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Quand tout est dit…

Puisque nous y sommes… Faire bien pour un bien commun, sans lequel l’avenir sera sombre. Très sombre… Notre ami le colonel René Cagnat, en fin connaisseur des ces terres de vieux « empires », pense l’Asie centrale… Puisse la France retrouver la voie du « jeu » de ses Rois…Mais rien de durable ne se fera sans la Russie…

Portemont, le 20 décembre 2009

« De la lecture du discours du Président Obama à West-Point le premier décembre 2009, je déduis qu'il est partisan d'un retrait « as soon as possible », mais qu'il doit composer avec les républicains et le groupe de pression militaro-industriel. De toute façon, ce n'est pas en 18 mois et avec seulement 130 000 soldats qu'il pourrait résorber cette guérilla (quand Karzaï dit qu'il faudrait pour cela entre 3 et 5 ans, et encore avec l'aide d'une bonne armée afghane, il me semble avoir raison). Et le problème afghan n'est rien par rapport à celui du Pakistan !

Bref, la France, en revenant dans l'OTAN, s'est enferrée aux côtés des Américains alors que, si elle avait gardé ses distances, elle serait aujourd'hui en position d'arbitre tant à Kaboul qu'à Islamabad où elle avait de bonnes positions. Un tel jeu a presque toujours été celui de la France (et surtout  de ses Rois) entre les empires.

Je présente ici une façon de rendre utile et d'effectuer sans trop de préjudices un repli qui, en tout état de cause, aura  lieu : préserver à notre profit les richesses de l'Asie centrale ex-soviétique par une alliance OTAN-Russie, surveiller l'armement nucléaire pakistanais et lutter à fond contre le trafic de drogues, tels sont, de nos jours, les trois enjeux principaux du Heartland »

René Cagnat

Discours de Barack Obama à l’académie militaire de West Point

http://www.voltairenet.org/article163182.html

Vidéo :

 

 

 

Pour un redéploiement de l'Otan en Asie centrale

L’Amérique et l’Otan ont déjà perdu la guerre en Afghanistan, selon l’auteur. Les conditions et les limites d’un retrait doivent être envisagées alors que le corps expéditionnaire est encore crédible.
Différentes constatations amènent à penser qu’en y mettant le prix un redéploiement en Asie centrale serait non seulement possible mais aussi judicieux.

« Connaissez-vous la «  path dependency » ou « dépendance à la trajectoire» ? Pour en avoir fait fi, l’Amérique et l’Otan ont déjà perdu la guerre en Afghanistan. Selon ce concept, l’évolution présente d’un pays serait influencée par des épisodes antérieurs de son histoire qui l’installeraient sur une orbite dont il ne pourrait guère s’écarter.

L’Afghanistan a une longue histoire d’invasions et d’instabilité. Sa position au carrefour de l’Iran, de la Chine, de l’Asie centrale et du sous-continent indien a attisé les convoitises de grands conquérants, comme Alexandre le Grand, au IIIe siècle avant J.-C. Ses successeurs ont bâti des royaumes prospères qui reliaient l’Orient et l’Occident. Dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afghanistan était le centre du vaste empire Kouchan, qui servait d’intermédiaire commercial entre l’Inde, la Chine et Rome. La vallée de Kaboul a donné naissance à l’art du Gandhara, renommé pour ses sculptures de style gréco-bouddhique.

Tête gréco-bouddhique en stuc de l’école de Hadda (IIIe - IVe siècle), Afghanistan
22.5 x 17.5 x 15 cm
Société des amis du musée Guimet


Art du Gandhara

Au xve siècle, l’empire timouride avait installé sa capitale à Herat, qui était un centre intellectuel important…
Pendant plus d’un siècle, l’Afghanistan a été un pion dans le Grand Jeu des puissances européennes, qui se disputaient l’Asie centrale. Les intrigues de Napoléon en Perse incitèrent les Britanniques, installés en Inde, à nouer des relations officielles avec Kaboul en 1809. L’expansion russe vers le Sud à travers l’Asie centrale ne pouvait que renforcer leurs inquiétudes. Très sensibles à la position stratégique de l’Afghanistan, les Britanniques participèrent à la valse des monarques sur le trône de Kaboul au xixe siècle. Par deux fois, la guerre éclata, en 1838-42 et en 1878-80. Cherchant à libérer l’Afghanistan de l’emprise britannique, le roi Amanoullah attaqua l’Inde en 1919 et obtint l’indépendance pour son pays.

