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Un grand jeu d’échecs…

Roi des jeux, jeu des Rois, le jeu d’échecs vit le jour dans le Nord de l’Inde sous le nom de Chatarunga et devint en perse le Chatrang… Intimement lié à l’art de la guerre, de grandes parties se jouent sous nos yeux. Quoi de plus normal qu’une grande partie se déroule avec l’Iran ? Et l’Inde se tient en retrait… Bien sûr Washington voudrait rester le maître du jeu…
Du nucléaire… Civil ou militaire ? Présenté par Pierre Jeanthon

Palamède libérant (Bangrain)

Avons-nous oublié que Palamède personnage du « Tristan » en prose (roman de chevalerie médiéval retraçant les épisodes de la Table ronde) est fils du sultan de Babylone… Palamède, converti au christianisme rejoindra la cour du roi Arthur. Instructeur de ses compagnons d’armes avec le jeu d’échecs qu’il a rapporté d’Orient Palamède, vaillant chevalier, se couvrira de gloire et sera reçu dans l’ordre de la Table ronde. Il portait un écu en forme d’échiquier « échiqueté de sable et d’argent »

Portemont, le 1er août 2007

« Au terme  de plusieurs mois de tractations diverses entre l’Agence   Internationale  de l’Energie Atomique (AIEA) et l’Iran accusé d’enrichir  l’uranium à des  fins militaires, la question semble se poser différement en  cette fin  juillet : à l’issue d’une récente rencontre entre J. Vaïdi pour l’Iran  et O. Heinonen par l’AIEA, ce dernier admettait que le véritable problème est de  « définir  la nature exacte des activités nucléaires de l’Iran ».

En avril dernier selon les quelques notes ci-après nous posions déjà la  même
question : « Civil ou militaire » ? » (cliquez sur le lien) : De provocation en provocation…

Pierre Jeanthon, de « France Royaliste »

Civil ou Militaire ?

Des faits, des dates, l’information court ; lire, regarder, écouter, tous les jours il faut trier pour oublier ou mémoriser….

11 septembre 2001, New York, les Tours, l’axe du mal passe t’il par Téhéran ? Janvier 2007 l’Iran devient le premier fournisseur pétrolier de la Chine ; avril de la même année, des marins britanniques capturés puis libérés, des milliers de centrifugeuses seraient en cours d’installation pour enrichir l’uranium.

Au fait on en parlait chez nous en ce début de printemps ; plus précisément à Pierrelatte où, vers 2009, l’usine G. Besse I (enrichissement d’uranium par diffusion gazeuse) passera le relais à G. Besse II qui enrichira par centrifugation, technologie beaucoup plus économe en eau et énergie (40 000 m3/an contre 26 millions et 50 mégawatt contre 3000).

Georges Besse, Pierrelatte, le site nucléaire de Tricastin… « bon sang mais c’est bien sûr ! », il s’agit d’Eurodif célèbre et dramatique feuilleton franco iranien des années 80.

usine « Georges Besse »

Souvenez-vous, 1973…Belgique, Espagne, France, Italie et Suède créent Eurodif dont l’objet sera d’alimenter les centrales nucléaires des pays fondateurs en combustible.

Deux ans plus tard, départ de la Suède, Téhéran et la Cogema s’associent à 40-60 dans la « Société franco iranienne pour l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse » (Sofidif) qui acquiert 25% d’Eurodif.

L’Iran se retrouve donc actionnaire d’Eurodif à hauteur de 10%...ce qui lui donne droit à 10% de la production d’uranium enrichi. Rappelons que les autorités françaises de l’époque s’étaient laissées attendrir par un prêt de 1,18 milliards $ accordé par le Chah d’Iran pour construire l’usine d’Eurodif.

1979, la révolution islamique chasse le Chah et installe l’Ayatollah Khomeiny qui s’empresse de nous réclamer le remboursement du prêt et sa part d’uranium enrichi dès 1981, date de la mise en service de G. Besse I.

