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La question était clairement posée…

En mai 2007, sans arrière-pensées provocatrices, le colonel René Cagnat écrivait « Oui, on peut gagner la guerre contre les Taleban… mais qui le souhaite vraiment ? »
La question est plus que jamais d’actualité…

Deux années se sont écoulées. Un long poème à la Prévert écrit à l’encre rouge… égrenant « bavures », fausses victoires et fuite en avant…

Un contingent étranger qui ne cesse d’enfler et le ressentiment des Afghans qui s’accroît, fertile terreau…

Gagner la guerre ? Est-ce encore l’objectif ? Quand bien même le serait-il, la question de sa finalité a-t-elle était une seule fois clairement posée ?

Mais c’est un autre sujet…

Article paru dans la rubrique Débats du Figaro du 28/5/07

Oui, on peut gagner la guerre contre les Taleban…
mais qui le souhaite vraiment ?

René CAGNAT

En Afghanistan les Américains, avec près de 30 000 hommes, continuent à mener non sans raison la guerre du ressentiment. Les Européens en revanche, qui n’alignent  pas moins de 20 000 soldats,  sont surtout concernés en cette terre lointaine par la drogue contre laquelle ils devraient lutter plus fermement.

Cliquer sur la carte pour agrandir

S’il s’agit de gagner ce combat, l’objectif prioritaire doit être le « nerf de la guerre talebane», ces  milliards de dollars que rapporte la vente,  surtout en Europe, des 600 tonnes annuelles d’héroïne afghane. Avec cet argent les Taleban équipent,  arment et rémunèrent  les révoltés pachtouns, se procurent les services de spécialistes pointus, notamment pour les explosifs,  tout en préparant l’acquisition de missiles anti-aériens qui, comme les stinger américains de naguère, pourraient un jour emporter la décision.

Que la culture du pavot cesse et les Taleban ne pourront plus  soutenir l’effort de guerre que par leurs stocks d’héroïne.

La question qui se pose dès lors est de savoir si on peut  éradiquer le pavot et détruire les stocks.

La première opération est réalisable si l’on procède énergiquement avec l’aide d’un gouvernement afghan décidé et des 100 000 hommes de la Police et de l’Armée nationale afghane (ANA) en cours de formation: l’éradication n’a-t-elle pas été effectuée en deux ans, de 1999 à 2001, par les Taleban eux-mêmes qui, au nom du Coran, s’étaient mis à lutter contre la drogue ? Dans ce but, ils ont été expéditifs: les  cultivateurs de pavot ont été menacés de la peine de mort et des exécutions publiques ont eu lieu. Résultat : dès 2001 la zone talebane n’était  plus productrice d’opium.

La destruction des laboratoires de fabrication et des stocks est plus difficile car les uns et les autres sont disséminés dans les localités. Dans ce cas, même si l’on sait  où se trouvent ces laboratoires et ces stocks, les frappes aériennes ne peuvent être « chirurgicales ». Il y aurait beaucoup de dégâts collatéraux dans ce qui deviendrait  une guerre impitoyable. Pourtant l’appareil de production de narcotiques serait vite détruit et, en deux ans, les stocks fondraient.

Une telle action exige que nos troupes quittent les camps fortifiés où, à l’imitation des Américains, elles se sont enfermées laissant les révoltés contrôler la moitié du territoire: 11 000 soldats à Bagram, 8 000  à Kandahar, autant à Kaboul, Djallalabad, etc, se morfondent à l’intérieur de points d’appui vulnérables comme, jadis, Danang ou Dien-Bien-Phu …

Base de Bagram


Kandahar

En dehors de ces « valets d’arme », l’effectif des troupes en mesure d’être  engagées sur le terrain ne dépasse pas 10 000 h, ce qui est notoirement insuffisant. En fait, avec 25 000 véritables combattants, il faudrait recourir à un éclatement en petites garnisons de deux à trois cents hommes, épaulés par des unités de l’ANA,  dans tous les districts « chauds » de la moitié sud du pays. L’appui aérien serait intensifié et le droit de poursuite utilisé dans la zone tribale pakistanaise, refuge notoire des rebelles. Parallèlement, les paysans ayant perdu leur gagne-pain seraient indemnisés et équipés pour de nouvelles cultures de substitution.

Tel est le prix à payer pour une guerre de pacification ayant quelques chances de réussite.

Qui est prêt à une telle action ? Personne !

