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Un nouveau monde se dessine…

Les stratégies  et les politiques  tant  nationales  qu’internationales  doivent  et devront  en tenir compte…
Le général Pierre Marie Gallois nous en trace  les grandes  lignes.
« Puissance financière  et pouvoir économique  des masses »

Des « armes » nouvelles  modifient  les fondements  de l’économie  mondiale.
Toujours  avec  la rigueur  dont il ne se départit  jamais, et  avec un « arsenal » d’exemples, notre grand « Maître d’Ecole » nous offre une réflexion  incontournable.
Merci mon Général

Portemont, le 20 août 2007

Puissance financière et pouvoir économique des masses

Deux événements relativement récents sont en passe de modifier jusqu’aux fondements de l’économie mondiale. S’ils sont d’ordre conjoncturel et si, dans quelques décennies, ils feront place à d’autres mutations, ils n’en n’auront pas moins marqué durablement l’état des affaires économiques et sociales du monde. Donc les stratégies et les politiques nationales et internationales.
Les origines de ces deux événements sont très différentes.

Il s’agit, d’une part des sommes considérables amassées ces dernières années par les pays abondamment pourvus en énergies fossiles, pétrole et gaz naturel, et d’autre part, des ressources financières tout aussi importantes fournies par le travail - peu rémunéré - des pays dits émergents, essentiellement les deux Etats milliardaires en vies humaines.

« pétrodollars… »

D’un côté les pétro et – gazo - dollars, richesse naturelle en voie d’épuisement, donc au coût grandissant et, de l’autre un gigantesque potentiel de transformation de matières premières en biens d’équipements, à la technicité croissante, à la valeur ajoutée de plus en plus élevée, mais pour des raisons politico-sociales une situation également temporaire.

« Dans cette usine de Shenzen, « Brother » emploie des jeunes filles de seize ans minimum qui proviennent de toute la Chine et sont logées sur place. La plupart d’entre elles quittent des régions agricoles et trouvent ici le moyen de gagner en quelques années de quoi assurer leur indépendance financière pour le reste de leur vie. »

Grands consommateurs d’énergies fossiles, les pays anciennement industrialisés ont, ainsi, enrichi les pays producteurs maintenant capables d’inverser les flux financiers en investissant massivement à l’ouest. Quant aux immenses ressources nouvelles de la Chine et de l’Inde, elles relèvent du travail de leurs populations respectives. Celles-ci, à leur tour, exploitent les avancées scientifiques et techniques des industrialisés si bien que ces puissances émergentes sont aussi en mesure d’inverser les dépendances économiques en finançant le travail des industrialisés, d’ailleurs en voie de désindustrialisation.

« Tata Timken »

Afin de pouvoir répondre à la question qui est dans bien des esprits, à savoir… « comment sont utilisées ces énormes disponibilités financières ? » et bien que les conséquences de ces deux enrichissements soient convergentes il convient de les analyser séparément.

1) Les fortunes en pétro et gazo dollars

Conjugué à la demande croissante, l’épuisement des réserves de pétrole et de gaz naturel conduit tout naturellement à  l’explosion des revenus des pays producteurs, bouleversant de fond en comble leurs relations avec le monde des consommateurs. Ceux-ci s’accommodent du coût de cette – encore - indispensable énergie tandis que les producteurs s’organisent pour gérer l’afflux de liquidités en plaçant cette manne au service du futur, c’est-à-dire de l’époque où nombre d’entre eux devront subsister sur des territoires arides, au sous-sol improductif. Ce qui est le cas des pays de la région du Golfe.

A Bali, en mai 2006, les dirigeants des huit pays musulmans les plus peuplés, représentant près du quart de la population mondiale, avaient cherché à mettre sur pied une structure économique spécifique. De même, les douze pays membres de l’OPEC (1) ont créé un fonds destiné à aider les peuples musulmans privés de rente pétrolière et, au cours des vingt dernières années, plus de 5 milliards de dollars leur avaient été distribués.

Le Fonds OPEP est un partenaire actif dans la bataille mondiale contre le VIH/Sida. A ce jour, plus de 21 millions de dollars ont été affectés à des actions prioritaires dans 58 pays à travers le monde.

Aujourd’hui, plusieurs centaines d’établissements bancaires – plus de 300 - gèrent, selon la charia, quelque 500 milliards d’actifs.

Le 12 octobre 2004, le « London Stock Exchange » souhaite la bienvenue à l’ « Islamic Bank of Britain »

Cet afflux de liquidités croît de 15 à 20 % annuellement, du moins pour encore quelques décennies.

