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Au pays du « Matin calme »…

 

Tout repose sur un malentendu… Il eut été plus juste de traduire « Choso-n » par « pays du matin frais », comme le faisait si bien remarquer en son temps Paul Claudel…Mais, ainsi va l’histoire, les Coréens eux-mêmes ont pris goût au malentendu…Et si au cours des dernières décennies, il y a eu  « deux matins », en voilà bientôt plus qu’un ! Et nos entreprises vont découvrir de nouveaux matins bien frisquets…Petit voyage dans l’ancien royaume de Choso-n avec notre ami Pierre Jeanthon…

Portemont, le 13 décembre 2007

Qui aurait peur d'un outil ?

Séoul, lundi 2 avril 2007 :
Au terme de 18 mois de négociations, Etats-Unis et Corée du Sud paraphent l'accord de libre-échange destiné à accroître et rééquilibrer le commerce entre les deux pays (en 2006 le volume des échanges pèse 78 milliards $ pour un déficit américain d'environ 16 milliards).

Les négociateurs américains et sud-coréens se sont entendus au terme d'une négociation marathon sur un accord de libre-échange, le plus important conclu par les Etats-Unis depuis l'Accord nord-américain de libre-échange (Aléna).

Le Sénat renverra le texte sur la table des négociateurs qui se retrouvent à Séoul le 21 juin et proposent un nouveau texte début juillet.
Au Congrès, la majorité démocrate, inquiète des éventuelles conséquences sociales liées à l'application de cet accord, demeure réticente à sa ratification.
Séoul, mercredi 4 avril 2007 :
48 heures après avoir signé le projet américano-coréen, Kim Hyun-Chong, ministre du Commerce extérieur, laisse entendre que des discussions pourraient s'engager début mai avec Bruxelles en vue de parvenir à un accord du même type avant fin 2007.
La situation actuelle se résume en quelques chiffres :

  1. En 2005, les échanges commerciaux U.E-Corée du Sud étaient de 53 milliards $ (pour un déficit européen de 13,1 milliards) et atteignaient 61 milliards en 2006.
  2. L'an dernier, les exportations françaises s'élevaient à 2,88 milliards $ et les importations à 4,17 milliards.
  3. Les droits de douane à l'importation sont de 4,2% en Europe et de 11,2% en Corée du Sud.

Le pays du Matin Calme a déjà ratifié 4 accords de libre-échange avec le Chili, Singapour, l'Asie du Sud Est (ASEAN) et "l'Association Européenne de Libre-échange" (Islande, Liechtenstein, Norvège et Suisse)… autre version de l'Europe!
Conformément à l'annonce du ministre coréen, P. Mandelson se rend à Séoul début mai pour préparer les négociations qui s'y dérouleront en juillet.
Du côté coréen, on propose de réduire de 95% les droits de douane réciproques en 10 ans, alors que les européens souhaitent les annuler en 7 ans.
En outre l'U.E précise, que n'ayant pas d'intérêts défensifs avec la Corée du Sud en raison d'un faible chevauchement des produits échangés, elle désire voir Séoul lever ses restrictions en matière d'investissements étrangers sur son sol (en 2006, 11 milliards $ dont 5 réalisés par l'U.E).
Faut-il entendre par là que Bruxelles souhaite favoriser les délocalisations … ?

A la mi-septembre, les négociateurs retrouvent Bruxelles où règne un climat franchement optimiste : selon J.J. Grauhar, président de la Chambre de Commerce Européenne à Séoul "les Américains ont fait le sale boulot", donc l'U.E devrait facilement obtenir autant que les Etats-Unis.
Pourtant, très vite, les deux délégations s'opposent sur l'automobile :

  1. Forte du succès de ses voitures "haut de gamme" (Mercedes, BMW, Audi) l'Allemagne est totalement acquise au libre-échange.
  2. L'Italie, la France et l'Espagne craignent une poussée des exportations coréennes sans contrepartie même après annulation des droits de douane, puisque avec des spécifications techniques contraignantes et des tests d'homologation longs et nombreux, Séoul régule ses importations comme bon lui semble.

Face à l'Europe, incapable de parler d'une seule voix, les Coréens maintiennent leur système de protectionnisme administratif et ne se montrent guère plus conciliants par ailleurs, en limitant à 66% leur proposition de réduction de leurs taxes à l'importation.
On convient de se revoir dans un mois … et après une quatrième rencontre en octobre, rien ne va plus :

  1. Pour I.G. Bercero, responsable de la délégation européenne "la Corée semble avoir adopté une approche très défensive des négociations tarifaires dans le secteur industriel".
  2. Les Coréens font remarquer que les Etats-Unis et l'Europe sont deux cas différents, considèrent que les propositions de Bruxelles sont insuffisantes et déplorent une ambiance qui ne favorise pas le "donnant-donnant".

