Vendredi 18 Août 2017
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Ne dit-on pas que « c’est dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes » ?

Le « chaudron centre-asiatique » ne pourrait-il donc pas mitonner quelques « veloutés » que pourraient déguster tous ensemble, Ouzbek, Tadjik, Kirghiz, Kazakh et autres peuples de cette  belle Asie centrale ? Mais si le chaudron » est ancien, nombreux sont les « maîtres queux », véritables apprentis sorciers pour certains, qui voudraient imposer leur recette… La « nouvelle cuisine » a fait des ravages… Avec notre ami René Cagnat retournons en Asie Centrale. Une Asie centrale qui fait une fois de plus l’objet du « Très Grand Jeu » des grandes puissances…

Une passionnante communication remise à l’ « IRIS » en décembre 2010 !
Et pour ne pas « faillir », iconographies et « sous encarts » fruits des recherches des « Manants »…

Portemont, le 4 mars 2011

« Asie centrale (1), jouet des grandes puissances : le Très Grand Jeu »

En 2010, du Kyrgyzstan au Tadjikistan le bouillonnement du chaudron centre‐asiatique n’aura jamais cessé. Ses débordements sont d’autant plus redoutés que le contenu du chaudron est toxique, voire explosif… La présence du Président Medvedev à Lisbonne, le 20 novembre, en marge du sommet de l’OTAN, révèle à elle seule la gravité de cette instabilité naissante, en Asie centrale comme au Caucase.

Assistons-nous à l’apparition d’un nouvel arc de crise du Pakistan au Kyrgyzstan avec un foyer axé sur le Sud-kirghize et l’Est-tadjik ?

Les Russes qui viennent d’installer à Och un groupe opératif de leurs
gardes-frontières, qui s’accompagnera, peut-être, d’un bataillon d’intervention, semblent le prévoir.
Les Américains, qui aménagent au Tadjikistan un centre de formation
anti-terroriste et se démènent pour obtenir son équivalent au Kyrgyzstan dans les environs de Batken, paraissent prendre position en prévision de graves événements dans le Ferghana. Les Chinois, voisins directs de l’arc de crise, percent au plus vite, au travers des monts Célestes, une quasi autoroute qui doit desservir, dès 2011, Och et le Ferghana à partir de Kachgar faisant ainsi acte de présence.

« Coeur de l'ethnie ouïghoure, Kachgar est placée sous haute surveillance par les autorités chinoises »

« Chantier routier chinois dans l’Alaï kirghize (à l’ouest d’At-Bachi, à 3 600 m d’altitude). Les travaux routiers au premier plan sont ceux de la route de l’Alaï destinée à relier (vers 2016 ?), au travers des Pamirs et des monts Célestes, Kachgar (Xinjiang) à Mazar-e-Charif (Afghanistan) par les postes frontières d’Irkechtam (Kirghizstan), Karamyk (Tadjikistan),Tursunzade (Ouzbékistan), Termez-Khaïraton (Nord de l’Afghanistan). (© René Cagnat) »

Mais ce jeu triangulaire pourrait se transformer, dans le cadre du Très Grand Jeu (2), en jeu quadrangulaire par l’adjonction d’un quatrième larron de plus en plus actif en direction du nord au départ du Pakistan et de l’Afghanistan: ce changement correspondrait à l’apparition d’un islamisme mafieux qui, par l’intermédiaire des Talibans, du Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MOI (3)) et en profitant de l’argent de la drogue, influencerait des populations
tadjikes, kirghizes et surtout ouzbèkes les plus marquées par l’islam.

Le mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO) est une organisation militaire clandestine d'inspiration islamique dont le but est d'installer un régime théocratique en Ouzbékistan et de faire de la charia la base du droit de ce pays. Le MIO a probablement été fondé par Djuma Namangani et Tohir Yo‘ldosh  (Tahir Yuldashev ) en 1997, lors de retour de la guerre civile au Tadjikistan. Namangani dirigeait les opération militaires alors que Yo‘ldosh était responsable du discours politique.

