Lundi 01 Mai 2017
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Imprévisibles Kirghizes !

Il est de bon ton, le mouchoir dans une main, d’avoir les yeux rivés sur la « mare nostrum », « versant » Sud… Il est vrai que nous avons une longue histoire en partage ! Alors que le Kirghizstan – Kyrgyzstan voire Kyrgyzystan – peut vous paraître bien loin, que parmi tous les pays en « stan », anciennes « marches » de l’empire russe puis de l’U.R.S.S., vous ayez quelques difficultés pour poser la perle de l’Asie centrale sur la carte… Bonnes ou mauvaises raisons, nous n’en retiendrons aucune ! Ne tournons pas le dos au « chaudron centrasiatique ».
Notre ami René Cagnat nous donne que des bonnes raisons de rester attentifs aux évènements qui s’enchaînent dans ce « cœur du Monde »… A la suite de notre « Maître d’Ecole », le général Pierre Marie Gallois et Sir Halford John Mackinder…

« Qui  tient la terre centrale, domine l’île mondiale, (l’Eurasie) qui domine l’île mondiale domine le monde ». Sir Halford John Mackinder

Une lecture des élections législatives au Kirghizstan

Par René Cagnat, chercheur associé à l’IRIS
Les Kirghizes sont toujours imprévisibles ! Cette fois-ci, ils ont eu l’originalité, à l’issue des élections législatives du 10 octobre 2010, de mettre au premier rang des 29 partis en lice l’organisation « Ata zhurt » (la patrie) réputée comme une résurgence du parti bakiévien « Ak zhol ».

Le premier de liste de ce parti, Myktybek Abdyldaev , a dirigé sous Bakiev l’administration présidentielle pendant que le second, Kamtchybek Tachiev, de la même région que le président déchu (1), a figuré à la tête du ministère des situations exceptionnelles.

Kamtchybek Tachiev

Visiter :

http://deanckcox.photoshelter.com/gallery-image/Kyrgyzstan-Parliamentary-Elections-Campaigning/G0000miFUut1_XOM/I0000hwmvUKqs04Q

Les deux personnages ont le grade de général ce qui témoigne de leur passé dans les structures de Force (2). Cela n’empêche pas Tachiev, personnage assez sulfureux, auteur de propos ultra-nationalistes, d’être vice-président de la fédération kirghize de boxe, après en avoir été président, ce qui indique forcément des liens avec des milieux interlopes.
Le financement d’ « Ata zhurt » n’est pas clair : d’aucuns y perçoivent une origine bakiévienne ou mafieuse. Son électorat s’est concentré plutôt dans le Sud, notamment dans la région de Djallalabad.
Ce parti dirigera-t-il la coalition parlementaire qui, le 8 novembre, devrait, enfin, donner aux Kirghizes un gouvernement à peu près démocratiquement élu ?

Sur les 120 sièges de députés, Ata zhurt, avec le vote de 8,47 % des inscrits, doit en obtenir 28. Pour obtenir une majorité de gouvernement il doit s’allier à des partis dont les positions sont proches des siennes. Seul le parti Ar namys (dignité) du général Koulov, lui aussi hostile à une république parlementaire, est dans ce cas.

Russian President Dmitry Medvedev (left) met with Feliks Kulov of the Ar-Namys party late last month.

Leaders of at least three parties that garnered the most votes in the Kyrgyz parliamentary elections on October 10 have traveled to Moscow, RFE/RL's Kyrgyz Service reports.

Social Democratic Party leader Almazbek Atambaev left Bishkek for the Russian capital today.

Party coordinator Farid Niyazov declined to specify the reasons for Atambaev's visit. Sources within the party said that Atambaev would meet with Russian politicians to discuss plans to create a coalition government.

Feliks Kulov, leader of the Ar-Namys (Dignity) party, and the Respublika (Republic) party's Omurbek Babanov left for Moscow earlier.

