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Le choc des Titans aura-t-il lieu ?

Saurons nous, comme David face à Goliath, faire preuve de courage et d’imagination ? Une fois encore, nôtre « Maître d’Ecole » nous dessine le monde présent et les dangers qui se profilent. Resterons nous dans le camp des autruches ? Une chose est certaine : nous ne pourrons pas larmoyer en bafouillant : « Nous ne savions pas… »

Avec nos chaleureux remerciements, mon général !

Portemont, le 28 février 2008

A l’Ouest, l’économie vacille

Bien au-dessus de la crise américaine des crédits immobiliers, des malheurs français de la Société Générale, de la hausse mondiale des prix à la consommation, de la fuite des capitaux et des difficultés bancaires, c’est l’affrontement des deux gigantesques potentiels de production, l’un à hauts salaires, l’autre à faible – voire très faible – rémunération du travail, qui décide du bouleversement – prolongé – de l’économie mondiale.

Salaires mensuels chinois 2006

 

Ouvrier

Ingénieur

Cadre

Pékin

178 €

268 €

604 €

Shanghai

261 €

661 €

985 €

Dalian

151 €

328 €

504 €

Shenyang

193 €

239 €

436 €

Chongqing

161 €

259 €

357 €

Shenzhen

339 €

482 €

864 €

Hong Kong

2 793 €

3 045 €

4 943 €


Salaires ingénieurs Indiens

D’autant plus violents sont les chocs entre les deux systèmes que la globalisation des échanges et le règne des lois du marché proscrivent tout protectionnisme. Aussi, en dépit des profondes différences socio-économiques chacun est libre d’imposer, sans frein, sa politique à l’autre.

Il s’agit, bien sûr, des potentiels de production respectifs du « monde atlantique » d’une part, et des émergents, essentiellement ceux de la zone Asie Pacifique, d’autre part. C’est-à-dire des Etats « anciennement industrialisés » selon les concepts et les réalisations européennes, d’un côté et, de l’autre, de la Chine et de l’Inde dans un premier temps, celles-ci rejoignant l’Occident en matière d’innovation et de production, et lui ajoutant le poids du nombre. A elles deux, ces puissances disposent de près de 1.5 milliard d’actifs, soit autant que ceux qui ont satisfait jusqu’à maintenant les besoins en équipement de l’humanité, et éliminant ces derniers par le faible coût de la main- d’œuvre, du moins durant encore plusieurs décennies.

Généralement bénéfique a été la libre entreprise. Elle a produit plus de richesse. Et, à la veille du présent cataclysme économique la croissance mondiale en 2007 avait atteint 4,7 %.

Lire : http://www.cfo-news.com/Pas-de-clash-des-civilisations-en-economie_a2973.html

Mais la répartition de ces ressources nouvelles a été inégale. Certes, tous y ont gagné, les uns, la minorité, dans de grandes proportions, tandis que les autres, la majorité, n’ont amélioré leur sort que dans une bien moindre mesure aggravant ainsi les tensions sociales.

A court et à moyen terme les données suivantes, qui caractérisent déjà l’économie mondiale, la domineront davantage encore, au moins durant le siècle.

1° - L’apport de richesses nouvelles créées par le travail des peuples « milliardaires en vies humaines ».

2° - La perspective de l’épuisement des réserves d’hydrocarbures suscite à la fois l’enrichissement des producteurs et l’investissement des ressources correspondantes dans les entreprises des « anciennement industrialisés » afin que les revenus attendus remplacent une rente pétrolière en voie d’extinction. Et aussi, injection d’une part de ces ressources dans l’économie locale en vue de l’industrialiser, à l’instar des pays occidentaux et des grands émergents.

3° - Les ressources cumulées du travail, pour les grands émergents, et la manne fournie par le coût élevé des hydrocarbures, a permis aux gouvernements des premiers et à ceux des pays producteurs de constituer des fonds, dits souverains, parce que disponibles, et formant une imposante force d’intervention financière, partout dans le monde.     
Examinons ces trois fondamentaux nouveaux, transformant l’économie mondiale.

A - Les milliardaires en vies humaines, Chine et Inde.