Il a pour origines à la fois les hausses du prix du baril de pétrole et le rapatriement des sommes investies à l’étranger, majoritairement aux Etats-Unis. C’est qu’il s’agit de préparer un avenir sans énergies fossiles et d’équiper en conséquence les peuples dont elles étaient les principales, sinon uniques, sources de revenu.

C’est donc l’emploi de ces énormes liquidités qui modifie, économiquement parlant, les rapports de forces internationaux :
-D’abord rembourser la dette. Bien qu’enrichis par la rente pétrolière les pays producteurs n’en sont pas moins endettés, y compris la florissante Arabie Saoudite et le Koweït.
-Puis investir localement pour équiper le pays en y créant des activités rémunératrices capables de compenser celles bientôt défaillantes fournies par l’exploitation du sous-sol.

« hôtel Burj al arab » Dubai 

- Investir à l’étranger dans des entreprises à fort rendement afin d’y récupérer une part des ressources dues au commerce des énergies fossiles (2).
L’objectif de ces trois démarches est de maintenir, et même d’accroître, le PIB national en dépit de l’amenuisement, puis de la disparition de la fastueuse rente pétrolière.

Voici quelques exemples de cette ambitieuse politique de substitution :

  • Arabie Saoudite
    Avec la participation d’Alcan, les Saoudiens construisent une usine de production d’aluminium. Elle sera capable de produire 2.1 millions de tonnes soit près de 10 % de la production annuelle mondiale. Une ville nouvelle est aménagée sur le site qu’alimentera une centrale électrique de 1 400 mégawatts (ultérieurement nucléarisée). Les financiers saoudiens détiennent une participation dans City Bank, Time Warner, Euro-Disney, possèdent des chaînes d’hôtels – le prestigieux George V en France - et investissent dans les pays musulmans, à commencer par l’Egypte. La société Saudi Arabian Basic Industries a acquis pour 700 millions de dollars la division européenne de l’entreprise chimique américaine Huntsman.
Site chimique de Monthey, en, Suisse
  • Le Koweït  a participé au financement de Bristish Petroleum, détient 14,9 % de la Royal Bank of Scotland, et aussi 20 % de  Metallgesellschaft, a investi 1,5 milliard dans une autre société allemande, Daimler-Benz, et en Albanie, finance les Albanian Airlines, possède une chaîne alimentaire (KFC, Pizza Hut) construit et gère des aéroports internationaux. La firme automobile britannique Aston Martin lui a été vendue.

  • Sur ses quelque 12 000 kilomètres carrés, et avec moins de 600.000 habitants, le Qatar – qui dispose encore de vastes réserves de gaz naturel - a développé parallèlement une industrie chimique produisant un important tonnage d’ammoniaque.

    En Tunisie, le Qatar gère la raffinerie de Skhira. (2 milliards de dollars d’investissement). 

    Un fonds d’investissement Qatar s’est porté acquéreur pour 15,7 millions d’euros des supermarchés britanniques Sainsbury.
    Sa fortune par habitant place le Qatar proche des Etats les plus riches du monde.

  • Cinq fois plus étendu et seulement trois fois plus peuplé, Abu Dhabi affiche un PIB/habitant de plus de 40.000 dollars.
    Avec les Australiens et Dubaï l’émirat a investi 3 milliards de dollars en Guinée pour y exploiter des mines de bauxite tandis qu’était construite à Abu Dhabi une fonderie d’aluminium capable de produire 1,4 million de tonnes annuellement. La Société Aldar Properties (fonds gouvernementaux et privés) affecte plus de 30 milliards d’euros à la création d’un Centre de loisirs sur l’île Yas, avec 300.000 mètres carrés de commerces, un musée, un théâtre, des hôtels de luxe. Sur l’île voisine de Reem doivent être édifiées 8 tours pour accommoder l’augmentation de la population, celle-ci étant attirée par l’activité économique de l’émirat. Abu Dhabi consacrerait plus de 200 milliards d’euros à la réalisation de ses projets immobiliers.

    Un projet de « Aldar Properties »

    Un autre...

