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Etre « chocolat », ou être « marron »…

Du pareil au même ! A qui le tour ?
Tenter d’y voir clair. Notre ami Pierre Jeanthon illustre la crise des « subprime » et ses conséquences immédiates… L’affaire n’est pas close…

Les matières premières agricoles sont invitées au bal infernal. Tous les coups  sont permis…

A qui le tour ?

Portemont, le 10 octobre 2007

« Subprime et chocolat »

Dans son édition de 1976, le Larousse définit la banque comme une « entreprise qui avance des fonds, en reçoit à intérêts, escompte des effets, facilite les paiements par des prêts ; outre l’octroi de crédits, l’activité principale de la banque d’affaire est la prise et la gestion de participations dans des entreprises existantes où en cours de formation ».

Bien que la relation client-banque ne soit pas toujours un long fleuve tranquille (qui n’a jamais eu l’occasion de penser qu’une banque est tout juste bonne à prêter un parapluie les jours de grand soleil ?) il est évident que le secteur bancaire participe utilement et efficacement à toutes les formes de l’activité économique : aux particuliers pour leur permettre d’acquérir la production des entreprises à celles-ci d’investir en renouvellement de matériel, en capacité de production, en Recherche et Développement…

Pourtant déjà en 1976 on pressentait que cette définition de la banque deviendrait rapidement obsolète en raison de l’extraordinaire essor des technologies offertes aux producteurs agricoles et industriels au cours du tiers de siècle qui suivait la seconde guerre mondiale.

La finance n’était pas en reste : à l’usurier des temps anciens succédaient les « golden boys » et autres « traders » aussi avides qu’astucieux pour inventer la transformation des dettes en produits financiers sophistiqués, intégrés dans des « véhicules » de plus en plus complexes pour allier fort rendement et faible risque selon des circuits compliqués qui ignorent les frontières.

« Traders »…

Ainsi la banque s’est invitée au grand jeu de la spéculation en utilisant deux produits phares : le « leverage buy out » (LBO) et la titrisation. Le LBO permet ces gigantesques opérations de fusion-acquisition dans lesquelles l’acheteur emprunte plusieurs fois sa mise de fonds propres.

La titrisation permet à la banque de se défausser d’une dette à risque qui fait mauvaise impression dans la présentation du bilan : au lieu d’immobiliser du capital pour couvrir les prêts accordés à leurs clients, les banques vendent ces crédits en « paquets » classés par ordre de risques décroissants. Pour l’acheteur, le lot à haut risque assure le meilleur rendement…tant que l’emprunteur initial honore ses échéances;

Ces « paquets » intéressent particulièrement les « hedge funds » qui réunissent les sommes nécessaires à leurs achats en empruntant auprès d’investisseurs privés ou institutionnels répartis sur toute la planète.

Au bout du compte, le risque est dilué, internationalisé, opaque et personne peut prévoir qui tombera, si d’aventure quelques milliers d’Américains sont dans l’impossibilité de rembourser leurs prêts immobiliers : la banque, le « hedge funds », l’investisseur…?

Les « hedge funds » apparaissent dans les années 80, période de forte croissance du commerce international ; à peine 300 en 1990, 6000 en 2001 ils sont 9000 aujourd’hui pour gérer environ 1500 milliards $.

Leur métier consiste à gagner de l’argent en profitant d’un dysfonctionnement temporaire des marchés financiers : par exemple en raison de l’analyse erronée de tel ou tel point de conjoncture, telle monnaie se dépréciera momentanément ; le « hedge funds » achète vite, souvent à terme, et bien sûr vendra tout aussi rapidement.

La première qualité du « hedge funds » est la célérité : juger vite et bien, agir de même pour ne pas faire comme les autres afin d’être vendeur quand tous sont acheteurs et réciproquement.

Encore à la mi-juillet, les penseurs « économiquement corrects » affirmaient que l’abondance des liquidités est telle qu’un accident de parcours sur la route des crédits hypothécaires américains ne perturberait pas les marchés financiers.

Pourtant, à peine quelques jours plus tard, tous constataient une brusque tension sur le marché de la dette des opérations LBO en cours : l’argent devient rare et les investisseurs demandent des primes de risque de plus en plus élevées.

Ce que tout le monde était à même de prévoir est arrivé : selon les chiffres de la « Mortgage Bankers Association » plus de 550 000 ménages emprunteurs ont déjà été saisis à travers le territoire américain.

La vague du « subprime » atteint rapidement les côtes européennes ; fin juillet, la banque allemande IKB lance un avertissement qui allègera le cours de son action de 20,61% à la Bourse de Francfort. D’autres suivent, tels Axa Investment Managers, Oddo Asset Management, BNP Paribas Investment Partners contrainte de suspendre temporairement trois fonds impliqués dans l’immobilier.

La Banque d’Espagne demande à tous les organismes de crédit une information complète sur leur degré d’exposition à la crise du « subprime » ; de chaque côté de l’Atlantique les Banques Centrales réagissent en injectant de l’argent frais sur le marché, l’été se termine sur une perturbation financière et tout laisse penser que les avis de tempêtes ne manqueront pas en automne.

A tel point que l’on peut s’interroger sur ces fameuses liquidités encore si abondantes à la fin du printemps.

Au fond, elles n’avaient peut-être pas de contre partie réelle ; autrefois on évoquait ces créations monétaires « ex nihilo », à partir de rien…et n’est-ce pas le cas aujourd’hui lorsque pour financer leur déficit commercial avec la Chine, les Etats-Unis payent avec une reconnaissance de dette automatiquement renouvelée à l’échéance ?

Toujours est-il que la machine est déréglée par assèchement des disponibilités monétaires ; à partir de cet instant, les « hedge funds » considèrent que tous les moyens sont bons pour trouver ailleurs l’argent qui n’est plus accessible par l’emprunt.

Les pratiques des fonds spéculatifs qui trouvent de l’argent dans la poche des autres sont particulièrement pourries, mais plus encore lorsque « les autres » sont dans cette pauvre Afrique, objet de toutes les sollicitudes de la « charité spectacle » des donneurs de leçons qui se produisent sur les scènes de l’OMC, du FMI…

Ainsi début septembre dernier ; alors que la demande de cacao explose et que les récoltes au Ghana et en Côte d’Ivoire sont affectées par des conditions climatiques défavorables, on imagine que les cours seront élevés.

Eh bien non ! Coté au « New York Board of Trade », le cours mondial du cacao est passé de 2 100 à 1 820$/tonne en quelques heures précisément parce que les « hedge funds » très engagés sur cette matière première, ont massivement vendu leurs positions à long terme afin de combler leur perte sur l’immobilier.
New York Board of Trade

Tant pis pour les Africains qui, en cette circonstance, n’auront même pas le soutien de SOS Racisme et autre Licra.

Ainsi marche la finance mondiale : à toute richesse produite par le labeur de ceux qui entreprennent les spéculateurs répondent en inventant un nouveau « véhicule financier », un nouveau « produit dérivé »…il arrive qu’il en soit ainsi dans la nature, le gui parasite le pommier, le lierre le chêne…

La frénésie inventive des parasites du fric peut frôler l’absurde : ainsi le LME (London Metal Exchange), principal marché mondial des métaux vient de proposer un contrat sur l’acier qui, fin avril 2008, se substituera aux accords commerciaux actuels entre producteurs et industries consommatrices…les producteurs font remarquer qu’il est difficile de stocker l’acier…généralement ça rouille !!

Pierre Jeanthon,
France Royaliste

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