Vendredi 24 Novembre 2017
Politique en France
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Quand la fin justifie les moyens…

Suivons, avec notre « Maître d’Ecole », le cours du « Consentement fatal ». Une mise en garde datée de 2001, toujours en avance, perçant les « non-dit ». De « bouclier » en « bouclier », le général Pierre Marie Gallois démontait les vérités officielles… Plus que jamais impératif de lire notre « Maître d’Ecole » !

Portemont, le 1er février 2011

« Si je comprends bien, pour garder leur hégémonie, les Américains estiment qu'ils doivent s'associer à un certain nombre de pays, en les dominant, et l'Europe en fait partie? »

« Pour, les États-Unis, l'Europe est un allié précieux qui représente un marché de techniques avancées gros de 400 millions d'individus.

Le deuxième pôle est formé par les pays de l'Islam, un marché d'un milliard d'individus ouvert autant à des techniques de pointe qu'à des techniques plus courantes, puisque l'Islam lui-même n'est pas producteur de techniques. En revanche, il a sur l'Europe l'avantage considérable de ne pas être compétitif mais, grâce a son pétrole et à son gaz, d'être suffisamment riche pour payer ce que l'Amérique a à lui vendre.

Ensuite, il y a l'Amérique latine, chasse gardée américaine, doctrine de Monroe de 1823 rajeunie.

Enfin, les États-Unis vont essayer de s'approprier l'Afrique, grand réservoir de matériaux stratégiques (pétrole bien sûr, mais aussi cuivre, phosphate, diamants, etc.), afin d'avoir le monopole de ses richesses.

Uranium- Niger…

Mais ils ont sans doute tiré la leçon de l'échec des entreprises coloniales européennes en Afrique et leur influence passera davantage par l'implantation d'entreprises privées que par une action gouvernementale. Autrement dit, les investissements se feront par les entreprises privées américaines, elles-mêmes agissant sous l'impulsion et avec le conseil du gouvernement, ces entreprises travaillant directement avec les potentats locaux mais sans impliquer la responsabilité de l'État américain, ce qui est assez habile.

Mais ils ont sans doute tiré la leçon de l'échec des entreprises coloniales européennes en Afrique et leur influence passera davantage par l'implantation d'entreprises privées que par une action gouvernementale. Autrement dit, les investissements se feront par les entreprises privées américaines, elles-mêmes agissant sous l'impulsion et avec le conseil du gouvernement, ces entreprises travaillant directement avec les potentats locaux mais sans impliquer la responsabilité de l'État américain, ce qui est assez habile.

Les compagnies pétrolières se bousculent en Ouganda
Dans ce petit pays enclavé d’Afrique de l’Est, la compagnie pétrolière britannique Tullow Oil attend du gouvernement, pour les prochains jours, son feu vert au rachat des parts du canadien Heritage dans deux périmètres pétroliers, pour plus de 1,2 milliard d’euros.

Tullow Oil partagerait l’exploitation de ces « blocs » situés dans le lac Albert avec les groupes français Total et chinois Cnooc. Ce gisement est l’un des plus importants découverts sur le continent en « on shore ». La compagnie compte produire plus de 200 000 barils par jour.
La RD-Congo troque ses richesses minières contre des routes
On l’a surnommé « le contrat chinois », mais c’est plutôt de « troc » dont il faudrait parler. Amorcé dès 2007 entre Pékin et Kinshasa, il prévoit d’octroyer à des entreprises chinoises des droits sur plus de 10 millions de tonnes de gisements de cuivre et 600 000 tonnes de cobalt, ainsi que sur des mines d’or.

En retour, la Chine doit investir l’équivalent de 4,8 milliards d’euros en construction de routes, chemins de fer, hôpitaux et écoles, aidant le président Joseph Kabila à tenir ses promesses électorales. Le projet a contrarié le FMI, qui y voyait un réendettement. Mais un accord a finalement été trouvé et les premiers chantiers ont commencé.
À Madagascar, les mines de fer et les terres agricoles sont à louer
Mercredi 26 mai, la compagnie chinoise Wisco a obtenu un permis de recherche sur le gisement de fer de Soalala, situé au nord-ouest de l’île. Wisco veut investir 6,5 milliards d’euros dans l’exploitation de ces mines et promet de créer 100 000 emplois. Déjà, Rio Tinto a investi ces dernières années 800 millions d’euros pour l’exploitation d’ilménite et de zircon, et le canadien Sherritt 1,7 milliard pour du nickel et du cobalt.