     L’émirat possède sa compagnie aérienne commerciale, les Ethihad Airways et son nouvel aéroport devrait pouvoir accueillir annuellement 10 millions de passagers. Abou Dhabi a investi dans les sociétés de location de véhicules européennes et également dans Piaggio Aéro Industries et Ferrari, en Italie.
    .L’économie de Dubaï croît de 8 à 9 % par an. L’émirat participe financièrement à Daimler-Chrysler, contrôle la chaîne d’hôtels britannique Travelodge en commun avec les fonds d’investissement américains Carlyle et KKR et, en Tunisie, les Télécommunications. L’entreprise britannique   d’armement  Doncaster lui appartient ainsi que Standard Aero Holding, Landmark Aviation et SR Technics

    Dubai avait cherché à acquérir la gérance des principales installations portuaires des Etats-Unis, mais le Congrès s’était opposé à l’opération.  Avec Abu Dhabi, Dubaï  produit près de 1 million de tonnes/an d’aluminium mais l’aviation commerciale semble devoir être l’avenir de l’émirat avec la compagnie Emirates et l’aménagement d’un vaste aéroport destiné à être la « plaque tournante » du trafic aérien international (3). On sait que Emirates avait commandé 43 Airbus 380 et qu’actuellement la compagnie négocie l’achat d’une centaine de bi-réacteurs (Boeing et Airbus).

    Mais l’immobilier attire aussi l’investissement de Dubaï. L’entreprise Dubai World doit consacrer 11 milliards de dollars à l’habitat indien. L’urbanisation de cet immense pays s’accélère et l’émirat y voit l’occasion de fructueux travaux : construire et aménager deux villes nouvelles sur 8 000 hectares de terre indienne, avec écoles, hôpitaux, musées, centres commerciaux, espaces de loisirs…  représentant un investissement total de près de 40 milliards de dollars. Vaste est ce marché car, dans moins d’une vingtaine d’années 50 % des Indiens seront urbanisés et, par millions, des logements sont à construire.

    Incidemment, Dubaï a été l’une des étapes des circuits atomiques pakistanais du professeur A.Q. Khan, en particulier lorsqu’il était en affaires avec la Libye pour lui procurer des matériels d’enrichissement de l’uranium. Illustration d’un tout autre ordre, actuellement en construction, la tour de Dubaï comptera 160 étages et culminera à 700 mètres.

    Elle sera, de loin, le plus haut des édifices du monde, dépassant les gratte-ciel de Taipei et de Kuala-Lampour

    Faute d’étendue au sol Dubaï s’agrandit verticalement. Et spectaculairement.

    Au-dessus de 50 dollars le baril de pétrole, les producteurs accumulent des devises leur permettant d’investir à l’étranger afin de s’y assurer de solides rémunérations.
    L’épuisement prévisible des ressources énergétiques fossiles a transformé l’état d’esprit des dirigeants de ces pays producteurs de pétrole et de gaz. Hier, permise par la rente pétrolière, leur fastueuse indolence a fait place à
    la volonté d’entreprendre, de s’industrialiser afin d’innover, de produire, de vendre en créant une économie nouvelle capable de leur assurer à la fois indépendance et prospérité.
    L’histoire se répète. Toutes proportions gardées les politiques volontaristes qui viennent d’être sommairement rappelées évoquent le début des grandes aventures maritimes européennes des XVème et XVIème siècles, lorsque, face aux Grands Empires, de petits Etats, tels le Portugal et les Pays-Bas allèrent rechercher, loin outre-mer les richesses dont ils étaient dépourvus. Aujourd’hui les mini Etats énumérés plus haut trouvent, ailleurs, par l’aviation, le trafic maritime, le tourisme, de quoi exercer des activités que n’autorisent pas chez eux leurs modestes dimensions territoriales.
    Hier l’étendue des terres était la richesse des « Grands », la mer, ou plutôt l’outre-mer, celle des « Petits ». Constantes sont les exigences de la géopolitique car c’est encore aujourd’hui le cas.

2) Les fortunes du travail peu rémunéré

L’irruption sur la scène internationale du potentiel de production de la Chine et de l’Inde a fait l’objet d’un si grand nombre de commentaires qu’il n’est utile, ici, que de mettre en évidence les conséquences de la nouvelle puissance d’innovation, de production, d’acquisition de ces nations milliardaires en vies humaines. A elles deux, elles comptent plus d’un milliard d’actifs capables de fournir, en masse et à faible coût, les biens d’équipement et les marchandises répondant à la fois aux besoins nationaux et, pour une part de plus en plus importante, à ceux du reste du monde.

Bien qu’il s’agisse forcément de deux puissances rivales, se disputant à l’extérieur, les ressources dont elles sont dépourvues à l’intérieur, face aux autres nations ces deux puissances représentent un gigantesque potentiel économique qui ne laisse pas de peser lourdement sur les échanges de la planète.

C’est ainsi, par exemple, que la Russie – avec la Sibérie – le continent africain et l’Amérique latine détiennent des matières premières dont la transformation en biens d’équipement contribue à la croissance des deux géants de la zone Asie-Pacifique dans le même temps que les Etats anciennement industrialisés constatent la dégradation de leur primauté dans de nombreux secteurs de leurs activités d’innovation et de production.