Tahir Yuldashev, peut-être tué par un missile américain dans le nord-ouest du Pakistan, où son groupe combat aux côtés des talibans pakistanais, en août 2009…

Pour certains observateurs, il est possible que les islamistes ouzbeks tentent d’élargir leur influence dans le  sud de la Kirghizie.

L’entrée dans le jeu, déjà perceptible, du quatrième acteur pourrait se produire à l’occasion d’une crise dans le Sud kirghize et/ou l’Est tadjik, voire découler de la succession du président Karimov. Qu’une maladresse intervienne au faite du pouvoir à Bichkek, Douchanbé ou Tachkent, et le chaudron centre-asiatique se transformerait en chaudière ferghanaise : cette fois, c’est tout le Ferghana, très longtemps contenu, qui exploserait entraînant, peut-être, le reste de l’Asie centrale dans une conflagration.

Mais, pour l’instant, autour du chaudron, seul le jeu triangulaire a lieu. On se contentera donc de décrire
1/ la mixture toxique et l’entourage fébrile du chaudron.
2/ les atouts comparés de la Russie, de la Chine et des Etats-Unis.
3/ le Très Grand Jeu en cours en prenant notamment l’exemple russe et le champ d’action kirghize.
En conclusion, seront envisagées les hypothèses et leurs conséquences d’un rapprochement russo-américain et d’un jeu quadrangulaire.

1/ Le Chaudron en ébullition

Soulignons, dès l’abord, que le chaudron est à moitié vide. Pour une surface proche de 10 fois celle de la France, la population locale, Xinjiang compris, avoisine à peine 80 millions (4) : cela correspond à un désert à proximité des fourmilières chinoise et indienne. Il en est d’autant plus tentant !

La mixture dans le chaudron est à base de larmes du diable ! Ainsi
appelle-t-on au Turkestan, avec beaucoup de justesse, le pétrole et le gaz. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, les découvertes de gisements n’ont jamais cessé, faisant de l’Asie centrale l’une des zones majeures d’exportation d’hydrocarbures. A l’URSS puis à la Russie qui monopolisaient ces exportations, se sont adjoints, au fil des ans, d’abord les Iraniens, puis les Turcs et Occidentaux qui, à partir de 2006, ont profité de l’oléoduc BTC. Enfin les Chinois, par un gazoduc construit à la hâte, ont commencé en 2010 à utiliser le gaz turkmène, s’ajoutant au pétrole et au gaz kazakhs qu’ils reçoivent déjà.
Une autre composante est celle des larmes d’Allah (5).

Il s’agit de l’héroïne et du cannabis afghans ainsi que du cannabis
kazakho-kirghize qui auraient rapporté 6), en une dizaine d’années, la bagatelle de 100 milliards de dollars à la narco-mafia centre-asiatique et proche-orientale (7) lui donnant une puissance inouïe.

Cannabis- Intervention de la police – Jambul – Kazakhstan -Photo © “Ferghana.ru”

Pavot…

Le trafic prend des proportions inimaginables notamment en direction de la Russie qui, avant même l’Iran et l’Afghanistan, est le pays qui souffre le plus de l’héroïne : plus de 30.000 victimes par an, avec la consommation de 21% de l’héroïne mondiale.

La drogue tue près de 80 personnes par jour en Russie, a annoncé mercredi le ministre russe de l’Intérieur Rachid Nourgaliev au micro de la radio « Militseïskaïa volna ».

Selon lui, près de 30.000 toxicomanes par an trouvent la mort en Russie, le taux de mortalité s’élevant à près de 80 personnes par jour.

« Rien que l’année passée, le Ministère de la Santé et du Développement social a officiellement répertorié 550.000 toxicomanes », s’est indigné le ministre.

Il a indiqué que « le trafic illicite de drogue en Russie est devenu un problème à l’échelle de l’Etat, la rapidité du développement de la toxicomanie constituant une menace directe  à la nation ».

Selon le ministre, il y a actuellement près de 2,5 millions de toxicomanes en Russie.