Il faut tout d’abord constater que les interventions menées  de nos jours, où que ce soit, contre la drogue sont étonnamment pusillanimes. Du producteur afghan au consommateur européen, le trafic porte sur des dizaines de milliards de dollars. Il suscite des profiteurs directs, éminemment condamnables, mais aussi et surtout des bénéficiaires indirects qui ne se sentent pas coupables. A Istanboul, Londres, Rome ou Paris, sur la Côte d’azur ou la Costa brava, des institutions influentes, financières ou commerciales,  ont pris l’habitude de fonctionner avec un argent douteux et n’entendent pas  voir disparaître ce revenu. Le malaise économique est tel aujourd’hui que le déséquilibre qui résulterait d’une attaque frontale contre l’opium pourrait être la goutte faisant déborder la coupe des désordres. Et d’aucuns s’ingénieraient alors à profiter de la crise pour en revenir  à la situation actuelle: une  sorte de cohabitation secrète avec la drogue.

Par ailleurs, bien peu d’armées sont prêtes à en découdre  avec les Taleban. Chaque nation impose des restrictions d’emploi spécifiques pour le contingent qu’elle octroie à tel point que l’OTAN, qui dirige la coalition, a bien du mérite à mener malgré tout des opérations. De toute façon, comment un soldat casqué, engoncé dans un gilet pare-balle, surchargé d’un invraisemblable bric-à-brac et  qui emporte boisson et nourriture, peut-il rivaliser en montagne avec un guerrier équipé d’une seule kalachnikov, de quelques chargeurs, qui connaît le terrain et vit sur le pays? Le contrôle du ciel dont disposent encore les Occidentaux n’est pas suffisant pour compenser ce désavantage terrestre.

Dans ce contexte, il ne resterait plus qu’à envisager le maintien du «conflit de moyenne intensité » : il devrait permettre d’attendre la relève prévue  en 2010 par l’Armée nationale afghane. Tout le monde  y trouverait son compte, même les drogués ! L’inconvénient est que certains  fanatiques ne l’entendent pas de cette oreille et augmentent la violence des combats. En même temps, la corruption et le pourrissement qui résultent des trafics continuent à gangrener tout le pourtour de l’Afghanistan quand ils ne gagnent pas jusqu’à nos banlieues. La contagion est telle qu’un jour viendra où nous serons obligés de mener pour de bon la guerre contre la drogue,  mais, à force  de  reporter les échéances, cette lutte n’aura plus lieu en terre afghane mais chez nous !

René CAGNAT, Colonel (e.r.), ancien attaché militaire en Asie centrale

Relire ou découvrir du colonel René Cagnat :

Kaboul : un autre Dien-Bien-Phu...

Saillies - Le 29 mars 2009

Une ressemblance qui frappe bien au-delà des reliefs et des « défenses »... Nos soldats connaîtront-il à Kaboul, le désastre et la gloire, comme à Dien-Bien-Phu en 1954?... « Regards » d'un homme de terrain, le colonel René Cagnat (E.R), au cœur de l'Asie centrale depuis 1994. Une « exclusivité » qu'il offre à nos lecteurs... Merci mon Colonel !

Lire la suite...


Sur la route du possible ?

Politique Etranger - Le 11 avril 2009

Sur les traces de la route de la soie, regard et éclairages d’un homme du terrain « L’avenir de l’Asie centrale : du prévisible au souhaitable », par le colonel René Cagnat. Une route toujours semée d’embûches…

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Aujourd’hui ?
« La situation est grave et se détériore »….

Quelques chiffres…

Force internationale d'assistance et de sécurité Sous l’égide de l’OTAN
103 000 soldats dont 63 000 américains, chiffres qui devraient être portés à
110 000 dont 68 000 américains…

Des vœux pieux ?

Former les unités afghanes de l’armée et de la police afin que ces dernières puissent par étapes prendre le relais des forces américaines. Spécialiser un contingent qui se spécialisera dans la formation des diverses unités afghanes dès l’automne 2009.

Aux dires du pentagone :
 « chaque unité américaine de combat sera affectée à une unité afghane et des instructeurs seront recrutés parmi les forces de l’OTAN afin de garantir que toute unité combattante afghane sera secondée par un partenaire de la coalition ».

Ce, dans le but  d’augmenter les effectifs de l’armée afghane à 134 000 soldats (actuellement 80 000) et faire passer la police nationale afghane de 78 000 à 82 000 agents.

Et ne pas négliger des soutiens financiers :
« 3 milliards de dollars sur cinq ans pour la formation de l’armée pakistanaise qui s’ajouteraient aux 7,5 milliards d’aide civile. »
 Mieux vaut tard que jamais…Joe Bidden, vice-président n’avait-il pas déclaré en février 2009 :

Joe Bidden reçu par le président  Asif Ali Zardari. Janvier 2009

« …pour faire face aux problèmes de ce nouveau siècle, la défense et la diplomatie ne sont pas suffisantes. Il faut aussi avoir recours au développement ».