Principal acteur du bouleversement, la Chine d’aujourd’hui peut être sommairement caractérisée par les quelques chiffres qui suivent et qui sont particulièrement significatifs :
- Sa croissance, au cours du premier semestre 2007 a dépassé 11 % et, atteignant 3 100 milliards de dollars, le PIB national place la Chine en 3ème position, devant l’Allemagne et derrière seulement les Etats-Unis et le Japon. L’excédent commercial est de l’ordre de 200 milliards de dollars et les exportations approchent 40 % du PIB, les réserves de change se montant à 1200 milliards de dollars.


La Chine est devenue le premier producteur mondial de la majorité des biens d’équipement et de consommation courante : agriculture, engrais, acier, charbon, ciment, textiles, elle brille sur les marchés de l’électricité, de l’électronique et, rapidement, développe ses industries automobile, maritime, ferroviaire, nucléaire, spatiale. C’est le pays des très grands nombres, à l’instar de celui de sa population.

Par exemple :

-Construire au cours des 15 prochaines années 32 réacteurs nucléaires, 30.000 kilomètres de voie ferrée, 70.000 kilomètres d’autoroutes et 3,8 millions de kilomètres de routes. Il a été envisagé d’édifier 400 villes de 1 million d’habitants et, en 2006, 17 millions d’emplois ont été créés.

-Renonçant au projet « Galiléo » de localisation à partir de l’espace, projet que les « Européens » ont été, jusqu’à maintenant, incapables de mener à terme. La Chine les devance avec son système (Beidou).

Elle a mis sur pied une organisation spatiale asiatique à laquelle coopèrent le Bangladesh, l’Indonésie, l’Iran, la Mongolie, le Pakistan, le Pérou et la Thaïlande. Elle place sur orbite des satellites étrangers, par exemple ceux du Nigeria et du Venezuela et elle se prépare à être le 3ème avionneur mondial. Suscitant l’inquiétude des Etats-Unis, elle a prouvé qu’elle pouvait intercepter et – détruire – des satellites sur orbite.

- Elle crée une flotte de combat, avec sous-marins lanceurs d’engins et porte-avions.

Tir d'un missile de croisière du "Wuhan", sous-marin chinois

Ses quelque 200 ogives nucléaires et sa centaine de fusées (de 3000 à 12 000 kilomètres de portée) lui permettent à la fois de témoigner de ses compétences scientifiques et de « sanctuariser » son territoire en pratiquant une politique de dissuasion, maintenant traditionnelle.

« Atelier du monde » bien gardé, et aussi pour longtemps encore productrice à bon compte, la Chine bénéficie de la mondialisation des échanges voulue par les Etats-Unis – et plus généralement par les anciennement industrialisés –
Ceux-ci constatent que, dans ce domaine, ces initiatives leur jouent un mauvais tour, la production des géants d’Asie envahissant les marchés grâce au très faible coût de leur immense main-d’œuvre.

A la différence des pays pétroliers, la Chine recherche moins des investissements rémunérateurs hors de ses frontières que l’appropriation des matières premières dont elle a besoin pour alimenter son abondante et industrieuse main-d’œuvre. Avec moins de 10 % des terres arables, il lui faut nourrir 20 % de la population mondiale et en ce qui concerne les énergies fossiles, charbon mis à part, la nature ne l’a pas favorisée..

Voisine, la Russie possède des ressources énergétiques et des matières premières que la Chine est capable de transformer mais Moscou défend légitimement ses intérêts si bien que Pékin s’est tourné aussi vers l’Afrique, laquelle divisée politiquement, instable, (plus de 160 coups d’Etat en un demi siècle et 26 guerres inter étatiques) détient des ressources précieuses pour l’industrie chinoise. Celle-ci, sur place, renforce ou crée l’infrastructure nécessaire à l’exploitation et à l’acheminement de ces matières premières participant ainsi à la croissance des PIB en Afrique subsaharienne (plus de 6,5 %).

Le Président  nigérian Olusegun Obasanjo  aux côtés du Président chinois Hu Jintao  lors de l’ouverture du sommet  Chine-Afrique  à Beijing.

Tandis que les dirigeants africains doutent de plus en plus de l’aptitude des Occidentaux (par les Institutions internationales qu’ils contrôlent) à contribuer efficacement au développement du continent noir, la zone Asie-Pacifique leur apparaît pleine d’attraits. C’est ainsi que le président Wade, du Sénégal, en a appelé aux pays du G 8 pour « qu’ils investissent en Afrique comme le font l’Inde et la Chine ».