D’autres ingrédients de la mixture ne sont autres que l’or ouzbek ou kirghize, l’uranium et les métaux rares kazakhs, le coton ouzbek.
Dans la décoction la misère kirghize et tadjike, les dictatures ouzbèke, chinoise ou turkmène font figure de produits de base pendant que le liant est assuré par les problèmes inter-ethniques étendus à toutes les populations, voire le problème de l’eau qui se généralise.
Enfin, un élixir oriental agrémente le contenu du chaudron : celui de l’islam, traditionnellement fort et structuré chez les sédentaires ouzbeks, ouighours et tadjiks et de plus en plus activé, voire « mafiosé » au Pakistan, en Afghanistan et au Tadjikistan, par les liens étroits entre le trafic de drogues et le foyer islamiste taliban.

Qui alimente le feu ?

Si jadis, autour du chaudron, il n’y avait guère que l’URSS et la Chine à entretenir le feu et manipuler la mixture, en 20 ans les acteurs ont afflué.
Tout d’abord, un troisième maitre-queux s’est ajouté aux « chefs » russe et chinois : il n’est autre qu’américain et fait figure d’intrus.
Sans doute à l’instigation du stratège Zbigniew Brzezinski, les Etats-Unis ont vite profité de la guerre contre le terrorisme, entamée fin 2001, pour mettre le pied en Asie centrale.

Zbigniew Brzezinski

Ils ont alors pris position sur la base de Manas au Kyrgyzstan et sur celle de Karchi-Khanabad en Ouzbékistan, c’est-à-dire en pleine chasse gardée
ex-soviétique et russe. Sous le prétexte d’intervenir en Afghanistan, cela leur permettait de figurer sur les arrières aussi bien de la Chine que de la Russie et de l’Iran, à proximité relative du Golfe persique et de la péninsule indienne. L’Ouzbékistan, un des rares pays encore indépendants, est parvenu, sous la poigne de son terrible dictateur, à faire décamper en 2005 les Américains de Karchi-Khanabad. Et Washington de s’accrocher mordicus, depuis lors, à Manas à grand renfort de manipulations tous azimuts, autour et dans le chaudron, afin de sauvegarder cette unique plateforme de projection.
Le cuisinier chinois, beaucoup plus discret, s’est limité à la pénétration économique et commerciale.
Sa proximité, son obstination et ses immenses moyens financiers et techniques lui valent aujourd’hui des avancées majeures, pour ne pas dire décisives en Asie centrale.
Abordons maintenant le cas des marmitons qui s’activent autour du chaudron : plutôt turbulents, voire indisciplinés, ils n’en sont pas moins manipulés par les maîtres-queux.
Le plus rétif n’a aucune force particulière, mais est bien placé sur les flancs du chaudron y déversant une production qui lui donne une puissance terrible : celle de la drogue. Il s’agit de l’Afghanistan et de ses mafieux qui, fournissant 92% de l’opium mondial, écoulent par l’Asie centrale ou « voie du nord » environ 30% de leur production d’héroïne (8).

Avec l’énorme masse de dollars ainsi amassée, les mafias et les réseaux de la drogue commencent à manipuler les agents économiques et même politiques du Touran par une action souterraine qui leur donne déjà le contrôle de la moitié des économies tadjike et kirghize, un pourcentage non négligeable des PIB turkmène et ouzbek, une influence certaine au Kazakhstan.
Mais - fait le plus déstabilisant - cette puissance mafieuse et financière commence à revêtir les oripeaux de la religion. On peut parler en effet aujourd’hui, des Talibans au MIO (Mouvement islamique d’Ouzbékistan) en passant par certains extrémistes ouighours, d’ « islamisme mafieux ».
Sera-t-il, un jour, partie prenante du Très Grand Jeu au même titre que les trois grands ? Nous verrons en conclusion ce qu’il faut en penser.
Le Pakistan est lui aussi un marmiton qui s’efforce de jouer son propre jeu. Effrayé à l’idée d’être encerclé par l’Inde sur ses arrières afghans, Islamabad s’applique à tirer les ficelles à Kaboul. Il le fait par l’intermédiaire de son service spécial l’ISI qui, effectivement, pèse d’un grand poids, depuis les origines, dans la genèse de la crise afghane. Les Américains s’aperçoivent de plus en plus que le soi-disant « allié pakistanais » sert de base arrière et d’inspirateur à l’ennemi taliban, et ceci plutôt dans le sens offensif que modérateur. Le Pakistan est, de toute façon, bien plus favorisé que l’Inde pour envisager une action en Asie centrale : son potentiel est réel dans ces pays d’islam fervent que sont l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et surtout le Xinjiang ou « Ouighourstan » (9) avec lequel, rappelons-le, il communique par la passe de Kundjerab et une route stratégique.