À Madagascar, les terres agricoles intéressent également. En 2009, le consortium sud-coréen Daewoo s’apprêtait à louer pour 99 ans 1,3 million d’hectares pour la culture de maïs et de palmiers à huile. L’opacité du contrat a contribué à la chute du président Marc Ravalomanana.
Les terres agricoles maliennes attirent les capitaux arabes
Les investisseurs étrangers se pressent à Bamako dans les bureaux de l’Office du Niger pour louer les terres agricoles du sud du pays, le long du fleuve. Au premier rang, la Libye, dont le territoire n’a pas les mêmes ressources en eau. La société Malibya, liée au « guide » Muammar Kadhafi, exploite 100 000 hectares pour la production de riz, maïs, canne à sucre et mil. 10 000 emplois ont été créés par cet investissement.

À côté, au Sénégal, des capitaux italiens développent sur des milliers d’hectares la culture du jatropha, une plante dont les graines permettent la production d’agrocarburants.
Les eaux angolaises sont l’eldorado des pétroliers
L’Angola pourrait atteindre cette année une production de 2 millions de barils par jour. Ce pays lusophone, sorti de la guerre civile il y a moins d’une décennie, dispute la place de premier producteur africain au Nigeria. Les majors se bousculent à Luanda. L’américain Chevron Texaco produit un tiers des barils angolais, le chinois Sinopec 23%. L’année dernière, le français Total a sorti des eaux angolaises 491 000 barils par jour et ses investissements ont été de 2,7 milliards d’euros.

Plus loin vers la République démocratique du Congo (RDC), des intérêts sud-africains et israéliens exploitent une des toutes premières mines de diamants au monde.

 

Les pots-de-vin et autres manoeuvres qui permettront de s'installer là-bas n'auront pas l'État pour origine mais des entreprises privées qui devront faire des affaires pour pouvoir payer ces Pots-de-vin.

Voilà à peu près quels seraient les moyens mis en œuvre par les États-Unis pour conserver leur hégémonie. Mais cette politique, d'ores et déjà bien engagée, rencontre depuis peu une situation qui la compromet. À savoir la pratique d'une économie de marché identique à celle dans laquelle les Européens sont engagés depuis une quinzaine d'années. Cette politique a creusé davantage l'écart entre les pays riches et les pays pauvres. Elle a engendré des oppositions qui se sont manifestées en Russie, en Chine, dans les pays de l'ex tiers-monde; en particulier en Malaisie avec les remontrances de Mahatir ben Mohamad,

4e premier ministre malais de 1981 à 2003

en Inde avec les récents accords d'armement passés avec la Russie, aux Philippines. Au Japon, à Okinawa, cette opposition s'est manifestée par un rejet de la présence américaine. Ce sont des difficultés nouvelles pour les Etats-Unis. »

Okinawa ? Persiste et signe : 100 000 personnes manifestent le 26 avril 2010 contre les bases militaires américaines.

« À terme, la politique américaine doit-elle changer? »

« Bien sûr. J'aurais dû dire que le système américain a été mal vu à cause des exigences rémunératrices du capital et de 1'exploitation de la main-d'œuvre bon marché dans cette partie du monde que j'appelle non occidentale. Autre élément dont on ne mesure pas assez l'absurdité, ce sont durant la guerre froide les dépenses gigantesques d'armement, aussi bien en Russie qu'en Amérique. Ni les Américains ni les Russes n'avaient compris la signification de l'armement nucléaire. Ils ont accumulé un stock colossal dont le millième eût suffi à maintenir la paix.