Il a fallu l’influence du général David Petraeus pour mener en Afghanistan, à partir de 2007, c’est-à-dire trop tard, la guerre qui convenait en tenant compte de la « trajectoire » des Pachtouns : ces derniers, épris de vengeance dès lors qu’on les attaque et qui ont déjà eu raison des Britanniques et des Soviétiques aventurés sur leur territoire, ne seront pas réduits par les armes.

Bataille de Maiwand. 27 juillet 1880

Leur petit peuple d’à peine 30 millions d’individus (1), bien retranché dans ses montagnes, uni par une foi islamique exigeante et le code social du pachtounwali, sait que, chez lui, il peut venir à bout des Américains et autres Occidentaux. Il s’agit pour les Pachtouns d’aujourd’hui de renouer avec la glorieuse tradition de leurs pères, d’autant plus impérieuse que le souvenir de leurs faits d’armes contre les Soviétiques est encore dans toutes les mémoires.

Les Pachtouns représentent 40 % de la population afghane, les Pathanes sont environ 30 millions au Pakistan. C'est la plus grande société tribale au monde. Ils sont répartis en tribus, clans et sous-clans, en conflit permanent au gré des alliances, mais solidaires face à l'étranger!
Le Pachtounwali est l'ancestrale loi orale des Pachtounes, qui régit leurs actions et les rapports au sein de la tribu. Il repose sur 3 principes :
- l'hospitalité due à tout visiteur
- la protection pour tout individu qui la demande
- la réciprocité pour tout acte (y compris, en cas d'offense subie, l'application de la loi du talion. « Œil pour œil, dent pour dent »)

L'application de ces trois lois engendre un système de dettes et d'obligations entre individus et des vendettas qui survivent à la succession des générations. La notion d'honneur y est centrale dans l'application de ces principes, et l'honneur des femmes plus important encore. Une grosse différence avec la charria, qui est basée sur la morale, une notion peut-être plus raisonnée.
Un ethnologue estime que  les « Afridis »  représentent «l'archétype du Pachtoun, car on peut leur appliquer une série de qualificatifs contradictoires: courageux, précautionneux, hommes d'honneur, traîtres, cruels, galants, superstitieux, courtois, méfiants et fiers»

Face à une vendetta impitoyable qui dédaigne les souffrances et pertes endurées, une sortie de guerre « la tête haute » de l’Otan doit être envisagée pendant qu’il est encore temps. Elle s’effectuerait dans les deux ou trois ans qui viennent, c’est-à-dire avant que la nasse d’une insurrection généralisée ne se referme sur le corps expéditionnaire. (2).

Que cette sortie de guerre revête la forme d’un retrait jusqu’en Amérique ou en Europe est impensable : la perte de prestige pour l’Otan serait telle, notamment dans le monde musulman, qu’elle signifierait la mort de cette organisation. Du même coup, les Occidentaux perdraient pied dans des zones stratégiques essentielles comme la péninsule indienne, le Moyen-Orient ou l’Asie centrale. Enfin, ne plus agir dans la zone Afpak (Afghanistan-Pakistan) signifierait son abandon à un trafic de drogues qui ronge littéralement l’Occident, de
l’Europe — Russie comprise — aux États-Unis.