La puissance iranienne – héritière de la Perse antique – est chez elle en Asie centrale qui figure dans son intégralité dans l’aire du Nauruz, celle où l’on fête, le 21 mars, le nouvel an iranien. Le Touran est d’abord de civilisation persane, notamment dans ce pays éminemment stratégique de langue
Indo-iranienne qu’est le Tadjikistan.

Cela permet à l’empire iranien, fort de 75 millions de sujets et de ses revenus pétroliers, de bénéficier d’une vaste marge de manoeuvre qui l’autorise à lutter pied à pied contre l’influence américaine et d’offrir à Moscou un contre-poids parfois utilisé.
Grâce à l’influence islamique et surtout à ses ressources financières, un marmiton d’envergure n’est autre que l’Arabie Séoudite secondée par les Emirats Arabes Unis. Cette puissance religieuse, culturelle et maintenant commerciale prépare l’avenir dans ce pays sunnite qu’est l’Asie centrale en y construisant des milliers de mosquées et en finançant la formation en Egypte, au Pakistan ou en Syrie des mollahs appelés à les activer. Il ne faut surtout pas sous-estimer l’influence de certains « hommes de Dieu » : leurs prêches rudimentaires, assortis de mensonges, sont parvenus, même au Kyrgyzstan, à rendre « nationalistes », c’est-à-dire racistes, des villages ou quartiers entiers…

Japon et Corée du sud – cette dernière pouvant s’appuyer sur une minorité coréenne centre-asiatique sont présents, actifs notamment par leurs capitaux, mais trop éloignés pour jouer un rôle important.

Parmi les marmitons occidentaux, dans la mouvance du « chef » américain, la Turquie occupe une place privilégiée par sa proximité culturelle comme par son poids économique : le Turkestan, de l’Azerbaïdjan au Kazakhstan, est devenu l’hinterland économique et social de cette puissance éminente qu’est aujourd’hui une Anatolie moderne peuplée  de 78 millions d’habitants. Le « grand frère turc » est présent non seulement par son commerce, ses universités, ses écoles, ses chantiers, une diaspora d’intellectuels, d’ingénieurs, de courtiers et d’ouvriers, mais aussi par sa diplomatie, ses activités souterraines, voire une influence islamique spécifique : celle des soufis.

