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Dans quelle direction vagabondons nous ?

Sommes-nous si usés pour trimarder sans boussole ? Un homme qui en a vu de toutes les couleurs poursuit inlassablement son labeur. Notre « Maître d’Ecole », le général Pierre-Marie Gallois, encore une fois, débroussaille notre chemin. A coup de vérités, si douloureuses soient-elles !.

Le Général Pierre-Marie Gallois.
«Le  Lapin trimardeur » Insigne de tradition d’escadrille de l’Armée de l’Air....

Vous remercier encore, mon général.

Saurons-nous, voudrons-nous, pourrons-nous redresser le cap ?

Grâce à vous nous ne pourrons pas dire : « Nous ne savions pas… »

Portemont, le 10 décembre 2007

Un trimestre à trimarder sur la route de l’avenir

Une journée de novembre, par exemple le mercredi 7, caractérise le trimestre, lequel témoigne d’une année d’éveil aux conséquences de la marche vers l’appauvrissement des « riches » et de l’enrichissement des « pauvres ». Ou encore, avec la mondialisation des échanges, de l’application aux économies mondiales du principe des vases communicants.

Ce mercredi  là, les média annoncèrent à la fois l’euro à 1,47 dollar et la baisse de la monnaie américaine, le « Dow Jones » perdant 2,5 % , l’or grimpant à 848 dollars l’once et le baril de pétrole à 96,37 dollars, tandis que la Chine, devenue la principale usine du monde, détenant 1430 milliards de réserve de change – la majorité en dollars – spéculait à la baisse en déclarant qu’il lui fallait désormais s’approvisionner en monnaies fortes pour compenser la dépréciation des monnaies faibles (en l’occurrence, le dollar).

En 2007, encore, l’excédent commercial de la Chine serait de l’ordre de 220 milliards de dollars, le déficit correspondant des Etats-Unis se creusant à 750 milliards de dollars et la question se posant de la pertinence du rôle quasi universel (1) de la monnaie américaine.

« Et une dette publique qui se passe de commentaire… »

Encore que l’évolution des différents marchés boursiers ne reflète pas toujours la conjoncture et n’anticipe pas sur le devenir des économies, l’analyse sommaire des résultats des 50 bourses mondiales est significative. Au cours de cette première semaine de novembre, il n’en est que six : Lisbonne, Copenhague, Oslo, Moscou et Johannesburg et Sao Paulo, qui annoncent des résultats positifs, toutes les autres plongent, certaines jusqu’à 6 % (dont le « Nasdaq » à New-York).

Dans la mesure où il témoigne de l’activité industrielle et commerciale mondiale, l’inventaire de l’année est plus réconfortant. Mises à part la zone euro, avec un modeste 7,42 % et le Japon au pourcentage négatif
(- 3.28 %), les autres bourses affichent des résultats largement positifs. En tête, la Chine (Shenzhen) avec 111,31 %, suivie de l’Indonésie (Djakarta) : 62,64 %, du Brésil (Sao Paulo) : 57,59 % et de l’Inde (Mumbai) : 49,17 %. (Tandis que Paris, Bruxelles, Milan, Londres, Stockholm et New-York se contentent de pourcentages inférieurs à 10 %). Ainsi, les émergents pavoisent et les « anciennement industrialisés » piétinent ou régressent.

Avec celle des Etats-Unis, l’économie du monde vacillerait-elle ? Celle-ci devrait passer d’une croissance de 5,2 en 2007 à 4,8, prévision optimiste et plus probablement à 3 %. Et encore grâce au développement accéléré de la zone Asie-Pacifique (Chine : + 11,5 % et Inde + 9 %) les « industriellement avancés » étant en crise.

Toutes les économies, ou presque, accusent le double choc : l’augmentation du coût du baril de pétrole dont bénéficient les producteurs
et la crise du crédit immobilier, dont pâtissent les Etats-Unis et, plus généralement, le monde occidental à leur remorque.