Il convient donc de se pencher sur la seule solution possible : celle d’un repli vers des « plateformes continentales d’intervention » qui permettraient de peser aussi bien sur l’Afghanistan, le Pakistan, que l’Iran et le golfe Persique, voire la Chine. Les leçons de l’histoire montrent que le peuple afghan, s’il est redoutable sur son territoire à l’encontre des envahisseurs, n’a guère tendance, en revanche, à intervenir à sa périphérie : comme on l’a constaté, dans les années 90, après le retrait soviétique, il est bien trop pris par ses querelles intestines pour aller harceler ses voisins. Un repli de l’Otan hors de l’Afghanistan, assorti d’un plan d’aide économique et sociale, devrait donc assurer un « containment »t qui ne nécessiterait qu’une surveillance renforcée sur les frontières les plus fragiles, notamment en ce qui concerne le trafic de drogues. La lutte à distance contre ce trafic serait en fait la grande affaire du « containment». Les États dans le voisinage de l’Afghanistan, tous ravagés par les narcotiques, pourraient être associés à l’entreprise : il s’agit du Pakistan, de la Russie, de la Chine, de l’Iran, mais aussi des pays d’Asie centrale. Ce serait une façon d’exercer une responsabilité collective par rapport au problème afghan dont la résolution passe par leur concours. Un coup d’oeil sur la carte désigne immédiatement les zones qui restent à répartir entre pays de l’Otan.

Si les Américains, avec les Britanniques, semblent plus à même de se charger du problème pakistanais, qu’ils ont contribué à créer, l’Europe pourrait se focaliser sur le Heartland cher aux géopoliticiens, ce pivot de l’univers que serait l’Asie centrale.

Dès lors, la question qui se pose est de savoir si l’Asie centrale est prête à accepter une présence occidentale plutôt qu’une influence islamo-afghane. Sa culture musulmane l’amènera-t-elle à préférer au rôle de bouclier de l’Europe son entrée dans une sorte de khalifat islamique?
Autrement dit, dans trois ans au maximum et probablement bien avant, quelles républiques d’Asie centrale ex-soviétique seraient prêtes à accueillir des bases opérationnelles occidentales et à quelles conditions ?
Pour répondre à ces questions, il s’agit tout d’abord de bien cerner les réalités de l’Asie centrale contemporaine pour mieux discerner les menaces qui en découlent et, enfin, d’indiquer les mesures à prendre pour amarrer tout ou partie du Turkestan à la défense avancée de l’Europe.

L’ASIE CENTRALE AUJOURD’HUI :
FAUX-SEMBLANTS ET RÉALITÉS
Le poids relatif de l’islam

Les splendeurs de l’art timouride semblent témoigner en Asie centrale de l’existence d’une foi islamique intense et exclusive. Pourtant, sous cette apparence, une connaissance en profondeur de la région révèle la persistance d’une culture chamanique, tangrienne (3), voire zoroastrienne, où la religion musulmane, très abîmée par la persécution soviétique, se dilue dans un magma de superstitions, de cultes des morts, de la nature ou du feu.

Avec le début du printemps, les Ouzbeks fêtent Navrouz, autrement dit, le Nouvel An. Symbole universel de renaissance, Navrouz coïncide avec l’équinoxe du 21 mars, et signe le début de la nouvelle année. D’origine zoroastrienne, et célébrée dans toute l’Asie centrale, cette fête a gardé une place essentielle aux côtés des fêtes islamiques.

Zoroastre enseigne à ses disciples qu’ils ne doivent pas honorer Ahura-Mazda par des sacrifices sanglants, mais qu’ils doivent vivre au service du bien. Le prophète insiste sur l’éthique pratique « bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions ». L’esprit du bien et l’esprit du mal ne sont pas seuls à combattre : ils ont chacun une armée, l’armée du ciel et l’armée de l’enfer ; les forces sont opposées les unes aux autres.

Temple du feu à Bakou

À tel point que les propagateurs de l’islam ont dû mettre en place, pour redonner une apparence musulmane au Turkestan, une campagne de construction par milliers de mosquées et écoles coraniques. Même si l’islam centre-asiatique, soutenu par les capitaux arabes, a fait des progrès, ce serait un tort d’imaginer qu’il interdit l’influence européenne.

Mosquée à Kashgar - East Turkestan

Bien au contraire, de tradition modérée et modernisée par le soviétisme, il penche plus vers un islam tolérant à l’égyptienne que vers le fanatisme médiéval des Afghans. Seule la répression agencée par des dictateurs comme Karimov ou Niyazov (le Turkmenbachi) a pu favoriser la réapparition au Ferghana et dans quelques grandes villes de sociétés secrètes en mesure de relayer un coup d’État islamique ou de susciter une réaction intégriste anti-européenne.