LES LANGUES TURQUES

Que dire des marmitons européens, et notamment parmi eux de l’allemand qui bénéficie des restes d’une implantation ethnique dans le Touran ? Ils sont peut-être les seuls à être disciplinés, tenus qu’ils sont par l’OTAN. Même si les Allemands sont militairement présents à Termez et les Français à Douchanbé par des bases de transit desservant l’Afghanistan, l’inféodation à l’OTAN des Occidentaux est telle qu’ils évoluent tous dans le sillage américain
et n’accèdent au niveau politique que pour la frime. Seule l’Allemagne, dont le poids économique s’est fait dans les années 90 considérable dans tout le Turkestan et le demeure, représente parfois une puissance à prendre en compte. Quant à l’Europe, elle a beau essayer d’affirmer sa politique étrangère, en ouvrant des ambassades en tout pays, en nommant des envoyés spéciaux de renom, en subventionnant grassement toutes sortes d’initiatives, elle n’y parvient guère inféodée qu’elle est, elle aussi, à l’hyperpuissance américaine.
Un petit marmiton européen - et malgré tout indépendant…- à ne pas négliger est la Suisse. Plaisamment appelée à l’ONU « Helvétistan », elle a des liens serrés avec l’Asie centrale. Liens humanitaires et économiques très efficaces mais aussi financiers : Berne assure en effet la commercialisation de l’or centre-asiatique tout en demeurant un refuge pour les capitaux qui s’expatrient…
En dehors du cadre purement étatique, certaines organisations internationales (ONU, OSCE, etc), certaines banques notamment internationales (Banque mondiale, FMI, Banque asiatique etc) mais aussi d’affaires exercent par leur rayonnement et leurs capacités de crédit une influence qui peut être déterminante. Il en va de même des organisations non gouvernementales ou ONG (celles par exemple de l’Aga Khan), mais à un niveau moindre.
Souvent, organisations internationales, banques et surtout ONG sont téléguidées par les grandes puissances qui en font, autour du chaudron, des marmitons plutôt obéissants. Les Etats-Unis sont passés maîtres dans ce genre de manipulation.
Voici donc l’assistance qui compte autour du chaudron centre-asiatique, celle avec laquelle les grandes puissances doivent manoeuvrer, voire composer.

2/ Atouts comparés de la Russie, de la chine et des Etats-Unis en Asie centrale  

• S’agissant de la Russie, il faut souligner, dès l’abord, que le Russe n’est pas étranger à l’Asie centrale.
Comme le disait Napoléon, « grattez le Russe et vous découvrirez le Tatar ». Non seulement «Moscou la tatare », comme on le prétend à
Saint-Pétersbourg, est chez elle dans « son Turkestan », longtemps dit russe, mais aussi a engrangé à son sujet une connaissance et un savoir-faire incomparables.
Elle contrôle en outre des contrées centre-asiatiques telles le Tatarstan, la Bachkirie, voire l’Altaï.

Dans ses manoeuvres le Kremlin bénéficie également de l’appui d’au moins six millions de Slaves répartis dans tout le Touran.

Ces Slaves, qu’on a pu appeler « russiatiques », sont souvent asiatisés et parfois très proches des indigènes. Aujourd’hui, ils ont tendance à rejoindre leurs mères-patrie respectives, mais, notamment au Kazakhstan, constituent encore une source considérable d’influence sur laquelle la Russie peut compter.
Le pays russe dispose aussi de tout un réseau logistique (routes, chemins de fer, oléoducs, gazoducs, etc.) hérité de l’URSS et qui continue à mettre les nouveaux Etats, notamment centre-asiatiques, dans la dépendance de la
« métropole ». Cet état de fait ne s’atténue que depuis l’apparition d’un effort logistique des Chinois en direction de l’Asie centrale.
La Russie maintient au Kazakhstan, au Kyrgyzstan et au Tadjikistan tout un dispositif de bases militaires héritées de l’URSS, dont certaines d’importance: Baïkonour, base spatiale au Kazakhstan,

Lancement d’une fusée Proton- Baïkonour 5 décembre 2010

base aérienne de Kant près de Bichkek au Kyrgyzstan,

« En 2003, les Présidents en exercice de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine (à gauche), et du Kirghizistan, Askar Akaïev, inaugurent la base aérienne russe de Kant. »

