Dimanche 28 Mai 2017
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De « bouclier » en « bouclier »…

L’histoire et ses « jeux » se poursuivent. Sans relâche, notre « Maître d’Ecole » s’est attaché à nous en livrer les clefs. Devrons-nous consentir à nous fondre dans un « bloc », « …vaste magma européen dont on aurait détruit les entités nationales au nom de la mondialisation, en expliquant que l'État national est chose dépassée. Ce vaste magma serait un mélange vaguement islamo-chrétien, dépourvu de sens… » Propos prophétiques du général Pierre Marie Gallois en 2001 ? Le pire n’est jamais certain ! Aurons-nous le courage de briser « Le Consentement fatal » ?

« Le Consentement fatal ». Un entretien « magistral », conduit avec pertinence et sensibilité par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001: au cœur de nos temps difficiles qui n'ont pas pris une ride!

A toujours garder à portée de main !
Suite… et fin.

Portemont, le 19 février 2011

« Le projet d'aujourd'hui, celui de M. Bush, est donc tout à fait différent ? »

Le projet d'aujourd'hui ne vise pas à satelliser des armes tueuses, mais à attaquer à partir du sol, par des engins anti-engins, l'engin assaillant. Il y a un projet français, il y a un projet israélien que les Américains ont financé, il y a beaucoup de projets.
Pour que le système américain fonctionne, il faut installer des nouveaux radars de détection. Un au Groenland, ce qui déplaît au Danemark, un autre au Canada, ce qui met le Canada en retrait, un troisième au nord de l'Alaska, ce qui inquiète la population locale. Cela suscite une opposition générale qui ramène au sujet initial, à savoir l'irritation que provoque la politique américaine.

Ces desseins d'hégémonie mondiale sont évidemment compris par un certain nombre de dirigeants politiques qui ne peuvent admettre qu'un seul peuple détienne un jour un pouvoir semblable. La Chine, l'Inde, le Pakistan se voient directement visés, et ces peuples qui représentent près de 4 milliards d'individus sont aisés à mobiliser, en raison de la fracture sociale que j'ai décrite tout à l'heure et que le libéralisme contribue à accentuer. »

« Donc, les États-Unis ont commis, à votre avis, de très graves erreurs dans leur comportement vis-à-vis du reste du monde. »

« La première  a été la course aux armements nucléaires. Elle a été déclenchée par Kennedy en 1960 pour des raisons de politique intérieure.
Comme il attaquait la politique d'Eisenhower son prédécesseur, il a déclaré dans sa campagne électorale de 1960 que l'appareil militaire américain était surpassé par l'appareil russe -ce qui était faux-, on l'a su après.

Il s'est donc engagé à augmenter la panoplie américaine. C'est effectivement ce qu'il a fait. En plus, il a lancé l'étude de l'ogive multiple séparément guidée - avec un seul lanceur on peut détruire 6 à 10 objectifs différents. La capacité de destruction est multipliée par 10. Cela a amené immédiatement M. Khrouchtchev, en 1962, à réduire ses forces classiques, à ramener son armée de 3 à 2 millions d'hommes et, avec l'argent ainsi économisé à entamer la course aux armements.

Le mirvage d'un ICBM
Le système MIRV, l’acronyme de Multiple Independently targeted Reentry Vehicle, ou mirvage, permet à un missile ICBM ou SLBM d’être équipé de plusieurs ogives nucléaires qui suivent chacune leur propre trajectoire lors de leur entrée dans l’atmosphère et permettent de frapper plusieurs objectifs précis dans une même zone. On parle alors de missile à ogives mirvées ou de missile à têtes multiples. Ce sont les forces armées étatsuniennes qui l’ont développé en premier. Les Soviétiques n’ont pas tardé à mettre au point le leur. Rappelons que les agents secrets pullulaient comme les armes nucléaires durant la Guerre Froide. On utilise rarement l’expression de bombe à sous-munitions (BASM) dans le contexte des armes nucléaires bien que l’effet reste identique. Dans le cas d’une BASM, les trappes du container s’ouvrent et « la pluie du diable » s’abat de manière hasardeuse sur une surface étendue. Ce n’est pas le cas avec les missiles ICBM ou SLBM dont chaque ogive mirvée est dotée d’un réacteur et programmée à l’avance pour frapper une cible définie, même si la surface est étendue. Cette quête de précision, parfois à 10 mètres, pousse les forces stratégiques à poursuivre les essais.