Le « Turkmenbachi »…

Un rétablissement occidental en Asie centrale est donc concevable dans la mesure où cette région, présumée musulmane, échappe quelque peu, pour l’essentiel de son peuplement (4) à l’islam. C’est d’ailleurs pour cette raison que la guérilla afghane, à la différence de ce qui s’est passé au Pakistan, rencontre des difficultés pour s’implanter au Turkestan. En fait, si elle est confrontée à une subversion ou un « coup » islamique, la population centre-asiatique, pour peu qu’elle y soit encouragée, choisirait pour l’instant, pendant qu’il est encore crédible, le camp des démocraties. Cela serait le cas au Kazakhstan, en Kirghizie et probablement dans le nouveau Turkménistan devenu un émirat gazier.

Sourires kirghizes…

Seuls des pays de tradition sédentaire, dictatoriale et de « trajectoire islamique » comme le Tadjikistan et surtout l’Ouzbékistan pourraient prêter le flanc à un activisme islamiste et accueillir les émules des taliban. Comme ces pays coupent en deux l’Asie centrale et regroupent la moitié de sa population, leur défection poserait problème. Une telle évolution devrait cependant aboutir à un éclatement de ces États tant des provinces comme le Gorno-Badakhchan au Tadjikistan et le Khorezm ou la Karakalpakie en Ouzbékistan se méfient du pouvoir central et sont réticentes à un islam militant.

Le poids avéré de la Russie

Une autre fausse impression assez partagée conduit à n’accorder qu’une influence secondaire à l’ancienne puissance coloniale russe et à son avatar soviétique. Si les sédentaires sont en général assez hostiles à la Russie, en revanche les nomades, malgré toutes les avanies qu’ils ont pu subir de la part des Slaves, leur sont assez souvent favorables. L’influence russe s’exerce, certes, par le poids économique et humain rémanent de l’URSS (5), mais surtout par la conscience des épreuves traversées en commun (6), par les connivences que crée, entre la métropole et les ex-dépendances impériales, une civilisation très spécifique.
L’arrivée de l’Otan en Asie centrale devra donc s’effectuer sur la base d’un rapprochement avec la Russie.

Juin 2009

S’allier les pays riverains de l’Afghanistan – c’est l’objectif de la toute première réunion de l’OTAN en Asie centrale.

C’est à Astana, au Kazakhstan que se sont retrouvés les 49 pays membres du Conseil de partenariat euro-atlantique. Le secrétaire général sortant de l’Alliance, Jaap de Hoop Scheffer, a rappelé les multiples enjeux liés à la sécurité dans la région : “ Les circuits qui permettent le transfert instantané de fonds ou d’informations par-delà les frontières peuvent également être utilisés par les réseaux criminels pour le trafic de toutes les marchandises imaginables ou presque, qu’il s’agisse de fonds blanchis, d‘êtres humains ou de composants de missiles ou de matières fissiles.” Le Kazakhstan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan constituent avec la Russie des voies alternatives d’approvisionnement pour les forces de l’OTAN en Afghanistan.

Les Etats-Unis ont d’ailleurs convaincu le Kirghizstan à grand renfort d’arguments financiers de ne pas fermer la base américaine de Manas. Pour ne pas contrarier la Russie, le Kirghizstan a cependant exigé qu’elle ne serve qu’au transport de fret non militaire.

http://fr.euronews.net/2009/06/25/premiere-reunion-de-l-otan-en-asie-centrale

Les premiers signes de ce rapprochement peuvent être discernés dans l’ouverture du territoire et des couloirs aériens russes à l’approvisionnement du corps expéditionnaire de l’Otan. L’insistance de Moscou pour une lutte plus effective contre la drogue en Afghanistan révèle aussi une solidarité face à ce fléau.