La France refuse et s’engage sur une décennie marquée par un lourd contentieux avec l’Iran (novembre 1986, assassinat de G. Besse, enlèvement des journalistes M. Seurat et J.P Koffmann) qui prendra fin avec l’accord de 1991 : la France remboursera le prêt et les intérêts, rétablira l’Iran dans son statut d’actionnaire d’Eurodif via la Sofidif avec le droit de prélever 10% de la production d’uranium enrichi pour des applications civiles.

Le Quai d’Orsay minimisera la portée de cet accord en soulignant que « l’Iran ne possédant pas de contrôle nucléaire opérationnelle, il n’y a pas de livraison d’uranium enrichi » ( !?).

Pour suivre le scénario d’un feuilleton qui reprendra treize ans plus tard il convient de bien positionner l’Iran dans son contexte géopolitique actuel.

L’Iran c’est 70,7 millions d’habitants sur 1 648 000 km2 , carrefour stratégique entre Moyen Orient et Asie Centrale, entre Irak et Afghanistan, Turquie et Pakistan, Caspienne au Nord et au Sud Ouest séparé des « monarchies pétrolières » par le Golfe Persique étranglé par le fameux Détroit d’Ormuz (40% du trafic pétrolier mondial).

Cette superficie de trois fois la France est assise sur une éponge qui recèle respectivement 11 et 15% des réserves mondiales en pétrole et gaz. Pour ce pays, n°5 mondial de la production d’or noir et n°2 de l’OPEP, les hydrocarbures représentent plus des quatre cinquièmes des exportations et presque la moitié des recettes de l’Etat.

Des échanges commerciaux en forte progression depuis 2002 (98 milliards $ en 2005), une croissance de 6,3% en 2004 mais réduite à 5% sur 2005, une inflation chronique entre 14,5 et 17% par an, une démographie soutenue qui chaque année propulse 750 000 nouveaux arrivants sur le marché du travail, et enfin un paradoxe colossal : l’Iran manque d’énergie !

2,5 milliards $ sont annuellement prélevés sur les recettes pétrolières pour importer de l’essence au prix de 0,32 €/litre, ensuite revendue à 0,12 €/litre sur le marché intérieur : en effet, l’Iran n’a pas la capacité financière pour investir les 15 milliards $ nécessaires à la construction des raffineries qui pourraient satisfaire une consommation en hausse constante de 6 à 7% sur les 20 dernières années.

Bien que les progrès des techniques de prospections pétrolières lui aient permis d’accroître ses réserves prouvées de 59 à 137 milliards de barils entre 1985 et 2005, la production actuelle est inférieure au quota accordé par l’Opep !

L’exploitation de ces nouvelles réserves, difficilement accessibles dans un environnement géographique tourmenté, nécessiterait des investissements massifs que la « National Iranienne Oil compagnie », amputée d’une partie de ses bénéfices par les subventions que nous évoquions plus haut, ne peut financer seule.

Unanimement  d’accord sur ce constat, toute la classe politique iranienne (réformateurs et conservateurs) admet que le développement économique et social passe impérativement par de gros investissements étrangers pour compléter et diversifier une économie trop liée aux hydrocarbures.

Pour cette raison et aussi parce que l’Iran ambitionne d’être une puissance politique, diplomatique et économique reconnue par la communauté internationale, Téhéran est candidat à l’OMC depuis 1996…candidature 22 fois rejetée par les Etats-Unis avant d’être agrée le vendredi 11 mars 2005.

La « mansuétude » américaine n’impressionne pas l’Iran pour qui l’accession à l’OMC est un droit absolu reconnu à tous les pays. Mais en ce printemps 2005 on discute des questions nucléaires depuis déjà quatre mois…ceci explique peut-être cela… !

En effet, en novembre 2004, l’Iran se déclarait prêt à suspendre ses activités de conversion et d’enrichissement de l’uranium contre l’ouverture de négociations en vue d’un accord de coopération commerciale, financière et politique avec l’U.E.

L’Allemagne, la France et la Grande Bretagne sont chargées de ces pourparlers  qui devront d’abord définir avec l’Iran « les garanties objectives » qui prouveraient que ce pays ne cherche pas à se doter de l’arme atomique sous couvert d’activités nucléaires civiles.