Lire :

http://blogofbao.wordpress.com/

Le déploiement des huit ogives nucléaires mirvées d'un missile LGM-118A Peacekeeper

Et voilà les deux pays qui se mettent à augmenter leur nombre de fusées, leur nombre de sous-marins et leur nombre d'ogives. À cette époque, vers 1960, on avait étudié la vulnérabilité des États et l'on était arrivé à la formule : une arme = une ville. Si l'Amérique perdait 54 villes, elle était rayée de la carte pour le reste du siècle, pour la Russie c'était 48 et pour la Chine 52. Or les Américains ont construit plus de 45 000 ogives nucléaires, et les Soviétiques, 50 000 à 60 000. De 1960 à 1985, jusqu'à l'arrivée de Gorbatchev, ces deux puissances ont dépensé des milliards pour accumuler un stock d'armement complètement inutile. En 1963, j'ai écrit un article publié dans la tribune du « Monde » intitulé: «  Nous sommes placés devant le plus grand gaspillage de l'histoire ». Si cet argent avait été investi dans le développement des pays justement appelés « en voie de développement », en Afrique, par exemple, ou en Asie, nous n'aurions pas la fracture sociale que l'on connaît aujourd'hui. Le programme de M. Bush coûtera, paraît-il, 60 milliards de dollars sur six ou sept ans. Avec cette somme, répartie sur dix ans, on pourrait donner une éducation à tous les enfants du monde sous-développé. On pourrait faire des efforts sociaux considérables qui ne seront pas faits. »

« Mais est-ce que militairement le projet de M. Bush est fiable ? »

« Modéré comme il l'annonce, il n'est pas fiable, mais il est réalisable. Il n'est pas fiable parce qu'il y a toujours des surprises et que le pays ou le groupe qui voudrait faire un mauvais coup peut le faire. Voilà en effet longtemps que l'on  a compris qu'un fanatique ceinturé d'explosifs donne un pouvoir de coercition plus répandu donc bien plus grand que la capacité de lancer un missile.

Le terrorisme, le fait d'utiliser des pesticides pour  empoisonner une rivière ou les eaux municipales est un argument terroriste beaucoup moins coûteux, beaucoup plus simple, beaucoup plus applicable et beaucoup plus difficile à punir que le possesseur de l'engin balistique. »

« Mais qu'est-ce qui est fondamentalement différent entre l'actuelle politique de défense antimissile et l'ancienne politique de dissuasion ? »

« C'est très simple. L'ancienne politique de dissuasion était fondée sur l'idée que les pays possédant l'arme nucléaire, offrant respectivement leur population en otage, étaient obligés de se regarder en chien de faïence. Parce que l'utilisation de cet  armement équivalait à une destruction mutuelle. Il n'y avait pas moyen d'échapper au dilemme. Seule l'assurance de pouvoir détruire préventivement toutes 1es armes de l'autre donnait un pouvoir hégémonique.
Mais comme il n'y avait aucune chance de pouvoir détruire simultanément toutes les armes fixes et tous les sous-marins dont on ignorait la  position, les éventuels belligérants étaient contraints de se défier sans la moindre possibilité d'action.

L'argument géopolitique capital a été précisément le fait de mettre au point le sous-marin lance-missile. C'est la première fois dans l'histoire qu'un armement est devenu invulnérable. Il l'est devenu pour une raison très simple: sa position est indétectable. Ça a été le grand tournant stratégique des années soixante. Il devenait alors impossible de détruire la totalité de l'armement ennemi. »

« Ne pourrait-on dire que le choc des civilisations est une donnée plus présente dans les stratégies mondiales d’aujourd’hui que dans celles de hier? Lors de la guerre froide se faisaient face deux civilisations équivalentes dans leurs discours comme, dans leur approche de la guerre. Tandis qu'aujourd'hui les États-unis ne peuvent-ils craindre que le dialogue ne soit plus possible face au bloc Asie Pacifique? »

« Je ne le crois pas parce que ce serait d'une fatuité excessive de croire que les peuples asiatiques ne sont pas capables de comprendre des réalités aussi simples.
Souvent  on s'est servi de l'argument du fou: il s'agirait de se défendre contre la stratégie du fou. Mais qu'est-ce que le fou en question tel que les Américains le décrivent ? Serait-ce un dictateur - et l'on cite souvent Saddam Hussein - qui terroriserait le monde entier.

