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Pendant que certains préparaient les parasols, vacances obligent…

Le général Pierre Marie Gallois nous préparait  un dossier de taille…
Du « Bouclier belliqueux » !
Toujours remonter dans le temps pour comprendre notre présent et penser notre futur.
Un travail de maître !

Tir d’un missile antibalistique américain Arrow

Encore merci, mon Général.

Portemont, le 2 août 2007

Un « bouclier belliqueux »

Voici, maintenant, que le « péril balistique » renouvelle et entretient la « guerre froide » et mobilise à nouveau, dans de nombreux Etats, leur communauté scientifique appelée à lui trouver une parade.

L’engin à trajectoire balistique – et aussi le missile dit de croisière –
sont des armes d’autant plus redoutables qu’il n’existe encore aucun moyen de les neutraliser à coup sûr et qu’elles peuvent, en quelques minutes, exercer d’insupportables  ravages, de surcroît en bénéficiant de l’effet de surprise puisque leur mise en œuvre ne nécessite pas d’opérations de mobilisation assez spectaculaires pour donner l’alerte.

Aussi, plusieurs dizaines  de pays – et pas seulement les grandes puissances industrielles mais des Etats dits émergents – ont-ils ajouté ces armes à leur modeste panoplie militaire. Et ce dès le milieu des années 60 (1). Les pressions diplomatiques exercées par les grands Etats nucléairement nantis, désireux de se réserver les privilèges que confère l’atome « militarisé » avaient signé un accord établissant – internationalement – un « Régime de contrôle de la technicité des missiles (2) (MTCR, sigle anglo-saxon) et en ont négocié l’application avec Moscou, principal fournisseur d’engins balistiques (à courte et moyenne portée). En décembre 1989, à Paris, les Soviétiques avaient décidé de participer activement au dispositif destiné  à freiner la prolifération de cet armement mais, cependant avec de nombreuses réserves :

- Le traité devait tenir compte des exigences de la sécurité des Etats.

- Il ne devait pas prohiber la coopération internationale en ce qui concerne l’exploration de l’espace, la recherche géophysique et la prospection météorologique, disciplines ayant recours aux mêmes techniques que celles de l’engin balistique.

- Enfin, Moscou reprochait aux «Occidentaux » d’imposer aux autres des restrictions qu’ils n’acceptaient pas pour eux-mêmes. (Par exemple en ravitaillant l’Etat d’Israël : engin « Jéricho »).

Missile « Jericho I »

MD 620 Jericho (Dassault)

Toutefois, après avoir exporté largement ses engins « Scud », « Frog », « Sepal », « SS 21 », « Scarab »,le Kremlin refusa d’accéder aux demandes de la Syrie, de l’Irak, Corée du Nord, Iran, Libye, Algérie…) Gorbatchev souhaitant faire cause commune – sur ce point  – avec les Occidentaux.

Mais les institutions à vocation internationale ne réussirent pas à mettre sur pied un système de protection planétaire.  La multiplication des Etats possédant des engins balistiques à courte et moyenne portée, associée à la menace d’une certaine prolifération des techniques de destruction massive incitèrent les deux superpuissances suivies par leurs grands alliés, à procéder à deux démarches :
-Par des négociations et des traités internationalement applicables limiter et même si possible interdire, l’accès à la maîtrise des sciences  de la balistique, et plus généralement tout commerce de cet armement.

Après d’autres tentatives similaires et avant de nouvelles entreprises analogues, le MTCR évoqué précédemment visait les engins balistiques les plus répandus, ceux des pays émergents trop nombreux pour faire l’objet d’accords tels que les textes bilatéraux  conclus par Washington et Moscou et relatifs au contrôle de leurs engins de portée intercontinentale (tels les SALT et le START).

Signature du traité « SALT » 1974

- Concevoir, construire et déployer des systèmes  d’armes anti-missiles  et transposer  à la lutte contre les engins balistiques – et les engins guidés – les enseignements  et les techniques  depuis longtemps éprouvés de la défense aérienne, ajouter ainsi à la DCA, la DCM (pour défense contre missiles version française de l’ABM anglo- saxon pour « anti ballistic  missiles » si fâcheusement utilisé par les média français, c’était s’inscrire  dans l’opposition  millénaire entre la flèche, la lance, l’épée d’un côté, le bouclier, le rempart de l’autre. Mais, maintenant, le missile fonce sur l’objectif  à une vitesse supersonique, bénéficie de divers procédés de guidage, satellitaire  et radar terminal et, en très petit nombre pourrait suffire à emporter la décision.