Unconfirmed reports say that Ata-Jurt (Fatherland) party co-Chairman Myktybek Abdyldaev is also in Moscow.

http://www.rferl.org/content/Kyrgyz_Election_Victors_Travel_To_Moscow/2191927.html

Mais, avec 7,57%, il n’obtient que 25 mandats. Un troisième parti est donc nécessaire à une coalition gouvernementale « anti-parlementariste » à laquelle il manque 8 députés pour avoir la majorité. Le parti Respublika, avec 23 mandats pourrait fournir cet apport, ce qui donnerait à la coalition 76 mandats.
Mais c’est ici qu’intervient le chef politique de Respublika, le jeune banquier (40 ans) Omurbek Babanov qui tient la clé de la situation avec son parti charnière.

En effet, Babanov, ancien du parti socialiste SDPK (26 mandats), peut tout à fait s’allier à ce parti et à celui d’Ata meken (19 mandats) pour former une coalition gouvernementale « parlementariste » avec 67 mandats.
D’après un entretien assez modéré de Tachiev au journal russe Vremya Novosteï, le 2 novembre, Ata zhurt a conclu une alliance avec Ar Namys et envisage de se retrouver dans l’opposition laissant la république parlementaire montrer ce dont elle est capable. Tachiev en attend, bien entendu, un échec qu’il sanctionnera, une fois à la direction des affaires, par deux referendums marquant le retour à une république présidentielle, c’est-à-dire à un pouvoir autoritaire.
En attendant, le scénario le plus probable demeure celui de la coalition parlementariste plus ou moins appuyée par Washington pendant que Moscou maintient sa préférence pour le régime présidentiel. Réponse le 8 novembre lorsque les partis nouvellement élus auront fait leur choix.

"La présidente Otounbaïeva a solennellement mandaté Atambaïev (...) de former une majorité parlementaire pour nommer un Premier ministre et former un gouvernement", a indiqué la présidence dans un communiqué du 11 novembre 2010…
Almazbek Atambaïev, chef du  Parti social-démocrate
Le parti nationaliste Ata-zhurt (28 sièges)
Ar-Namys 25 sièges
FIN ENCART
Cette situation appelle deux constats :
1/ le très grand jeu entre grandes puissances se poursuit à Bichkek encadrée par une base américaine et une base russe.
2/ le remue-ménage politique va se poursuivre en Kirghizie : rendez-vous au printemps pour les prochaines émeutes…
A suivre…
(1) Celle, méridionale, de Suzak (près de Djallalabad).
(2) Armée, milice, police, douane, services spéciaux, police fiscale

http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article4187

Cartographie à visiter :
L’empire russe, l’URSS, et la Fédération de Russie

http://www.ac-grenoble.fr/cite.scolaire.internationale/Peda/Discipli/SES/IMG/jpg_8_2_1_empire_URSS_russie.jpg

Lire :

Hizb-ut-Tahrir in Kyrgyzstan, Dilyor Jumabaev, told me: ”In the prison there are lots of our people, there is a whole ’army’ of our people coming out. After prison, they are not afraid of anything. Very soon – very soon – we will have an Islamic state, a Khalifate”.

