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Des « Dessous d’une révolution »…

Au « Kyrgyzstan » du 7 au 15 avril 2010. Quel meilleur « guide » que notre ami René Cagnat ? Pas de « boule de cristal », simplement une longue expérience de cette contrée « trop bien placé sur l’échiquier stratégique pour que les super-grands y tolèrent l’anarchie ». Quelques considérations d’importance…Un beau cadeau en « primeur » du colonel René Cagnat…

Portemont, le 22 avril 2010

Ni les Russes, ni les Américains, ni les Chinois n’ont intérêt à une déstabilisation au Kirghizstan: ce petit pays est trop bien placé sur l’échiquier stratégique pour que les super-grands y tolèrent l’anarchie.

Les grandes puissances, dans le cadre du « très grand jeu » en cours, n’en recourent pas moins à des manœuvres et des intimidations réciproques. Cela vient, peut-être, de se passer entre Russes et Américains à l’occasion de la révolution d’avril. 

Courant mars, le bruit a couru à Bichkek que, contre argent comptant, le président Bakiev était prêt à accorder aux Etats-Unis – peut-être dans la région de Batken (1) – la construction d’une grande base aérienne destinée à remplacer l’actuelle base de Manas.

Base de Manas

Le défi était de taille pour les Russes qui sont encore à cent lieues d’envisager - hors pour la lutte contre la drogue et l’ouverture de couloirs logistiques vers l’Afghanistan- une coopération avec les Américains, voire l’OTAN. Il n’est donc pas exclu d’imaginer que, obnubilés par la défense de leur pré-carré centre-asiatique, ils aient donné un « coup de pouce » au bon déroulement de la révolte. C’est d’ailleurs ce qu’a sous-entendu Bakiev lorsque, le 12 avril, il a déclaré : « une direction et une organisation très compétentes étaient évidentes ; des forces extérieures étaient manifestement impliquées… Je ne peux pas dire que la Russie est derrière cela. Je ne veux pas dire cela, je ne veux tout simplement pas le croire ».

 Kourmanbek Bakiev, le 12 avril  dans son village de Teiit, dans le sud du pays.

Les Russes de toute façon disposent, notamment par leur minorité sur place(2), de suffisamment de leviers de toutes sortes pour peser très fort sur l’évolution des événements dans le pays.

Lire : L’émigration des « Russophones » d’Asie centrale

http://echogeo.revues.org/index11212.html

En 2007, la population du Kirghizistan était estimée à 5 218 000 habitants. En 2004, 34,4 % ayant moins de 15 ans et 6,2 % plus de 65. Le pays est rural à 66,1 %, pour une densité de population assez faible de 29 habitants par km². La capitale, Bichkek, compte officiellement 589 000 habitants, auxquels il convient sans doute d'ajouter de nombreux saisonniers, ainsi que des occupants illégaux de terrains non répertoriés dans les statistiques.
Soixante-cinq pour cent de la population est d'origine kirghize, un groupe ethnique turc présentant des influences mongoles et chinoises et étant historiquement constitué de bergers semi-nomades. La plus grande minorité est celle des ouzbèkes (14,5 % de la population), principalement situées dans le sud, suivis par les personnes d'origine russe (9,0 %, essentiellement dans le nord), doungane (1,2 %), ouïghour (1,1 %), tadjike (1,1 %), turque (0,9 %), kazakh (0,7 %), ukrainienne (0,5 %) et coréenne (0,3 %). Il existe également de petites communautés d'origine allemande.

http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/927601

Ainsi, ulcérés par le revirement de Bakiev à nouveau favorable, en juin 2009, au maintien de la base américaine de Manas,  ont-ils freiné  l’octroi de crédits au gouvernement kirghize avant d’y mettre fin en février 2010. Aux abois, Bakiev a dû recourir, dès décembre 2009, à une augmentation  des tarifs du gaz et de l’électricité, si impopulaire qu’elle a mis le feu aux poudres.
Le déroulement de l’insurrection elle-même – sa soudaineté  à Talas, le 6 avril, et la rapidité de son extension à Bichkek, le 7, – semblent dénoter le « coup de patte » d’un service spécial.