Il y a plus d’un demi-siècle que l’engin balistique, puis le missile de croisière  figurent dans les panoplies d’un nombre croissant d’Etats et, pourtant la parade est techniquement si difficile à réaliser et le coût d’un système antimissile réellement efficace si exorbitant que les Etats se sont entendus – à diverses reprises  –
pour conjurer la menace balistique soit en la contournant, soit en l’abordant de face pour se résoudre à l’échec.

                   Traité américano-soviétique de DCM de 1972

Le texte du traité de Moscou aurait pu avoir pour titre « Traité de la destruction mutuelle assurée ». C’était la première fois, dans l’Histoire que deux puissances garantissaient leur existence sur la certitude que doit avoir chacune des parties contractantes de pouvoir détruire, jusque dans leurs fondements, la société et les biens de l’autre signataire.

En effet, si les deux Grands limitaient leurs armements  nucléaires offensifs (3) ils s’engageraient à ne déployer que cent missiles  intercepteurs pour assurer la défense de leur capitale respective, le satellite effectuant le contrôle de ce déploiement (Washington, d’ailleurs renoncera à « protéger » ainsi la capitale).
Faute d’être en mesure de conjurer le péril balistique, Moscou et Washington s’étaient entendus pour le placer – si paradoxal que cela paraisse  –
au service de leur sécurité respective, la perspective d’avoir à « absorber » une salve de missiles nucléaires leur apparaissant, de part et d’autre, absolument inconcevable, donc mutuellement dissuasive. (4).

Bien qu’il ait déçu ses signataires – Nixon et Kissinger  – le traité de Moscou aurait pu gérer longtemps la rivalité stratégique des deux « Grands ». Outre-Atlantique on lui reprochait de freiner les études et les recherches en matière d’interception,   par exemple, celles relatives aux moyens d’intervenir dans l’espace contre les satellites espions ennemis, ou en vue de protéger les satellites amis. Mais ce sont les événements survenus à la fois hors de l’URSS et des Etats-Unis qui amenèrent Washington à dénoncer l’accord de Moscou.

S’il était communément admis que les cinq puissances ayant procédé à des expérimentations nucléaires avant janvier 1967, soient les Etats-Unis, l’URSS, la Grande-Bretagne, la France et la Chine (officieusement l’Etat d’Israël) et avaient des droits spéciaux, en revanche ces privilégiés entendaient  se réserver les avantages afférents à la possession de l’atome militarisé. Aussi étaient-ils  tous les cinq, officiellement du moins opposés à la « prolifération horizontale et partisans d’une prolifération verticale limitée à la modernisation de leur panoplie nucléaire.

Mais l’Inde, en 1974, puis le Pakistan, suivis un quart de siècle plus tard par la Corée du Nord et maintenant très vraisemblablement par l’Iran, accédèrent au club des nantis, si bien qu’à Washington l’on s’est résigné à s’accommoder d’un monde aux nombreux pôles de puissances atomiques.

De surcroît lors de la guerre dite du Kippour, Moscou avait fait largement commerce de ses engins balistiques à courte portée (« Scud B », « Frog 7 », vendus à l’Egypte, à l’Iran, à la Syrie, la Libye, la Corée du Nord et le Yémen).

Scud B
Frog 7

 Pareil environnement invitait à reprendre et à développer les études et les recherches visant à neutraliser la menace balistique par le déploiement d’un système défensif fondé sur les derniers acquis scientifiques. Avec « l’Initiative de Défense Stratégique » (1983) le président Reagan s’engagea résolument dans cette voie.

                   L’Initiative de Défense Stragégique (ou IDS)