http://uzbekistanerk.com/eng/?p=49

http://www.neweurasia.net/tag/kyrgyzstan-april-2010-uprising/page/4/

http://www.mecanopolis.org/?tag=talibans&paged=2

http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/4131762.stm


Première tendance très inquiétante: l'arrivée en tête du Parti Ata-zhurt, vitrine légale de l'ancien Parti Ak-zhol - aujourd'hui dissout - des partisans de l'ancien dictateur Kourmanbek Bakiev, avec 8,89 % des voix (1), a pris un goût de revanche dans les populations villageoises du sud, tandis qu'il a glacé plus d'un Kirghiz au nord des Monts Tian-Chan. Le parti ultra-nationaliste a réalisé d'excellents scores dans le sud, arrivant bien loin en tête. « La Kirghizie aux Kirghiz » était son credo de campagne et, d'après le parti, les minorités ethniques n'étaient que tolérées dans le pays, tant qu'elles se conformaient à la connaissance et au respect de la langue et de la culture de l'ethnie tutélaire kirghize (2).
Composé de cadres de l'ancien régime du dictateur Bakiev évincés lors de la Révolution d'avril dernier, tous ex-communistes bon teint reconvertis dans le nationalisme ethnique, le parti n'a jamais caché ses intentions de vider à terme le sud du pays de ses minorités ethniques, en premier lieu des Ouzbeks, et de faire sécession du reste du pays dès le lendemain du scrutin. Il peut compter sur de puissants relais locaux, comme Melis Myrzakmatov, le maire d'Och, très hostile à la présidente Roza Otounbaeva et favorable à l'éradication des Ouzbeks de sa ville, des chefs mafieux locaux, liés à l'ancien dictateur et à sa famille par un système tribal et clanique traditionnel (Janych, le frère aîné de l'ex-président, avait «uni» sous sa férule tous les chefs mafieux locaux contrôlant les divers trafics de l'héroïne en provenance d'Afghanistan durant l'ancien régime et avait ensuite joué le rôle de principal organisateur et bailleur de fonds des troubles inter-ethniques du sud du pays en juin 2010) (3).
Les avoirs financiers de l'ancien dictateur, «évaporés» dès le lendemain de la Révolution, ont depuis été généreusement distribués depuis Minsk (lieu d'exil de Bakiev) ou directement sur place au Parti Ata-zhurt par des intermédiaires, dans le but de déstabiliser le nouveau pouvoir central de Bichkek. Quant aux Ouzbeks, vu le score élevé du Parti Ata-zhurt dans le sud du pays, il semblerait que la peur et le dénuement les aient poussé à reporter leurs voix sur la liste du Parti Ar-Namys, dirigé par le Général Feliks Koulov, candidat du Kremlin, adepte d'un pouvoir fort calqué sur le modèle russe. Bien que réticent à la démocratie parlementaire, Koulov n'est pas nationaliste pour autant (durant ces élections, il était d'ailleurs LE candidat des déshérités des minorités ethniques du pays).
Les forces démocratiques ont en revanche réalisé un score dérisoire dans le sud du pays, où vivent les deux tiers des citoyens de Kirghizie, où la démographie est plus forte qu'au nord, où les mœurs sont plus conservatrices, orientales et où le poids de l'islam est fort. Les Ouzbeks ayant eu peur des provocations du Parti Ata-zhurt se sont jetés comme un seul homme dans les bras du Général Koulov, en qui ils voyaient un homme fort et protecteur et redoutaient la faiblesse des dirigeants des forces démocratiques, qui leur inspirait craintes et vulnérabilité face aux exactions quotidiennes des nationalistes kirghiz dans le sud du pays (régions d'Och et de Djallalabad).
2 - Deuxième tendance, l'arrivée en suivant des forces démocratiques traditionnelles et du Parti Ar-Namys (4) et leurs excellents scores au nord du pays, plus européanisé, industrialisé, russophone, et peu islamisé a, à la fois, confirmé l'adhésion de la majorité des électeurs de cette partie du pays à la démocratie et au parlementarisme et souligné le fossé culturel (voire maintenant religieux) qui les sépare de leurs compatriotes du sud (le Parti Ata-zhurt a, au contraire, réalisé des scores marginaux au nord).