Admettons. Mais on oublie  toujours de considérer l'aspect ordinairement humain de ce tyran qui, du fait justement de sa position, a bien plus à perdre que n'importe qui dans  le déclenchement d'un conflit; et ce tyran sait bien que s'il déclenchait un tir ne serait-ce que sur son voisin, et même s'il se protégeait dans son bunker, il ne trouverait en sortant que radioactivité et dévastation. Il serait très vite lui-même victime de son agression.  Bref, en tant que tyran justement, ce n'est pas du tout dans son intérêt. Le plus amusant, si j'ose dire,   c'est qu'on a prêté toutes les pires  intentions à Saddam Hussein, mais qui a fait la première guerre « para-atomtique »?

Malformation congénitale chez un enfant irakien, causée par l’uranium appauvri.
Source :
http://www.planetenonviolence.org/Video-Veterans-US-et-Uranium-Appauvri-UA_a1294.html

Les Américains avec l'uranium  appauvri. Ce qui ajoute, si vous voulez, au ferment d'opposition que je sens naître dans le monde à l'encontre des pays riches. Nous sommes un coffre-fort dont la porte est ouverte et nous ne cessons par Internet, par nos films, par la télévision, d'exhiber notre bien-être et notre fortune. Imaginez l'effet que cela peut avoir sur les populations en manque de tout.
Imaginez, du temps du communisme, dans une ville comme Moscou, trois familles vivant dans un appartement de quatre pièces et qui voyaient des films tel Dallas. Comment  voulez-vous qu'un sentiment de rancœur, de convoitise et même de frustration ne finisse pas par naître ? Parce que, au phénomène de l'écart des richesses, s'ajoute la connaissance de cet écart, qui, avant l'image, n'était pas aussi grande. Aujourd'hui, dans les favelas brésiliennes ou dans les bidonvilles autour de Canton, chaque baraque a une antenne de télévision. L'antenne, c'est l'image, et l'image, c'est la connaissance et la comparaison.

L'image, ça frappe, et au bout de quelque temps, l'on devient revendicateur. Qu'est-ce que va signifier dans le monde la revendication de 5 milliards de malheureux ?
C'est là le problème que les États-Unis sont en train d'amplifier en ce moment par les comportements que nous avons décrits. »

« C'est-à-dire qu'ils n'en ont pas conscience, ou bien est-ce que ça ne les concerne pas? »

« Pas conscience ? Ils ont la conviction que cette puissance qu'ils veulent encore accroître leur permettra de dominer le monde et d'y apporter leur propre prospérité. Mais ils se font des illusions sur la patience des gens. Les gens n'attendront pas indéfiniment. Encore une fois, tant que les deux opinions étaient en balance, on pouvait encore spéculer sur le temps et attendre de savoir qui allait triompher, mais maintenant c'est fini. »

« La question qui se pose pour nous, Européens, est de savoir s'il était absolument incontournable et nécessaire, via l'Otan, de se fondre dans le giron américain ? »

« Il n'était pas nécessaire de se fondre dans le giron américain, pas plus qu'il est nécessaire de constituer une armée européenne. L'idéal, c'est qu'il n'y ait plus de guerres. La guerre est un moyen de coercition inadmissible par les souffrances qu'elle impose, les ravages qu'elle exerce, les dégradations morales auxquelles elle conduit. Or l'atome a cet avantage précieux de rendre la guerre inenvisageable. Il a rendu la guerre impossible entre l'Amérique et la Russie, entre la Russie et la Chine, et aujourd'hui encore entre l'Inde et le Pakistan. Bien sûr, il y a des escarmouches, mais il n'y a pas de guerre ouverte.
L'atome a aussi été aussi la condition de la survie d'Israël. Si Israël n'avait pas été une puissance nucléaire, en 1973, il aurait été envahi. C'est un pays de 3 ou 4 millions d'habitants entouré de 80 millions d'individus hostiles. Ou bien l'atome interdit la guerre, ou bien il garantit l'invulnérabilité. Cette vertu n'est pas négligeable.
On a découvert un système qui interdit les grandes empoignades. C'est miraculeux. L'absurdité d'un conflit est manifeste, et même celui qui le lance, le prétendu fou prêt à tout, sait qu'il n'en sortira lui-même pas vivant. C'est un suicide. Alors que jadis, les dirigeants qui envoyaient un corps expéditionnaire se battre à 400 ou à 4 000 kilomètres de chez eux demeuraient à l'abri, escomptant seulement tirer de la guerre des profits politiques et économiques, on sait aujourd'hui d'une manière évidente que les dirigeants eux-mêmes y perdraient tout. Ils n'ont donc plus aucune raison de faire la guerre.
Après la démonstration de M. Khrouchtchev aux Nations unies tapant avec un soulier sur la table, on pouvait se demander ce qui pouvait se passer, s'il devenait fou et donnait l'ordre d'attaquer l'Amérique.