Pour une large part ce sont eux qui ont incité les « anciennement industrialisés » à s’engager dans la voie de la mondialisation des échanges. Rassemblant près de la moitié de l’humanité et avides de modernisation, ces peuples offraient un vaste marché à la production des « industrialisés » et à leurs investissements. Mais, en retour, ces industrialisés doivent s’accommoder de l’attrait des produits du travail – peu rémunéré – de la Chine, devenue « l’atelier du monde ». Cette production tarit les unes après les autres les activités industrielles occidentales devenues trop coûteuses et contribue à la crise des économies des « anciennement industrialisés ».

La population de l'Inde dépassera celui de la Chine en 2020-2040.

La politique de l'enfant unique instituée en Chine dans les années 80 (avortement forcé jusqu'au 6e mois de grossesse en cas de deuxième enfant, pertes de droits au logement, à l'université, amendes), plus ou moins respectée (naissances non déclarées), et la baisse du taux de mortalité en Inde (disparition des grandes famines, mais surtout due à la politique de santé publique et de médecine préventive) font que la population de l'Inde dépassera celui de la Chine vers 2030 et sera de moyenne plus jeune.

La production de masse – et à bon compte – de la zone Asie Pacifique a bien d’autres conséquences, les unes bénéfiques, les autres préjudiciables :

a) La boulimie de matières premières pour alimenter sa gigantesque puissance de transformation a conduit la Chine à prospecter, à investir et acquérir les ressources dont disposent, en particulier, les pays en voie de développement.

Hu Jintao et Omar Bongo…

Leurs gouvernements et, dans une moindre mesure, les populations en ont bénéficié. En revanche, ainsi convoitées, les matières premières sont plus coûteuses, ainsi d’ailleurs que le transport de fret, de continent à continent.

b) Cette quête de produits à transformer, et aussi, d’énergies pour y parvenir, invite les Etats fournisseurs à se libérer des anciennes allégeances économiques, par exemple vis-à-vis du monde
atlantique pour se tourner vers celui du Pacifique. Importantes sont les conséquences politiques de cette mutation. En Afrique et en Amérique latine
de nombreux Etats délaissent économiquement et politiquement l’Occident au profit de l’Ouest plus riche de promesses.          

c) L’excédent commercial de la Chine (quelque 220 à 250 milliards de dollars alors que s’est creusé à 750 milliards de déficit commercial des Etats-Unis), a permis au gouvernement de Pékin de disposer de fonds libres pour l’investissement à l’extérieur.

Excédent commercial, en milliards de dollars. Source : Feri

L’économie chinoise continue d’avancer sur les chapeaux de roue. Son excédent commercial a dépassé en neuf mois, le record établi en 2006. En cumul sur la période qui va de janvier à septembre il dépasse 185 milliards de dollars. Sur les neuf premiers mois de l’année, les exportations ont progressé de 27,1% tandis que les importations augmentaient de 19,1%. A noter : les exportations de produits sidérurgiques ont fait un bond de 73,3%, atteignant 49,52 millions de tonnes.

On verra, en évoquant les fonds dits souverains, parce que disponibles, que la Chine est aussi en mesure d’inverser les flux de capitaux et, par exemple, de financer le sauvetage des entreprises bancaires américaines en difficulté. C’est que Pékin, dont la majeure partie des réserves de change (plus de 1400 milliards) est en dollars, n’a pas intérêt à la baisse de la monnaie américaine. Ainsi, d’une part, la production des « milliardaires en vies humaines » fait vaciller l’économie de la superpuissance et, d’autre part, leurs crédits sauvent cette économie de la débâcle. Il n’en demeure pas moins que l’appareil industriel des Etats-Unis subit le choc de la surproduction à bas prix des « milliardaires en vies humaines ». General Motors  est en difficulté, Ford procède à de nouveaux licenciements après avoir perdu 2.7 milliards de dollars au 4ème trimestre de 2007. De février 2006 à février 2007, les Bourses nationales ont traduit le bouleversement de l’économie mondiale… plus de 10 % de pertes à Amsterdam, Bruxelles, Milan, Paris, Oslo, Stockholm, Varsovie… tandis que les grandes banques américaines accueillaient des fonds souverains des pays pétroliers. En revanche, annonçaient plus de 10 % de hausse, Bangkok, Hong Kong, Kuala-Lampour, Bombay, Séoul, Shenzen, Singapour… l’Asie Pacifique pavoisant financièrement.