En fait toute la scène internationale, Russie, Chine, Etats-Unis, ONU, AIEA…, participera à ces discussions où le « bluff diplomatique » se mêle au « rationalisme scientifique ».

Parmi les étapes les plus marquantes on retiendra :

  • Mars 2005 : l’AIEA  (Agence Internationale de l’Energie Atomique) demande à Téhéran de confirmer le fonctionnement de la centrale nucléaire de Bouchehr construite par la Russie : il était prévu que Moscou fournisse le combustible et récupère les déchets pour traitement.
Centrale nucléaire de Bouchehr

Abdul Qadeer Kahn, père de la bombe atomique pakistanaise fait savoir que les centrifugeuses installées en Iran ont été livrées par son pays.
Toujours subtils dans l’art de la diplomatie, les israéliens annoncent qu’en cas de besoin, ils ont prévu un plan d’attaque sur la centrale de Natanz (Iran) pouvant être déclenché instantanément.

On notera au passage l’existence d’une centrale nucléaire active en Iran…Eurodif ?

« 3000 centrifugeuses à Natanz ? »

Vendredi 24 juin 2005 : M. Ahmadinejad, Maire de Téhéran, ultra conservateur et populiste (pas bien correct ça !) est élu à la présidence contre H. Rafsandjani candidat favori des chancelleries et institutions financières occidentales.  Il n’est pas inutile de se remémorer les premières déclarations officielles du nouveau président :

« en préconisant un gouvernement de modération, nous tendons la main de l’amitié à la communauté internationale : nous poursuivrons les négociations avec l’U.E, mais pour lesquelles nous n’avons pas vraiment besoin des Américains ».

« nous allons développer les investissements à capitaux nationaux et étrangers sur notre sol. Il y a encore trop d’obstacles bureaucratiques qui mettent en péril la sécurité des investissements engagés dans notre pays. Nous devons favoriser une évolution transparente de la Bourse de Téhéran, car c’est un vecteur d’investissement ». 

Quelques jours plus tard, J. Chirac, V. Poutine et G. Schröder se retrouvaient à Kaliningrad pour faire un point sur le nucléaire iranien. A l’issue de cette rencontre, les européens ont félicité Moscou qui, malgré les remontrances de Washington, est en phase finale de la construction de la centrale nucléaire de Bouchehr…l’Angleterre n’était pas représentée à Kaliningrad !

Le même été, l’Iran annonce la reprise de la conversion (transformation de concentré de minerai d’uranium en phase gazeuse avant enrichissement) dans son usine d’Ispahan mais sous contrôle de l’AIEA.

On peut supposer que l’Iran cherche à négocier avec un maximum de cartes : la politique menée par la Corée du Nord n’a t’elle  pas permis d’ouvrir le dialogue avec les Etats-Unis ?

sceptiques, les européens demandent au patron de l’AIEA de transmettre le dossier à l’ONU mais sans exiger de sanction.

A. Roumiantsev, chef de l’agence russe de l’énergie atomique s’oppose à cette demande que S. Shalom, ministre des Affaires Etrangères israélienne trouve trop timorée…

Fin novembre, l’Iran obtient un répit auprès des 35 gouverneurs de l’AIEA et l’U.E rouvre le dialogue sur la base des propositions russes (contrôle des activités d’enrichissement par Moscou). A cet instant, l’Angleterre remet tout en question en argumentant que l’Iran posséderait les bases techniques suffisantes pour le coulage d’uranium enrichi en ½ sphère, application exclusivement militaire.

Presque un an plus tard, en octobre 2006, l’Iran propose que la France puisse suivre le déroulement de son activité nucléaire en reprenant l’idée de M. Hmadinejad qui souhaitait « un partenariat sérieux avec les secteurs privés et publics de divers pays sur l’enrichissement de l’uranium ». Par la voix du ministre des Affaires Etrangères, la France refuse catégoriquement sous prétexte qu’une telle décision serait exclusivement du ressort de J. Solana, commissaire européen chargé des Relations Extérieures…on appréciera cette attitude souverainement courageuse !