Pour sa part, la Chine a repris la route de l’Afrique qu’avait ouverte au début du XVème siècle la flotte de l’empereur Yang Lo installant les commerçants chinois sur la côte orientale de l’Afrique, de la Somalie au Cap.

Lors du sommet Chine-Afrique organisé à Pékin en novembre 2006, le président Hu Jintao avait offert à ses hôtes un prêt à – faible taux – de
5 milliards de dollars.

Depuis, pour la troisième fois en quatre ans, le président chinois a visité huit pays africains (en février 2007) : Cameroun, Afrique du Sud, Namibie, Liberia, Soudan, Mozambique, Zambie et même les Seychelles.

Au Cameroun la Chine avait annoncé qu’elle annulait la dette et prêtait 100 millions de dollars – toujours à faible taux d’intérêt – et s’offrait à construire deux écoles et un hôpital et à financer le développement local des télécommunications (Le Cameroun est riche en pétrole, bauxite minerai de fer). Au président camerounais Biya, le président Hu Jintao déclara que … « La Chine et l’Afrique n’ont jamais essayé d’imposer leur modèle de développement économique et social aux autres peuples » (sous-entendu, comme jadis, les puissances coloniales). Et il poursuivit : « j’invite les compagnies chinoises à venir investir dans les hydrocarbures, les mines et la forêt, où il y a fort à faire ».

Accueil chaleureux en Afrique du Sud, Nelson Mandela, dès 1998, s’était rendu en visite d’Etat en Chine. Le président chinois insista, à nouveau : … « La Chine n’aura pas d’attitude coloniale ». Avec 2 milliards de dollars au profit de l’Afrique, le commerce Chine-Afrique a approché les 60 milliards de dollars au cours de l’année 2006. Riches en énergies fossiles l’Angola, le Soudan et le Zimbabwe ont bénéficié de forts investissements chinois et se tournent vers Pékin. En Zambie, en revanche, Hu Jinkao a été froidement reçu, les travailleurs d’une usine de textiles financée par la Chine ayant protesté contre les bas salaires et les dures conditions de travail. Néanmoins, le président chinois a promis 800 millions de dollars d’investissement dans l’exploitation de la mine de Chambishi et effacé la dette de la Zambie.

Les événements survenus au Darfour, le régime politique qui sévit au Zimbabwe ont amené Pékin  à prendre quelques distances avec ces gouvernements afin de tenir compte de la réprobation des Occidentaux.

Mais si les matières premières de la Russie, de l’Afrique et de l’Amérique latine intéressent au plus haut point la Chine, le marché mondial, en général, est aussi l’objet de ses convoitises. Plus précisément il s’agit de bénéficier du potentiel de consommation et aussi de la technicité développée aux Etats-Unis et en Europe. Par exemple, l’industrie automobile chinoise partant à l’assaut du marché américain.
La société chinoise W.A.T. (pour Wonder Auto Technology) exportant des pièces de rechange pour automobiles réalise un chiffre d’affaires de plus de 1 milliard de dollars, dont plus de la moitié provient des achats américains.

Le patriotisme économique des Etats-Unis se révélant très actif, Pékin use de procédés indirects pour pénétrer ce marché. Par exemple, financer des fonds d’investissements américains, tel Blackstone, et ainsi acquérir des participations dans des entreprises stratégiques comme General Electric. Avec l’espoir d’en délocaliser une part des activités en Chine, à commencer par celles qui concernent la recherche et l’innovation.
L’âpreté des négociations relatives à la fourniture par Westinghouse – Toshiba de quatre réacteurs et de deux autres installés par Areva et EDF témoigne de la volonté de Pékin de bénéficier des transferts de technologie.

Areva a a conclu un accord historique avec l'électricien chinois CGNPC portant sur la livraison de deux réacteurs EPR de la troisième génération pour 6 milliards d'euros – Juillet 2007

N’ayant en fonctionnement qu’une dizaine de réacteurs (de l’ordre de 7500 mégawatts) fournissant seulement 2 % de l’électricité consommée, la Chine a décidé la construction de plus de 30 centrales (le Japon dix fois moins peuplé en maintient 55 en activité, lesquelles ont une capacité totale de 50.000 mégawatts). Aussi la Chine est-elle le plus important des marchés pour l’électronucléaire. Elle entend bien être très prochainement en mesure de répondre, nationalement, à ses exigences.