Promoteurs de la mondialisation des échanges – et premiers bénéficiaires à l’ouest de l’ouverture des marchés – les Etats-Unis en sont aussi les victimes. Et, en octobre dernier, alors en Floride, M. George W. Bush exprimait comme suit le sentiment de ses administrés : … « Nombreux sont les Américains mal à l’aise face à la nouvelle compétitivité et qui s’inquiètent d’un commerce mondial nous coûtant bien des emplois… » pour terminer en évoquant le credo traditionnel : … « la liberté du commerce aidera notre économie à croître ». Il aurait dû dire « à décroître », d’autant qu’une large majorité d’électeurs sont, maintenant, contempteurs de la liberté du commerce, faussée par la production massive des pays à bas salaires. Résultats : perte de plus de dix milliers d’emplois et net ralentissement des activités du secteur non financier.

La consommation intérieure est, outre atlantique, le principal stimulant de l’économie, si bien que la production, et même l’investissement correspondant, en souffrent, atteignant le secteur financier. Les investisseurs étrangers, en éveil, se sont dégagés, vendant au cours du seul mois d’août pour près de 35 milliards de titres américains à long terme, Pékin et Tokyo ont réduit, respectivement, de 2,2 % et de 4 % leurs portefeuilles d’emprunts d’Etat américains, tandis que les investisseurs d’outre-atlantique se tournaient vers l’Europe et l’Asie dans leur quête de placements rémunérateurs. Le phénomène n’est pas nouveau. Il y a une trentaine d’années c’était le Japon – et non les « milliardaires en vies humaines » – qui « administrait aux Européens une leçon de discipline », écrivait un éminent géopolitologue (2). Il poursuivait : « la percée du Japon… masque l’avènement d’une super région, celle du Pacifique… de toutes les percées japonaises, la plus spectaculaire est celle de son industrie automobile… Si le prix de revient moyen d’une voiture est, en moyenne, de 100 en Europe, il est de 60 au Japon… elle est proposée à 90 sur le marché européen… en France un ouvrier fabrique 12 voitures annuellement, au Japon 32. En Grande-Bretagne un ouvrier monte 160 motos annuellement, un Japonais 200. Avec une production de 11 millions de voitures par an, le Japon dépasse désormais les Etats-Unis qui en fabriquent 8 millions ». C’était donc il y a trente ans. Aujourd’hui, outre-atlantique, « Ford »a dû fermer un tiers de ses usines et « General Motors » ayant perdu 1,6 milliards en 3 mois, licencier 12.000 de ses travailleurs, les ventes du premier ayant baissé de 13 % en 2007, et au second de 6 %.

La descente aux enfers de « General Motors »

Notre auteur avait vu et prévu juste : « La vigueur de l’offensive se préparant sur les rives du Pacifique est telle que la compétition ne joue pas seulement sur les marchés « extérieurs » mais attaque chaque pays sur son « marché intérieur »… « le seul choix laissé à l’Occident a été résumé aux Etats-Unis par le président d’ « Automatic Inc »: « Do or die » (changeons ou disparaissons). Face à l’offensive sino-indienne, il n’est guère, en Occident, de « changement » qui soit concevable et la crise de l’immobilier n’est, aux Etats-Unis, qu’un modeste révélateur des périls socio-économiques auxquels ils sont confrontés.

Modeste, en effet, au regard de l’économie américaine. La firme « Country wide », par exemple, gérait quelque 9 milliards de prêts d’une valeur globale de 1.450 milliards de dollars. Et il se trouve que, la crise économique évoquée précédemment aidant, 450.000 d’entre ces prêts ont été en défaut de paiement, le taux des emprunts étant élevé, et la perte d’emploi signalée par le président Bush lui-même, plaçant en difficulté les débiteurs. Pour « Country wide » la carence de 20 % de ses « clients » eût été mortelle si la « Bank of America » ne lui avait pas consenti, à son tour, un prêt de 2 milliards de dollars.

"Inflation Indicator"

Et toujours le goût de la spéculation…

Attentifs observateurs de la conjoncture, les spécialistes de la « Deutsche Bank » avançaient le chiffre de 400 milliards de dollars de pertes tandis que la « Royal Bank of Scotland » allait jusqu’à 500 milliards. Pour commencer, la « Bank of America » affichait une dépréciation de 3 milliards de dollars, « Morgan-Stanley » 6 milliards, « Citigroup » 11 milliards, tandis que le « courtier en ligne » « E. Trade Shares » perdait la moitié de sa valeur et risquait la banqueroute.
Pour faire face à la crise immobilière américaine HSBC a ajouté 1,4 milliard de dollars à ses provisions. Aussi, outre-atlantique, le « Dow Jones » perdait-il 55,19 points, le « Nasdaq » 43,81 et l’indice de « Standard and Poor’s » 14,52.