Dans ce cas, ses maréchaux auraient été les premiers à l'exécuter. Parce qu'ils avaient des datchas et qu'ils ne voulaient pas perdre tous leurs biens. Si cette situation avait été bien comprise, peut-être bien des choses qui ont été accomplies ne l'auraient pas été. Compréhensible parce que l'irruption de l'atome démolissait trente siècles d'histoire au cours desquels s'était établi un rapport entre le risque et l'enjeu. On faisait la guerre si l'enjeu valait la peine de courir le risque. Avec l'atome, le risque est si colossal qu'il dépasse de beaucoup l'enjeu. Avant l'atome, c'était le nombre d'armes et d'hommes qui était déterminant. Avec l'atome, ce n'est plus vrai. Une fois qu'un certain seuil est atteint et qu'on peut détruire un pays avec 30 ou 40 armes, le fait que ce pays en ait 4 000 ne change rien. C'est la neutralisation du nombre.
Encore une nouveauté. Faire comprendre tout cela à l'opinion publique est difficile. Quand des hommes de grande qualité comme Leprince-Ringuet ont tourné en dérision, en 1958, « la bombinette », d'autres - le révérend père Dubarle et le futur cardinal Jean Daniélou - affirmaient que ça ne servirait en rien à la France d'avoir une quinzaine de bombes, ils ne se rendaient pas compte que Hiroshima avait arrêté une guerre d'extermination et fait capituler le Japon. La faculté d'infliger vingt Hiroshima à un peuple était déterminable en matière de dissuasion.

Le changement dans la notion même de quantité n'avait pas été perçu.
Tout le bouleversement qui aurait dû s'opérer dans les esprits, instantanément, ne s'est pas opéré.
Einstein d'ailleurs l'a dit:  « La bombe atomique change tout, sauf les esprits »

« Quelle analyse faites-vous de la position américaine au Proche-Orient? »

« C'est une longue histoire. Dès avant la guerre du Golfe, les États-Unis avaient saisi l'importance que représentait le contrôle des ressources énergétiques du monde. C'est encore une manière d'étendre leur hégémonie. Non seulement parce que le contrôle des sources d'énergie permet de se ravitailler mais aussi parce qu'il permet d'empêcher le développement de pays qui ne possèdent pas de réserves naturelles suffisantes et qui sont les rivaux des Américains, comme la Chine (grande importatrice d'énergie), ou l'Inde. Les États-Unis se sont d'abord installés en Arabie Saoudite, puis ils cherchent à contrôler le Caucase. Mais ces pays sont musulmans et comme l'Amérique a pendant longtemps soutenu Israël, elle passe auprès des musulmans pour le grand Satan. Il y a là une contradiction. Pour atténuer cette contradiction, elle a décidé d'installer des régimes musulmans dans les Balkans; en Bosnie, elle a soutenu les musulmans kosovars, elle va faire une grande Albanie. Tant pis pour les États européens s'ils comptent deux pays musulmans renforcés.

L'Amérique a montré au monde musulman qu'elle n'était pas son ennemi. Mais tout cela ne suffit toujours pas. La preuve ce sont les fondamentalistes qui continuent les attentats aux États-Unis et en Afrique.
Comment se concilier le monde musulman ? En se détachant peu à peu d'Israël ? Les accords d'Oslo de 1993, modifiés en 1995 y contribuent.