Durant les 3 derniers mois de 2007 l’économie des Etats-Unis n’a affiché qu’une croissance de 0,6%  (2.2 % seulement dans l’année) tandis que l’inflation passait de 1,8 à 3,8 % à la fin de 2007, et qu’augmentait le chômage en atteignant 5 % si bien que le président Bush déclarait … « Il y a certainement quelques signes troublants, l’économie faiblit et nous devons faire quelque chose ». Aussi le gouvernement a-t-il injecté 160 milliards de dollars dans l’économie, sous la forme de réduction d’impôts et la Federal Reservea réduit d’un demi point ses taux directeurs à court terme.

La vieille Europe résiste plus difficilement encore à la surproduction à bas prix, et à la puissance financière qu’elle confère aux gouvernements de la Chine et de l’Inde. Affaiblis par les abandons de souveraineté consentis à la « construction européenne », les pays européens renoncent à des pans entiers de production et, à bout de ressources, cherchent à sauver les « niveaux de vie » en vendant le travail de leurs ressortissants ainsi que le patrimoine national aux « milliardaires en vies humaines » et aux détenteurs des réserves d’hydrocarbures. Ils se préparent ainsi à passer d’une prédominance séculaire à l’état de colonisés économiques, et d’un certain bien- être à la précarité.

d) L’irruption sur la scène internationale des fruits du travail de masse à bon compte, donc des gigantesques ressources financières dont disposent les grandes puissances ayant « émergé » brillamment, ne bouleverse pas seulement l’économie mondiale. Elle crée une nouvelle situation, politiquement et stratégiquement parlant. Voire, aussi militairement.

La quête échevelée d’hydrocarbures par les grands pays « anciennement industrialisés », entendez les Etats des deux rives de l’Atlantique nord, a suscité de nouvelles rivalités, des interventions diplomatiques, puis des actes de belligérance, les Etats-Unis en prenant l’initiative.

L’unique superpuissance de l’époque admettait mal d’être tributaire de l’extérieur pour disposer d’une énergie indispensable à son développement.

Il en résulte une nouvelle fracture du monde et le recours aux épreuves de force, la politique des Etats-Unis dressant, contre eux, sinon tous les gouvernements des pays musulmans du moins nombre d’entre eux et, surtout, les populations.

Plus spécifiquement, Washington s’est comporté comme si ses objectifs étaient d’occuper militairement des positions d’encerclement de la Chine et de la Russie, la grande puissance atlantique intervenant directement en Eurasie pour détenir des gages à l’encontre des grandes puissances de la Terre en passe de menacer le statut de superpuissance des Etats-Unis. D’où leur présence militaire aux frontières de la Russie en Europe de l’est et au Moyen-Orient, et à celles de la Chine, au Japon, en Corée du sud, à Taïwan et en Ouzbékistan et, plus durablement au Kirghizistan.

Principales « bases » américaines…

Ces démarches, en cours ou au développement prévisible, ne manquèrent pas d’inquiéter Pékin et Moscou. En juillet 2001, la Chine et la Russie signaient un traité de bon voisinage et de coopération, en fait dirigé contre les empiétements réalisés, ou redoutés, des Etats-Unis. Mais, cinq ans plus tôt, déjà à Shanghai, Chinois, Russes et représentants des ex-républiques musulmanes soviétiques, s’étaient entendus pour lutter ensemble contre l’extrémisme islamique et les tentatives de sécession et signer le texte de l’Organisation de Coopération de Shanghai (juin et juillet 2001) ou encore l’OCS.

Sont membres du groupe : La Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, tandis que l’Inde, l’Iran, le Pakistan, la Mongolie y ont le statut d’observateurs. Au total quelque 2.6 milliards d’habitants et d’importantes réserves de matières premières, à commencer par les hydrocarbures. Objectifs officiels : sécurité, développement économique et social, coopération technique, défense de l’environnement. Mais aussi entente militaire concrétisée, en août 2007, par des manœuvres communes qui ont eu lieu en Russie.

