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Du « Consentement fatal »… Du poison « Monnet »…Suite…

Toujours une grande leçon d’histoire pour comprendre les dérives de nos temps difficiles. Quand la France, icône de l’Etat-nation, tourne le dos à ses racines et à son histoire… Notre « Maître d’Ecole », le général Pierre Marie Gallois débusque tous les pièges. Dans l’ombre d’une certaine « Europe », le spectre du Saint-Empire, germanique comme il se doit… Et de ses « alliés »…

Portemont, le 8 avril 2010

Nous n'allons pas récrire l'histoire, mais il est bon de se la remémorer. Après la IIIe République, il y a eu la Seconde Guerre mondiale, puis la décolonisation, puis la multiplication des États-nations, multiplication qui a encore été amplifiée par la dislocation de l'URSS et l'émergence de nouveaux États-nations. Si bien qu'il y en a maintenant à peu près trois fois plus qu'en 1940. Donc l'idée d'État-nation, née en Europe et particulièrement en France, s'est répandue dans le monde entier et a été tenue, jusqu'à nos jours, pour une étape normale de l'évolution des sociétés et comme étant celle qui semble correspondre le mieux à l'attente des êtres humains. Ors depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale cette notion a été progressivement remise en question, par Jean Monnet, par les fédéralistes, par les mondialistes et les universalistes. Comment en est-on arrivé là?

Il faut remonter aux causes. Je ne suis pas sûr qu'il faille opposer, comme vous le faites, le rêve d'une gouvernance mondiale et celui d'une souveraineté restreinte. Il n'y a pas opposition, mais superposition. La raison principale de ces changements provient de la guerre et de la révélation de la puissance des empires. Les États-nations européens se sont entre-tués, ils ont été mis à la raison, si je puis dire, par l'intervention des deux grandes puissances qui, comme des grands-parents venant sermonner leurs petits incapables de se conduire correctement lorsqu'ils sont livrés à eux-mêmes, leur ont imposé leur paix et leur loi. La révélation de la toute-puissance américaine ou soviétique a amené un certain nombre d'hommes politiques et de penseurs (particulièrement, en France, Jean Monnet) à estimer que l'étape de la nation était une étape qu'il fallait dépasser. L'Europe deviendrait alors un État qui rassemblerait une population à peu près analogue et même supérieure à celle des grands ensembles comme les États-Unis d'un côté et l'Union soviétique de l'autre. Dans l'esprit des premiers « monnétistes », elle deviendrait ainsi la première des puissances mondiales dotée de deux avantages: le premier serait d'interdire les luttes intérieures puisque l'unification politique serait accomplie et le second, selon sa vocation, de continuer à donner des leçons au monde. Je reviens sur Monnet, car son influence est déterminante pour comprendre notre situation. Les fédéralistes d'aujourd'hui tiennent le même raisonnement que lui. Ils veulent fusionner les droits des différentes nations qui se sont comme figées ou fossilisées au cours de deux siècles de règne de 1'État-nation, que ce soit en Grèce ou en Norvège ou en Irlande, en prenant ce qui est bien, ou ce qu'ils croient être bien, dans chaque tradition, et fondre le tout dans un droit commun. Dans cette voie, vous avez publié dans cette même collection un livre de Mireille Delmas-Marty,  « Vers un droit commun de l'humanité ». Et depuis la fin de la guerre, les institutions supranationales ont proliféré: par exemple, la Banque mondiale, le FMI, l'OMC (l'Organisation mondiale du commerce), l'Organisation mondiale de la santé (l'OMS) et naturellement, les Nations unies (l'Onu).

L’OMS… et le virus  A/H1N1

À tous ces organismes, les Etats souverains ont déjà abandonné des petites parcelles de souveraineté. Durant la guerre froide, l'opposition entre les deux grands, l'URSS tenant d'une économie planifiée et les États-Unis tenant d'une économie de marché, les a entraînés vers un abandon de souveraineté majeur en matière de défense militaire et en matière de politique d'armement, donc d'industrie d'armement. Par conséquent, petit à petit, influencés par l'extérieur, nous avons cheminé vers une sorte de globalisation qui au fil du temps s'accroît et nous enlève des parcelles de souveraineté de plus en plus grandes.