D’après les services de renseignements d’Outre-Atlantique, depuis 1975 (et jusqu’en 1983) les Soviétiques auraient dépensé deux fois plus que les Etats-Unis pour le perfectionnement de leur appareil militaire. Dans son étude intitulée « Le Pentagone et l’art de la Guerre », Edward Luttwak résumait comme suit : … «  la longue nuit des économies militaires américaines : entre 1974 et 1983 les Soviétiques auraient construit 2035 missiles balistiques et les Américains 346. Les usines du Pacte de Varsovie ont livré 27.850 nouveaux chars d’assaut et celles des pays de l’OTAN, 10.450. Les chantiers navals russes ont mis à la mer 33 sous-marins nucléaires lance-missiles dans le même temps alors que les Etats-Unis n’en construisaient que 2… ».
A peine installé à la Maison-Blanche, en janvier 1981 Ronald Reagan déclara : « il fut un temps où nous étions capables de compenser la supériorité  numérique des Soviétiques par une meilleure qualité. Mais, aujourd’hui, ils construisent des armes aussi évoluées et aussi modernes que les nôtres ». En matière d’armements, la plus puissante des démocraties  était nettement distancée par la plus puissante  des autocraties. Pour que la première l’emporte sur la seconde, il fallait que celle-là dépasse la rivalité entre armements traditionnels – ou devenus tels avec le nucléaire  – et règne dans l’espace en y surpassant, et de loin, le « Spoutnik » soviétique et ses dérivés. Aussi, le président Reagan termina-t-il  son discours annuel de 1983 sur la sécurité de l’Union par l’annonce  d’une nouvelle stratégie « capable de changer le cours de l’Histoire ».
« Même si nous obtenons un équilibre nucléaire stable, il faudra s’en remettre au spectre des représailles  et des menaces mutuelles, triste situation pour la condition humaine…. Après avoir longtemps consulté  mes conseillers, y compris l’état-major combiné, je crois qu’il existe un moyen d’assurer une stabilité durable… Nous allons nous engager dans un programme de recherche qui vise à éliminer,  par des mesures  défensives, la terrible menace que matérialisent les missiles soviétiques… Je sais que c’est là une tâche formidable, qui ne peut aboutir avant la fin de ce siècle, mais la technologie a maintenant atteint un tel degré de perfection qu’il apparaît raisonnable d’orienter ainsi nos efforts ».
En somme, recourir à l’avance scientifique pour « détruire les armes de l’assaillant (éventuel) plutôt que de se venger des ravages qu’elles auraient exercés (si les représailles n’étaient pas redoutées) ».
Rien de plus populaire, outre-Atlantique que de faire appel aux exploits futurs de la science et que d’évoquer la morale.
Mais il s’agissait  de la militarisation de l’espace, devenu le théâtre de milliers d’engins anti-engins  destinés  à l’interception de quelque 10.000 ogives atomiques soviétiques projetées  vers les objectifs stratégiques  américains par 1400 à 1600 missiles  ennemis. Dépenses  initiales : 260 milliards de dollars.
                                                                                                                  
Quelques semaines  après la déclaration du président Reagan, plus de 200 scientifiques soviétiques publièrent une lettre de protestation dans le « New-York Times ». C’était une manière de justifier leurs propres travaux conduits plus discrètement  alors que la « Grande démocratie » avait dû recourir au spectaculaire pour obtenir le support de l’opinion. Pour eux, il n’était pas tolérable de déployer des armes  dans l’espace, domaine international… « une nouvelle course aux armements, cette fois au-dessus de nos têtes amplifierait encore davantage l’animosité entre nos deux pays ». Etudier la défense anti-missiles, en laboratoire et à terre, est admissible  mais pas le déploiement envisagé par Reagan et ses spécialistes de l’Initiative de Défense Stratégique. Il implique un empiètement insupportable dans l’espace  soviétique. L’argument sera repris vingt-quatre ans plus tard avec le projet d’implantation  de radars et de batteries d’intercepteurs en Europe de l’Est,  « proche étranger » de la Russie.
En 1967, le Pentagone avait étudié l’installation d’un système de défense protégeant une trentaine de cités américaines, dans l’hypothèse où celles-ci seraient menacées par une centaine de missiles balistique (Russes ? Chinois demain ?). Les engins intercepteurs (défensifs) étaient des « Sprint » (défense rapprochée) et des  « Spartan » (interception à distance) avec leur portée de 600 kilomètres.

Mais le choix des localités défendues posait de graves problèmes de politique intérieure et finalement, le gouvernement américain envisagea de se borner à défendre les silos abritant les engins stratégiques Titan et Minuteman formant la force de représailles stratégiques basée à terre.

Missile "Minuteman"

Missile Titan II

A la suite de la signature du traité de Moscou de 1972, la Maison-Blanche  renonça en 1975 à entretenir ce système (alors que le Kremlin, avec le sien, assurait la défense anti-missiles de sa capitale). A l’époque les démarches  anti-missiles  des Américains n’avaient pas provoqué les protestations moscovites car elles n’intéressaient que le territoire des Etats-Unis et n’impliquaient pas une avance scientifique et technique qui déséquilibrerait  l’état des connaissances  respectives des deux puissances. Ce qui ne sera pas le cas des ambitions  du général Abrahamson, directeur de l’IDS, et de son équipe de scientifiques  et de techniciens  de haut niveau affichant leur volonté de spéculer sur des armes spatiales  encore jamais  réalisées.

Comment anéantir l’énorme potentiel de destruction soviétique sinon en mobilisant la communauté scientifique des Etats-Unis – dont Edward Teller le concepteur de l’arme thermonucléaire, Hans Bethe, G. Keyworth ?  Ceux-ci imaginèrent un ensemble  de solutions complémentaires incorporant les faisceaux de lumière cohérente, les flux de particules neutres accélérées, les ondes micrométriques, les projectiles hypersoniques, les précisions requises sur de longues distances, se mesurant en millionième de radian (5).