Craintes sur l'avenir de l'unité et de la cohésion nationale

A l'issue de ces élections, la Kirghizie se retrouve plus que jamais divisée en deux, entre un nord qui jouera la carte démocratique et un sud enferré dans ses démons nationalistes. Un éclatement du pays en deux entités séparées n'est donc dorénavant plus à exclure. Peut-être même qu'il rendrait service au nord afin d'y préserver l'enracinement démocratique et de placer exclusivement les ressources naturelles et économiques de cette partie du pays à son propre développement. Une grande partie de nordistes adhèrent désormais à cette thèse et se disent las d'envoyer leurs fils et leur argent combattre le terrorisme islamiste, servir de force d'interposition entre sudistes et Ouzbeks ou encore réparer les dégâts des destructions économiques locales, le tout au sein d'une population qu'ils comprennent de moins en moins et qui leur est de plus en plus hostile. Mais, un tel éclatement du pays resterait toutefois dangereux pour les minorités ethniques du sud du pays, livrées aux autorités nationalistes locales des régions d'Och ou de Djallalabad. A. Keldibekov, le numéro 2 du Parti Ata-zhurt, s'est par exemple déclaré prêt, dès maintenant, à jouer de la légitimité démocratique accordée par le suffrage universel pour reprendre les massacres contre les Ouzbeks dans le sud (lire l'article du Figaro du 11 octobre 2010 et le reportage de Libération du 12). C'était hélas un point du programme de son parti, pour lequel il était arrivé en tête dans le pays.
Dans l'immédiat, la présidente kirghize cherche au plus vite à former un nouveau gouvernement, afin de sauver à tout prix ce qui peut encore l'être de l'unité et de la cohésion nationale. Les cinq premiers partis (qui ont réalisé plus de 5 % des suffrages) siègeront au Jogorkhou Kenech (Parlement) kirghiz. Une coalition naturelle semble déjà se dessiner entre le Parti social-démocrate de Kirghizie et le Parti socialiste Ata-Meken. Koulov (parti Ar-Namys), qui redoute le déclenchement d'un scénario à la yougoslave dans le sud, se dit prêt à apporter son soutien à la coalition démocratique et à accepter le choix de la république parlementaire. Quant au Parti Républicain, il devrait lui aussi rejoindre logiquement la coalition démocratique contre le Parti Ata-zhurt, qui se retrouverait alors seul face aux quatre autres partis.
Le premier ministre, désormais premier personnage du pays, serait donc issu de cette coalition (ce que n'accepte pas le Parti Ata-zhurt qui se déclare prêt à se soulever dans le sud pour obtenir par la violence ce que le suffrage universel lui refuserait). Quant à Roza Otounbaeva, après avoir nommé son premier ministre, elle se retirerait alors du premier plan de la vie politique, tout en conservant un rôle honorifique, conformément à la nouvelle Constitution largement approuvée par les Kirghiz lors du referendum du 27 Juin 2010.