Et les milliards de dollars et de roubles qui ont été dépensés entre 1960 et 1985 (pendant un quart de siècle) n'ont pas été consacrés pendant ce temps aux investissements en Afrique ou en Asie. Ils ont enrichi la recherche, développé les entreprises d'armement américaines qui ont construit des armes aujourd'hui portées au pilon. II y a là une responsabilité extrêmement grave qui remonte à l'époque de Kennedy. »

« Depuis la décennie quatre-vingt-dix, les dépenses en armement ont été interrompues? »

« C'est vrai, mais on utilise maintenant beaucoup d'argent pour détruire l'armement que l'on a construit. À tel point que les Américains sont obligés de financer les Russes pour qu'ils puissent détruire leur armement. Cela a enrichi des entreprises, développé des techniques et la science, mais cela fait quinze ans que l'on détruit ce que l'on a construit »

« Néanmoins, On construit aussi pour exporter? »

« Mais ce n'est pas le même armement. On construit pour exporter des armes classiques, pas pour exporter des armes nucléaires. Ce sont les armes nucléaires que l'on détruit: les sous-marins russes, par exemple, construits par centaines alors qu'une dizaine eût suffi. Nous, Français, nous avons adopté, ce que j'ai toujours défendu depuis 1945, une stratégie de dissuasion minimale. C'est-à-dire: être capable de faire une certaine " quantité de mal " à un pays, une quantité équivalente à la valeur qu'on représente aux yeux de ce pays, pas plus. On pensait que la France n'avait peut-être besoin que de 200 ou 300 ogives.
Nous nous en sommes contentés un peu par raison et un peu, il faut bien le dire, par faute de moyens. Autrement, la même frénésie nous aurait peut-être pris, nous aussi. Mais les Chinois, eux, je crois, sont restés pondérés par raison. Cependant, le déploiement du système balistique dont nous venons de parler va les obliger à abandonner cette sagesse et à augmenter leur stock pour tenter de saturer la défense américaine et pour éviter d'être neutralisés.
Nous aurions été obligés de nous réarmer nous aussi, si nous n'avions pas mis un terme à nos réalisations nucléaires.

« La première grande erreur de l'Amérique, c'est, pour vous, la guerre du Golfe ? »

« Les États-Unis ont révélé par cette guerre leur ambition: le contrôle des sources d'énergie dans le monde, premier objectif du maintien de leur super-puissance.

C'était un moyen, apparemment pacifique, à la fois de s'approvisionner en énergie et d'empêcher que ces énergies aillent aux pays en voie de développement qui pourraient devenir des rivaux inquiétants: l'Inde et la Chine, qui restent leur préoccupation majeure.

Maintenant l'on sait que cette guerre a été plus ou moins préparée, qu'elle a peut-être été précédée d'un traquenard. Mais surtout, on sait que les États-Unis ont joué sur du velours, car ils se sont fait rembourser les 50 milliards de dollars qu'elle a coûté par les pays pétroliers, qu'ils ont obtenu des marchés d'armement importants et surtout qu'ils se sont installés aux sources énergétiques les plus importantes du monde. Ensuite, ils ont bombardé l'Irak, affamé ce pays par un blocus économique extrêmement sévère, à l'origine de 1,5million morts; les plus touchés ont été les plus faibles, les vieux, les enfants, les gens qui ne peuvent pas s'approvisionner au marché noir et qui meurent de malnutrition.

Ce blocus peut être considéré pratiquement comme un génocide, parce que ses effets vont se répercuter sur une ou deux générations : les enfants d'alors, sous-alimentés, resteront marqués par la malnutrition pour peu qu'ils survivent. Et ce n'est qu'aujourd'hui qu'on prend conscience de cette faute.

« La deuxième faute a été leur comportement dans les Balkans? »

« Madeleine Albright a délibérément violé les lois internationales, les conventions de Genève, en agressant un pays qui menait, à sa façon, une opération de maintien de l'ordre intérieur, comme la Russie en Tchétchénie. Mais comme la Russie est une puissance nucléaire, l'Amérique n'a pas bougé.
Par contre elle a matraqué la Serbie.