Le rapprochement entre les Russes et l’Otan ne serait d’ailleurs qu’un retour à la raison tant la division de l’Occident est préjudiciable en Asie centrale. On y assiste en effet, alors que la région est en butte à une subversion islamiste venue du sud et à une prise en compte économique chinoise venue de l’est, à un «schisme » paradoxal entre le grand nord russe, pourtant imprégné de culture européenne, et l’Occident européen et américain. La Russie, grignotée et inquiétée par l’Otan sur ses marches occidentales, n’a pu que se retourner vers la Chine communiste et les avantages de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS).

On assiste ainsi à une alliance de repli entre Moscou et la puissance qui menace par son explosion économique et son poids démographique les vastes espaces d’imprégnation russe de Sibérie et du Touran.

Dès 1991, Pékin se tourne vers l’Asie centrale pour des raisons d’abord sécuritaires. La Chine craignait que les mouvements séparatistes ouïgours de la province autonome du Xinjiang ne puissent trouver une base arrière, voire une assistance auprès des populations d'Asie centrale – lesquelles partagent avec les Ouïgours des affinités culturelles, linguistiques, religieuses, et même parfois ethniques puisqu'il existe une minorité ouïgour importante au Kazakhstan et au Kirghizistan-.

Le président chinois Hu Jintao  et son homologue kazakh Noursoultan Nazarbaïve

Outre ce défi sécuritaire, la naissance de républiques indépendantes à ses frontières offrait à la Chine des opportunités économiques de taille. Pékin décide très vite d'ouvrir le pays et plus particulièrement la province du Xinjiang au commerce avec l’Asie centrale.
Le temps passant, la Chine réalise que d'autres opportunités s'ouvrent également à elle dans la région. C'est le cas dans le domaine de l'énergie. Dès la fin des années 90, les compagnies chinoises commencent à s'intéresser et à investir au Kazakhstan. Pékin s’intéresse également au gaz turkmène. Mais il faudra attendre la période post-11 septembre pour que les choses commencent à bouger dans ce domaine.

http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=49

Cette orientation stratégique est tellement contre nature qu’il serait facile d’obtenir par quelques concessions (7) un retour du balancier vers l’Occident. Une installation bien délimitée de l’Otan protégeant l’Asie centrale et ses richesses serait de toute façon préférable pour le Kremlin à une imprégnation chinoise de la région : la contiguïté de la Chine avec le Turkestan (8) est plus inquiétante qu’une présence « otanienne » contrôlée par l’interposition du territoire russe entre l’Europe et le Heartland.

Du côté russe, imaginer, comme on le feint à Moscou, que l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) (regroupant autour de la Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan, et de petits pays comme la
Kirghizie, le Tadjikistan et l’Arménie, avec une présence intermittente de l’Ouzbékistan), serait suffisante pour affronter la menace du sud ou de l’est, tient de l’utopie.

L’Organisation du traité de sécurité collective.

En fait, c’est par l’alliance entre l’OTSC et l’Otan que pourrait se fonder une défense solide de l’Europe en Asie centrale. Sans cette alliance, qui fournirait sur place aux Occidentaux un approvisionnement énergétique et à ces Européens orientaux que sont les Russes un poids supplémentaire, il n’y aura pas au Turkestan de bouclier face à l’islam révolutionnaire ou face à la Chine.

L’INFLUENCE CROISSANTE DE LA DROGUE
Déduire de l’actualité centre-asiatique que le trafic de drogue, discret par nature, est un phénomène appelé à rester sous-jacent, accessoire, est une dernière fausse impression, particulièrement dangereuse en Asie centrale. Ce trafic est en réalité, depuis quinze ans, le fait majeur dans la zone Afpac (9).

Cliquer sur la carte pour agrandir

Pendant cette période, en effet, alors que le nombre de drogués augmentait fortement (10), la corruption et les infiltrations induites par ce trafic ont pénétré tous les rouages étatiques, imprégné toutes les couches sociales, créé une économie de l’ombre qui tend à dépasser l’économie officielle (11). Dans certains pays particulièrement pauvres, où le trafic a représenté une planche de salut, la prise en compte par le « système de la drogue » est telle qu’on peut parler, à leur propos, de narco-États. Même si les gouvernants et les appareils étatiques ont résisté un temps avec l’aide occidentale, ils ont dû à la longue céder, ne fût-ce que pour donner à la population de quoi survivre. Ainsi voit-on apparaître de-ci, de-là au Tadjikistan, en passe de devenir un narco-État, des champs de pavots et des laboratoires de traitement qui prolongent vers le nord les « zones grises » afghanes (12). De même, dans la capitale kirghize, Bichkek, des casinos, qui servent surtout au blanchiment, apparaissent par dizaines.