Bichkek, le 7 avril 2010

Les distributions avérées de vodka aux émeutiers mais aussi l’utilisation assez vite par ces derniers d’armes et de munitions (3)ont témoigné d’une organisation souterraine dont l’opposition paraissait parfaitement incapable.
Propos éclairant d’un insurgé le 7 avril : « de toute façon, Poutine est avec nous » ! La reconnaissance de facto très rapide -dès le 8- du gouvernement provisoire  par Moscou l’a confirmé. La rumeur a également circulé d’une visite de Rosa Otounbaeva au Premier ministre russe deux à trois semaines avant le soulèvement.
Toujours le 7 avril vers 13 h, un observateur signale, en revenant de la place où ont éclaté les premiers coups de feu, le déclenchement de tirs suivis d’une riposte à l’intérieur même d’une caserne au centre de la capitale (4). L’influence russe s’étant perpétuée dans les forces armées, l’organisation d’une provocation n’est pas à exclure. De même, la facilité avec laquelle les révoltés se sont procurés des armes perfectionnées  (genre fusil à lunette), des camions militaires et, qui plus est, des engins blindés, laisse subodorer une complaisance bien agencée.
Enfin, selon une rumeur insistante à Bichkek, les « 22 » tireurs d’élite présents sur les toits de la Maison Blanche (5) et qui ont ouvert un feu meurtrier sur les attaquants seraient des mercenaires baltes ! « A qui profite le crime ? » Qui avait besoin de jeter un discrédit supplémentaire sur un pouvoir déjà écroulé, ne fut-ce qu’en colportant le bruit ? Certainement pas les Américains ou les Chinois !
A noter qu’une quatrième force est restée neutre tout en s’efforçant d’organiser une médiation entre Sudistes et Nordistes kirghizes : celle de l’Islam et des Islamistes qui font des progrès considérables, ces derniers temps, dans le peuple.
Qui finalement tirerait les marrons du feu d’une instabilité kirghize persistante ? Quel serait  l’impact de la révolution kirghize et d’un début de démocratie sur les dictatures voisines - l’ouzbèke par exemple -, voire plus lointaines comme la biélorusse ? Quelle serait la gêne occasionnée à l’intervention en Afghanistan ? Autant de perspectives aux conséquences graves qui expliquent, en définitive, les efforts actuels, russes et américains, pour  une certaine normalisation à Bichkek.
René Cagnat
16 avril 2010



(1) Les Américains ont effectivement obtenu en février l’installation immédiate dans la province méridionale de Batken d’un centre de formation des troupes spéciales destiné dans un premier temps aux commandos kirghizes.

(2) Les Slaves comptent encore pour près de 10% de la population. Le précédent Premier ministre de Bakiev, M. Tchoudinov, était russe.

(3) La découverte à Talas, le 15 avril, de plus de 11000 cartouches de divers calibres mais aussi à Bichkek d’armes empaquetées étaye l’ hypothèse d’un soutien clandestin.

(4) Probablement la caserne de la Garde présidentielle qui venait de perdre ses prérogatives en étant rattachée au Service de sécurité d’Etat.

(5) Siège du gouvernement à Bichkek.


Juillet 2006
En contrepartie d'une compensation et d'une assistance d'un montant de 150 millions de dollars,  le gouvernement kirghize renouvelle le bail de l'armée américaine pour l’utilisation de la base aérienne de Manas, pas de tir des soutiens aériens en Afghanistan dans le cadre de l'Opération Enduring Freedom. Parce qu'il est dans la région Asie centrale l'unique locataire d'une base aérienne aux Etats-Unis -- lesquels sont par conséquent captifs --, le gouvernement kirghize réussit à augmenter le coût indirect de l'utilisation de la base après avoir menacé de multiplier son loyer par dix (200 millions de dollars américains).
Cet accord intervient quatre jours après le troisième déplacement du secrétaire à la Défense au Tadjikistan depuis 2001 (auparavant novembre 2001 puis juillet 2005), lequel était motivé par le désir de Washington de sécuriser les baux de trois bases militaires tadjiks (Kurgan-Tyube, Khujand et Kulyab) destinées à compenser la perte de la base aérienne de Karshi-Khanabad (K2) en Ouzbékistan alors que celle de Manas au Kirghizstan apparaissait encore incertaine et que le régime tadjik pouvait être tenté de laisser jouer les rivalités entre la Chine, la Russie (plusieurs milliers de militaires russes de la 201ème Division d'infanterie motorisée restent stationnés au Tadjikistan depuis la guerre civile de 1992-7) et les Etats-Unis dans la sous-région jusqu'à satisfaire le plus offrant.

http://www.politique-etrangere-usa.typepad.com/

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