Madeleine Albrigh et le criminel albanais Hasim Thaci

L’idylle avec l’Albanie mafieuse se poursuit… Après « Madeleine », « Hillary »…

 

En plus, maladroitement, pour protéger sa propre armée, elle s'en est prise à la population civile. Au lieu de détruire l'armement yougoslave, elle a détruit l'habitat, elle a pollué le Danube et enfin, cerise sur le gâteau, si je puis dire, elle a utilisé le fameux uranium appauvri, dont les effets désastreux sont aujourd'hui révélés. C'était déjà le cas en Irak, mais cela est passé inaperçu. À présent des zones entières ont été contaminées à vie, par cet uranium appauvri. Le tout d'ailleurs accompagné d'une sorte de duplicité. Car les États-Unis, qui redoutaient le caractère nocif de cet armement, l'ont dissimulé à leurs alliés, ont prévenu, mais apparemment mal, leurs troupes en publiant un certain nombre de notes les mettant en garde contre le danger tout en continuant à se servir de cet armement qui leur donnait l'avantage sur l'armement blindé opposé.
Et puis, il y a encore deux autres manifestations discutables. L'une a été le refus par l'Amérique de ratifier le traité d'interdiction des essais nucléaires alors qu'elle a été le champion de ce traité. Les Français ont signé des deux mains, et supprimé tous leurs centres d'essais, dispersé leurs équipes et se sont engagés dans un programme de simulation, alors que les Américains devaient savoir que la simulation n'était pas suffisante puisque, pour leur part, ils poursuivaient leurs essais  Au moment où nous démantelions nos installations, celle du Pacifique, par exemple, 

les Américains, eux, investissaient 1,5 milliard de dollars dans le développement du centre d'essais nucléaires du Nevada, à côté de Las Vegas.
La dernière des démarches concerne le traité signé en 1972 avec la Russie. Les deux pays adoptaient une stratégie de coexistence tout à fait nouvelle liée à l'armement nouveau, à savoir qu'ils acceptaient de mettre en otage respectif leurs biens humains et matériels, avec un minimum d'entraves.
Cela revenait à dire: je peux détruire votre habitat, mais comme vous pouvez détruire le mien, force est de renoncer à la guerre. Donc d'un commun accord, on a mis sur pied un système inédit qui était censé garantir la paix fondée sur la vulnérabilité des deux puissances. Celles-ci n'avaient pas le droit de défendre plus d'un objectif. On gardait cette dépense réduite pour conserver la filière de recherche. Les Russes ont choisi Moscou et les Américains un centre de commandement situé dans l'Arkansas. Ce modus vivendi a duré jusqu'à ce que Ronald Reagan arrivant au pouvoir lance l'initiative de défense stratégique. L'axe de recherche de Reagan était le suivant: il vaut mieux être capable de détruire les armes de l'ennemi s'il attaque plutôt que d'être obligés, en représailles, d'attaquer ses cités. Ce qui, d'un point de vue démagogique sonnait bien. Il s'était engagé à dépenser au cours des années à venir une somme considérable, de l'ordre de 260 milliards de francs, pour développer  un système de destruction des armes balistiques soviétiques avant que celles-ci n'aient quitté l'espace soviétique. Mais, Reagan disparaissant, les obstacles étant considérables, l'opposition russe se manifestant, le système fut mis en sourdine. Et voici maintenant que l'administration Bush le relance et il a besoin pour cela d'un prétexte. »

« Pourquoi ? »

« Il le relance parce qu'il estime que l'engagement qui a été pris de renoncer aux essais est une erreur au vu des nouvelles données du monde Asie Pacifique.

Centre nucléaire indien…

L'Inde et le Pakistan sont des puissances nucléaires, la Chine poursuivra son effort et elle sera dans vingt ans la deuxième puissance économique du monde. Elle aura des ambitions politiques et stratégiques considérables, elle sera l'adversaire capable de rivaliser avec les États-Unis et capable de contester sa maîtrise quasi universelle de la puissance économique et scientifique.
Bref, l'ennemi, c'est la Chine.
Mais comme la Chine, « nucléairement », reste une puissance modeste, il fallait un prétexte et ce prétexte, c'est ceux qu'aux États-Unis on appellent les « rogue states », les « États-voyous ».