« Mission de paix 2007»

Dans ce domaine l’OCS avait été complétée, en septembre 2003, par un traité de sécurité collective rassemblant sous l’égide de la Russie, la Biélorussie, l’Arménie et les républiques musulmanes ex-soviétiques d’Asie centrale.

Et c’est ainsi que les « milliardaires en vies humaines » se sont groupés dans une puissante organisation politique économique, et même militaire, en vue d’équilibrer, et aussi de tenir tête aux ambitions des Etats-Unis et de la coalition atlantique qu’ils dirigent. En somme, une version asiatique de l’Alliance atlantique. Ou encore une phase nouvelle de l’opposition séculaire entre les puissances de la mer et celles de la terre.

B – Les fabuleuses ressources fournies par les hydrocarbures en raréfaction

La raréfaction annoncée – à court terme, soit un demi siècle – des hydrocarbures conjuguée à la demande croissante qui en est faite, aussi bien par les pays développés que par les autres, aboutit normalement à l’augmentation de leur coût.

 

Les réserves de pétrole dans le monde par zone géographique (au 01/01/2006). Source : Energy Information Administration / Department Of Energy

Selon l’Agence Internationale de l’Energie la demande augmente de 1 million de barils/jour tandis que la production stagne. L’on s’interroge sur l’ampleur des réserves, lesquelles, pour des raisons de spéculation financière, seraient inférieures aux quantités officiellement annoncées. Par exemple, les gisements de la mer du nord auraient déjà donné leur maximum en 2000. De surcroît, les producteurs n’ont pas intérêt à produire plus en réduisant leurs profits et en épuisant plus rapidement leurs réserves. D’après l’AIE l’année 2007 leur a été favorable. Les pays producteurs, membres de l’OPEP auraient triplé leur revenu à 560 milliards de dollars, au lieu de 200 milliards en 2002. Pour leurs développements respectifs la Chine a importé 12 millions au baril/jour, les pays de l’OCDE, 13 millions et l’Amérique du nord, 18 millions, soit près de la moitié de la production mondiale. Aussi les producteurs encaissent-ils des sommes considérables. C’est ainsi qu’Abu Dhabi gérant pétrolier des Emirats Arabes Unis disposerait d’un fonds de près de 900 milliards de dollars.

Vue aérienne du projet d'aménagement de Shams Abu Dhabi dans l'île Al Reem

Les Etats du Moyen-Orient, à faible population engrangent des milliards de dollars qui deviennent, pour la majorité d’entre eux, des fonds disponibles pour l’investissement. C’est le cas du Qatar, de Bahreïn, des Emirats Arabes Unis, du Koweït, d’Oman, de la Libye, dont la population totale n’atteint pas 20 millions.


A juste tire, les gouvernements des pays producteurs se soucient de l’après pétrole, lorsque leur sous-sol sera vidé de ses richesses et qu’en surface le sable dominera, du moins pour un certain nombre d’entre eux.

Les énormes liquidités qui se chiffrent en centaines de milliards de dollars sont investies dans trois domaines :
- Rembourser la dette lorsqu’elle existe.
- Equiper les pays producteurs de pétrole en vue d’y créer des activités rémunératrices qui compenseront la défaillance financière de son sous-sol.
- Investir à l’étranger dans les pays développés et les grands émergents (Chine, Japon, Brésil) afin d’en tirer des revenus remplaçant, demain, ceux du pétrole.

Pays « émergents » en bleu…

Le premier de ces deux derniers  investissements crée au Moyen-Orient un ensemble industrialisé nouveau et le dernier, bien accueilli par les économies occidentales en difficultés, transforme la propriété – nationale – des instruments de production des industrialisés de longue date, dont les revenus
partent à l’étranger, mais dont cet afflux d’argent ralentit le déclin économique. Les fonds souverains, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, aident aussi à l’amélioration du sort des pays retardés, notamment la Chine par ses achats de matières premières en Afrique et en Amérique latine.

La fastueuse indolence qu’entraînait la rente pétrolière fait place à la volonté d’entreprendre, d’innover, d’industrialiser, de produire et de commercer par une économie nouvelle assurant, demain, la pérennité de la prospérité en dépit de l’épuisement des hydrocarbures.