Le « Zodiak » à Bishkek

Enfin, au Turkménistan, la montée des bandes liées au trafic de drogues est telle que le gouvernement vient de créer un bureau antinarcotique qui, dans ce petit pays de 5 millions d’habitants, regroupe déjà 700 fonctionnaires.
Pour l’instant et pour une décennie encore (13), c’est la drogue afghane (dérivés de l’opium et haschich) (14) qui est à l’origine du pourrissement général. Les narcotiques ont rapporté en 2007 plus de 80 milliards de dollars aux trafiquants afghans qui s’efforcent de « commercialiser » un tonnage d’opium qui est équivalent à 92 % de la production mondiale. Cette somme correspond au PIB du Kazakhstan, pays le plus riche de la région. En conséquence, malgré les contrôles frontaliers assurés avec l’aide technique et financière de l’Europe et des États-Unis par les gardes-frontières et les douaniers de chaque pays, au moins 25 % de la drogue afghane se déverse avec une étonnante facilité à travers toute l’Asie centrale avant de partir par des voies diverses vers la Russie, l’Europe et secondairement vers la Chine et le Japon.
Si les trafiquants, pour mener à bien leurs affaires, ont besoin dans le pays producteur (pour l’instant l’Afghanistan) d’être couverts par un conflit de moyenne intensité, en revanche, dans une région de transit, ils peuvent se contenter de beaucoup de corruption chez les autorités et d’un certain désordre dans le pays. Ils verront donc d’un mauvais oeil l’installation en Asie centrale de l’Otan, destinée à renforcer les régimes en place et à lutter contre les trafics, et vont s’opposer aux nouveaux venus dans les instances gouvernementales, les négociations, la population, etc. Leur poids est d’autant plus réel que, depuis 2002, lorsque Mollah Omar, véritable « commandeur des croyants », a supprimé le bannissement de la drogue, existe en Afghanistan une connexion assez étroite entre religieux et maffieux qui a tendance à s’étendre à tout le Turkestan.

Est-il déjà trop tard pour envisager un repli de l’Otan vers l’Asie centrale ? Non, car l’Asie centrale ressent pour l’instant le besoin d’être protégée face à la boîte de Pandore afghane. Par ailleurs, elle connaît déjà, par ailleurs, depuis des années, un début de déploiement « otanien » sur trois bases aériennes.

INTÉRÊT ET MODALITÉS D’UN REDÉPLOIEMENT

Le repli vers le nord, en libérant l’Otan du bourbier pachtoun, permettrait à l’organisation atlantique de retrouver la liberté de manoeuvre qui lui fait défaut à l’heure actuelle. Il donnerait la possibilité, s’il intervient dès 2010, de quitter tout ou partie de l’Afghanistan avant que la nasse d’une insurrection ne se referme sur le corps expéditionnaire
: rappelons que la révolte, encore essentiellement pachtoune mais en accroissement constant, n’en est qu’à ses débuts et ne concerne, surtout dans les minorités et la capitale, qu’une assez faible partie de la population. Le redéploiement autoriserait aussi, en étant modulé et progressif, un meilleur soutien aux populations minoritaires (tadjike, ouzbèke, hazara, turkmène, etc.). Il permettrait enfin, si les taliban devaient se montrer trop intransigeants, l’organisation d’un éclatement de l’Afghanistan.
À l’image du retrait soviétique de 1989, le repli peut s’effectuer de façon unilatérale. Il devrait néanmoins s’accompagner d’une aide humanitaire massive en faveur du peuple afghan, distribuée par les ONG qui maintiennent un contact avec les insurgés : ce serait une façon informelle de rétablir une liaison avec les taliban.
Au cours de ce repli, la distinction devrait être marquée entre un arrêt de l’intervention contre les taliban ou les Pachtouns et le maintien des hostilités contre la drogue : les laboratoires, en particulier, demeureraient justiciables de frappes aériennes.