 

 

 À savoir: l'Irak, d'abord, qui a été complètement détruit et rendu inoffensif, l'Iran, qui peut le devenir, et la Corée du Nord, à laquelle ils ont attribué tous les méfaits et toutes les mauvaises intentions possibles. Je ne vois pas pourquoi la Corée du Nord s'attaquerait aux États-Unis, mais enfin le prétexte est là. »

« De ce côté-là, la réconciliation entre Corée du Nord et Corée du Sud, impulsée par la Chine, doit sérieusement les inquiéter. Si elle aboutit, la présence américaine en Corée du Sud n'aura plus aucune justification. De plus, si les deux Corées se réunifient, les États-Unis auront à tenir compte d'un pays de 80 millions d'habitants libérés de l'entrave américaine, forts de la puissance nucléaire et de l'avancée scientifique de la Corée du Nord. »

« C'est un risque en effet, la Corée réunifiée pourrait devenir un nouvel acteur nucléaire près de la Chine, ce qui entraînera forcément le Japon à s'armer et décidera la Chine à augmenter son armement, et amènera l'Inde, puissance rivale de la Chine, à en faire autant et, par voie de conséquence, le Pakistan également. C'est un jeu de dominos extrêmement dangereux. »

« Avec l'arrivée au pouvoir de Bush, comment imaginez-vous l'évolution des relations entre Pékin et Washington? »

« Il y a plusieurs années déjà, un groupe d'experts américains a estimé que dans les années 2015-2020 la Chine serait une grande puissance économique équivalente à celle des États-Unis. Puis, plus tard, est apparue l'idée des 2/10. A savoir que 2/10 à peu près de la population active du monde suffirait à alimenter tout le reste, si bien que les 8/10 restants seraient inactifs. Or, si ces 2/10 se trouvent être en Chine, qui a une immense population industrieuse, habile et, surtout, pour longtemps encore, produisant à bon compte, un problème capital se poserait alors au monde. La domination économique des États-Unis fondée sur la globalisation s'effondrerait.
Les États-Unis surveillent donc attentivement ce qui se passe en Chine et un des témoignages de cette grande préoccupation a été justement la récente proposition américaine de développer à nouveau un système de défense antimissile. Celui-ci, en effet, ne concerne pas la Corée du Nord, l'Irak ou l'Iran, mais vise la neutralisation de l'arsenal chinois de demain. De sorte que, s'il y avait une confrontation entre les deux superpuissances de l'avenir, l'Amérique, toujours supérieurement armée, n'aurait pas à céder à une politique d'intimidation de la Chine. Voilà à peu près les termes du problème. »

« Le bouclier antimissile vise donc uniquement la Chine ? »

« Bien sûr, uniquement. Ce bouclier a un inconvénient: il est facilement saturable. C'est un inconvénient qui risque d'avoir de fâcheuses conséquences. La Chine, comme le Pakistan et comme l'Inde, à la différence de la Russie et de l'Amérique, avait adopté une politique stratégique nucléaire intelligente, à savoir que peu d'armes suffisaient pour infliger des dégâts considérables, ce qui rendait l'excès numérique d'armement totalement superflu. Mais, face à un système antimissile, pour le neutraliser, la solution est d'avoir assez d'armes pour le saturer, ce qui relance la course aux armements. Par exemple, si un pays dispose d'un millier de missiles et que le système peut en arrêter 600 ou 700, qu'importe !, puisque s'il en passe 300 voici ce système répressif inefficace.
Personne ne peut croire aujourd'hui qu'un bouclier antimissile puisse être étanche. Et surtout il a un autre inconvénient: il ne peut jamais avoir été essayé en vraie grandeur. II faudrait donc s'en remettre à un système qui n'a jamais fonctionné et qui devrait tout d'un coup s'avérer efficace sans qu'on sache s'il l'est vraiment. Par conséquent, c'est un pari qui est beaucoup plus politique que scientifique. »

« Pouvez-vous nous expliquer en quoi le projet antimissile actuel diffère du projet Reagan, lancé dans une véritable guerre des Étoiles ? »