Si les investissements locaux sont déjà spectaculaires : les usines d’aluminium d’Arabie Séoudite et de Dubaï, l’industrie chimique du Qatar, les gigantesques réalisations immobilières d’Abu Dhabi et de Dubaï dont le plus grand édifice du monde culminant à 700 mètres, tandis que sa compagnie aérienne Emirates, pourvue d’avions les plus modernes, commence à rafler une part importante du trafic aérien mondial… que dire des financements de multiples entreprises à l’étranger !

« Burj Dubaï » qui devrait culminer à plus de 800 mètres après avoir été revu à la « hausse »…

Pour devenir le quatrième producteur de produits pétrochimiques du monde avec quelques 28 millions de tonnes annuelles de produits, le Qatar envisage d'investir 12 milliards de dollars dans les 5 années à venir. Le plan d'industrialisation du pays passe par de nombreuses coentreprises avec de grands groupes internationaux, comme à Messaied Industriel City (MIC), le coeur de l'industrie pétrochimique du Qatar.

C’est ainsi que les Séoudiens détiennent de fortes participations dans des chaînes d’hôtels, des industries chimiques, Euro Disney, des banques américaines et européennes. Le Koweït finance la British Petroleum, détient
15 % de la Royal Bank of Scotland, a été l’acquéreur des chaînes alimentaires (Pizza Hut). Le Qatar a acheté 24 % de la Bourse de Londres, il gère une raffinerie en Tunisie et les supermarchés britanniques Sainsbury.

Abu Dhabi exploite des mines de bauxite en Guinée et a investi en Italie dans Piaggio Aero Industries et Ferrari et aussi dans les sociétés de location de véhicules en Europe.

Dubaï fait mieux encore. Dubai World  consacre 11 milliards de dollars à l’habitat indien pour aménager deux villes nouvelles sur 8.000 hectares
de terre indienne, l’investissement final représentant une dépense de quelque 40 milliards de dollars. C’est que l’inévitable urbanisation de l’Inde offre un vaste marché. En Occident, Dubaï participe à Daimler-Chrysler, finance les hôtels Travelodge des Britanniques et possède la firme d’armement Doncaster et aussi Standard Aero Holding et Landmark Aviation. Dubaï est aussi présent, financièrement, à Las Vegas, à Oslo et à New-York. Même EADS accueille sa participation.

La crise américaine du crédit immobilier, révélant les défaillances du système occidental, a mis en évidence la puissance financière des fonds souverains asiatiques et moyen-orientaux.



Cette crise a créé de telles pertes – de l’ordre de 400 à 500 milliards de dollars – que les grandes banques des Etats-Unis et aussi européennes ont été renflouées par ces fonds souverains. Ainsi, le coût élevé de l’énergie, d’une part, et la production de masse, et à bon compte, de la Chine et de l’Inde d’autre part, mettant à mal les économies des « anciennement industrialisés » ce sont les établissements bancaires des pétroliers et de la zone Asie Pacifique qui viennent à leur secours. Par exemple, Citigroup a reçu 12,5 milliards de dollars du Koweït, de Singapour et d’un prince séoudien. Et 7,5 milliards d’Abu Dhabi. Morgan Stanley a été secouru (5 milliards) par China Investment Corp. La Corée du Sud et le Koweït ont fourni 6,6 milliards à Merrill Lynch et UBS a reçu 11,5 milliards de Singapour.

Le groupe Singapourien « Temasek »

Au 30 janvier les pertes des banques d’outre-atlantique dépassaient 60 milliards de dollars, celles d’Europe atteignaient 36 milliards, l’économie occidentale perdant entre 2000 et 2500 milliards de dollars sur le long terme, par le coût des mesures imposées par la crise.

Ainsi, la politique économique générale conduite par les puissances industriellement développées les a, finalement, placées sous la dépendance des fonds souverains, ceux-ci étant constitués par l’addition des ressources fournies par la main-d’œuvre bon marché à celles provenant de la rente pétrolière.

Ces énormes liquidités permettent à leurs détenteurs de contrôler financièrement les entreprises étrangères en quête de capitaux, quelle que soit leur nationalité, afin d’en retirer des revenus substantiels. Le produit de leur travail n’est plus au service de l’Etat dont dépendent, politiquement, ces entreprises mais de capitaux étrangers, à la recherche d’une bonne rentabilité et sans considérations sociales. Résultats : l’euphémisme des « restructurations » se généralise, l’impératif du profit domine, le travailleur est sous pression tandis que s’appauvrit la nation hôte. Tel est aussi le sort des pays « bénéficiaires » des fonds souverains.