Mais au fur et à mesure que, des bureaux d’études et des laboratoires les scientifiques en venaient aux premières réalisations et aux expérimentations initiales, les obstacles à surmonter se révélèrent infranchissables. Les opposants à l’IDS ne manquèrent pas de souligner que cet ambitieux  système défensif ne pourrait jamais être testé en vraie grandeur et que des milliards étaient dépensés sur un pari dont grande était la probabilité qu’il serait perdu. Les événements survenus en Irak démontraient  que la priorité était à la protection des corps expéditionnaires américains engagés outre-mer d’autant que le démembrement de l’Union soviétique éliminait la principale justification du programme Reagan.

L’administration Clinton renonça à l’IDS et le nouveau Secrétaire à la Défense, Les (Leslie) Aspin réduisit les crédits correspondants  dans le projet de budget pour 1994 (ceux-ci passant de 6.3 milliards de dollars à 8.8 milliards). L’IDS devient le GPALS (pour « Protection Globale contre des attaques limitées ») avec deux objectifs : protéger les corps expéditionnaires  américains – et alliés – sur les théâtres d’opérations extérieures, d’une part et défendre le territoire des Etats-Unis de salves balistique limitées, accidentelles ou intentionnelles d’autre part. Le déploiement de satellites  et d’intercepteurs basés à terre formeraient le système dit « Brilliant Pebbles » (ou « Brillants cailloux »).

« Complete GPALS Architecture »

A l’aube du nouveau siècle, les experts d’outre-atlantique estimaient que 15 Etats du tiers-monde pourront construire et déployer des missiles balistiques dont 10 auront la capacité de se doter d’armes biologiques, une trentaine de puissances s’armant d’ogives chimiques. D’où la nécessité, pour les Etats-Unis, de poursuivre leur politique de défense anti-missiles. Ainsi, en 1991, le Pentagone envisageait l’édification de six centres défensifs, dotés chacun d’une centaine d’engins sol-air intercepteurs, les « cailloux brillants » détectant les trajectoires  hostiles au-dessus de l’atmosphère, les missiles à longue portée culminant à ces altitudes et les « cailloux brillants » devenaient les « yeux brillants ». Ces projets  ne furent pas contestés par Moscou qui, de son côté, avait cherché à déployer un système défensif analogue.

En 1992, George Bush et Boris Eltsine s’étaient entendus sur la mise en place d’un système de protection planétaire et, à Rome, se tint un colloque sur le sujet, colloque auquel Russes et Américains participèrent. Dans un premier temps Washington et Moscou se communiqueraient  les informations fournies par leur système national d’alerte lointaine. Dans un second,  des alliés  des deux camps seraient invités à se joindre au système défensif. Enfin  dans un troisième seraient mis sur pied une force défensive multinationale  et un Centre de protection planétaire, analogue à celui qui garde l’espace nord-américain et qui dirigerait les opérations de veille et éventuellement les interventions contre les engins offensifs. L’OTAN fut informée de ce projet ambitieux, mais la démarche n’aboutit pas.
En somme, les deux superpuissances  avaient été proches de souscrire à une solution globale pour conjurer le péril balistique. En ce qui concerne la Russie, elle admettait de partager le contrôle de l’espace au-dessus  du globe terrestre mais à condition que les installations  terrestres nécessaires  ne soient point le prétexte de l’investissement de la Russie, les Etats-Unis s’installant sur les territoires de son « proche étranger ».

Les projets de défense anti-missiles – défense globale et défense locale des interventions (américaines) outre-mer – relèvent des capacités scientifiques, techniques et financières des Etats-Unis et de la Russie. Les pays européens  accusent un tel retard qu’ils dépendent des deux puissances. En France, l’Académie de l’Air et de l’Espace avait publié une remarquable  étude sur ce sujet (en 2004). « Le coût d’une éventuelle défense n’est pas supportable  par un seul Etat européen, il doit être partagé sinon entre tous les Etats européens, du moins entre la majorité d’entre eux ». C’est là un « cliché » communément admis : « l’union fait la force », à l’Union de réaliser ce qui dépasse les moyens nationaux… etc.. La réalité dément la pertinence de ces expressions. La « construction européenne » a déconstruit les industries nationales  et patents sont les échecs de la fameuse « coopération européenne ». En témoignent les balbutiements  du système spatial « Galileo »  – trente ans après les réalisations  américaines –  et dont le financement collectif n’est pas encore assuré ; les délais  de réalisation de l’avion de transport A 400 M, jugé nécessaire en 1992 et dont le prototype n’a pas encore volé ; la perte pour la France du marché des avions de combat au profit des firmes américaines  et anglo-allemandes ; les  cafouillages du lancement du 2ème porte-avions, la piteuse aventure de EADS, le gouvernement de Jospin ayant privatisé la prestigieuse « Aérospatiale » et mis sur pied une entreprise politique  et non industrielle, donc non viable.