L’Initiative de défense stratégique (IDS).1983

Ce programme militaire, mieux connu sous le nom de « guerre des étoiles », vise à protéger le territoire américain contre une attaque massive de missiles soviétiques. Le système de défense antimissile conçu par l’administration Reagan, qui fait appel aux technologies du laser et des satellites, est basé en grande partie dans l’espace. Il s’agit, en quelque sorte, d’un « bouclier de l'espace ».
Bill Clinton décidera de relancer le programme de défense antimissile, près de 10 ans après l'abandon du projet de « guerre des étoiles » de Ronald Reagan. En 1999, le gouvernement américain vote le National Missile Defence Act, qui prévoit le déploiement d'un bouclier antimissile dès que la technologie le permettra. Le texte de loi contourne les dispositions du traité ABM de 1972, toujours en vigueur.
En décembre 2001, les Etats-Unis annoncent leur retrait du traité AMB de 1972. Le président Bush fait valoir que cet accord n’est plus adapté aux réalités d’aujourd’hui et qu’il empêche les Américains de se doter d’un système de défense efficace. Ce retrait du traité ABM lève les contraintes juridiques qui empêchaient les États-Unis de déployer leur bouclier antimissile.
La décision de relancer le programme national de défense antimissile est annoncée en tant que telle seulement un an plus tard, le 17 décembre 2002. Le projet de George W. Bush s’inscrit dans la lignée de celui de Bill Clinton.

Lire : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/bouclier/reagan.html#

« Leur projet final était en fait d'envisager la destruction des armes de l'adversaire, les Russes à l'époque, non pas sur trajectoire, mais au départ, c'est-à-dire précisément au moment où le missile adversaire s'élance depuis le sol, donc a une vitesse encore relativement faible, et surtout alors qu'il n'a pas encore lâché ses multiples ogives, si bien qu'on détruisait l'ensemble. Mais pour cela, il fallait exercer une surveillance permanente avec un certain nombre de satellites sur orbite. On peut s'arranger pour qu'ils passent au-dessus des champs de missiles russes qui s'étendaient dans une zone bien déterminée allant de Moscou jusqu'au milieu de la Sibérie. Une sorte de grande « banane » dans laquelle étaient implantés les silos qui pouvaient menacer les États-Unis. Or, ce n'est que pendant une période très courte que les satellites de surveillance se seraient trouvés être à portée des silos: ils passent à 30 000 kilomètres à l'heure. Donc, pour que la surveillance soir permanente, il fallait un certain nombre de satellites qui peut varier (on a fait le calcul) entre 300 et 400. Ensuite, il fallait que ces satellites soient des satellites tueurs, en quelque sorte.

On avait alors envisagé plusieurs procédés de destruction: celui qui paraissait le plus probable était le faisceau de lumière cohérente, c'est-à-dire le laser. On arrive à fabriquer la lumière cohérente et à transporter son énergie - qui se compte en mégajoules par décimètre carré - sur des distances, dans le vide de l'espace, de plusieurs milliers de kilomètres. Je dis bien : dans le vide de l'espace. Le problème était donc très compliqué. Il fallait d'abord que les satellites en orbite soient admirablement stabilisés : leur cible étant à une distance de 1000 kilomètres, la moindre vibration, qui se compte en millièmes de radian, à peine perceptible, s'amplifie considérablement à l'arrivée. Ce problème avait été étudié par un groupe de savants, dont Edward Teller, le père de la bombe H. Un autre système avait été envisagé : celui de l'énergie cinétique. Cela consistait à satelliser un canon électromagnétique composé d'un long rail d'une vingtaine de mètres de long avec des touches électrifiées les unes après les autres.

Un canon électromagnétique, qui permet de tirer un projectile à 200 km de distance et à cinq fois la vitesse du son, a été testé avec succès vendredi aux Etats-Unis, battant au passage un record de puissance, a annoncé la marine américaine.
Il s'agit de l'étape la plus récente dans les efforts de l'US Navy pour mettre au point un canon futuriste qui permet de lancer des projectiles sans poudre ou autre propulseur chimique.
Le canon, en fait une sorte de grille-pain à rallonge, maintient en place deux rails entre lesquels est posé un projectile et permet de tirer des munitions grâce au passage d'un courant électrique très puissant dans les rails.
L'essai du "railgun" s'est déroulé dans la journée au Centre de recherche de la Navy basé à Dahlgren en Virginie (est), a indiqué cet institut dans un communiqué.
La puissance du tir a atteint 33 mégajoules, soit trois fois plus qu'un précédent essai effectué en janvier 2008 (10,64 mégajoules). Un mégajoule correspond à l'énergie dégagée par une voiture de une tonne qui s'écraserait contre un mur à plus de 160 kmh.
Un tir de projectile à la puissance de 33 mégajoules permet d'atteindre mach 5, soit cinq fois la vitesse du son, a expliqué la marine.