Comment en est-on arrivé là ? Dans son dernier ouvrage le brillant économiste, Pierre Leconte, explique pourquoi « la grande crise monétaire du XXIème siècle a déjà commencé ».

L'abandon progressif de l'étalon-or depuis le début du XXème siècle a permis les guerres les plus meurtrières de l'histoire, l'hégémonie politique des Etats-Unis, le sous-développement économique et l'économie de spéculation. Si nous ne rétablissons pas la stabilité de la monnaie, la Chine deviendra le "maître du monde" avec la complicité résignée des Etats-Unis, l'euro implosera et l'Europe perdra sa puissance économique. Seule une monnaie mondiale stable indexée sur l'or peut empêcher le krach de l'économie et l'appauvrissement généralisé des populations. Pierre Leconte, en économiste et en historien de la monnaie, nous prévient que nous sommes au bord d'une crise plus grave que celle de 1929 et nous indique comment protéger notre patrimoine face à la crise monétaire globale. 

Les guerres qui ont ravagé l’Europe, à l’initiative de l’Allemagne, y ont leur part de responsabilité. « Ce n’est qu’au début du XXème siècle, en 1914-1918, pour faire face aux immenses coûts financiers qu’occasionnait la Première Guerre mondiale que les grands Etats européens ont… rompu le lien entre la monnaie et les métaux précieux » écrit notre expert en économie. A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, ayant augmenté leur stock d’or, les Etats-Unis ont obtenu le monopole du dollar convertible. Au cours de la guerre du Vietnam, Washington décide de renoncer à la convertibilité du dollar en or afin d’être libre de créer autant de monnaie que de besoin.

Déclaration du Président Georges Pompidou le 18 août 1971

« Le Gouvernement français voit, dans les décisions annoncées par le Président Nixon, la preuve que les autorités américaines mesurent désormais la gravité de la situation monétaire due au déficit de la balance des paiements des Etats-Unis. Tout en prenant acte de la volonté de redressement affirmée par le Gouvernement des Etats-Unis, le Gouvernement français constate que les décisions prises sur le plan extérieur ne sont pas conformes aux règles qui régissent le Fonds monétaire international et l’accord général sur les tarifs et le commerce (GATT) non plus qu’à l’accord sur l’usage des droits de tirage spéciaux. Le Gouvernement français estime que la perturbation actuelle du système monétaire international entrave le développement des échanges et, par voie de conséquence, le progrès économique et social de tous les pays… »
Lire la suite...

D’où un vaste écart entre la finance et les biens qu’elle est censée représenter. P. Leconte signale qu’en 2005 les transactions financières internationales représentaient 80 fois le volume du commerce mondial. Exploitant cette liberté les banques centrales peuvent augmenter la production monétaire indépendamment des réalités économiques. En ce qui concerne les Etats-Unis leur dette serait de l’ordre de 10.000 milliards de dollars.

La « Dette » américaine…

La production américaine inspirant confiance, le « vivre à crédit » aurait pu être prolongé quasi indéfiniment, d’autant qu’il est courant d’attribuer à l’argent futur une valeur inférieure à l’argent que l’on détient. Les guerres – du pétrole – dans lesquelles les Etats-Unis sont engagés ont favorisé l’extension de la politique du crédit. Mais la production à bas coût des « milliardaires en vies humaines » a ébranlé la confiance qu’inspirait l’activité industrielle et commerciale des Etats-Unis. Investir en Asie Pacifique peut aussi se révéler rémunérateur, l’économie n’y étant pas fondée sur une appréciation, la confiance, mais sur une réalité : le gigantesque potentiel de travail – et aussi le vaste marché – de la Chine et de l’Inde.

Tous les économistes s’accordent : pas de recours au protectionnisme, M. Lamy, M. Barroso et M. Strauss-Kahn le rejettent vigoureusement estimant qu’avec le passage des ans la mondialisation des échanges atténuera les énormes différences de salaires. La question se pose, la présente « civilisation économique » et l’Occident survivront-ils à une épreuve qui risque d’être fort longue ?