La réinstallation au Nord du Pyanj-Amou-Darya s’effectuerait en profitant des bases aériennes de soutien à l’intervention, à savoir la base allemande de Termez, la base française de Douchanbé, en arrière-plan, la base logistique américaine de Manas-Bichkek.

Il serait idéal qu’à ce moment-là apparaisse une coopération, même limitée, avec les unités russes stationnées à proximité de Douchanbé, de Bichkek et d’Och.
Si essentielle que soit la ville ouzbèke de Termez pour une surveillance à la jonction de l’Afghanistan du Nord, du Tadjikistan et du Turkménistan (15), la participation de l’Ouzbékistan au redéploiement de l’Otan ne sera pas obligatoire. En effet, il importe surtout d’assurer, à partir du Tadjikistan et de la Kirghizie, une veille autour du Ferghana, seule zone importante vulnérable à l’influence islamo-terroriste.
De toute façon, l’apparition d’une subversion dans cette zone ne tardera pas à ramener l’Ouzbékistan de Karimov dans le camp de l’Otan.
La réinstallation serait l’occasion de renforcer le rempart contre la drogue aux frontières. Mais si les taliban mettaient de la mauvaise volonté à régler le problème, une guerre totale contre les laboratoires et les champs de pavot devrait pouvoir être déclarée par le tir à distance de drones, par des bombardements, des épandages, des interventions héliportées en terre afghane. Le but serait d’amoindrir l’énorme revenu de la drogue à l’origine de la subversion actuelle. L’opération devrait s’accompagner d’un effort maximum pour informer la population des risques qu’elle encourt à cultiver le pavot ou à se trouver au voisinage des champs de pavot ou des stocks de narcotiques.
Bien entendu, le redéploiement de l’Otan s’appuierait essentiellement sur les armées et polices locales, nos troupes n’assurant qu’un appui technique et des actions ponctuelles. Il serait lui aussi assorti d’une aide économique considérable à base de paiements pour la location des bases (16), mais aussi d’allocations à un soutien multiforme: commercial, humanitaire, sanitaire, culturel. En effet, la lutte contre la drogue, dommageable pour les Centre-Asiatiques, devra s’accompagner de compensations. Une telle aide permettrait aux pays menacés par la drogue de ne pas devenir des narco-États. Mais la protection militaire et policière par l’Occident des populations et des richesses de l’Asie centrale ne reposera sur des bases solides que si elle répond sur place à une crainte de l’avenir. Or cette crainte existe de nos jours dans toute la région. Si les taliban d’Afghanistan sont perçus sans trop d’inquiétude, en revanche les taliban du Pakistan et surtout leurs affidés ouzbeks et tadjiks sont redoutés. L’intervention pakistano-américaine dans les zones tribales fait appréhender un retour de ces guérilleros dont la guerre civile afghane avait été l’occasion de se débarrasser.

L’infiltration en mai 2009 d’un commando d’environ 200 hommes jusqu’à la vallée de Racht au Tadjikistan a semblé, à cet égard, un avertissement. Depuis, d’autres infiltrations ont été observées en direction du Ferghana. Dans ce contexte favorable à un redéploiement de l’Otan, mais qui peut disparaître rapidement, une négociation immédiate et prestement menée avec le Tadjikistan, la Kirghizie, voire l’Ouzbékistan aurait de quoi rassurer ces pays puisque nos troupes sont encore crédibles. En revanche, trop tarder à quitter l’Afghanistan pourrait nuire à cette crédibilité et donc compromettre notre rétablissement. »

René CAGNAT

(1) Les Pachtouns, majoritaires en Afghanistan où ils seraient 14 millions, constitueraient au
Pakistan, notamment dans les zones tribales, une minorité de plus de 15 millions de « Pathans ».

(2) L’échéance en 2012 des élections présidentielles américaines définit aussi une autre contrainte.