Vous avez parlé de Renan. Mais Staline aussi était un grand penseur de la nation. Je sais que vous l'avez lu et je ne peux pas ne pas vous interroger à son sujet. . .

(Rires). On ne lit plus beaucoup le petit père des peuples. Mais on a tort. Pour Staline, la nation est une communauté formée, à l'origine, de plusieurs ethnies, de plusieurs cultures, de plusieurs langues qui fusionnent en abandonnant des histoires particulières pour se fondre dans une histoire unique.
Pour lui, cette formation-là engendre la stabilité.
Sans elle, ces peuples auraient connu une vie instable au fil des siècles. En revanche, les empires sont instables car ils rassemblent des peuples sous le joug d'une autorité conquérante.

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On retrouve donc chez lui, d'une part, dans le cas de l'État-nation, l'idée d'une volonté de rassemblement, et de l'autre, dans le cas de l'empire, l'idée d'une soumission. Il ajoute que, pour former une nation, il faut aussi une langue commune. Mais comme cette langue peut être commune à plusieurs nations, par exemple l'anglais pour l'Angleterre, l'Irlande, la Nouvelle-Zélande, cela ne suffit pas encore. Il faut, troisième idée, que cette nation soit constituée par un même territoire bordé par des frontières physiquement identifiables et perceptibles: une chaîne de montagnes, une mer, ou même les rives d'un fleuve.

Enfin, parce qu'il est marxiste naturellement, il y ajoute une dimension économique: les individus ainsi rassemblés doivent avoir un intérêt économique à vivre ensemble. Cette notion n'apparaît pas du tout chez Renan, le romantique, qui fait silence sur l'économie. De surcroît, Staline ajoute qu'à long terme cette vie en commun finit par dégager quelque chose de plus subtil qu'il appelle le sort: le sort des individus et leur sentiment intime, profond, d'appartenir à une nation. Car, dit-il, si la nation disparaît, le sentiment national peut être vivace ailleurs. Il ne parle pas d'Israël et pour cause, mais cette idée peut renvoyer à la formation de l'État d'Israël. Les Juifs ont vécu pendant des siècles sur des terres différentes, pratiquant des langues différentes, ayant des intérêts économiques personnels différents. Et c'est sous l'impulsion de la menace extérieure, en particulier la Shoah, qu'ils ont commencé à se rassembler et à retrouver l'idée de Staline: celle d'une stabilité sur une terre qui leur appartiendrait, où ils pratiqueraient librement leur foi et où ils partageraient entre eux des liens économiques et de développement. Cette idée de menace s'ajoute aux conditions de la souveraineté nationale, car pour que cette souveraineté nationale entre dans les fibres des individus qui composent cette nation, outre toutes les caractéristiques définies précédemment - territoire, langue, communauté d'histoire -, il y a l'idée d'une défense contre une menace extérieure commune.

J'ajoute que le développement de l'idée de nation, et cela Staline le souligne parfaitement' n'est pas sans rapport avec le capitalisme montant et la liquidation du féodalisme. L'idée de nation a succédé au féodalisme d'une manière extrêmement efficace, ce qui pourrait nous amener à chanter, si on le voulait, la gloire de l'État-nation. La longue prééminence de l'Europe dans le monde tient, pour une large part, à ses institutions qui ont été un exemple et ont permis la réalisation de trois é1éments importants du monde moderne: d'abord le rejet de l'idée féodale, non seulement en Europe, mais ailleurs dans le monde. Ensuite, l'idée de nation, en permettant le rassemblement des ressources d'une population, permettait d'entreprendre des grands travaux d'intérêt commun que le morcellement interdisait. Même les rivalités et les guerres entre les différents États-nations ont été des stimulants scientifiques, techniques, commerciaux et autres, tout en permettant le rapprochement des individus d'un même État. Malgré ces rivalités, les États-nations ont su établir des équilibres temporaires et conclure des alliances en répandant à l'extérieur les concepts démocratiques sur lesquels étaient fondés ces États-nations à la suite de la Déclaration des droits de l'homme de 1789. Tout le monde reconnaît que l'Etat-nation, entre le moment où il est né et le moment où l'on commence à le remettre en question, s'est particulièrement distingué et que son apport au monde entier a été particulièrement important. Il est intéressant de comparer cette notion de fractionnement avec le non-fractionnement d'un grand ensemble comme la Chine. Au XVe siècle, le niveau de vie des Chinois était à peu près comparable à celui des Européens. Mais, à la différence de l'Europe que le cloisonnement physique a poussée à la création d'États-nations, c'est-à-dire d'entités à la mesure des défis de l'époque et des rivalités stimulatrices et compétitrices, la Chine s'est contentée d'être elle-même.