Magouilles et manigances du clan Bakiev durant la campagne électorale

Les organisations internationales, en premier lieu l'OSCE, ont salué la transparence des dernières élections législatives en Kirghizie, claires et équitables. Il n'y a pas eu d'entraves du pouvoir central de Bichkek, ni dans leur préparation, ni dans leur déroulement et encore moins dans le dépouillement et l'annonce des résultats. Roza Otounbaeva s'en fixait son premier objectif et elle y est bien parvenue... au moins dans les régions contrôlées par le nouveau pouvoir, soit sur 95 % du territoire.
En revanche, la situation était bien moins évidente à gérer dans certains districts ruraux du sud du pays, tous des bastions de l'ancien dictateur Bakiev, notamment au cours de la dernière semaine de la campagne électorale. Là, de nombreuses entorses au bon déroulement du processus électoral ont été à déplorer, tant au moment de la campagne électorale, que le jour des élections. Le Parti Ata-zhurt doit par exemple « payer sur décision de la Commission Centrale Electorale pour la destruction d'une série de documents » juridiques après des incidents violents durant la campagne électorale (5).
Par ailleurs, «des virements de fonds importants en devises étrangères de proches de l'ancien dictateur Bakiev en faveur d'un parti politique influent dans le sud, ont été saisis dans une voiture à un poste frontière», le jeudi précédent le scrutin. La Commission Electorale Centrale d'Etat s'en est heureusement aperçue à temps... (6).
Plus préoccupant, le bourrage d'urnes de bulletins de vote du Parti Ata-zhurt dans des villages reculés des régions d'Och et de Djallalabad attestaient de la volonté machiavélique des anciens tenants du pouvoir de le reprendre dans le sud par tous les moyens et en s'assurant de complaisances locales, à défaut de pouvoir démocratiquement s'imposer dans le reste du pays. Des urnes déjà bourrées de bulletins avaient été installées par exemple le jour-même du scrutin dans des villages du District de Souzak, fief de l'ancien dictateur Bakiev et du Président du Parti Ata-zhurt, Kamtchybek Tachiev, près de Djallalabad (20 % d'électeurs fantômes en plus dans le District de Souzak se seraient déplacés le jour du scrutin !) (7).
Dans ces villages densément peuplés et peu accessibles de la Vallée du Fergana, rétifs à toute intervention du pouvoir central ou d'observateurs étrangers, la population locale ethniquement kirghize aurait massivement voté pour le candidat du Parti Ata-zhurt. Trop massivement peut-être, étant donné un différentiel national de 200 000 électeurs entre le scrutin référendaire du 27 Juin 2010 et les élections législatives du 10 Octobre 2010 et des « erreurs » de rédaction des protocoles dans la remise des résultats de ces bureaux à la Commission Centrale Electorale. Ainsi, des électeurs fictifs fausseraient les résultats et le classement du Parti Ata-zhurt en sa faveur au niveau national (seules 25 753 voix séparent officiellement le Parti Ata-zhurt du PSDK). Un achat de voix par le Parti Ata-zhurt ne serait pas à écarter, afin de mener à bien son entreprise frauduleuse. Il est, en tout cas, attesté par de nombreux témoignages locaux (8). L'avantage d'une telle tricherie reposait sur sa discrétion, qui lui permettait aussi bien d'échapper aux contrôles des observateurs internationaux, absents des villages reculés du sud, et du pouvoir central.
De peur de susciter la sécession du sud du pays, les nouvelles autorités de Bichkek n'avaient pas souhaité changer l'administration locale dans les régions d'Och et de Djallalabad, contrairement au reste du pays après la Révolution d'Avril. Les cadres locaux de l'ancien régime ont donc continué à se servir impunément et à leurs fins personnelles des ressources financières, matérielles et administratives de l'administration locale et les ont ensuite mises à profit sur ordre de Janych Bakiev dans l'organisation des massacres inter-ethniques de Juin. Une enquête judiciaire vise aujourd'hui le Parti Ata-zhurt pour son implication dans ces massacres (lire la dépêche AFP du 11 octobre 2010). La défiance du sud envers le nord est montée d'un cran depuis le 7 avril dernier. Ne contrôlant que relativement le sud, le nord n'a disposé d'aucun moyen pour endiguer les heurts inter-ethniques de juin dernier, puis n'a pu réagir ni au lynchage de l'ancienne Ministre des Affaires sociales, Aïgoul Ryskoulova, lorsqu'elle a tenté d'enquêter sur place à Och sur les massacres de Juin, ni aux injonctions irrespectueuses et graveleuses du Maire d'Och, héraut de la cause ethnique des Kirghiz du sud, à l'encontre de la Présidente kirghize, qu'il accuse régulièrement de brader l'ethnicité (lire la dépêche AFP du 20 août 2010).
Depuis la Révolution d'avril, nous assistons actuellement à une « milosevitchisation » calculée des cadres de l'ancien Parti Ak-zhol dans le sud du pays (contrairement au nord), soit à un glissement dangereux du sérail communiste local vers le nationalisme ethnique et la fuite en avant. Le Parti Ata-zhurt, dont les cadres anciens étaient, il y a peu de temps encore des fonctionnaires zélés au service de l'idéologie communiste de l'URSS, ne cache dorénavant plus son désir de « purifier » de gré ou de force le sud du pays de ses minorités ethniques, en premier lieu des Ouzbeks, pourtant établis sur place depuis des millénaires. Un tel programme, au-delà de son caractère haineux purement abject, entraînerait également une tragédie économique en désorganisant les circuits de production et de vente dans le sud, étant donné l'imbrication traditionnelle des Kirghiz et des Ouzbeks dans l'économie locale. Enfin, il précipiterait la sécession du pays en deux entités politiques et économiques antagonistes et pourrait casser le fragile équilibre des forces en Asie centrale. La Vallée du Fergana, de par ses frontières inextricables et compliquées, de par ses enclaves territoriales absurdes et de par ses populations denses et mêlées, reste le cœur de l'Asie centrale sur lequel reposent les piliers de la stabilité régionale. Rompre cet équilibre, déjà fragile, conduirait l'ensemble de l'Asie centrale vers un abîme chaotique à l'issue imprévisible.