Une évidence… qui déplace au grand jour le centre de gravité au Pakistan… plus précisément dans l’Hindou-Kouch. La lecture d’une carte n’ouvrirait-elle pas les nouvelles « frontières » jusqu’à certaines régions de l’Inde et de l’Iran ?

Entend-on que la Russie serait prête à participer quand Dmitri Rogozine, ambassadeur de la Russie auprès de l’Otan dit :
 « Nous souhaitons éviter que le virus de l’extrémisme franchisse les frontières de l’Afghanistan et se répande vers d’autres États de la région comme le Pakistan (…) si l’OTAN échouait en Afghanistan, la Russie devrait faire la guerre contre les extrémistes ».

Le Grand jeu bat son plein !

Puisse-t-il permettre aux peuples afghans de retrouver une unité autour d’institutions pérennes, vidées de la corruption qui en est à ce jour l’épine dorsale… Et ne pas faire l’autruche : l’Afghanistan ne pourra se reconstruire qu’autour des valeurs qui sont les siennes. Nous pouvons faire œuvre de pédagogue dans des domaines où la population afghanes elle-même en ressent les excès. Pas au-delà… Bien des hommes en place, dans ce qui tient lieu d’appareil d’Etat en Afghanistan, ont failli…

Dans une telle mission la France pourrait jouer un rôle certain. La qualité de nos  liens anciens pourrait le permettre… mais il conviendrait de faire entendre une autre voix.

Dans les mois à venir, deux petits « guides » vont s’affronter.

Le nouveau « manuel de contre-insurrection », « The counterinsurgency guidance », signé de la main du général Stanley McChrystal, met la connaissance du tissu social afghan par les militaires au cœur de la nouvelle approche. «Nous devons comprendre les gens et voir les choses à travers leurs yeux»

Ce « manuel » qui n’a que 7 pages n’hésite pas à pointer du doigt ce qui a été jusqu’à aujourd’hui la nature même du comportement des soldats américains :
« Une patrouille de la FIAS roulait dans une ville à grande vitesse, conduisant au centre de la route pour tasser la circulation sur les côtés. Plusieurs piétons et véhicules étaient poussés hors du chemin. Un véhicule s’est approché vers le centre de la route. Le mitrailleur tira une fusée éclairante qui pénétra dans le véhicule et mit le feu à l’intérieur. Pendant que la patrouille poursuivait sa route, des Afghans se sont massés autour de la voiture. Combien d’insurgés la patrouille a-t-elle fait cette journée-là?»

«Une force militaire, culturellement programmée pour répondre de façon conventionnelle aux attaques des insurgés, est semblable à un taureau qui charge à répétition sur la cape du matador - pour finalement se fatiguer et éventuellement être vaincu par un opposant bien plus faible. Cela est prévisible - le taureau fait ce qu’il lui vient naturellement en tête. Même si une approche conventionnelle est instinctive, ce comportement mène à la défaite.»

Rory Stewart

Des aveux qui illustrent sans appel la remarque que faisait Rory Stewart, jeune diplomate britannique (aujourd’hui en charge de la Fondation Turquoise Mountain à Kaboul) :

«Un jour, des militaires arrivés en char d’assaut dans un village se sont faits accueillir par des tirs de fusil. Un militaire sort du char et le villageois lui demande: «Que faites-vous ici?» On lui explique qu’ils sont venus construire une école pour filles. Ce à quoi on lui répond: «Foutaise! Vous n’avez pas volé 16 000 kilomètres pour venir dans mon village en char d’assaut et construire une école. Il doit sûrement y avoir du pétrole ou de l’uranium sous nos maisons.»

Face à ce nouveau « manuel », les Taleban ont veillé à remettre en service le « petit guide de conduite du combattant islamiste » (16 chapitre et 67 articles), guide qui aurait été rédigé par le mollah Omar en personne et datant du mois de mai, dans lequel il est recommandé de préserver les civils pour gagner leur coeur :

« Un courageux fils de l'islam ne doit pas être sacrifié pour des cibles de moindre intérêt, ou même sans intérêt du tout. Il faut faire tous les efforts possibles pour éviter les victimes civiles. »

Une étrange guerre de « séduction » s’engage…

Puissent les peuples afghans en tirer les meilleurs profits. Et non point les protagonistes quelques soient leurs bords !

Portemont, le 25 septembre 2009

“The counterinsurgency guidance”
http://www.cnas.org/blogs/abumuqawama/2009/08/comisaf-coin-guidance-released.html

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