“CHINAE, OLIM SINARUM REGIONIS, NOVA DESCRIPTIO (1584),1602”
La première carte de la Chine dessinée par un occidental, le portugais Luis de Barbuda.
Elle fut premièrement publiée dans le Theatrum Orbis Terrarum d'Ortelius en 1584, considéré comme le premier Atlas du monde.


Source: http://www.chine-informations.com/guide/premiere-carte-de-chine-dessinee-par-un-occidental_1703.html#ixzz0jrPlsseK

Pendant des siècles, elle n'a pas redouté une menace extérieure. Elle était tellement sûre d'elle-même, elle a tellement été l'Empire du Milieu, c'est-à-dire celui de l'autosuffisance, qu'elle n'a pas cru nécessaire de faire les efforts que les différents États européens, fragmentés et opposés les uns aux autres, ont réalisés, devenant ainsi un moteur de progrès.

Oui mais, au-delà de ces louanges, l'idée d'un dépassement des États-nations est bien venue d'un excès des nationalismes. Monnet n'avait pas faux sur toute la ligne?

Il n'avait pas tout faux, mais il mésestimait, outre l'atome dont nous avons parlé, le poids du passé.
La réponse à votre question tient dans l'évolution de la pensée germanique. En effet, revenons au début du XIXe siècle où l'Allemagne comporte 350 principautés.

Vidrecome à l’aigle à deux têtes et aux armes des principautés allemandes.

Elle avait été disloquée par le traité de Westphalie qui est à l'origine des États-nations, en 1648.Il y a eu un éveil du peuple allemand avec la Prusse de Frédéric. Mais au début du XXe siècle, la majorité du peuple allemand peut constater qu'au-delà de l'Atlantique une poignée d'immigrants a constitué un État, que cet État s'est libéré, en 1776, de la tutelle anglaise et est devenu indépendant, qu'il s'est donné des institutions – la Constitution est de 1787 - et qu'en 1805 déjà sa flotte de guerre est en Méditerranée pour faire la guerre aux « Barbaresques » qui veulent prélever un tribut sur les bateaux américains qui font du commerce en Méditerranée.

“Burning of the Frigate Philadelphia in the Harbor of Tripoli, February 16, 1804”


En 1786, Thomas Jefferson, alors ambassadeur des États-Unis en France, s’est rendu à Londres avec John Adams, ambassadeur américain à Londres, pour rencontrer Abd Al-Rahman, ambassadeur de Tripoli. Quand ils ont demandé de quel droit les États barbaresques s’attaquaient aux navires américains en Méditerranée en l'absence de toute provocation, pillant les biens et asservissant tant les équipages que les passagers, les deux envoyés américains se sont fait répondre ce qui suit par Al-Rahman : «c’est écrit dans le Coran que toutes les nations qui ne reconnaissent pas Mahomet sont des pécheurs; que les musulmans ont le droit et le devoir de faire la guerre (djihad) à tous ceux qu’ils trouvent sur leur chemin, de piller leurs biens et de réduire leurs prisonniers en esclavage; et que tout musulman tué au combat est assuré d’aller au Paradis ».

http://www.pointdebasculecanada.ca/article/720-us-navy-creee-en-1794-pour-lutter-contre-la-piraterie-islamique.php

En 1801, les États-Unis menèrent une autre guerre non déclarée, cette fois-ci avec la ville-État de Tripoli. Quand le président Thomas Jefferson cessa de payer le tribut aux États Barbaresques, la Première Guerre Barbaresque éclata. Après la capture de l'USS Philadelphia en 1803, le lieutenant Stephen Decatur mena un raid pour brûler le navire dérobé, ce qui empêcha Tripoli de l'utiliser ou de le vendre. En 1805, après que William Eaton s'empara de la ville de Derna, Tripoli accepta un traité de paix. Les autres États Barbaresques continuèrent les raids contre les navires américains jusqu’à ce que la Deuxième Guerre Barbaresque en 1815 mit fin à cette pratique.