Faisant des vagues en Europe et en Asie, les grands établissements bancaires britanniques, français, allemands, suisses, japonais accusaient des pertes. Coïncidence ? Une crise de l’immobilier a aussi atteint le Japon où les mises en chantier ont chuté de 40 % et où la consommation intérieure a, aussi, fortement faibli.

A la mi-novembre, il n’était pas encore question de récupération, la politique de prêts hypothécaires prolongeant ses méfaits en dépit des mesures prises pour y mettre un frein en décourageant les emprunteurs par le coût accru du crédit. Aux Etats-Unis augmentaient les prix à la consommation (du baril de pétrole aidant), le marché des actions étant orienté à la baisse (- 16 % en moyenne au cours de l’année). Même tendance en Asie, où l’anémie américaine est fortement ressentie (y compris en Chine en dépit d’une production industrielle en forte hausse (17,9 %).

En Europe, c’est la crainte d’une certaine récession qui domine avec la baisse des 18 marchés boursiers européens, « l’euro stoXX 50 » passant de 4338,28 points à 4301,44. Dans le même temps le coût de l’énergie a augmenté les prix à la consommation et aussi l’inflation tellement redoutée par la BCE. En deux mois la hausse des prix a « gagné » 1 % en passant de 1,7 à 2,7 %. Hausse difficile à maîtriser sans augmenter le loyer de l’argent, et ainsi porter un coup à une croissance déjà bien modeste.

Bien qu’elle ait contribué à l’expansion économique générale enregistrée au cours des dernières décennies, la mondialisation des échanges n’a
pas que des avantages. Tous en ont bénéficié, certes, mais si inégalement qu’ont été augmentés les écarts socio-économiques entre les nantis et les autres.

Sommairement, la situation de l’économie mondiale peut être caractérisée comme suit :
- Il n’est pas surprenant que la baisse du dollar, qu’elle soit dans l’ordre des choses ou artificiellement accentuée, décide de la hausse de l’euro, facilitant ainsi les exportations américaines et limitant celles de la zone euro.                                         

Aussi, au lieu de protéger l’  « euroland » des fluctuations du dollar, l’euro flotte sur les vagues que crée le billet vert, les exportations en pâtissant si bien qu’en une année le déficit commercial de la France, exemple pour nous bien significatif, a approché les 40 milliards d’euros. Certes, l’euro fort réduit la facture énergétique mais, à l’intérieur de la zone euro et vis-à-vis de la zone Asie-Pacifique, le commerce de la France est déficitaire.

- Le coût de l’énergie et aussi celui des matières premières
– dont l’alimentaire – augmentant, l’inflation apparaît de nouveau en Europe. Mais fort inégalement, selon les différentes économies nationales et la monnaie unique ne peut s’y attaquer que par une mesure générale bien que les pourcentages affichés par les pays membres de l’Union varient considérablement : fort sagement les Pays-Bas admettent 1, 6 % tandis que l’Espagne en est à 3,6 et l’Allemagne à 2,7, la France 2,1.

Ainsi, manifeste est l’inadaptation de la monnaie unique à l’état de l’Union. Ni budget, ni fiscalité uniques mais des gestions économiques différentes dont l’euro ne peut être le reflet. L’euro est un des méfaits -séduisant il est vrai – du virus Jean Monnet, la monnaie ayant été assimilée à celle d’un Etat inexistant en vue d’en imposer peu à peu la mise sur pied.

L’euro ? Un des méfaits du « virus » Monnet

La crise de l’énergie est annoncée, cette fois sans qu’on puisse lui mettre un terme. Charbon mis à part,  ce siècle est celui de l’épuisement du pétrole et du gaz naturel. Non seulement est plus rare la découverte de nouveaux gisements, mais démesurée est devenue la demande.