(1) Parti Ata-zhurt, tendance nationaliste - 8,89 %, Commission Centrale Electorale, 11 octobre 2010. Voir: http://www.shailoo2010.kg/ru/gasshailoo.html
(2) TRILING D., « Kyrgyzstan : Election Could Produce Worrisome Result - Experts », Eurasianet.org, 8 octobre 2010.
(3) Lire aussi «Au sud kirghiz, les liaisons dangereuses» (Mediapart, 8 juillet 2010) et «Le Kirghizistan, rongé par la violence et la crise, élit son Parlement», Radio France Internationale, 10 octobre 2010.
(4) Parti Social-Démocrate de Kirghizie (PSDK), tendance centre-gauche - 8,03 % ; Parti Ar-Namys, tendance bonapartiste - 7,74 % ; Parti Républicain, tendance droite nationale - 7,25 % ; Parti Socialiste Ata-Meken, tendance socialiste réformiste - 5,60 % ; Parti Boutoun Kyrgyzstan, tendance droite autonomiste au sud - 4,84 % ; Parti Ak-Choumkar, tendance centre - 2,63 %, Les Verts Kirghiz - 0,37 %, etc..., Commission Centrale Electorale, 11 Octobre 2010. Tous les résultats: http://www.shailoo2010.kg/ru/gasshailoo.html
(5) « Партия «Ата-Журт» будет оплачивать услуги по решению ЦИК в связи с уничтожением ряда документов (Le Parti Ata-zhurt va payer des services sur décision de la CCE dans le cadre de la destruction d'une série de documents) », Central Asian News, 9 octobre 2010. http://www.ca-news.org/news/504831?from=rss

(6) KARIMOV D., « Спецслужбы Кыргызстана изъяли крупную сумму иностранной валюты, направленной в страну родственниками экс-президента для финансирования одной из партий (Les services spéciaux du Kirghizstan ont trouvé une forte somme en devises étrangères envoyée au pays par des proches de l'ex-Président pour le financement d'un des partis) », 24.kg, 7 octobre 2010.
(7) « Кыргызстан : Оппозиционный нынешнему руководству «Ата-Журт» претендует на четверть мандатов в парламенте страны (Kirghizstan : Le Parti d'opposition au pouvoir actuel Ata-zhurt réclame le tiers des sièges du Parlement du pays) », Fergana.ru, 11 octobre 2010.
« ENEMO Election Observation Mission: 20% of all voters were included into additional voter list at one polling station in Suzak rayon», Central Asian News, 11 Octobre 2010.
(8) KARIMOV D., « Партии, участвовавшие в парламентских выборах в Кыргызстане, договорились о пересчете голосов избирателей, чтобы окончательно определиться с итогами голосования (Les partis ayant participé aux élections parlementaires au Kirghizstan se sont accordés pour recompter les votes des électeurs, afin de définitivement fixer le terme de l'élection)», 24.kg, 13 Octobre 2010.
PODOL'SKAIA D., « Акылбек Сариев : Нас тоже удивил факт прироста избирателей в Кыргызстане на 200 тысяч человек (Alybek Sariev : Nous sommes aussi étonnés du fait de l'augmentation de 200 000 électeurs au Kirghizstan) », 24.kg, 12 Octobre 2010.
KOUTOUEVA A., « Омбудсмен Кыргызстана Турсунбек Акун заявил, что партии «Ата-Журт», «Республика» и «Ар-Намыс» занимались подкупом электората, но конкретных фактов не привел (Le médiateur du Kirghizstan Toursounbek Akoun a déclaré que les partis Ata-zhurt, Ar-Namys et Respoublika se sont occupés à acheter l'électorat, mais n'a pas apporté de preuves concrètes) », 24.kg, 12 Octobre 2010.
Les partis politiques kirghiz ont également grassement rémunéré les citoyens impliqués dans la promotion de leur campagne au quotidien, notamment les fonctionnaires d'Etat, allant jusqu'à leur verser le triple de leur salaire mensuel ordinaire (notamment les Partis Ata-zhurt et Respoublika), KARABAYEV A., « Kyrgyz Citizens Share Thoughts on Upcoming Election », Central Asia On Line, 7 octobre 2010.
David GAUZERE
Docteur en Géographie Humaine et Sociale - Université Michel de Montaigne Bordeaux 3 / Université Nationale Kirghize J. Balasagyn (Bichkek) - Spécialiste de la République Kirghize.

Portemont, le 4 mars 2011

Kyrgyzstan : le «  Jogorkhou Kenech » (Parlement kirghiz). Les nouveaux parlementaires… Première session du 10 novembre 2010.

 

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