http://wapedia.mobi/fr/Histoire_militaire_des_%C3%89tats-Unis

Imaginez que vous êtes allemand à l'époque. Vous vivez dans un pays comportant 350 petits potentats avec des petites cours aussi ridicules les unes que les autres et qui est littéralement sorti de l'histoire du monde après avoir été le siège du Saint Empire romain germanique, et vous voyez ce que les Américains ont fait.

Cela vous paraît prodigieux. Jusque là, l'Allemagne se contentait de triompher par la culture, critiquant d'ailleurs le siècle des Lumières et faisant naître, en opposition au classicisme des Français, les premiers germes du romantisme. À ce moment-là, des Allemands passent de la notion métaphysique, littéraire de la germanité à l'idée de constituer un peuple. Puisque les Américains l'ont fait... Vous avez alors un certain nombre de personnalités allemandes comme Heinrich von Bülow, et Frédéric List qui vont en Amérique et qui découvrent la démocratie en pratique, le fonctionnement d'institutions qu'ils ne connaissent pas, une certaine unité, un commerce, une armée, bref une autorité dans le monde qu'ils n'ont pas. Quand List revient en Allemagne, il n'a qu'une idée: développer le chemin de fer dont il a vu la naissance en Amérique. Et il milite pour l'Union douanière en pensant que par les échanges commerciaux on arriverait à surmonter les particularismes et à créer une nation. Et puis, les philosophes allemands commencent à discuter de l'idée de nation. Certains d'entre eux étudient les lois de la création des États, en expliquant que, au fond, l'État a une vie biologique, il fonctionne comme un être humain. La nation passe par une phase de jeunesse, d'adolescence, de maturité et meurt. L'Allemagne sera donc un jeune État, qui commence à naître ou à renaître, alors qu'autour il n'y a que des vieux États qui vont mourir, comme la France, comme l'Angleterre.
Ainsi commence à naître, en Allemagne, l'idée d'une nation neuve qui se substituerait, en Europe, aux nations du passé.

C'est pour vous l'origine du nationalisme européen?

C'est le nationalisme européen. Ce nationalisme a été aussitôt impérial parce qu'il ne rassemblait pas  des peuples prêts à se fondre en Etats-nations, mais des principautés, des évêchés, des villes libres... En plus, l'Allemagne ne possédant pas de frontières naturelles,  il n'y avait aucune limite à son extension.

Friedrich Ratzel

En Allemagne, à partir de 1880, ce sera principalement Ratzel (1844-1904) qui va incarner les débuts de l'Ecole allemande de géographie à partir d'une approche "environnementaliste" et "déterministe" (Darwinisme). Les développements autour du paysage, du sol, du peuple, de la société, de la politique et divers concepts par la suite récupérés par l'idéologie nazie, tel le "Lebensraum" (l'espace vital) vont considérablement affecter la géographie allemande et la géographie politique pour de longues décennies. Précurseurs dans l'approche de la "géographie politique", les travaux de Ratzel sont détournés et "remodelés" par un autre géographe allemand, militaire qui plus est, Karl Hausshoffer, pour le bénéfice de l'idéologie nazie dès les lendemains de la première guerre mondiale. Ratzel apporte une véritable "école de l'espace" à une période où la question du sol s'imbrique avec celle de l'Etat et devient l'expression du pouvoir social et politique (Politische geographie, 1897).

http://www.geographie-sociale.org/epistemo-geographie-sociale.htm

L'école géographique allemande est l'une des meilleures du monde parce que l'Allemagne est un pays de géographes pour cette raison même que moins vous savez où est votre frontière, plus vous cherchez à la trouver dans la géographie: est-ce la ligne Oder-Neisse ou est-ce plus loin à l'est ? Est-ce le  Rhin ? Mais le Rhin est un fleuve, et un fleuve n'est pas une limite, au contraire, il est le centre d'un bassin où les deux rives sont complémentaires, par conséquent l'Alsace et la Lorraine nous reviennent, etc.