Au cours de ces trente dernières années, la Chine s’est hissée aux premiers rangs de la hiérarchie de la puissance. Cette ascension a créé une situation internationale nouvelle, à grands traits, caractérisée comme suit :

- La production, en masse, à faible coût quant à la main- d’œuvre, tarit, ailleurs, nombre d’activités dont celles de la réalisation de biens d’équipement. Rassemblant les pays anciennement industrialisés, le monde atlantique en souffre, si bien qu’il doit se tourner vers d’autres formes d’économies, celles des services, par exemple, afin de tenter de sauvegarder les conditions d’existence de ses populations.

- La quête des matières premières nécessaires au gigantesque potentiel de transformation de la Chine en augmente le coût, au détriment des « anciennement industrialisés » mais au profit des peuples vivant sur ces territoires encore riches en ressources naturelles : hydrocarbures, minerais… et aussi à la main- d’œuvre peu rétribuée. Ceci explique les bons chiffres de la croissance moyenne de l’Afrique subsaharienne évoqués précédemment (plus de 6,5 %) et de l’Amérique latine (plus de 4 %).

- Financièrement, le produit du travail d’un peuple milliardaire en vies humaines permet de constituer d’énormes réserves de change avec lesquelles il est en mesure d’acquérir le contrôle d’entreprises étrangères dont il convoite le savoir-faire et souhaite la délocalisation sur son sol. Anciennement industrialisés et ayant possédé une avance scientifique et technique, les « Occidentaux «  sont les objectifs de cette stratégie des « vases communicants ». En retour, les attraits du marché chinois leur sont – temporairement du moins – une apparente compensation. Bien trompeuse compensation puisqu’elle creusera encore l’écart entre les deux formes de sociétés et au détriment de l’occidentale.

La Chine n’est pas seule à mettre en question les économies des « anciennement industrialisés », l’Inde l’accompagne. Elle aussi est milliardaire en vies humaines – allant, dans ce domaine, dépasser la Chine – Elle possède un énorme potentiel d’innovation et de production. Bien qu’elle compte encore plusieurs centaines de millions des siens vivant avec moins de 2 dollars/jour, elle dispose de vastes ressources humaines, la moitié de sa population ayant moins de 25 ans.
En 2004, déjà, ses dirigeants estimaient que « l’Inde de la prochaine génération serait la 2ème plus grande économie, si ce n’est la première ». La progression annuelle du PIB serait maintenue entre 7 et 8,5 %.

Considérable serait l’effort à accomplir, l’Inde ayant eu, il y a moins d’une dizaine d’années, 700 millions de paysans vivant chichement sur des lopins de terre et grands étaient les écarts, des conditions d’existence.

Mais l’Inde disposait – et dispose – de la deuxième superficie arable du monde et le travail de la terre lui fournissait le quart de son PIB en assurant la subsistance des quatre cinquièmes de la population et en formant l’un des fondements de sa culture.

Aussi a-t-elle été le premier producteur de lait, de thé, le deuxième de riz et de blé tout en s’accommodant péniblement de cruelles famines.

Les gouvernements successifs de la Nouvelle Delhi ont su spéculer sur les capacités intellectuelles d’un peuple ayant, de surcroît, bénéficié de l’ouverture du monde occidental que lui a offert son anglo-occidentalisation le rendant apte à aussi maîtriser les disciplines qui confèrent la puissance. (On y parle plus de 1500 dialectes, ce qui valorise l’anglophonie, l’anglais y devenant véhiculaire).

L’Occident a vite découvert l’intérêt que pouvait présenter le potentiel intellectuel et culturel de cet immense pays. Les grandes entreprises des  pays industrialisés tels IBM, Hewlett-Packard, Microsoft, Google pour les Etats-Unis, plus généralement, les banques, les compagnies aériennes, les commerces de toute nature, ont largement délocalisé leurs services en Inde.

Centre de recherche IBM à Bengalore

C’est ainsi, par exemple, que les centres d’appel étrangers emploient plus de un million de spécialistes indiens. A juste titre l’Inde s’est ventée d’être en mesure de mettre à la disposition de la communauté, à bon compte, plus de 100.000 ingénieurs diplômés. Le seul secteur de la pharmacie offre quelque 15.000 docteurs en chimie.

A la fois le marché indien et la productivité de la main-d’œuvre attirent les investisseurs étrangers.

L’entreprise américaine Wal-Mart s’associe au groupe indien Bharti
pour ouvrir 200 grandes surfaces au cours des prochaines années, la firme indienne investissant dans l’affaire 2,5 milliards de dollars.

Haut-fourneau « Tata »

La vieille et puissante firme indienne Tata, outre ses multiples activités, financières, industrielles, commerciales entend maintenant développer l’industrie automobile de son pays en produisant des véhicules « populaires » vendus moins de 2 000 euros.