Sur ce, chacun rentre chez soi … mais que s'est-il passé entre temps ?
La nouvelle tombe en août : dans un avenir très proche, Roh Moo-Hyun, président sud coréen rencontrera son homologue nord coréen à Pyong Yang capitale de la Corée du Nord. Au cours de ce sommet, il sera beaucoup question d'économie, jusqu'à envisager un accord de libre-échange entre les deux Corées.
La rencontre s'est tenue du 2 au 5 octobre après que la Corée du Nord ait pris, à Pékin, l'engagement de démanteler ses installations nucléaires militaires.

Roh-Moo-huyn (à droite) et Kim-Jong-il

Sept ans après le premier sommet, le président sud-coréen franchissait à pied la frontière entre les deux pays et effectivement on a parlé d'économie selon 3 axes :

  1. Le sud pourrait bénéficier des salaires du nord (environ 50$ par mois).
  2. La réduction du fossé économique entre les deux Corées (PIB par habitant de 1700$ au nord contre 18000 au sud) considérée comme un préalable indispensable pour envisager un processus de réunification.
  3. Le sud pourrait accéder aux richesses minières du nord (charbon, magnésium, or) actuellement trop accaparées par la Chine, ce qui satisfait la Corée du Nord, consciente de sa trop grande dépendance envers l'Empire du Milieu.

On notera deux points susceptibles d'expliquer la crispation des négociations entre la Corée du Sud et l'U.E :

  1. Kaesong, ville frontalière du nord, mais dont la zone industrielle est exploitée par le sud avec les avantages salariaux qu'on imagine. Dans le cadre d'un accord du libre-échange Corée du Sud-U.E, les fabrications de Kaesong seraient labellisées "Made in South Koréa" d’où le risque de déferlante sur l'Europe.
  2. La Corée du Nord préfère commercer en euros qu'en dollars, ce qui ne déplaît pas à Séoul soucieuse de diversifier ses réserves monétaires.

Au terme de leur entrevue, les deux chefs d'État ont signé une "déclaration de paix et de prospérité", avec pour effet immédiat un accord de coopération économique qui se traduit par l'octroi d'une aide de 11 milliards de $ accordée par la Corée du Sud, afin de :

  • Créer une zone de pêche commune,
  • Renforcer la coopération entre les deux pays en matière de construction navale (la Corée du sud étant déjà numéro un mondial en ce domaine …)

  • Développer les infrastructures ferroviaires.

Le 16 novembre 2007, Séoul et Pyong Yang annonçaient l'inauguration de la première liaison ferroviaire entre les deux Corées qui aura lieu le 11 décembre prochain en présence des Premiers ministres respectifs … quatre mois seulement après la "nouvelle tombée en août". (Inversement Bruxelles-Séoul … presque 6 mois de contacts sans résultat ; il est vrai que les liaisons contre nature sont toujours stériles …)

Liaison ferroviaire régulière réservée pour l’heure au trafic des marchandises…11 12 2007

Sachant que le PIB de 48 millions de sud-coréens pèse environ 900 milliards $, une simple règle de trois permet d'entrevoir le potentiel des 71 millions d'habitants d'une Corée réunifiée.

Quittant la Corée du Nord et suivant la côte chinoise vers le sud, on arrive au Vietnam dont l'objectif politique est d'effacer les années 70 ; ainsi après avoir intégré l'OMC en janvier dernier, Hanoi postule aujourd'hui pour un siège d'observateur au sein du Conseil de Sécurité de l'ONU.

Sur 2007, ce pays est en passe de devenir la sixième destination favorite des multinationales en quête de main-d'oeuvre qualifiée et bon marché.
Les entreprises sud-coréennes suivent le mouvement de telle sorte que le montant de leurs investissements au Vietnam dépasse aujourd'hui celui qu'elles réalisent en Chine.

Ainsi va la mondialisation qui n'est rien d'autre que la construction d'espaces géoéconomiques (1), construction contenue en germe dans la toute première délocalisation des activités occidentales auto justifiée au nom du libre marché entre les peuples desquels "on" a préalablement extirpé toutes les valeurs traditionnelles.

"On" ? Les idéologues du mondialisme qui utilisent l'outil qu'ils ont inventé: la mondialisation.

Estimant que les choses ne vont pas assez vite, certains jugent que les Français sont frileux et ont peur de la mondialisation ; ce n'est qu'un outil, qui aurait peur d'un outil ?

De la main qui manipule l'outil peut-être, mais pas de l'outil.

Jean-Paul II

 

Et puis, peur de la main ? Alors qu'il n'y a pas si longtemps, au pays de G. Cadoudal, un Pape nous disait « n'ayez pas peur », il serait bon de se souvenir au Nom de qui parlait le Souverain Pontife pour retrouver, avec l'Espérance, la volonté de résister.

 

 

 

Pierre Jeanthon, France royaliste

 

 

(1) Voir l'ouvrage de P. Hillard "La marche irrésistible du nouvel ordre mondial".

 

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