Le Rhin à Biesheim (Haut-Rhin 68)

Cette notion a été matérialisée par Guillaume II et la Première guerre  mondiale. Puis, le traité de Versailles a exacerbé le  sentiment allemand, et surtout a détruit l'équilibre germanique en anéantissant l'Autriche-Hongrie. Nous n'avons pas compris alors qu'il y avait de  bons Germains qui étaient ceux du Sud et de dangereux Germains qui étaient ceux du Nord, c'est-à-dire la Prusse. Si bien que nous avons facilité la renaissance de l'idée d'empire qui est à l'origine de la Seconde Guerre mondiale.  Aujourd'hui, l'Allemagne semble avoir compris que son destin passait par la voie politique et diplomatique. Et comme le dit si Helmut Kohl, son destin, c'est l'Europe. Son destin est encore de conquérir les peuples voisins
pour les rassembler peu à peu sous l'autorité bienveillante de l'Allemagne, parce que le peuple allemand - ils ne disent plus outre-Rhin qu'il est supérieur de race - a des vertus particulières, d'organisation, de travail, de sérieux que l'on ne retrouve pas ailleurs en Europe. D'où l'idée d'utiliser le mythe européen tel qu'il a été mis en avant par Jean Monnet qui, le premier, après Robert Schuman, avait envisagé une entente franco-allemande au sein d'une Europe politique. L'Allemagne utilise cette idée pour détruire ou tout au moins affaiblir les États-nations, car l'obstacle à la construction d'une Europe politique, ce sont évidemment les États-nations et leur souveraineté. D'où les atteintes à la souveraineté.

Alors quelles sont précisément ces atteintes à la souveraineté nationale ?

Il y a eu deux phases. La première se situe tout de suite après la Seconde Guerre mondiale. L'Europe des États-nations ayant été l'Europe des conflits, les deux empires y ayant mis un terme, il est apparu, aux yeux de certaines personnalités, et de pas mal d'individus de par le monde, d'ailleurs, que chaque État européen ne serait plus à l'avenir à la mesure des épreuves d'un monde dans lequel se trouvent de pareils géants, à savoir la Russie et les États-Unis. Par conséquent, il était nécessaire de dépasser l'étape des États-nations pour revenir à une assimilation entre une réalité géographique et une réalisation politique.

La deuxième étape a été celle qui a suivi la dislocation de I'URSS?

A partir de ce moment-là, les Etats-Unis, unique superpuissance, se sont retrouvés en mesure d'imposer aux pays européens, qui n'avaient plus la cohésion que leur imposait la menace soviétique, leur propre conception, aussi bien dans le domaine économique et social qu'au niveau des structures fédérales et au niveau diplomatique. Leur but est de faire de l'Europe un dominion qui participerait à leurs grands desseins mondiaux. D'où le maintien de l'Otan et les abandons de souveraineté en matière militaire.
Autre moment de cette seconde période: la production et l'échange économique ont pris une telle dimension, compte tenu du progrès technique, qu'ils ont tendance à effacer les frontières et à excéder les facultés de contrôle que ces États exerçaient jadis sur les grands flux monétaires.
Autre élément encore: l'élévation générale du niveau de vie en Europe a condamné les industries de main-d'œuvre qui nécessitaient les interventions de l'État dans leur processus de capitalisation.
Par exemple, le textile, le charbon, la marine marchande, l'électronique ménagère, la petite agriculture... toutes ces industries de main-d'œuvre disparaissent au profit d'industries plus limitées, plus rassemblées, plus intellectuelles et plus évoluées qui nécessitent moins l'intervention du capital de l'État. Les grandes entreprises nationales disparaissant progressivement, l'intervention de l'État-nation ne paraît plus indispensable, étant donné l'importance économique prise par les services d'une part et par les petites entreprises de haute technicité d'autre part. Quant aux grandes entreprises, elles sont transnationales.

Est-ce que la troisième voie prônée par de Gaulle aurait pu sauver l'Europe, ou bien n'était-elle qu'une rhétorique intellectuelle ?