Les pays émergents ayant adopté le même procédé de développement que les « anciens industrialisés » et leurs besoins étant proportionnels à leurs populations – plus du tiers de la population mondiale de demain – ce n’est plus 80 à 85 millions de barils/jour qui vont être consommés mais plus de 200, ce qui accélère le tarissement des ressources. Il ne s’agit plus, comme en 1956, 1973, 1980, 1991, 2003… de « chocs pétroliers » dus à des opérations de guerre et de durée limitée, mais de la fin d’un règne énergétique.

La spéculation aidant – baisse du billet vert – et en exploitant la raréfaction, le coût du baril de pétrole approche les 100 dollars. (Il faut rappeler qu’en 1980, la révolution islamique iranienne avait porté le baril à plus de 110 dollars, en monnaie d’aujourd’hui).

Les producteurs s’efforcent de tirer parti de l’accroissement de la demande en forçant sur les débits de leurs gisements en sachant que, dans 20 ans, la planète consommera au moins 115 à 120 millions de barils/jour… mais pas pour longtemps encore.

Si certaines incertitudes demeurent, les courbes convergent…

Lors de la toute récente réunion de l’OPEC à Riyad, sur l’initiative des Séoudiens, a été créé un fonds de 750 millions de dollars destiné à disposer des moyens de capturer et d’enfouir le CO2 rejeté par les raffineries et les centrales thermiques fonctionnant au fioul, contribution au « développement durable »… pour une énergie qui n’est pas durable… L’Arabie séoudite a refusé la suggestion de Chavez, d’Ahmadinejad (et de l’Equateur) de ne plus vendre leur pétrole en dollars mais de recourir à l’euro. Quant au coût actuel du baril, le ministre séoudien du pétrole écarta toute spéculation, affirmant que ce prix était fixé par les lois du marché.

Il n’empêche que la variable pétrole dans l’équation économique des Etats non producteurs alourdit la facture énergétique et que les industries du transport, les mouvements sur terre et mer sont pénalisés, c’est-à-dire l’ensemble de la population du monde développé et de la majorité des pays en développement.

En France, où sont très élevées les taxes sur l’essence (62 %) les consommateurs réclament en compensation de l’augmentation, une réduction de la part de l’Etat mais celui-ci, en quête de ressources, dans une économie déjà déprimée, ne peut alléger ses taxes, origines de revenus indispensables.

Décomposition prix du carburant octobre 2005

Au consommateur de supporter la charge supplémentaire ce qui l’amène à manifester dans la rue en réclamant une augmentation du pouvoir d’achat alors que celui-ci se réduit inexorablement. Les récentes grèves, en France et en Allemagne, ont pour cause, plus ou moins directement, cette contradiction : d’une part l’ardent désir de « mieux vivre » et, d’autre part, une conjoncture européenne imposant des restrictions de plus en plus sévères.

De surcroît, à l’augmentation du coût de l’énergie la plus couramment utilisée, s’ajoute l’accroissement des prix des produits de consommation  quotidienne, à commencer par ceux de l’alimentaire.

Déjà, plus de 800 millions souffrent de famine et la population atteindra 8 à 9 milliards avant un quart de siècle creusant encore l’écart entre l’alimentaire disponible et les besoins impératifs de cette population renchérissant à coup sûr les produits de la terre, convoités par un trop grand nombre.

et encore :

Population du Monde…

Sombres sont les perspectives en cette Europe vieillissante et en cours d’appauvrissement. Il n’est pas surprenant que le gouvernement français
s’efforce de retarder la prise de conscience, par la population, de ce déclin matériel. Il y parvient par le recours à l’endettement, les réductions du train de vie de l’Etat et des services publics, le renoncement diplomatique et militaire, voire la vente du patrimoine. Non sans mal, la population n’admettant pas les contraintes du déclin économique qui lui sont imposées, dont elle refuse, d’ailleurs, de comprendre les causes.