Dans ces accords, il était entendu que les États israélien et palestinien se reconnaîtraient mutuellement et qu'on échangerait du terrain contre une garantie de paix.
Le terrain, c'était ce qu'Israël avait gagné en Cisjordanie pendant la guerre de 1967, en atteignant le Jourdain. Ce terrain permettait ; Israël de s'agrandir et surtout de ne plus avoir ce petit cordon de 20 km qui séparait l'État hébreu de Jordanie de la mer et qui était d'une grande vulnérabilité stratégique. Mais à Oslo, sous la pression américaine sans doute et parce que Shimon Pérès croyait qu'un arrangement était possible, on décida, premièrement, de reconnaître les Palestiniens et,  deuxièmement, de leur donner, en Cisjordanie, un certain nombre d'implantations. Décisions qui furent à l'origine des présentes hostilités. Les palestiniens voulaient des implantations de plus en plus nombreuses et les Israéliens non seulement ne voulaient pas abandonner celles qu'ils avaient déjà mais continuaient à en construire d'autres. Ils ne voulaient absolument pas perdre cette Cisjordanie qui leur donnait un territoire homogène en supprimant ce couloir étroit leur donnant accès à l'eau du Jourdain. Le processus s'est développé jusqu'à atteindre une telle imbrication -un village palestinien d'un côté un village israélien de l'autre -que ce qui faisait jusqu'alors l'invulnérabilité de l'État d'Israël a été neutralisé.

Si ses adversaires ne pouvaient pas « rejeter les Israéliens à la mer », c'est parce que Israël était une puissance nucléaire. Tant qu'Israël a eu à faire face à des armées constituées, irakienne, jordanienne, égyptienne contre sa propre armée, les armées musulmanes savaient qu'elles ne pouvaient pas aller trop  loin parce que l'armée israélienne déclencherait le feu nucléaire. Or, avec l'imbrication des populations, l'arme nucléaire est neutralisée. Donc Israël a perdu son principal atout en cas de menace vitale. »

« C'est-à-dire la force de dissuasion ? »

« Oui. Et ce qui est plus grave, c'est que cette imbrication qui a été consentie sous l'autorité des Américains a substitué à la guerre des armées l'hostilité des peuples, parce que les peuples se battent maintenant face à face, d'homme à homme, à coups de cailloux, de balles en caoutchouc et hélas de balles réelles ou d'attentats. Cette guerre d'attentats accroît la haine entre ces deux peuples beaucoup plus que les guerres organisées entre  professionnels. Le processus d'Oslo a-t-il été une erreur? »

« Le tableau que vous dressez de l'hégémonie américaine débouche sur le choc des hégémonies futures. Vous insistez beaucoup sur le fait que les États-Unis démantèlent d'autant plus les Etats qu'ils veulent asservir les peuples; pourtant, les États continuent à se faire la guerre. Comment envisagez-vous les guerres à venir? »

Les guerres telles que l'on peut les envisager si les Etats-Unis y interviennent seront guidées par cette notion devenue fondamentale pour eux, qu'est la notion de « zéro perte ». Cette notion est née  à la suite de la perte de quelque 60 000 Américains au Vietnam, perte accentuée pour la première fois par le rôle de l'image: les télévisions ont montré le visage hideux de la guerre. Il y a des familles, en Amérique, qui ont vu comment leur propre fils, leur propre mari mourait. Plus jamais ça. Cela veut dire: plus jamais d'images et plus jamais de pertes.
Ce résultat a été atteint pendant la guerre du Golfe qui a fait 146 victimes du côté occidental contre peut-être 100 000 du côté irakien. Si l'on tient compte des atouts de l'Amérique en matière de moyens d'information ou de désinformation, on peut dire que les guerres futures ne seront plus des guerres, mais des entreprises de coercition visant à obliger l'adversaire à s'incliner.

Guerre du Golfe

Largage de 88 000 tonnes de bombes en 43 jours…[] (ce qui est davantage que ce qui fut largué en 1943 par les Alliés). En revanche, la destruction des usines hydroélectriques et autres installations électriques, qui a permis d'anéantir les capacités de « command and control » de l'armée irakienne, a provoqué l'explosion d'épidémies de gastroentérites, de choléra et de typhoïde, en empêchant le fonctionnement des centres de traitement d'eau potable et d'eau usagée. Peut-être 100 000 civils sont ainsi morts indirectement, selon lui, tandis que le taux de mortalité infantile doublait [6]. En 1996, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n'enregistrait aucun cas de choléra en 1990, plus de 1 200 en 1991 et plus de 1 300 en 1994. []La prévalence de la typhoïde était passée d'environ 1 600 cas en 1990 à plus de 24 000 en 1994.
Le rapport d'une mission de l'ONU, dirigée par le sous-secrétaire Martti Ahtisaari et envoyée en mars 1991 pour évaluer les besoins humanitaires de l'Irak, décrivait l'état du pays comme « quasi-apocalyptique »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Golfe_(1990-1991)