enfin, les 6000 hommes de la 201ème base (ex 201ème DFM) autour de Douchanbé au Tadjikistan.
La Russie et son avatar soviétique ont toujours recouru à l’approche institutionnelle, histoire de masquer certaines insuffisances sur le terrain. Elle peut en tirer avantage pour « enrégimenter » des pays plus faibles.
Ainsi en va-t-il de l’Organisation du traité de sécurité collective (O.T.S.C.), créée en 2002. Cette nouvelle organisation est orientée prioritairement vers l’Asie centrale puisque, aux côtés de la Russie, de la Biélorussie et de l’Arménie, 4 membres sur 7 sont centre-asiatiques : le Kazakhstan, le Kyrgyzstan et le Tadjikistan en font partie, rejoints en 2006 par l’Ouzbékistan (10). L’organisation n’a pas tardé à récupérer la Force d’intervention rapide créée en 2000 et devenue, en 2009, Force collective de réaction opérationnelle (FCRO).
Tout comme l’OTSC est un succédané du Pacte de Varsovie appliqué à l’Asie centrale, la Communauté économique eurasiatique ou EURASEC est, par certains côtés, une reprise du CAEM (ou Comecon) en direction du Turkestan et de ses ressources. Les participants de l’OTSC et de l’EURASEC sont les mêmes et l’influence russe y demeure prédominante.
Un noyau dur est cependant apparu au sein de l’EURASEC témoignant de la priorité du Kazakhstan en Asie centrale : dès 2006 s’est fait jour, en effet, le projet de formation d’un Espace économique unique (EEU) incorporant « zone de libre-échange » et «Union douanière » entre Russie, Kazakhstan et Biélorussie.

En 2009, les trois comparses ont formé une union monétaire avec le rouble comme monnaie d’échange et, en 2010, ont mis en place une union douanière très utile pour éviter l’accaparement des ressources du Kazakhstan par la Chine.
Enfin,  « last but not least », le ciment social qu’ont constitué la Grande Guerre patriotique, le parti communiste et l’Union soviétique, de même que l’atout linguistique, intervient encore pour rapprocher de Moscou et de son administration les « intelligentsia » locales. Ces dernières, parfaitement russophones, ont une tendance naturelle à se tourner vers la Russie dès que se pose un problème.
Ceci est particulièrement vrai au Kazakhstan et au Kyrgyzstan, les deux pays centre-asiatiques qui constituent le noyau de la présence russe en Asie centrale.
La Russie bénéficie ainsi dans son « étranger proche centre-asiatique », pour au moins 10 ans encore, d’un réseau d’influence qui lui permet, malgré la faiblesse de ses moyens (11), de peser d’un poids parfois considérable sur le cours des événements.
On le perçoit actuellement au Kyrgyzstan.

• Le principal atout de la Chine en Asie centrale est, bien entendu, le contrôle étroit qu’elle exerce sur près d’un tiers de la région : le Xinjiang qui partage une frontière avec le Kazakhstan, le Kyrgyzstan et le Tadjikistan. Cela donne à Pékin une proximité idéale pour l’établissement d’un réseau de pénétration logistique (routes, voies ferrées) mais aussi, en sens inverse, d’exploitation énergétique et minière (oléoducs, gazoducs, lignes de force) à l’origine d’un contrôle commercial particulièrement élevé au Kyrgyzstan (12) : une plaisanterie à Bichkek consiste à mettre en parallèle la présence militaire russe et américaine aux environs de la capitale avec celle massive des négociants han dans les bazars locaux. Ce contrôle commercial, en plein essor aujourd’hui au Tadjikistan et au Kazakhstan, est à l’origine d’une infiltration des ressortissants chinois. A ce sujet, la présence au Kazakhstan comme au Kyrgyzstan d’une minorité musulmane chinoise, active et industrieuse, celle des Dounganes, est de quelque intérêt.

Le portail de la mosquée doungane à Karakol, Kirghizistan (alphabets cyrillique et arabe)

Il convient de noter le profil bas des Chinois dont les travailleurs, par exemple sur les autoroutes en construction, sont aussi discrets qu’efficaces. Leur pauvreté relative les met de plain-pied avec les indigènes pendant que le modernisme de leurs techniques et de leur équipement suscite l’admiration générale. En outre, les Hans partagent avec les Centre- asiatiques le sens du cadeau et, s’appuyant sur leurs immenses capacités financières, savent ainsi amorcer la consommation de leurs produits d’un bon marché imbattable : la piètre qualité de ces derniers est le seul obstacle à leur réussite.
Mais Pékin, en étant à l’origine de la création de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), a su ajouter l’habileté diplomatique à l’habileté commerciale.
Une telle organisation était indispensable pour faire oublier que les Chinois tiennent d’une main de fer plus de 10 millions de Turks ouighours ou kazakhs et qu’ils écrasent à l’occasion – par exemple en juillet 2009 à Ouroumtchi –
les velléités d’indépendance de ces Centre-asiatiques.