- Si l’économie de marché a accéléré le développement mondial, elle a aussi enrichi outrageusement une minorité. « Les cinquante mieux payés (de nos patrons) a écrit Bruno Declairieux (3) gagnent, désormais, en moyenne 3,8 millions d’euros par an, soit 316 SMIC… et s’octroient des plus-values sur stock-options qui se comptent en dizaines de millions. Faut-il s’indigner de cette inflation ? peut-on lire dans « Capital » :
« Après les affaires Messier (Vivendi), Jaffré (Elf), Bernard (Carrefour) et Zacharias (Vinci), le feuilleton EADS a relancé la polémique…. à lui seul Noël Forgeard, l’ex coprésident de EADS a tiré 2,5 millions d’euros de l’opération, avant de négocier son départ et d’empocher 8,6 millions. Quand à Arnaud Lagardère, un des principaux actionnaires de la maison, il a réalisé la prouesse d’accroître ses dividendes de 9 % l’année dernière alors que les profits de son groupe fléchissaient de 60 %. Et que ses salariés subissaient une série de plans sociaux ». Malvenues sont ces révélations sur les « vrais revenus des patrons », alors que l’austérité s’impose à la grande majorité des citoyens.

Hier, certaines de ces activités, aujourd’hui rémunérées avec outrance étaient exercées – brillamment – par de hauts fonctionnaires servant la nation sans pour autant bénéficier de traitements élevés, de stock-options ou de « parachutes dorés ». Mais, recueillant les fruits de leurs semailles, les Français voulant « moins d’Etat », ont souscrit à une gestion abusive de leurs affaires par le secteur privé, avide de profits, et surtout de profits personnels. Ils ont ainsi réuni les conditions de leur insatisfaction, de la protestation, voire de la révolte.

- Les vicissitudes de la vie nationale qui viennent d’être évoquées s’inscrivent dans le vaste cadre d’un système financier qui régit depuis plus d’un siècle le monde occidental, celui du libre échange et de l’économie de marché. Le système, « modernisé » à « Bretton woods » quelques mois avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, a la Première Guerre pour origine. Il résulte à la fois du bellicisme allemand et du gigantesque potentiel de production des Etats-Unis amenés, eux aussi, au recours à la force des armes pour s’assurer un ravitaillement sûr et suffisant en hydrocarbures.

Pierre Leconte, économiste averti et perspicace, annonce, dans un tout récent ouvrage que « La grande crise monétaire du XXIème siècle a déjà commencé » (4) et détaille les ratés du système et l’ampleur de ses méfaits. Il fait remarquer que de « sa création en 1803 et en vigueur jusqu’en 1914, le franc argent n’a jamais varié de poids d’argent ou d’or (dans le cadre du bi-métallisme)… n’a jamais été dévalué pendant 111 ans ».

Apparition du premier « franc » en 1360, destiné à payer la rançon de 3 millions d’écus due à l’Angleterre pour rendre « franc » Jean II de France (dit « le bon »), capturé quelques années auparavant. Le premier franc dit « franc à cheval » fut frappé en or et son cours légal fixé à 1 Livre Tournois.


Franc « Germinal » défini par la loi du 17 germinal an XI ou 7 avril 1803.

Et notre auteur poursuit ainsi : « Ce n’est qu’au début du XXème siècle, en 1914-1918 pour faire face aux immenses coûts financiers qu’occasionnait la Première Guerre mondiale que les grands Etats européens ont, collectivement et durablement, rompu le lien entre la monnaie et les métaux précieux ». Se libérant du carcan du bi-métallisme les Etats en guerre , en quête de ressources pour acheter des armes se mirent à créer de la monnaie-papier en grande quantité sans qu’il y eut correspondance entre les biens produits et l’argent virtuel. L’Allemagne est responsable de cette fâcheuse dichotomie financière.

La guerre…. Toujours la guerre, avait permis aux Etats-Unis de se constituer un important stock d’or si bien qu’après les hostilités, en 1922, à la Conférence de Genève, il fut décidé, non pas de revenir au système général
antérieur de convertibilité, mais d’en limiter les privilèges et les obligations au dollar et à la livre sterling, puis après la crise de 1929, au seul dollar.

Même effet à l’issue de la Seconde Guerre mondiale : arsenal du monde anti-allemand, les Etats-Unis ont encore augmenté leur stock d’or, si bien qu’à « Bretton Woods » ils ont obtenu le monopole du dollar convertible, les banques centrales étant seules en mesure de convertir leurs monnaies en dollars, puis en or. (En 1948, les réserves totales s’élevaient à 30.000 tonnes).