Finalement le Conseil de Sécurité de l’ONU (Chine, Russie, Etats-Unis, France, Angleterre) et l’Allemagne se réunissent pour examiner un projet de résolution présenté par Bruxelles qui isolerait financièrement l’Iran et lui interdirait donc la poursuite de ses projets nucléaires et militaires (missiles).

Les Américains trouvent le texte trop mou alors que Chine et Russie l’estiment trop dur…la paix froide…

A cette occasion on se souviendra que G. Helham, porte parole de Téhéran laissait entendre que « désormais les revenus pétroliers et avoirs iraniens à l’étranger seraient libellés en € et non plus en $ » ; effet d’annonce garanti mais réalisation techniquement très délicate principalement en raison des contrats à long termes déjà signés.

Washington prend l’affaire en main tout début janvier dernier et lance une vaste campagne auprès des principales banques mondiales afin d’organiser le blocus financier de l’Iran (en fait déjà en septembre 2006 les Etats-Unis interrompaient toutes les transactions financières avec la Saderat, une des premières banques de Téhéran).

Ce blocus est une gêne réelle pour l’Iran qui d’une façon ou de l’autre doit trouver des sources de financement pour répondre à ses besoins d’investissements.

Et c’est ainsi que le russe Loukoil ouvre des négociations pour participer à l’exploration et à l’exploitation du champ pétrolier d’Azadejan.

Financièrement mieux dotée que la Russie et toujours assoiffée d’or noir, la Chine « ne fait pas de détail » et envoie tous ses pétroliers au front :

  1. la CNPC investit 3,6 milliards $ sur le champ gazier de « South Pars » (370 milliards de m3 de réserve) sur lequel sera construite une usine de liquéfaction de gaz naturel pour une production de 4,5 millions tonnes/an destinée aux besoins chinois.
  2. La CNOOC propose 16 milliards $ pour la prospection et la mise en exploitation du gisement gazier de « North Pars ».
  3. La Sinopec s’apprête à conclure un accord pour exploiter le champ pétrolier de Yadavaran.

Bien sûr le nucléaire iranien d’abord civil peut s’orienter vers le militaire et devenir un facteur d’équilibre par la terreur entre chiites  et sunnites ainsi que l’a si bien expliqué ici même B. Cabannes. Cependant à la mi-avril, selon l’AIEA , 1300 centrifugeuses seraient en service sur le site de Natanz ; l’Agence assure disposer des moyens suffisants pour s’assurer que l’Iran n’enrichirait pas au-delà des 5% (1) nécessaires à un usage strictement civil.

Il est non moins évident que l’Iran ne peut se développer sans une relation de partenariat technique et financier avec l’Occident et plus particulièrement avec l’U.E

Avec des échanges de 4,3 milliards €, la France est le second acteur commercial européen de l’Iran. A ce titre, il paraîtrait sage que Paris fasse preuve de discernement et de prudence lors des votes à l’ONU.

Rappelons la production locale (et le succès des ventes) de la Logan et les activités de Total au sujet desquelles la mise en examen de son président, C. de Margerie, intervient curieusement au cours de ses négociations pour l’attribution d’une part du gisement gazier de « South Pars » et sa participation à la construction d’une usine de liquéfaction…

Et sur l’ensemble du dossier l’Europe officielle s’est tue, abstenue, effacée devant le monde anglo-saxon. Ainsi se créent et se renforcent les liens qui accroissent le poids asiatique d’une Eurasie dont la partie européenne ne serait plus que le complément économico-démographique nécessaire aux Etats-Unis dans le jeu de « la conquête du monde ».

Ce qui pourrait d’ailleurs expliquer la soudaine amitié nucléaire de Washington (printemps 2006) envers l’Inde…nucléaire…civil bien sûr !

(1) Pour un usage militaire, la teneur du combustible en uranium doit être supérieure à 90%.

Pierre Jeanthon

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