Faire de l’Inde un fournisseur mondial de véhicules automobiles apparaît un objectif si séduisant que Tata a des émules : la firme Bajaj s’associant à Renault-Nissan ferait un peu mieux avec 1000 euros de plus. Hyundai est également dans la course visant la conquête d’un marché annuel de 3 millions de voitures. La démarche du Coréen du sud a suscité celle du Chinois Guangzhou Motors qui s’entend avec un autre groupe indien, pour construire une voiture à bas prix. Ces entreprises ne sont pas toutes vouées au succès mais, raisonnablement, au moins un million de véhicules construits en Inde seront exportés, mettant à mal les entreprises américano-européennes de construction automobile.

La première explosion expérimentale chinoise (1964) a sans doute accéléré les réalisations atomiques indiennes. Dès le début des années soixante les scientifiques indiens étudiaient le concept français de « dissuasion minimum » et le conflit armé avec la Chine (1962) d’une part, les revendications pakistanaises d’autre part, incitaient la Nouvelle Delhi à rejoindre les cinq puissances nucléaires reconnues. Mais ce n’est que dix ans plus tard, en 1974 qu’eut lieu, dans le Râjasthân, la première expérimentation atomique indienne (essais de la série dite du « Bouddha souriant »).
L’Inde et la Chine se trouvaient, dès lors dans un état de dissuasion mutuelle. Et ce sera le cas avec le Pakistan, celui-ci détenant aussi « la bombe ». (Cinq essais dans le désert du Baloutchistan, 1998).

Avec succès les techniciens indiens ont travaillé à la réalisation des vecteurs de l’atome. Leur missile à carburant solide a une portée de 3 500 kilomètres.

Missile Agni II

L’Inde a acquis deux sous-marins d’attaque nucléaires et aussi le porte-avions russe « amiral Gorshkov », espérant se donner une force capable de représailles à l’agression.

Porte-avions « Amiral Gorshkov »

Projet ATV sous-marin nucléaire construit par l’Inde

La Nouvelle Delhi peut spéculer sur la rivalité naturelle qui l’oppose à la Chine, mais pacifiquement, la dissuasion imposant le renoncement aux hostilités ouvertes. C’est ainsi qu’en sa faveur, et ayant la Chine en vue, les Etats-Unis ont fait exception à la règle et ont décidé d’aider l’Inde (et son programme nucléaire) bien qu’elle n’accepte pas le contrôle international de ses installations nucléaires.

G.W. Bush et le Premier ministre indien Manmohan Singh

L’Inde est donc en passe d’être une puissance atomique reconnue, jouissant des mêmes privilèges que les cinq premières puissances atomiques, chronologiquement parlant.
Sa sécurité assurée et internationalement reconnues ses ambitions de très grande puissance,  l’Inde s’est lancée à l’assaut des marchés mondiaux. Tata l’aciériste aux multiples activités industrielles et commerciales vient d’acquérir le britannique Corus.
Après son OPA réussie sur Arcelor, Mittal est devenu le premier producteur d’acier, réalisant un chiffre d’affaires de près de 90 milliards d’euros. A Arcelor, il vient d’ajouter deux divisions de l’aciériste français Vallourec

La firme pharmaceutique indienne Ranbaxy est maintenant présente dans la plupart des grands pays où elle contrôle les entreprises de santé locales. Le conglomérat indien Reliance, (énergies fossiles, télécommunications, finances) s’attaque à Carrefour et voudrait aussi s’approprier RE power qui construit des éoliennes. Une autre firme indienne a cherché à acquérir les champagnes Taittinger tandis que les United Breweries offraient 750 millions de dollars pour détenir l’écossais Whyte and Mackay.

Le groupe Infosys, spécialisé dans les servies informatiques, exporte aussi ses logiciels et ses systèmes de gérance à distance. En 2004 déjà ces exportations avaient rapporté plus de 12 milliards de dollars en rémunération des entreprises informatiques installées à Bangalore, capitale scientifique de l’Inde.

Lors de la visite de Vladimir Poutine en Inde (janvier 2007) la Nouvelle Delhi a offert de participer à concurrence de 1 milliard de dollars à une entreprise commune de prospection pétrolière en Sibérie. (Sakhaline - 1) et la société indienne Reliance investirait dans les entreprises de raffinage russes. Le président Poutine, de son côté a proposé à l’Inde de lui fournir quatre réacteurs nucléaires en plus des deux en construction. Pour le premier ministre indien Manmohan Sing … « La sécurité en matière d’énergie est la plus importante dimension de notre entente stratégique… la position de la Russie en tant que leader mondial en ce qui concerne l’énergie est largement reconnue ». L’Inde recherche la double bénédiction de Moscou et de Washington.