Une manière de l’écourter est de plonger aussi dans la précarité, l’étiage de l’Atlantique se rapprochant de celui du Pacifique par une généralisation des basses eaux selon le principe des vases communicants.

Déplaisante perspective par les « anciennements industrialisés » que nous sommes.

Pierre M. Gallois, 13.02.2008



Achats trimestriels nets d'obligations du Trésor (Bonds) et d'actions (Equities) par des étrangers.

Ces achats de l'ordre de 100 milliards de dollars par trimestre durant depuis des années, la Chine et le Japon ont accumulé à ce jour d'énormes quantités de dollars : près de 700 milliards pour la Chine et 850 milliards pour le Japon, principaux pays acheteurs de ces obligations et actions. En somme, les étrangers financent l'économie américaine à hauteur de plus de 1 milliard de dollars par jour.

C'est ce que montre le graphique ci-dessous :

L'excédent commercial (surtout Chine et Japon) finance le déficit des Etats-Unis (source REXECODE). (1) Obligations et portefeuilles d'actions de moins de 10 % du capital d'une société.


De l’Arabie Saoudite et de l’aluminium…

Une étude conjointe du groupe MMC Corp. du milliardaire malais Syd Mokhtar Al-Bukhary, de la société Aluminum Corp. of China Ltd dite Chalco et du groupe saoudien (au nom célèbre) Binladin

Le groupe MMC Corp. du milliardaire malais Syd Mokhtar Al-Bukhary, a signé un accord avec la société Aluminum Corp. of China Ltd dite Chalco et le groupe saoudien (au nom célèbre) Binladin pour un projet de production d'aluminium d'un montant de trois milliards de dollars soit 2,1 milliards d'euros.
Ce site devrait produire un million de tonnes d'aluminium par an. Une étude de faisabilité est en cours à l'issue de laquelle décision sera prise de lancer ou non la fabrication.
MMC et le Binladin Group sont déjà associés dans un projet de vaste centre industriel en Arabie Saoudite chiffré à trente milliards de dollars.

Alcan a annoncé un projet de 7 milliards de dollars en Arabie Saoudite. La société montréalaise a signé un accord pour la création d'une coentreprise avec la compagnie minière saoudienne Ma'aden pour un projet qui comprendra une mine de bauxite, une usine d'alumine, une centrale électrique et enfin une usine d'électrolyse. Alcan détiendra 49% de la coentreprise, contre 51% pour Ma'aden, propriété à 100% de l'État saoudien. La première production de métal se fera à partir du premier trimestre 2011 mais celle d'alumine se fera un an plus tard.

La mine de bauxite située à Az Zabirah a des réserves de 90 millions de tonnes, la centrale électrique aura une capacité de 1400 megawatts, l'usine d'alumine aura une capacité de 1,6 million de tonnes par année et l'usine d'électrolyse pourra produire 720.000 tonnes par an. Source : boursorama.com

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La Péninsule arabe, future reine de l'aluminium

Abu Dhabi, Arabie saoudite, Dubaï, Oman... Tous investissent dans des usines géantes d'aluminum.

D'ici la fin de la décennie, dans des paysages encore désertiques aujourd'hui, auront été bâties des usines capables de produire plus de 4 millions de tonnes d'aluminium. Davantage qu'Alcoa, l'américain leader du secteur, vieux de plus de 120 ans. Les pays du Golfe disposent de tous les moyens nécessaires pour parvenir à leurs fins. Ils ont des ressources financières quasi illimitées, de l'énergie bon marché - c'est le nerf de la guerre puisque l'électricité représente environ 30 % du coût de production d'une tonne d'aluminium -, de la place pour créer ex nihilo des usines ultramodernes et les infrastructures nécessaires. L'Arabie saoudite possède même de la bauxite, minerai de base à partir duquel l'aluminium est produit. Et lorsqu'ils n'ont pas de bauxite, ils sécurisent leurs approvisionnements. Dubal (Dubaï), Mubadala (Abu Dhabi) et l'anglo-australien BHP Billiton ont annoncé fin mai 3 milliards de dollars d'investissement dans une mine de bauxite en Guinée qui leur offre quelques décennies de tranquillité… Lire la suite...

