washington fasse des pas positifs vers une réduction de son soutien à l'agriculture".
  2. L'hebdomadaire Newsweek explique que "les subventions à l'agriculture américaine sont absurdes" puisque 90% d'entre elles sont allouées à seulement trois productions : les oléagineux, le riz, le coton.

Selon le journal, la reconversion des exploitations concernées ne poserait pas de difficulté en cas de suppression des primes.
Le 19 septembre, les Etats-Unis acceptent le compromis présenté à Genève en juillet dernier (les aides américaines seront réduites dans une fourchette de 12,8 à 16,2 milliards $ par an).
Affaire à suivre …

En conclusion, entre une angélique confiance dans le bon sens paysan et la rigidité d'une législation mondiale démoniaque, il importe de trouver le juste équilibre qui n'omettra aucun des principaux paramètres tels que :

  1. Un revenu décent pour les agriculteurs qui appliquent depuis bien longtemps le principe de travailler plus pour ne pas toujours gagner plus.
  2. L'indépendance alimentaire nationale.
  3. La qualité de la production, quel avenir pour l'agriculture biologique ?
  4. Quelle place pour les OGM ?
  5. Les biocarburants, entre cultures spécifiques ou utilisation des déchets.
  6. La faim dans le monde.

Mais qui éradiquera toutes les considérations bassement politiciennes d'un si vieux et si beau métier.
Que les hommes de bonne volonté fassent preuve de sagesse.

Pierre Jeanthon - France Royaliste,
le 4 octobre 2007

Le 7 octobre 2007

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