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De la désindustrialisation...

Mythe ou réalité ? Par delà le constat simpliste d'un certain « chef de l'Etat », notre ami Pierre Jeanthon s'attache à remettre les pendules à l'heure. Mais dure sera la voie qui nous conduira à recréer de vraies richesses « contreparties réelles d’une création monétaire saine et non « ex nihilo » telle que pratiquée aujourd’hui sous forme de crédits ou d’aides publiques financées par de émissions de papier »...

Portemont, le 11 juin 2010

Industrie

Tout début mars le chef de l’État dévoilait son plan pour redresser l’industrie française qui, victime « de l’héritage de décennies de mesures anti-industrie, innove trop peu et investit trop peu ».

Ce constat un peu simpliste ne reflète pas exactement la réalité.
Ainsi, du côté innovation, PSA est le premier constructeur automobile mondial en terme de dépôt de brevet, les moteurs français sont les meilleurs d’Europe au niveau des émissions de CO2, Faurécia équipe le quart des voitures produites dans le monde avec ses lignes d’échappement très performantes (catalyseurs, filtres à particules...).
Et l’investissement suit l’innovation ; le hic est que, géographiquement, les nouvelles usines ne sont pas toujours construites là ou on souhaiterait qu’elles le soient.

- Perte d’emplois et désindustrialisation -
Le fait que l’industrie employait 5,3 millions de salariés en 1980 contre seulement 3,4 millions en 2007 ne résulte pas uniquement de la désindustrialisation.
Dans une publication récente, la Direction générale du Trésor et de la politique économique répartit le 1,9 million d’emplois perdus comme suit :

  • L’externalisation de certaines activités non directement liées à la production (entretien des locaux, logistique...) confiées à des entreprises de services spécialisés est à l’origine du transfert de 475 000 emplois dans le secteur tertiaire.
  • Les gains de productivité sont à l’origine de 570 000 suppressions de postes ; en raison d’une concurrence exacerbée sur les marchés mondiaux on peut craindre une reprise sans création d’emploi ; à titre d’exemple Claas Tractor, division du groupe allemand Claas investit 10 millions € dans son usine sarthoise tout en négociant un plan de départs volontaires concernant 70 salariés.

L’abolition des frontières liée à la banalisation du libre échange augmente le nombre de consommateurs potentiels et favorise une production sur automatisée peu utilisatrice de main d’œuvre (nos sociétés occidentales auraient grand besoin d’approfondir ces deux conséquences collatérales de la mondialisation qui s’expriment par la promotion du mirage « consommation égale bonheur » au détriment du rôle social du travail en privilégiant la jouissance individuelle sur l’œuvre collective).

  • L’évolution de notre déficit commercial extérieur, 15 md € en 1980 et 54 md € en 2007, suit l’augmentation de nos importations en provenance des pays émergents ; il s’agit soit de fabrications délocalisées soit de celles issues d’entreprises locales à bas salaires qui ont supplanté les nôtres (à l’exemple du textile asiatique). Officiellement il est admis que les premières sont responsables de 400 000 pertes d’emplois contre 455 000 pour les secondes.

Si le total est cohérent la répartition semble discutable car pour une entreprise la délocalisation vers un pays à bas coût recouvre deux réalités différentes :

  • soit elle construit une usine sur place, fabrique et exporte sous son nom
  • soit elle prend une participation au capital d’une société locale existante et lui confie une fabrication qui sera exportée sous le nom de la co-entreprise ainsi constituée.

Or, l’étude du commerce extérieur de la Chine depuis le début du siècle révèle qu’en 2009 les sociétés étrangères et les co-entreprises représentent plus des 2/3 des exportations de produits bon marché « made in china », le solde étant réalisé par des compagnies cent pour cent chinoises. D’où, en regard du poids de l’Empire du Milieu dans nos importations, la délocalisation serait à l’origine de 570 000 suppressions d’emplois contre « seulement » 285 000 dues à la concurrence des entreprises locales.

- Recul de l’investissement et désindustrialisation -
Sur 2009 le constat de l’Observatoire de l’Investissement mis en place par le Cabinet Trendéo est sans appel : les investissements sur le sol national en recul de 13% par rapport à 2008 (déjà année de vache maigre) sont la cause de 81 300 suppressions de postes dans l’industrie manufacturière, dont 38 000 dans l’automobile.

Le marché de l’investissement en France recule de 63%

Le marché de l’investissement est toujours en net recul avec seulement 1,4 milliard d’euros investi au deuxième trimestre 2009,soit une baisse de 46% comparé au second trimestre 2008 (2,6 milliards d’euros) et de 80% comparé au deuxième trimestre 2007 (7 milliards d’euros). A mi-année, les volumes investis en France accusent une baisse de 63% par rapport au premier semestre 2008 et totalisent 2,6 milliards d’euros.
2 juillet 2009

http://www.cushwake.com

Par l’étude de 2 cas concrets, nous allons tenter d’entrevoir les causes profondes d’un phénomène d’autant plus insupportable que par la qualité de sa main d’œuvre et celle de ses infrastructures, la France dispose de nombreux atouts pour maintenir son rang de puissance industrielle.