http://www.liberation.fr/depeches/01012307490-la-marine-americaine-teste-avec-succes-un-canon-electromagnetique

Le projectile, gros comme le pouce, glissait sur le rail central et accélérait de plus en plus sa vitesse en fonction des changements de potentiels des touches, pour arriver à sortir à la vitesse de 30 kilomètres à la seconde, ce qui le portait jusqu'à un millier de kilomètres. Ce canon a été expérimenté. Mais il était difficile à faire fonctionner, alors Edward Teller avait envisagé un autre procédé : la projection d'un faisceau d'électrons.
Autrement dit, il s'agissait de satelliser une sorte de petite bombe atomique qui, en tournant autour de la Terre, exploserait lorsqu'un autre satellite géostationnaire détecterait le départ des missiles et dirigeait son faisceau destructeur vers la fusée soviétique. Ce qui posait aussi des problèmes de réalisation extrêmement compliqués. Bref, toutes les voies étaient explorées. II y avait un enthousiasme créateur qui animait tous ces hommes assez extraordinaires. Et - petit paradoxe amusant-  l'Amérique, qui est un pays d'économie libre, avait adopté, pour réaliser ce projet une stratégie socialiste, dirigiste. Pourquoi ? Parce que les techniques en question étaient tellement évoluées (détruire un objectif à 2 000 kilomètres à 50 000 fois la vitesse utilisée aujourd'hui par les projectiles) qu'elles supposaient des recherches qui n'intéressaient pas le secteur privé. Il fallait donc adopter un système socialisant. C'est ainsi que Reagan, le dirigeant ultralibéral, en était venu à un dirigisme autoritaire pour trouver les financements nécessaires. La société scientifique américaine était très favorable, ravie qu'un gigantesque projet mobilise leurs forces et leur créativité. »

« Et ça n'a pas abouti ? »

« Non, en partie en raison du départ de Reagan, mais surtout en raison des difficultés scientifiques rencontrées. Un obstacle notamment s'est présenté. Ne pas pouvoir expérimenter le système en vraie grandeur. Comment fonder sa sécurité sur un système dont on ne peut vérifier s'il fonctionne vraiment ?

« Pourquoi parlait-on de « guerre des Étoiles ?»

« De façon totalement impropre puisqu'il n'y avait en jeu ni guerre ni étoiles. Par ailleurs l'obstacle majeur restait l'impossibilité de l'expérimentation. On pouvait expérimenter, en dimensions réduites, en lançant un missile balistique de Californie, par exemple, et en l'interceptant sur un îlot du pacifique.
Mais il n'y avait aucune garantie que, par surprise, un samedi, à 2 heures du matin, l'adversaire, qui lui peut planifier son opération, ne lancera pas un missile, sur New York par exemple. Peut-on envisager une réaction ? Qui oserait, même si le radar détectait quelque chose avec un préavis de 3 ou 4 minutes, qui oserait lancer un contre-missile en sachant qu'il pouvait atteindre une ville ? Et si l'adversaire avait lancé un leurre ? Si c'était une provocation ? Tous ces problèmes-là n'étaient pas réglés. »

A suivre…

Général Pierre Marie Gallois

Précédents articles :

Toujours revenir aux « fondamentaux »…

http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article32382.php

De l' « Empire », du dessein inavoué de l'Allemagne...

http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article44164.php

Du « Consentement fatal »… Du poison « Monnet »…Suite…

http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article31476.php

Du « Consentement fatal »... suite…

http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article31474.php

« A vouloir se faire, l'Europe se défait. »

http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article31462.php

Le prix de nos abandons et de nos lâchetés...

http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article44133.php

« Le Consentement fatal ». Un entretien « magistral », conduit avec pertinence et sensibilité par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001: au cœur de nos temps difficiles qui n'ont pas pris une ride!

A toujours garder à portée de main !

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