3) Le tangrianisme correspond à la perception de Dieu dans les paysages et les phénomènes naturels.

(4) Cela concerne les peuples de tradition nomade comme les Kazakhs, les Kirghizes, les
Turkmènes, les Karakalpaks, et, parfois, les Tatars. Il convient d’ajouter à ces descendants fort peu musulmans et plutôt chamanistes des nomades, des sédentaires musulmans dissidents comme les ismaëliens Pamiri, et les minorités slaves ou asiatiques (coréenne, kalmouke) étrangères à l’islam.
Il existe par ailleurs, en Ouzbékistan comme au Tadjikistan, des régions entières où l’influence islamique, presque éradiquée par l’URSS, demeure très atténuée. En définitive, dans l’Asie centrale ex-soviétique, plus de la moitié de la population ne présente qu’une apparence musulmane.

Lire de Bertrand Renouvin : « LA POLITIQUE DU DÉVELOPPEMENT AU PAMIR »
http://www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2005-4-page-129.htm

(5) Les minoritaires russes seraient encore 4 500 000 au Kazakhstan, 650 000 en Kirghizie,
1 400 000 en Ouzbékistan, 200 000 au Turkménistan et 70 000 au Tadjikistan, soit près de sept millions sur une population globale de 60 millions.

(6) Les répressions staliniennes et surtout la seconde guerre mondiale ont rapproché en général les minorités nationales de la majorité russe — qui a souffert autant sinon plus qu’elles — jusqu’à un point non observé dans les autres empires coloniaux.

(7) Elles pourraient concerner l’acceptation d’une participation russe au bouclier anti-missiles, mais aussi un comportement plus modeste sur les marches caucasiennes et centre-européennes où Moscou perçoit, non sans raison, des velléités agressives de l’Otan.

(8) Il faut noter que, par sa présence au Xinjiang — naguère Turkestan oriental — la Chine contrôle déjà près du tiers de l’Asie centrale.

(9) Ce sigle Afpac (Afghanistan–Pakistan-Asie centrale) ajoute l’Asie centrale à l’ensemble
Afpak (Afghanistan-Pakistan). Il le prolonge vers le nord au moins pour le trafic de drogues.

(10) De l’héroïne grise de mauvaise qualité mais favorisant la dépendance a été distribuée en paiement aux passeurs.

(11) Au Tadjikistan la part de la drogue dans l’économie avoisinerait les 60 % et au Kyrgyzstan les 50 % !

(12) Un territoire contrôlé par les trafiquants existe même sur la rive tadjike du Pyanj dans la région de Chouroabad.

(13) Au-delà, la relève des drogues classiques par des drogues de synthèse devrait atténuer la pression du trafic en Asie centrale.

(14) Si l’Afghanistan est, de très loin, au premier rang pour l’opium et ses dérivés, il figure déjà au second rang pour le haschich.

(15) Le statut de neutralité de ce pays pose problème. Mais l’impossibilité pour les Turkmènes d’affronter par eux-mêmes la menace croissante pour leur État du trafic de drogue et des groupes armés qui y sont liés les amènera à une coopération avec l’Occident.

(16) La renégociation en 2009 entre les États-Unis et la Kirghizie du bail de la base de Manas-Bichkek s’est traduite par une augmentation des deux tiers du montant annuellement payé et des aides accordées. Elle a été l’occasion d’une mise en concurrence navrante des Américains et des Russes.

Article publié dans le numéro de décembre 2009 de la  Revue de défense nationale et de sécurité collective, que nous tenons à remercier pour son autorisation de « reprise » avec « nos » iconographies…

Les Manants du Roi

René Cagnat, écrivain, docteur en science politique, ancien attaché militaire en Ouzbékistan et en Kirghizie, vit depuis dix ans en Asie centrale où il s’efforce de déterminer l’avenir de cette région et d’en illustrer l’importance.

Relire :

Sur la route du possible ?

Le 11 avril 2009

Sur les traces de la route de la soie, regard et éclairages d’un homme du terrain « L’avenir de l’Asie centrale : du prévisible au souhaitable », par le colonel René Cagnat. Une route toujours semée d’embûches…

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