A Washington justement, les experts financiers évoquent à satiété les brillantes perspectives de l’Inde : une croissance de 8 % l’an… depuis 2003, l’activité commerciale a augmenté de 25 % chaque année, le PIB per capita serait multiplié  par quatre d’ici à 2020 et l’économie indienne, après la chinoise, devrait dépasser celle des Etats-Unis en 2050.

L’Inde se lance également dans l’aventure spatiale : fusée indienne « Polar Satellite Launch Vehicle »

La présente génération bénéficie d’une croissance mondiale inégalée encore récemment. Sans doute y contribuent les deux flux financiers décrits dans les pages précédentes et résumés comme suit :

- Le coût élevé des hydrocarbures croissant encore avec la demande, conjugué à la raréfaction, procure encore, et pour quelques décennies seulement, des sommes considérables. Nous dirons qu’il est la source « d’argent facile » (une fois consentis de lourds investissements).

- La production en masse, et à bon compte de produits manufacturés, créatrice de vastes ressources, celles-ci acquises par le travail peu rémunéré, en somme « l’argent de l’effort ».

Il en résulte une abondance de liquidités dont l’emploi, pour une part, décide de l’économie générale de la planète.

Or, la mondialisation a soumis les échanges au principe des vases communicants. Hier, en mesure de satisfaire eux-mêmes à la fois leur frénésie de consommation et leur rayonnement, les « anciennement industrialisés » aux salaires élevés sont, maintenant, en quête d’autres activités, celles qu’ils déployaient ne pouvant rivaliser avec la production des pays à bas salaires, entendez les deux puissances milliardaires en vies humaines. Et ces activités risquent d’être relativement mineures au regard de celles auxquelles il leur faut renoncer. En revanche, les ressources nouvelles des ex-grands pétroliers, et surtout celles des deux géants de la zone Asie-Pacifique, leur permettent d’acquérir le savoir-faire des « anciennement industrialisés » pour, à leur place, satisfaire leurs propres besoins et ceux du reste de l’humanité. Ce faisant ils s’approprient, pour transformation, les matières premières que détient le tiers-monde et, dans une certaine mesure, freinent sa marche vers la précarité. Résultat : le Fonds monétaire international affiche de satisfaisantes prévisions de croissance pour 2007 avec plus de 5 %. Et, pour une part, en raison du coût modeste de la production sino-indienne, l’abondance des liquidités n’est pas source d’inflation, d’augmentation des taux d’intérêt.

Sécheresse....

En dépit de ces marques d’optimisme la situation socio-économique générale demeure préoccupante,  pour une centaine de nations les revenus per capita mesurés en capacité de pouvoir d’achat seraient inférieurs à ce qu’ils étaient il y a un quart de siècle. Un milliard n’aurait pas accès à l’eau saine, trois milliards doivent subsister avec un revenu annuel moyen de 800 dollars et avec l’accentuation de l’urbanisation, un milliard au moins habite des bidonvilles.

« En 2030, les experts  estiment  que  la population vivant  dans des bidonvilles  aura doublé pour atteindre 2 milliards  d'individus » 

Quelque 400 familles détiendraient la moitié de la fortune mondiale.
Certes, le nombre des milliardaires en dollars a augmenté dans le même temps qu’au cours des trois dernières années, leur fortune, en moyenne, a crû de près de 60 %. Ils seraient un millier mais leur nombre aussi va augmenter, en Chine, Inde, Russie, rejoignant et dépassant ceux des Etats-Unis, du Mexique, du Brésil, d’Europe.
C’est que là où, pour le plus grand nombre, régnait la précarité, voire la misère, abondent maintenant, les milliardaires. Ceux de la Chine et de l’Inde, de Russie également vont trouver dans les nouvelles activités des ex-grands vendeurs de pétrole au Moyen-Orient les centres de loisirs et les résidences de haut luxe à la mesure de leur fortune.

Palm Island , un des plus importants projets immobiliers de grand luxe actuels.
Littoral de Dubaï

Ainsi, entre les fruits de l’argent du travail à bas prix et ceux du pétrole cher va s’établir une complémentarité inattendue.

Juillet 2007, Général Pierre Marie Gallois
                  

(1) Sont membres de l’OPEC : l’Algérie, le Gabon, l’Indonésie, l’Iran, l’Irak, le Koweït, la Libye, le Nigeria, le Qatar, l’Arabie Saoudite, le Venezuela, et les Emirats Arabes Unis.
( 2) Les avoirs ainsi détenus dans les pays occidentaux dépasseraient 1 000 milliards de dollars
(3) Déjà 30 millions de passagers en 2006

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