L’OCS était également nécessaire pour empêcher la diaspora ouighoure réfugiée dans le Turkestan ex-soviétique de rappeler à tout bout de champ les méfaits du colonialisme chinois au « Ouighourstan». En vérité, les Chinois, avec pour l’instant l’aide des Russes, ont atteint si bien cet objectif qu’on oublie jusqu’à leur présence et leur puissance en Asie centrale ex-soviétique.
L’OCS, en gestation depuis 1996, a résulté de la signature, le 24 juillet 2001, d’un traité de bon voisinage, d’amitié et de coopération entre la Chine et la Russie. Bien structurée et en constant progrès, cette immense organisation régionale regroupe aujourd’hui, autour de la Russie et de la Chine, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kyrgyzstan et le Tadjikistan, mais aussi des pays observateurs comme l’Inde, le Pakistan, l’Iran et la Mongolie. Ainsi est apparue, nantie peu à peu d’un volet économique, militaire et anti-terroriste, la coalition « anti-hégémonique », Chine-Russie-Iran que Brzezinski redoutait dans son « Grand échiquier» de 1997.

• Comparés à ceux de la Russie et de la Chine, les atouts des Etats-Unis en Asie centrale sont de bien moindre envergure.
L’ « intrusion », fin 2001, des Américains s’est produite par des moyens militaires et continue peu ou prou à revêtir ce caractère : leur présence continue à s’appuyer sur leur intervention de plus en plus massive en Afghanistan, sur l’utilisation à cet effet de bases de l’OTAN en Asie centrale (Manas au Kyrgyzstan, Termez en Ouzbékistan et Douchanbé au Tadjikistan). Une orientation nouvelle donne un troisième point d’appui centre-asiatique à Washington: l’apparition d’un « corridor nord » pour approvisionner l’Afghanistan par voies ferrées et routes, via la Lettonie et la Russie, vers le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan.
La création de ce corridor, doublé d’un couloir aérien, s’effectue, comme l’implantation des bases, grâce à l’atout habituel de l’hyperpuissance : « le roi dollar », « baks » en argot russe. Mais cet avantage financier se heurte aujourd’hui à la cupidité des Etats locaux qui parviennent, en jouant des rivalités internationales, à se faire de mieux en mieux payer.
A côté de l’atout économique par l’utilisation des banques et des milieux d’affaires, un autre atout des Etats-Unis est l’attrait pour la jeunesse et les nouveaux riches de l’« American Way of Life » et le prestige dans ces couches sociales de la langue anglaise.
Cela facilite l’implantation dans la population d’ONG promouvant la démocratie, l’instruction, bref le type de société américain.
Dans le cas kirghize, les représentants de ces ONG très diversifiées (depuis le « Peace Corps » en passant par « Freedom House », jusqu’aux organisations baptistes) s’activent un peu partout : dans les états-majors des partis politiques jusqu’au sein des bourgades perdues sur la frontière chinoise. Ils ont rencontré un certain succès du fait de leur connaissance des langues locales. Ils sont confrontés cependant, de plus en plus, à des populations que la prédication musulmane extrémiste ferme à l’influence occidentale.
En fin de compte, les atouts américains en Asie centrale sont limités et fragiles. Washington se rend compte maintenant de son éloignement géographique et psychologique. Cela explique, peut-être, le profil bas observé par les Etats-Unis, ces derniers mois, notamment face à la Russie, au sein du Très Grand Jeu.