EADS A 400 M

Néanmoins, les spécialistes  français de défense anti-missiles  réclament que « l’Europe » (laquelle ?) démarre les études suivantes :
- Satellites d’observation, détection lointaine exo atmosphérique.
- Radar à très longe portée.
- Véhicule d’interception terminale.

En ce qui concerne la France, elle a étudié ces trois composantes, mais pour prendre à partie des missiles balistiques à courte portée. Compter sur « l’Europe » pour passer des  courtes portées aux longues portées, c’est, en fait, s’en remettre aux Etats-Unis.

Initialement, d’ambitions « relativement modestes », le projet américain en se développant se heurtera-t-il à l’hostilité de Moscou. Rappelons qu’en mai 2000, le président Bush avait décrit sommairement le futur bouclier spatial de son pays et aussi annoncé  la renégociation du traité de Moscou de 1972 limitant les DCM respectives.

A l’époque il n’était question « que » de :
- Deux sites d’interception.
- Une trentaine  de satellites.
- Une quinzaine de radars de détection lointaine, installés en Alaska, Californie au Cap Cod, Groenland, Grande-Bretagne, Norvège (mal accepté par le gouvernement d’Oslo, ce radar surveillant la zone des essais russes).

Ultérieurement, un centre défensif (avec une centaine d’engins intercepteurs) et un radar à Grand Forks (Dakota du Nord) devaient compléter le déploiement, mais Richard Garwin, scientifique faisant autorité, avait aussi suggéré de créer une base d’intercepteurs  à Vladivostok, une aussi en Azerbaïdjan, voire au Koweït pour faire face à la menace iranienne. Les experts des Etats-Unis ont souhaité, également, disposer  d’un radar implanté à Mischelevka, en Sibérie orientale.

Evaluation du coût de ce système, les empiétements dans le domaine russe étant mis à part : 50 à 60 millions de dollars. Les conséquences politiques du projet incitèrent l’ONU à le condamner. Il suscita même l’opposition de quelques membres du Congrès (dont le Sénateur Helms), les protestations de la Chine et même les réserves de l’Australie.

En juin 2000, à la veille d’une rencontre USA-Russie à Moscou, M. V. Poutine s’était montré conciliant :  … « Si les Etats-Unis veulent ne se défendre que des pays imprévisibles, qu’ils mènent des efforts communs avec la Russie et les alliés en Europe ».

M. Clinton fit la sourde oreille rejetant une éventuelle collaboration avec Moscou (qui, pourtant, possédait un excellent engin intercepteur, le S 300 plus performant que le « Patriot » américain).

Le « S 300 »

Le « Patriot »