John Maynard Keynes (à droite) et Harry Dexter White (à gauche)
Conférence de « Bretton Woods » - 1946.

La guerre du Vietnam, à son tour, altèrera la conjoncture, les Etats-Unis décidant de se libérer du frein du bi-métallisme en renonçant à la convertibilité du dollar en or.

Richard Nixon

Le dollar a d'abord pris une place “à côté de l'or” (indexation sur l'or) avec les accords de Bretton-Woods au grand dam de De Gaulle qui en 1965 réclame le retour à l'étalon-or (conspué à l'époque et cité désormais par les économistes américains pour sa prescience).

L'explosion de la masse de dollars, et la défiance générale qui s'installe alors vis-à-vis des finances américaines, initient un rush vers l'or pour tenter de se défaire de ses dollars.

Face à cette situation, Nixon décide unilatéralement en 1968 (officiellement en 1971) l'abandon de la convertibilité du dollar en or.

Aujourd'hui, à l'instar de De Gaulle hier, beaucoup d'économistes prêchent pour un retour à une référence or.

Les voici en mesure de créer une monnaie de papier aussi importante que de besoin, d’où une forte augmentation de la masse monétaire et de l’endettement,  celui-ci devenu un atout des gouvernements (5) en dépit de ses dangers. Par exemple : le gigantesque décalage entre la finance et l’économie réelle. P. Leconte signale qu’en 2005 les transactions financières internationales représentaient 80 fois le volume du commerce mondial. Selon la Banque des Règlements internationaux, sur le marché des devises, le volume traité chaque jour de 2007 serait de l’ordre de 3200 milliards de dollars, alors qu’il était que de 820 milliards en 1992.

Les banques centrales étant en mesure d’assurer la production monétaire indépendamment des réalités de l’économie, augmentent indéfiniment les déficits. Aux Etats-Unis la dette officielle serait de l’ordre de 10.000 milliards de dollars soit quatre fois le budget fédéral. (6)
Pierre Leconte cite Jacques Rueff : « L’insolvabilité de fait du système monétaire des Etats-Unis fait peser sur tout l’Occident de graves dangers et, notamment… «  La menace d’une grande crise du dollar qui risquerait de compromettre la stabilité financière, si péniblement rétablie, de tous les pays qui ont de larges avoirs en dollars, menace d’une grande dépression analogue, mutatis mutandis à celle des années 1930 ».

Crise de « 29 » en France…

Il semblerait qu’on y soit et qu’il ne s’agisse pas seulement d’une menace.

Au cours de sa magistrale conférence de presse du 4 février 1965, le général De Gaulle avait dénoncé le « grave danger » : «  la convention qui attribue au dollar une valeur transcendante comme monnaie internationale ne repose plus sur sa base initiale, savoir la possession par l’Amérique de la plus grande partie de l’or du monde. Mais, en outre, le fait que de nombreux Etats acceptent, par principe, des dollars au même titre que de l’or, pour compenser, le cas échéant, les déficits que présente, à leur profit, la balance américaine des paiements, amène les Etats-Unis à s’endetter gratuitement vis-à-vis de l’étranger. En effet, ce qu’ils doivent, ils le lui paient… avec des dollars qu’il ne tient qu’à eux d’émettre…

La France préconise que le système soit changé.

Quelle base ? En vérité, on ne voit pas qu’à cet égard, il puisse y avoir de critère, d’étalon, autre que l’or ». (7).

Washington n’a pas dû apprécier. D’ailleurs tous ceux qui ont contesté officiellement la primauté du dollar ont été désignés à la vindicte publique.

Le « système » aurait pu être prolongé si l’imprévisible – il y a 20 ou 30 ans – ne s’était pas réalisé, à savoir la rapide émergence de la Chine et de l’Inde, celles-ci s’imposant au premier rang sur la scène économique internationale.
-Mue par sa boulimie de matières premières, la Chine investit dans les pays en voie de développement riches en ressources non encore exploitées et hier encore dépendants des « anciennement industrialisés » et à leurs dépens.