René Cagnat-  Chercheur associé à l’IRIS

A suivre…

(1) L’Asie centrale ici considérée concerne les cinq républiques du Turkestan ex-soviétique, mais aussi le Xinjiang ou Turkestan chinois, partie intégrante du monde centre-asiatique.
L’Afghanistan, pour sa partie Nord et surtout pour son trafic d’héroïne via l’Asie centrale, sera parfois adjoint au Turkestan, « pays des Turks », terme générique pour désigner l’Asie centrale au même titre que Touran.
(2) Le « Très Grand Jeu » a été décrit pour la première fois dans la revue Défense nationale de mars 2002, puis, dans le même mensuel, en mars 2004, en avril, mai et juin
2005, en mai et juin 2007, et, enfin, en décembre 2009.

Asie centrale : le Très Grand Jeu
René CAGNAT
http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/eh/f/cause/lectures/Cagnat_le_tres_grand_jeu.htm

(3) Qui aurait pris maintenant l’appellation « Mouvement islamique du Turkestan » (MIT).
(4) Le Xinjiang, à lui seul, représente près d’un tiers de l’Asie centrale et un quart de sa population.
(5) À l’origine, l’appellation concernait l’héroïne liquide.
(6) Selon M. Victor Ivanov, Directeur du Service fédéral russe pour le contrôle des stupéfiants.
(7) Rappelons que « la route des Balkans », via l’Iran et la Turquie, revêt une importance primordiale pour l’approvisionnement de l’Europe occidentale en héroïne (40%).
30% passent par l’Asie centrale vers la Russie. (selon Iouri Fedotov, chef de la direction
anti-drogue de l’Onu, « Sobytiya », Douchanbé, 14/10/2010).
3(8) Il y a même un début d’apparition d’une voie de l’est par le Wakhan afghan à destination du Xinjiang et, à travers lui, de la Chine.
(9) Du fait de l’installation massive des Chinois hans au Xinjiang, les 9 à 10 millions
d’ Ouighours, turcophones et de race touranienne, ne sont plus aujourd’hui dans leur pays que très faiblement majoritaires avec, peut-être, 47% de la population devant les Hans et d’autres minorités turcophones.
(10) Seul en Asie centrale ex-soviétique, le Turkménistan, qui a choisi le statut de neutralité, ne fait pas partie de l’OTSC.
(11) La Russie, selon l’expression de Jean Radvanyi, demeure une « puissance pauvre » et à problèmes (alcoolisme, drogue, dénatalité, corruption, etc.).
(12) L’appartenance de la Chine comme du Kyrgyzstan à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a bien facilité les choses.

http://www.iris-france.org/docs/kfm_docs/docs/2010-12-asie-centrale-fr.pdf


EURASEC

La Communauté économique eurasiatique (ou Communauté économique eurasienne[]) (CEEA), mais plus connue sous l’acronyme anglais Eurasec (ou EurAsEC ou le sigle anglais EAEC de Eurasian Economic Community ; en russe : Евразийское

Lire :


http://fr.wikipedia.org/wiki/Communaut%C3%A9_%C3%A9conomique_eurasiatique

L’OTSC
L'Organisation du traité de sécurité collective (russe : Организация Договора о коллективной безопасности (ОДКБ)) est une organisation à vocation politico-militaire regroupant la Russie, la Biélorussie, l'Arménie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan.

Lire :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_du_trait%C3%A9_de_s%C3%A9curit%C3%A9_collective

L’Organisation de coopération de Shanghai (O.C.S.) regroupe six pays euro-asiatiques : Russie, Chine, Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan. Antithèse absolue de l’O.T.A.N., cette structure intergouvernementale favorise l’émergence d’une géopolitique multipolaire dans l’Eurasie continentale. Outre la consolidation des relations diplomatiques entre ses États membres, l’O.C.S. vise à sauvegarder la paix et la stabilité géopolitique en Asie centrale, afin d’éviter toute ingérence militariste et impérialiste des atlanto-mondialistes. Grâce à une étroite coopération géostratégique, l’O.C.S. se concentre sur la lutte contre « les trois fléaux » (terrorisme, séparatisme, extrémisme) et le narcotrafic sur les zones frontalières. L’O.C.S. favorise la coopération entre tous ses membres dans de multiples domaines : politique, économie, commerce, sciences, technologies, infrastructures, énergie, environnement, tourisme, éducation et culture.

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