L’électronique -

À Caen, la fermeture de l’unité de ST. Ericsson (coentreprise réunissant ST Microelectronics  et Ericsson) prévue sur le second semestre 2010 est toujours d’actualité malgré l’intervention de F. Fillon de passage en Normandie à l’occasion des régionales. Plus au sud, 221 emplois sont menacés chez E2V à St Egrève (Isère), 305 chez Texas Instrument à Villeneuve Loubet (Alpes Maritimes), 800 chez Freescale à Toulouse, 170 chez Atmel à Rousset (Bouches du Rhône) alors que le marché mondial des semi-conducteurs est prévu en hausse de 20% sur 2010 et que les dix premiers constructeurs mondiaux investissent 26 md € pour accroître leurs capacités (dont 5 md € pour Samsung en Corée du Sud, autant pour TSMC à Taiwan et Intel en Asie).

En France le chiffre d’affaire de la profession à 5,65 md € en 2004 s’effondre à 3,67 md € en 2008 et à 3,10 md € en 2009 pendant que les délocalisations vers Singapour, Taiwan, la Malaisie et la Chine s’accélèrent.

Les prévisions à long terme
Croissance du marché des semi-conducteurs
OFFICE PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES.
RAPPORT sur « L’évolution du secteur de la micro/nanoélectronique» par M. Claude SAUNIER, sénateur

Il est primordial de casser l’idée simpliste selon laquelle l’attrait de ces pays se résume à la différence des coûts salariaux ; en effet, pour ce type de fabrication la part main d’œuvre dans le prix de revient n’excède pas 10%. La conclusion d’une étude réalisée par BNP Paribas est que « le désavantage des produits européens par rapport aux asiatiques réside essentiellement dans les aides fiscales gouvernementales ». A titre d’exemple les entreprises chinoises de ce secteur sont exonérées d’impôts pendant 5 ans, durée qui atteint 10 ans en Malaisie et à Singapour ; en outre le droit fiscal en vigueur dans ces États autorise des amortissements différé qui permettent à leurs entreprises des reports à nouveau négatifs et réduise leurs bénéfices, donc leurs impôts, au-delà des périodes d’exonération.

Inversement en Europe le commissariat à la Concurrence interdit toutes les formes d’aides publiques, ce qui fait dire à G. Matheron, président du syndicat professionnel  Sitelesc « chez nous l’activité ne redémarrera pas sans un assouplissement de la réglementation européenne ». On pourrait ajouter « et tant que Bruxelles s’acharnera à transformer les frontières de l’Union en passoires ».

L’âge moyen des usines françaises, dotées de technologies de plus en plus obsolètes, est un autre facteur de délocalisation ; avec des fonds propres insuffisants nos entreprises n’ont pas la possibilité d’investir dans des unités modernes dont le coût se chiffre en milliards d’euros de sorte qu’elles privilégient ici l’activité de recherche et développement et sous-traitent la production en Asie. Sur le court terme on pourrait se satisfaire de cette stratégie, ici les cerveaux et là-bas les bras ; sauf que chez eux aussi il y a des cerveaux ainsi qu’en atteste le projet de ST Ericsson d’installer un centre de recherche en Inde. 

D’ailleurs à supposer que les cerveaux des sous-traitants soient moins développés que les nôtres, force est d’admettre qu’ils le sont suffisamment pour analyser le pourquoi et le comment des processus de fabrication qui leurs sont confiés ; c’est ainsi qu’en moins de 5 ans la Chine a placé 4 de ses entreprises dans les dix premiers fabricants mondiaux de panneaux solaires et détient aujourd’hui plus du cinquième du marché planétaire. En France GDF Suez et EDF Energies Nouvelles sont les premiers importateurs de ces panneaux chinois vendus, à qualité égale, 20 à 30% moins chers que ceux construits en Europe ; bien sûr parce que là-bas le salaire mensuel moyen tourne autour de 150€, mais surtout parce que Pékin subventionne généreusement l’énorme quantité d’énergie utilisée par cette industrie.

La mécanique -

Depuis la sous-traitance automobile jusqu’à la réalisation de prothèses médicales, cette activité touche à tous les domaines de la vie quotidienne et emploie 650 000 salariés principalement dans de petites structures inférieures à 50 personnes.

Après un chiffre d’affaire en chute de 15% sur 2009 et 37 500 suppressions de postes, la Fédération des Industries de la Mécanique s’attend a un nouveau recul sur l’année en cours ; en effet la répartition géographique de ses débouchés est concentrée sur l’Europe où aucune reprise significative n’est attendue sur 2010 et très peu vers les pays en développement à l’instar de l’Asie qui pèse à peine plus de 10% de ses exportations.

Une bonne méthode pour bien saisir l’état de grande faiblesse de la mécanique française est de la comparer avec son homologue d’Outre-Rhin dont les coûts salariaux sont quasiment identiques aux nôtres :

  • Les PME allemandes comptent en moyenne 200 à 250 salariés contre moins de 50 en France, d’où la possibilité de se doter de services export grâce auxquels elles ont fait de la Chine leur premier client.
  • Inversement à l’Allemagne championne en la matière, la France ne compte plus aucun constructeur de machines outil.
  • En terme de compétitivité le chiffre d’affaire moyen annuel par salarié est de 150 000€ en France contre 174 000€ en Allemagne.