Conformément à sa campagne électorale, en décembre 2002, le président Bush annonça le commencement du déploiement de la nouvelle DCM américaine, celle-ci devenant opérationnelle en octobre 2004 (avant la réélection du président). Aux sites d’interceptions basées à terre, l’US Navy ajoutait  3 croiseurs équipés du système antimissile AEGIS. En 2010, 2015 un Boeing 747-400 équipé d’un laser chimique pourrait démontrer qu’il est possible  de détruire les missiles à longue portée durant la phase initiale de leur ascension (ne durant que 3 à 5 minutes). Une demi-douzaine de satellites devraient être placée sur orbite afin de permettre la détection des départs et l’interception durant la phase propulsée. Outre-Atlantique  la performance scientifique fait rêver.
En matière de prospection technique, les planificateurs sont à l’aise. Sur le terrain les réalisateurs  le sont moins. Ainsi, sur la dizaine d’essais  et interceptions menés de 1997 à 2004, et dont l’opinion eut connaissance, un sur deux se solda par un échec. Sans décourager le Pentagone qui, en 2006, envisageait l’installation, en Europe, de dix sites d’interception, lesquels  seraient opérationnels  en 2012. Ces sites seraient localisés  en Pologne, République Tchèque et Hongrie, voire dans d’autres pays de l’Est européen devenus membres de l’OTAN.
Plus précisément à Gdynia, au nord de la Pologne, près de Varsovie, au centre, à Rzeszow, au sud, la population polonaise, en général, étant fort réservée malgré l’importance pour elle d’une présence militaire américaine. La République Tchèque hériterait  d’un puissant radar implanté à Jince, mais Moscou serait consulté. A Dresde, l’ancien chancelier  allemand, M. Schröder, prit aussitôt parti pour la Russie. … « C’est une tentative d’établir une absurde  politique d’encerclement, une politique qui n’est pas dans l’intérêt de l’Europe ». (11 mars 2007). Il faisait écho au ministre russe de la Défense, S. Ivannov affirmant que … « ni l’Iran, ni la Corée du Nord n’ont la capacité  de construire un engin  à longue portée, atteignant l’Europe ».
Au sommet du G 8 réuni à Heiligendamm, au début de juin dernier, Vladimir Poutine avança une proposition bien embarrassante pour George Bush : en substance  « puisque vous visez l’Iran pourquoi ne pas utiliser un radar russe, situé près de la ville Gabala et qui avait eu pour mission de surveiller l’espace au sud et à l’Est, du Caire au nord de l’Océan Indien (à l’époque où l’Iran des Pahlavi était pro-américain, durant la « Guerre froide ») ?
Les troupes russes ont quitté l’Azerbaïdjan en 1993 mais, en 2006, Bakou leur a loué l’emplacement de Garbala pour dix ans si bien que Moscou peut en disposer. C’est un atout inattendu dans son jeu, car devenu américano-russe, ce radar modernisé, élimine les  installations  spécifiquement américaines  à l’Ouest sur le sol du « proche étranger » de la Russie, installations qui n’ont plus de justification stratégique si celle-ci n’est pas la cible des Etats-Unis.
Désireux d’apaiser l’irritation de Moscou, George Bush invita Vladimir Poutine à passer quelques jours dans sa résidence de l’Etat du Maine.
Reprenant son idée de hisser au niveau multinational le système de sécurité menacé par la généralisation des armes balistiques, V. Poutine proposa, à nouveau, non seulement de moderniser le radar de Garbala mais de lui ajouter d’autres dispositifs de surveillance. En vain, George Bush demeura inébranlable : il tenait à l’implantation des installations américaines  en Pologne et en République Tchèque. Quitte à heurter de front le Kremlin.
C’est que la démarche américaine s’inscrit dans un grand dessein de politique extérieure au succès  duquel les Etats-Unis ont, le plus souvent, en vain d’ailleurs, consenti d’énormes sacrifices.
Ce grand dessein est celui qui, depuis un demi-siècle – et probablement pour un demi-siècle encore – a décidé et décidera directement et indirectement, des tensions qui les opposent aux autres Etats industrialisés cherchant à s’assurer la disposition des énergies fossiles indispensables à la poursuite de leur développement accéléré. Il se trouve que la répartition naturelle de ces ressources  est loin de correspondre à la géographie économique du monde. Les impératifs de la consommation se manifestent sous d’autres cieux que les lieux de production, d’où des convoitises plus ou moins belliqueuses  et des voies d’acheminement devenues des lignes stratégiques vitales pour les bénéficiaires des flux énergétiques.
Tous les moyens sont bons pour atteindre les objectifs d’un tel grand dessein. Y compris le recours à la force des armes, mais en le justifiant. Voici comment :
-Etendre au reste du monde les bienfaits de la démocratie.
-Combattre le terrorisme après, d’ailleurs, avoir réuni les conditions de son expansion et de sa vigueur.
-Lutter contre la prolifération horizontale des armes de destruction massive (nucléaires, biologiques, chimiques…) et contrôler les voies maritimes et terrestres par où peuvent transiter les matériels proscrits.
-Disputer aux puissances émergeantes rivales les approvisionnements en énergie nécessaire à leur développement.
-Plus récemment, enfin, invoquer le péril balistique et, pour s’en défendre, occuper militairement des positions stratégiques en terres étrangères, là où la présence militaire peut contribuer au succès du « grand dessein ».
Selon les circonstances, utilisés successivement ou simultanément, ces divers prétextes ont permis aux grandes démocraties d’obtenir l’adhésion de leurs peuples et les moyens d’engager des corps expéditionnaires là où leur politique hégémonique exigeait le recours à la force. De quoi « tiédir » la guerre froide d’antan et même de répandre la destruction, la misère, le chaos, justifiant  les haines et les désirs de vengeance.
Aussi le « grand dessein » a-t-il provoqué un puissant « contre grand dessein » dressant à nouveau une large fraction du monde contre l’autre dans un combat à la fois symétrique – la rivalité des productions – et asymétrique avec le recours unilatéral au terrorisme.
En simplifiant l’exposé d’une situation complexe, rangeons d’un côté les Etats et l’Europe, les grands industrialisés d’hier, et de l’autre, les peuples accédant, à leur tour, dans l’indépendance, à la puissance,  tels la Chine, l’Inde, la nouvelle Russie, et à une autre échelle, les pétroliers paradoxalement enrichis par la raréfaction de leurs ressources énergétiques.
Les premiers cherchent à prolonger leur pouvoir hégémonique et, cela notamment, grâce à l’OTAN, « sortie de ses gonds » pour en venir à gendarmer la planète tandis que les seconds agençant la contre-offensive par des organisations telles que le « Groupe de Shanghai » ou les ententes entre économies complémentaires (BRIC : Brésil, Russie, Inde, Chine) empruntent la voie ouverte dans le passé par les protagonistes de la révolution industrielle et sont en passe de les devancer.
C’est ainsi que les Etats-Unis, nationalement ou par le truchement de l’OTAN sont, maintenant, militairement présents au Tadjikistan, près de la frontière occidentale de la Chine et à plus de 5.000 kilomètres des positions proches du méridien de Berlin qu’ils occupaient durant la guerre froide. Ils sont aussi fortement présents au Japon, en Corée du Sud, en Mongolie, indirectement à Taiwan tandis que leur flotte croise dans le Pacifique nord.  Pékin voit là une vaste manœuvre d’encerclement. Sans déploiement militaire symétrique, la Chine y répond par  l’expansion de sa main-d’œuvre en disputant à l’Occident les ressources du continent africain et d’Amérique latine. C’est également une forme d’investissement de l’expansion  du  monde  atlantique, mais il est économico-démographique  et n’a rien de belliqueux.
Washington estime que le fameux bouclier anti-missile  leur permet sans casus belli de prendre position tout autour de ces puissances euro asiatiques (Russie, Chine, Inde, Iran) qui représentent un formidable potentiel humain et matériel.
Il ne s’agit plus d’une rivalité belliqueuse – figée par l’atome – entre les tenants de l’économie de marché et ceux de l’économie planifiée, entre les démocraties et les autocraties, mais d’une aussi dangereuse compétition (6) entre des potentiels de production et leurs exigences respectives en énergies et matières premières. Celles-ci  n’étant pas inépuisables  le différend est bien plus grave.