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De la Chine et de l’Arabie Saoudite…

Rencontre entre le président chinois et le roi d'Arabie saoudite
La percée de la Chine en Arabie doit capter l’attention.

Les relations économiques sino-saoudiennes se caractérisent par une progression spectaculaire des échanges croisés entre les deux pays. Ainsi, sur la base des dernières données disponibles, la valeur cumulée des échanges entre la Chine et l’Arabie Saoudite a bondi de 320% entre 2001 et 2005, passant de 3,6 Md à plus de 15 MdUSD. Au rythme actuel, ils pourraient atteindre 20 Md USD en 2010. L’Arabie saoudite est le premier partenaire commercial de la Chine dans le Golfe, tandis que la Chine occupe le quatrième rang des clients du Royaume avec 7,5% de part de marché en 2005 contre 4,6% en 2001. Elle aurait même réussi à détrôner l’Allemagne en lui ravissant le troisième rang en 2006.
Si les exportations chinoises vers l’Arabie Saoudite se concentrent sur les biens de consommation, notamment le textile et l’habillement qui comptaient pour plus de 500 MUSD en 2005, et les biens d’équipement, spécialement l’automobile et l’électronique (600 MUSD en 2005), l’Arabie assure pour sa part 16 % des approvisionnements chinois de brut. Avec des importations passées de 2 MdUSD en 2001 à près de 11 MdUSD en 2005, soit près de 400 % d’augmentation sur la période, la Chine voit se creuser le déficit de sa balance commerciale avec le Royaume (-712,5%), d’où l’agressivité commerciale à laquelle on assiste.
Au-delà des échanges proprement dits la stratégie chinoise mise de plus en plus sur le partenariat industriel dans des secteurs stratégiques :
- le pétrole et le gaz en tout premier lieu, avec la joint venture Sino-Saudi Gas -Sinopec (20%) et Aramco (80%), pour l’exploration gazière dans le désert du Rub Al-Khali ; la construction par Huanquiu Contracting and Engineering Corporation, d’une usine de polyéthylène haute densité (HDPE) du complexe Saudi Kayan Petrochemical Company à Jubail (9 MdUSD) ; la domination exercée par BGP sur les marchés de prospection sismique en 2D.
- d’autres secteurs à fort potentiel de développement offrent un terrain privilégié à la pénétration chinoise, et appellent un suivi attentif, comme les transports (train minier), les infrastructures portuaires (projet de Ras Az-Zour), la métallurgie (usine d’aluminium de Jizan estimée à 15 MdUSD), le ciment (deux cimenteries de 6 et 10 000 t), le dessalement de l’eau de mer, les services (secteur bancaire et téléphonie).
La Chine s’ouvre aussi aux investisseurs saoudiens :
- l’Aramco s’apprête à investir dans la construction d’une raffinerie à Qingdao, dans l’est de la Chine, ainsi que dans une raffinerie et un craqueur d’éthylène dans la province chinoise de Fujian. SABIC (Saudi Basic Industries Corporation) pourrait investir 5,2MdUSD dans le projet pétrochimique de Dalian, au nord-est de la Chine.
- les fonds d’investissements saoudiens privés interviennent de plus en plus agressifs en Chine, comme en témoigne l’achat de Guangdong Bank par Citigroup. Un groupe d’investisseurs saoudiens composé notamment de Olayan Saudi Investment Company, Muhaidib Group, Bahamdan Holding Group et Amwal Al-Khaleej Commercial Investment Co. a réuni 2 MdUSD pour l’achat de 2,7% du capital de la Bank of China. Cette offre s’ajoute aux 2 MdUSD d’investissements de Kingdom Holding dans l’achat de parts du capital de cette banque.
La vigueur de la concurrence chinoise dans des domaines de compétence qui ont été longtemps l’apanage des compagnies occidentales donne aussi la mesure des menaces qui pèsent à terme sur nos positions non seulement en Arabie mais aussi dans le Golfe. En réaction à cette vague chinoise, nos entreprises sont invitées à redoubler de vigilance et de présence sur le terrain pour préserver des parts de marché souvent chèrement acquises.

Jean-Claude DAUPEYROUX
Source : missioneco.org

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