Plus généralement l’industrie pèse 16% du PIB en France et 31% en Allemagne, et, pardonnez cette répétition, avec des coûts salariaux très proches.

Le dilemme français -

La poussée du chômage contraint l’État à intervenir dans l’économie ; mais comment et avec quels moyens ?
On oubliera l’effet d’annonce du président « une voiture achetée en France doit être fabriquée en France » ; la formule est séduisante au détail près qu’elle fait abstraction des règles commerciales ratifiées par notre pays. Sous couvert de paix sociale l’État doit-il s’acharner à soutenir des activités condamnées par la réalité technologique du marché, à l’exemple de la surproduction d’essence.
En d’autres termes le rôle du Gouvernement est-il de gérer le déclin ou de mettre en œuvre une stratégie de reconquête (textile, machine outil...) et d’accompagner les entreprises innovantes ?
À ce jour le coût moyen annuel des principales mesures en faveur de la seconde hypothèse s’élève à :

  • Exonérations des charges sociales « 35 heures » sur les bas salaires = 21,4md€;
  • Extension du crédit impôt recherche = 4,1 md€
  • Réforme de la taxe professionnelle  =  5 md€       

Soit un total supérieur à 30md€ qui à lui seul représente plus de 3% de la dépense publique annuelle (1027md€).
Une première question est de savoir si ce montant est suffisant en regard de l’effort à fournir sachant que même après une légère reprise sur le semestre écoulé l’activité industrielle retrouve tout juste son niveau de...1997 !!
La seconde question est de savoir combien de temps Bruxelles nous accordera pour que nous nous mettions en phase avec les critères du Pacte de stabilité. En novembre 2009 F. Fillon défendait un premier plan visant à réduire le déficit budgétaire à 5% du PIB en 2013 et à 3% en 2014 ; face au refus de la Commission qui jugeait l’échéance trop lointaine, le premier ministre présentait un second plan en février 2010 en tablant sur une croissance de 2,5% à partir de 2012 permettant de ramener le déficit sous les 3% du PIB dès 2013 et de contenir la dette publique autour de 85% du PIB.
Or, publié à la même date, le rapport annuel de la Cour des Comptes montrait que sur la lancée actuelle la dette dépassera la valeur du PIB en 2013 en générant une charge annuelle d’intérêts d’environ 90md€, soit la bagatelle de 3 500€ par personne active ; pour la haute juridiction financière cela tient à la dérive permanente du déficit public structurel d’ores et déjà supérieur à la moitié du déficit total. Telle est bien l’opinion de Bruxelles qui, fin mars, demandait à Paris de lui fournir sous deux mois un troisième plan établi sur des hypothèses réalistes et assorti de mesures chiffrées...pas question de rester dans le flou !
Pour mesurer l’ampleur du problème nous avons fait le calcul suivant en prenant pour hypothèses que selon la promesse du chef de l’État, il n’y aura pas de hausse des prélèvements obligatoires et une croissance conforme aux prévisions gouvernementales (1,5% sur 2010-2011 et 2% à partir de 2012). En conclusion, pour un déficit maximum de 3% en 2013 l’État devrait réduire ses dépenses annuelles de 33md€, soit en se séparant d’environ 900 000 fonctionnaires, soit en abandonnant son plan de soutien à l’industrie, soit en diminuant ses dépenses sociales d’autant.
Dans les deux premiers cas on butte sur le problème du chômage et dans le dernier sur celui de la consommation des ménages qui participe à l’élaboration du PIB. L’hypothèse selon laquelle cette consommation pourrait se maintenir en puisant sur l’épargne nous semble hasardeuse ; d’une part beaucoup de ménages sont dans l’impossibilité d’épargner, et ceux qui le peuvent entendent garder une « poire pour la soif » tant pour des retraites incertaines que pour aider les jeunes générations.
À notre avis il n’y a pas de solution sans générer les richesses, contreparties réelles d’une création monétaire saine et non « ex nihilo » telle que pratiquée aujourd’hui sous forme de crédits ou d’aides publiques financées par de émissions de papier. Et puis en Grèce comme ailleurs, il faudra bien, un jour, cesser d’emprunter pour rembourser les dettes échues...n’est-ce pas Monsieur Madoff ?

Pierre Jeanthon
France Royaliste

Quelques « points de vue » :

Désindustrialisation de la France : du déni au constat, les dogmes contre la raison
http://www.geopolintel.fr/article242.html

La désindustrialisation de la France : le point de vue d’Elie Cohen.
http://gesd.free.fr/elico8.pdf

http://www.dgtpe.minefi.gouv.fr/etudes/doctrav/pdf/cahiers-2010-01.pdf

http://www.dgtpe.minefi.gouv.fr/etudes/doctrav/pdf/cahiers-2010-01.pdf

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