Juin 2007 - Général Pierre Marie Gallois

 

(1) Voir Annexe, paragraphe. (a)
(2) Voir Annexe, paragraphe. (b)
(3) Le traité n’interdisait  pas la multiplication  des  ogives  nucléaires  lancées  par chaque missile autorisé. Aussi le potentiel  de  destruction  réel  de deux  signataires  sera-t-il considérablement   augmenté  et rendu  plus aléatoire  encore  que les systèmes de défense anti- missiles.
(4) Voir Annexe,  paragraphe. (c)
(5) Déjà, en juin 1985 un faisceau  laser avait  été réfléchi par un miroir fixé sur le revêtement  de la navette spatiale « Discovery II » qui filait à 28.000 Km/heure  à près de 400 kilomètres de la Terre. Ce n’était qu’un laser de  4 watts, soit 10 millions  de fois moins « puissant » que le laser requis pour détruire  à distance  les missiles balistiques  au sortir de leur silo, durant  la phase  propulsée.
6) Peu à peu s’effiloche l’architecture  de désarmement  dont la « guerre froide » avait  nécessité l’édification : le traité sur la limitation  des armements  stratégiques  et des systèmes  défensifs (1972) est caduc  depuis  2002. Le traité  d’interdiction complète  des essais nucléaires (1996) n’a pas été ratifié par les Etats-Unis, la Russie, la Chine. Et Moscou menace  maintenant  de dénoncer  le traité  de réduction  des forces classiques en Europe (de novembre 1990, révisé en novembre 1999).

Annexe

a) Dès le début des années 90, les engins à courte et moyenne portée (plus de 300 Km et 3000 Km pour les portées intermédiaires) étaient mis en œuvre par un grand nombre d’Etats autres que les Cinq grands :
-Afghanistan, Algérie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Bulgarie, Corée du Nord, Egypte, Georgie, Hongrie, Inde, Iran, Irak, Kazakhstan, Libye, Pakistan, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Syrie, République Tchèque, Ukraine, Vietnam, Yémen. Depuis, la modification des statuts de certains d’entre eux, par exemple l’Afghanistan et l’Irak, a altéré cette liste qui présente l’intérêt de montrer l’ampleur de la dissémination  de ces armes et des techniques afférentes.
En ce qui concerne les portées  intermédiaires – au-dessus  de 300 Km et au-dessous  de 3000, il faut énumérer les pays qui furent équipés d’engins d’origine soviétique « SS 23 » (Bulgarie, Slovénie, République Tchèque) puis l’Etat d’Israël (Jericho 1 et 2) et aussi la Corée du Nord, l’Iran, la Libye, la Syrie qui reçurent des «Scud C» soviétiques, enfin l’Arabie Saoudite dotée de « CSS 2 » chinois.