Investissement chinois cumulés en Afrique de 1979 à  2002 : 444 milliards de dollars

- Produisant en masse – et à bon compte – les milliardaires en vies humaines commencent à satisfaire une large part de leurs besoins et aussi à s’adjuger des marchés extérieurs jadis domaine des « développés ». Ceux-ci adeptes de la mondialisation des échanges lorsqu’elle servait leurs intérêts découvrent maintenant que les forces de l’économie mondiale ne sont plus seulement les leurs, mais qu’elles ont d’autres sources et d’autres points d’application. La production des Etats-Unis s’en ressent et la crise financière est le reflet du ralentissement des activités industrielles et commerciales (par exemple  quelque 35.000 licenciements dans les grands établissements bancaires américains après ceux de l’industrie automobile).

- Ces débuts d’anémie de la superpuissance américaine incitent la Chine et l’Inde à chercher ailleurs des investissements profitables. Si la Chine s’est constituée de fortes réserves de change en dollars elle n’en exporte pas moins des produits à faible coût ce qui contribue ainsi à la contraction du marché américain et, par conséquent à la baisse du dollar, donc à l’amenuisement de ces réserves.

- Jusqu’à maintenant les Etats-Unis avaient réussi à vivre sur les crédits des investisseurs étrangers attirés par l’activité industrielle et
commerciale de la superpuissance et en espérant d’en tirer de solides profits. Mais la transformation de l’économie mondiale qui vient d’être évoquée invite à  chercher aussi ailleurs d’autres engagements rémunérateurs. Pour retenir les fonds étrangers, Washington peut augmenter les taux d’intérêt. Mais en ralentissant encore les activités domestiques. Les experts en conviennent, pour éviter la récession la Réserve fédérale devrait, au contraire, baisser le taux d’intérêt… et ainsi décourager un peu plus les investisseurs étrangers.

Le caractère cyclique des systèmes économiques incite les gouvernements à prendre avec philosophie le ralentissement de la conjoncture, sachant que la manipulation des taux d’intérêts doit permettre de revenir à la stabilité. Mais, après avoir exercé mondialement leur rayonnement économique, les Etats-Unis, à leur tour, ont à compter avec de puissantes forces extérieures.
L’avènement des singulières économies des peuples milliardaires en vies humaines (les MVH) pourrait mettre un terme au système inauguré à « Bretton Woods » et complété par la décision de 1971 sur la non convertibilité du dollar. Les Etats-Unis, le dollar n’inspirant plus confiance, ne pourraient plus attirer l’épargne mondiale et, grâce à elle, vivre fastueusement à crédit.

L’évolution de la situation économique des Etats-Unis et, plus généralement du monde, ne laissera pas d’être ressentie plus profondément en Europe et, pour ce qui nous concerne ici au premier chef, en France.

La dé-insdustrialisation du pays, le renoncement aux efforts d’innovation, de production et de commercialisation, l’ambiguïté des deux drapeaux, le national et l’européen, des institutions malheureuses, le poids des siècles enfin, se conjuguent pour appauvrir la France où se développe maintenant la précarité.

A une lente dégradation des niveaux de vie, pour la majorité de la population, s’oppose la quête générale du « mieux vivre ». Cette contradiction crée un malaise sociopolitique endémique dont les générations du proche futur auront du mal à s’accoutumer. Puis la résignation à la médiocrité l’emportera.

Général Pierre-Marie Gallois
Novembre 2007

(1) Selon le FMI, le dollar s’impose dans 65 % des échanges mondiaux, l’euro n’y figurant que pour 26 %, la livre sterling, autrefois dominante, pour 4,5 %.
(2) Général Guillermaz
(3) Capital. Les vrais revenus des patrons. Pp. 110.126
(4) Editeur : J.C. Godefroy. Paris. Novembre 2007
5) Selon l’organisme conservateur Héritage Fondation, la dette des Etats-Unis serait de l’ordre de
48.000 milliards de dollars (cité par P. Leconte), la masse monétaire M3 passant de 20 milliards en 1913 à 12.000 milliards en 2007.
(6) Et le coût des guerres pour le pétrole, bien entendu, ne contribue pas à la réduction de cette dette.
7) Discours et Messages. 1962 – 1965. Plon..Paris 1970 pp. 331.333

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