Ces guerres se développent, toujours avec l'objectif de « zéro perte », de la manière suivante : d'abord, il faut pousser le pays victime à commettre une erreur afin de pouvoir le frapper en toute légalité internationale. C'est le procédé qui a été appliqué en Irak. Pendant le premier semestre de l'année 1990, M. Bush père a multiplié les avances vis-à-vis de Saddam, s'opposant ainsi au Congrès qui voulait réduire les relations avec l'Irak en raison de son régime. Puis, le 25 juillet, Mme April Glaspie, ambassadeur des États-Unis, va voir Saddam Hussein. Ce dernier lui parle de son différend avec le Koweït sur le pétrole et l'accès à la mer; elle l'assure que c'est une affaire intérieure qui ne concerne pas les États-Unis.

April Glaspie, ambassadrice américaine en Irak : « Nous n’avons pas de point de vue sur les différends interarabes, tel votre différend frontalier avec le Koweït » (Jeune Afrique, 10.10.90)

Le 28 juillet, Mme Tutwiller et M. John Perry, porte-parole des États-Unis au département d'État, déclarent à la presse que si l'Irak attaquait le Koweït et les États arabes unis l'Amérique n'aurait pas à intervenir.

John Kelly, adjoint de James Baker pour le Moyen Orient : « L’Amérique n’a pas l’obligation d’aider le Koweït si l’émirat est attaqué. » (Déclaration publique citée dans le Times)
Début Août 1990, un des principaux conseillers du président Bush (père) déclare : « Nous avons le sentiment d’avoir conduit [Saddam Hussein] là où nous voulions qu’il soit. » (Newsweek, 20.8.90)

http://jcr-red.org/spip.php?article1147

Saddam Hussein prend cette déclaration pour un feu vert, d'autant plus qu'il sait l'Amérique anticolonialiste et que le Koweït est une création purement colonialiste (le Koweït, créé par la Grande-Bretagne, a été détaché de l'Irak pour constituer une escale sur la route des Indes).
Saddam Hussein pense donc pouvoir liquider les restes du colonialisme avec l'appui de l'ami américain. La deuxième phase a été celle du blocus économique : la puissance américaine intervient pour imposer aux pays voisins de ne pas commercer avec la future victime en les menaçant de sanctions économiques. Troisième étape : celle de la désinformation. Il s'agit de diaboliser l'adversaire. Il faut le rendre beaucoup plus méchant encore qu'il ne l'est, de manière à galvaniser ceux qui vont le combattre et justifier les dépenses engagées. »

Selon un sondage, publié début janvier 91, 75% des Français pensaient que rien ne pouvait justifier une guerre contre l’Irak. Par contre quelques jours plus tard, ces mêmes Français approuvaient à 80% l’offensive militaire des alliés. Entre les deux que s’était il passé ? Une couverture médiatique massive qui présentait une « guerre courte et propre », dans laquelle les Occidentaux risquaient peu de pertes…

La liberté d’expression en 1991…

… se résume en un chiffre : 23. Pendant la première guerre du Golfe, les opposants à la guerre ont eu le droit à 23 minutes d’antenne, sur les trois plus grandes chaînes américaines sur un total de 2855 minutes consacrées au conflit.
Lire :

http://jcr-red.org/spip.php?article1147

« Ce fut le cas du fameux récit retransmis par ta télévision américaine : une jeune femme déclarait qu'elle avait assisté au pillage d'un hôpital par les soldats irakiens qui avaient jeté les bébés par terre. »

« En effet, et toute l'Amérique a été indignée. On a su plus tard que cette jeune femme n'avait rien vu, qu'elle n'avait jamais quitté l'Amérique et qu'elle avait inventé cette histoire de toutes pièces. Si le blocus économique ne suffit pas, on bombarde avec le souci « zéro perte » c'est-à-dire que l'on bombarde: on utilise des armes de destruction à distance comme les missiles de croisière. Enfin l'adversaire vaincu, on aborde une autre stratégie qui consiste, par l'argent, par la propagande, ou bien à maintenir le blocus économique, comme c'est le cas en Irak, ou bien, comme c'est le cas dans les Balkans, à soudoyer le futur électeur. Dans les Balkans, le scénario que je viens de vous décrire s'est déroulé point par point. »