b) Le traité relatif au contrôle des techniques  balistiques  avait pour objectif la non-prolifération des missiles  capables de projeter des ogives nucléaires – ou non nucléaires – d’au moins 500 kg sur une distance égale ou supérieure à 300 Km. Le texte correspondant (1987) a été complété, en janvier 1993, les restrictions  nouvelles s’appliquant à tout missile de cette catégorie  emportant toute arme de destruction massive, biologique  ou chimique aussi bien que nucléaire.
                                                                                                                   .
c) La crise de Cuba, en 1962 est un bon exemple, à la fois des vertus de l’intimidation naturelle et aussi de l’incompréhension naturelle ou exploitée du phénomène nucléaire, nouvellement introduit dans les rapports de force entre nations.
Il est admis, une fois pour toutes, que lors de cette crise américano-soviétique, le monde a échappé de  peu au désastre, à une guerre nucléaire opposant les deux superpuissances militaires de l’époque. Il se pourrait qu’autre ait été la réalité.
Certes, ainsi qu’allait le confirmer le traité de Moscou de 1972 chacun des deux grands rivaux offraient à la destruction  leurs biens humains et matériels, essentiellement 48 centres économico-démographiques   pour les Soviétiques, 54 pour les Etats-Unis. Et ils disposaient  les uns et les autres des moyens matériels de les anéantir.
Mais une élémentaire logique eût voulu que l’agresseur fût assuré d’être en mesure de détruire préventivement toutes les armes stratégiques de sa victime afin de ne pas avoir à en souffrir les terribles représailles. Or, cette destruction préventive était irréalisable. En effet, les Soviétiques pouvaient dissimuler dans les océans des sous-marins  porteurs d’une trentaine de missiles balistiques  nucléairement  armés, de quoi exercer des ravages sur le territoire des Etats-Unis. Et, de leur côté, ceux-ci  en alignaient au moins 120 à la mer sans compter 270 en silos bétonnés et 1500 bombardiers dont une large fraction toujours en vol, donc difficilement localisables  et destructibles. Ces panoplies nucléaires  nationales impossibles  à neutraliser préventivement, et de chaque côté, excluaient tout recours à l’emploi de la force.
Les opinions publiques, en général, la majorité des gouvernements, en particulier, ne surent interpréter la crise comme elle aurait dû l’être. Ils raisonnèrent par analogie avec les situations  de crise du passé, ne comprenant pas la mutation radicale intervenue avec l’irruption de l’atome militaire dans les relations internationales.
Hier, en gros avant 1960 surtout et la mise en service d’armes décisives impossibles à localiser (les sous-marins  lance-missiles), arrivées à leur paroxysme, les tensions  entre Etat aboutissaient  à l’épreuve de force (assassinat à Sarajevo de l’archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914 et le 25 juillet suivant la Russie mobilisa. Les rivalités belliqueuses, longtemps contenues, se déchaînèrent après que les armées eussent été mises en condition de combat).
Depuis l’avènement de l’arme nucléaire toute crise grave exclut l’attaque-surprise  qui, seule, aurait pu neutraliser l’adversaire en surprenant au stationnement son armement stratégique afin de le détruire préventivement. S’il y a crise, il y a alerte et les sous-marins sont en plongée, les bombardiers  en vol, les radars en activité. Paradoxalement, c’est en cas de crise qu’une guerre entre puissances  atomiques  n’est pas concevable. Ce qui n’a pas  été compris par bien des hommes d’Etat et, encore moins par les populations. Et qui ne l’est pas encore.
Plus probablement l’équipe Kennedy, le président et son frère, ont su tirer profit de la crise en mettant en avant leurs capacités  diplomatiques  et en faisant croire que c’est grâce à elles que la guerre avait été écartée. Et le monde, en général, a été disposé à leur faire ce crédit.
En réalité il s’est agi d’un marchandage :
« Vous avez installé des fusées Thor et Jupiter en Italie, Grande-Bretagne et, surtout, en Turquie où elles nous menacent sans délai d’alerte » pouvaient avancer les Soviétiques. « Nous avons répondu à ce déploiement en érigeant des engins similaires à Cuba, aussi proches  donc de votre territoire. Retirez vos fusées turques et je ramènerai les miennes  en Russie ».
Ce qui fut fait. Mais après des négociations  que l’équipe Kennedy mit en relief à des fins de politique intérieure.
Mais, en général, les historiens préfèrent le cliché de la guerre imminente et ce sont eux qui font l’histoire, parfois différente de la réalité.

 

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