« Cela veut-il dire qu'au Moyen-Orient on peut imaginer d'autres scénarios que celui-là ? »

« Il y a d'autres scénarios. Le scénario qui a été appliqué par les États-Unis, c'est celui qui commence par les accords d'Oslo, de 1993 à 1995, avec l'idée apparemment séduisante mais en réalité folle de l'imbrication des implantations en Cisjordanie. Les Palestiniens y ont vu un avantage immédiat, celui dont je parlais tout à l'heure, c'est-à-dire la neutralisation d'Israël qui a perdu son principal atout, la dissuasion par l'arme nucléaire.
Et c'est bien parce que les Israéliens s'en rendent compte qu'il y a eu la réaction Netanyahu et maintenant la réaction Sharon. »

« Donc, la politique de Sharon est un retour en arrière? »

« C'en est un, oui. »

« Mais que pensez-vous des propositions de quelqu'un de très marginal comme Édouard Said qui envisage un État binational? »

Je pense que cet État binational aurait peut-être pu exister s'il n'y avait pas eu cette implantation.
Avant, comme je vous l'ai déjà dit, il y avait une guerre organisée entre États. Mais l'imbrication a amené les peuples eux-mêmes à se faire la guerre.
Par conséquent, avec l'Intifada et les 500 morts majoritairement palestiniens, un potentiel de haine s'est accumulé. Il se passe là-bas exactement ce qui s'est passé en Bosnie.

En Bosnie, les musulmans et les Croates ayant massacré 600 000 Serbes en 1940-1945 ont créé un contentieux de haine.

Le Grand Mufti de Jérusalem passant en revue des troupes de SS musulmans en 1943

Les enfants se sont vengés en 1993. Je crains qu'en Cisjordanie L'irrémédiable ait été commis. Ainsi, cet État binational est peut-être envisageable, mais pas avant plusieurs générations.

« En attendant, deux États séparés seraient-ils plus souhaitables? »

« Peut être, mais à condition de faire des transferts de population, à condition que les Israéliens acceptent d'abandonner certaines implantations, ainsi d'ailleurs que les Palestiniens, pour constituer, par exemple, au sud de la Jordanie, un État palestinien compact. »

« Cela équivaut à une forme d'épuration ethnique ! »

« Mais c'est le résultat de tout ce qui a déjà été fait!
Et qu'avons-nous fait d'autre en Yougoslavie ? Nous avons favorisé l'épuration ethnique: nous avons encouragé la création d'une Bosnie pure et d'un Kosovo pur. Nous qui nous présentons comme les champions de la mixité et du multiconfessionnalisme, nous nous sommes battus pendant cinq ans pour faire trois portions d'État ethniquement épurées en Bosnie. Alors pourquoi pas là-bas ? »

« Pensez-vous que tes Américains vont continuer à soutenir les groupes islamistes extrémistes comme celui de Ben Laden, ou qu'à l'avenir ils changeront de politique? »

« À mon avis, face justement à ce que sera la Chine dans trente ans, l'intérêt des États-Unis est de s'installer solidement en Amérique latine, dans le monde de l'Islam et, naturellement, en Europe. Une des manifestations de cette présence permanente américaine est en particulier le maintien de l'Otan, qui n'avait plus de raison d'être après la fin du pacte de Varsovie et depuis que la menace russe a disparu.
Pour le justifier, il fallait participer à la naissance de troubles dans les Balkans de manière à prouver que les Européens n'étaient pas capables, à eux seuls, de résoudre ces troubles et qu'il fallait que l'Amérique intervienne par le biais de l'Otan. Et en ce moment, je me demande s'il n'y a pas eu manœuvre, avec la résolution 1244 sur le Kosovo, cette manœuvre ayant pour objet d'obtenir de Milosevic qu'il consente à signer le traité de juin 1999 en lui donnant par la résolution 1244 l'assurance que le Kosovo appartiendrait définitivement à la fédération yougoslave. Or dans le même temps qu'il signait ce traité, les Américains armaient I'UCK pour disposer de troupes à terre qu'eux-mêmes ne voulaient pas déployer, toujours dans le but du « zéro perte ». Il y avait donc contradiction entre le fait d'armer les Kosovars pour qu'ils luttent pour leur indépendance et le fait de signer un texte qui supprimait cette indépendance. Le résultat, vous le connaissez aussi bien que moi: c'est l'invasion par l'UCK de la Macédoine et, qu'on le veuille ou non, la fondation d'une grande Albanie - c'est-à-dire une réislamisation des Balkans qui a déjà commencé par la création d'une Bosnie musulmane indépendante.

L'idée de base, c'est qu'en faisant aussi entrer la Turquie dans l'Europe, comme le souhaitent les États-Unis, on transformerait cette Europe en un vaste marché économique qui serait moins créateur, étant donné que l'apport musulman est intellectuel et artisanal mais pas scientifique ni de haute technicité, puisque ces peuples s'en sont toujours désintéressés. On aurait ainsi un vaste magma européen dont on aurait détruit les entités nationales au nom de la mondialisation, en expliquant que l'État national est chose dépassée. Ce vaste magma serait un mélange vaguement islamo-chrétien, dépourvu de sens politique et simplement réduit à un vaste marché où s'écouleraient les produits américains. Le but étant que l'Europe, l'Amérique latine et demain l'Afrique, dont les États-Unis comptent bien exploiter les richesses, fassent bloc face à la zone Asie-Pacifique dominée par la Chine.

Lire

Défense antimissile: Poutine met à son tour en garde l'Otan

http://www.tdg.ch/node/284054

« Le Consentement fatal »
Précédents articles :

Toujours revenir aux « fondamentaux »…

Politique Etranger - Le 29 novembre 2010

Se détourner des agitations stériles. Comprendre notre monde ? Qui, mieux que notre Maître d’Ecole, peut nous y aider ? Le général Pierre Marie Gallois dans « Le consentement fatal ». Ensemble, abordons la fin de cette grande analyse…

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De l' « Empire », du dessein inavoué de l'Allemagne...

Europe - Le 23 août 2010

En un mot, de l' « Union Européenne »! Comprendre nos temps difficiles? Toujours les grandes leçons de notre « Maître d'Ecole », le général Pierre Marie Gallois. Et si une leçon est incontournable sur cette « Union Européenne », c'est bien celle qui nous offerte dans « Le consentement fatal »…

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Du « Consentement fatal »… Du poison « Monnet »…Suite…

Politique France - Le 8 avril 2010

Toujours une grande leçon d’histoire pour comprendre les dérives de nos temps difficiles. Quand la France, icône de l’Etat-nation, tourne le dos à ses racines et à son histoire… Notre « Maître d’Ecole », le général Pierre Marie Gallois débusque tous les pièges. Dans l’ombre d’une certaine « Europe », le spectre du Saint-Empire, germanique comme il se doit… Et de ses « alliés »…

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Du « Consentement fatal »... suite…

Politique France - Le 4 avril 2010

Poursuite de l’entretien « magistral », conduit par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001. Comme toujours notre « Maître d’Ecole » ne laisse rien dans l'ombre: de l'Europe, de l'Allemagne, des jeux américains, du Moyen-Orient, de la Russie... De la France qui paye et payera plus encore le prix de ses abandons... Le général Pierre Marie Gallois, dès 2001- pour ne pas dire plus avant encore…- prévoyait bien des désenchantements.

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« A vouloir se faire, l'Europe se défait. »

Politique France - Le 25 février 2010

Avec notre « Maître d'Ecole » poursuivons la lecture du « Consentement fatal ».
Quelques « paramètres » ont-ils changés? Bien peu...

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Le prix de nos abandons et de nos lâchetés...

Europe Nous disons - Le 3 janvier 2010

Il fut un des  symboles de notre vieille nation, le coq...Il s'est mué en autruche. Mesurons-nous les conséquences de ces abandons, de ces lâchetés? Un homme, le général Pierre Marie Gallois, notre « Maître d'Ecole », est toujours là pour nous les rappeler! Des conséquences terribles... « Le Consentement fatal ». Un entretien « magistral », conduit avec pertinence et sensibilité par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001: au cœur de nos temps difficiles qui n'ont pas pris une ride!

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