C'était une rhétorique intellectuelle car il eût fallu, encore une fois, cette stabilité dont nous parlions tout à l'heure. Or cette stabilité n'a duré que dix ans. Elle tenait à la conjonction d'un certain nombre d'événements, dont la Seconde Guerre mondiale.

Le prétexte général qui est pris pour l'anéantissement de l'idée d'État-nation est donc bien la globalisation du monde?

Oui, c'est la « marchandisation » du monde. En considérant l'accroissement de la population mondiale et l'accroissement des produits nationaux bruts des États, les économistes constatent que la production mondiale qui fait l'objet d'échanges, donc qui fait la globalisation de l'économie, est à peu près la même qu'au début du siècle précédent. Proportionnellement, il n'y a pas grande différence. La globalisation n'est pas un phénomène totalement nouveau, mais elle est la mise au jour d'un phénomène qui s'est amplifié en fonction de l'augmentation de la population et de l'augmentation des moyens de production, cette amplification restant proportionnelle à l'augmentation de ces deux facteurs.
Quant aux flux migratoires souvent invoqués, il ne faut pas oublier qu'au cours du XIXe siècle, 60 millions d'Européens ont quitté l'Europe pour aller peupler les Amériques et que le déclin européen actuel résulte pour une part de cette attirance. Nous avons construit l'Amérique, mais nous l'avons construite, nous Européens, à nos dépens. Évidemment, ce qui a augmenté, c'est la rapidité de nos échanges, tandis que leur prix diminue. Le coût d'une communication téléphonique à travers l'Atlantique se comptait en dizaines de dollars à la minute il y a cent ans, aujourd'hui elle se compte en dizaines de francs, et demain, en euro, il reviendra encore moins cher. En 1990, moins d'une dizaine de milliers de personnes utilisaient Internet dans le monde. Les internautes sont aujourd'hui 40 millions.
Cela ne constitue pas un enrichissement productif. On met Internet en avant comme un élément de globalisation, mais cela reste à tempérer, car cela ne change pas, au fond, la fortune des États.
Enfin il faut aussi remarquer que le début de l'intégration économique mondiale, avec l'abaissement des tarifs douaniers et leur suppression progressive, est relativement récent. Il s'est fait au cours des années soixante. L'abaissement des barrières douanières est notable, mais il n'est pas total encore.

Mais il y a aussi les organisations internationales?

L'Onu vient de montrer ses insuffisances. Ces institutions ne sont pas totalement internationales, mais elles sont finalement des instruments de pouvoir de la superpuissance américaine. Ce n'est donc pas une globalisation qui est en jeu mais simplement un accroissement de la suprématie de la superpuissance qui manœuvre le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l'Onu, l'OMC...Il faut donc relativiser la notion de globalisation. Elle sert un peu trop de faire-valoir.

Je faisais également allusion aux ONG.

Elles pullulent de nos jours. Elles répondent au besoin bien louable de certains d'aider leur prochain, d'accomplir les missions que les États ne peuvent remplir. Elles sont transfrontières et à la fois prolongent la politique des États et s'en prennent à leur souveraineté. Elles sont désintéressées mais aussi, discrètement, parfois les auxiliaires des volontés gouvernementales. Du meilleur au discutable.

La souveraineté a évolué en passant de l'empereur au roi et ensuite, dans certains pays, à une oligarchie, pour en arriver au peuple. Alors qu'en est-il aujourd'hui de la souveraineté du peuple? Est-elle une souveraineté réelle ou le peuple est-il une fiction, un paravent?

La puissance financière des grands groupes industriels actuels, contrôlant les médias et influant par conséquent les décisions des peuples, ne sont-ils pas la preuve que le peuple n'est pas si souverain que l'on veut bien le laisser penser ? Et que, par conséquent, les conquêtes de 1789 sont à considérer avec prudence ? Le retour à la puissance des plus forts, traditionnel dans l'histoire du monde, se manifeste aujourd'hui de cette manière: par la puissance financière des grands groupes industriels qui ont remplacé la puissance du dynaste de jadis, la puissance du roi constitutionnel ou même la puissance d'une république autoritaire.

Parallèlement à ce nouveau pouvoir financier il existe depuis peu une société civile active capable de coordonner ses efforts sur des questions de choix de développement économique, comme on l'a vu à Seattle et à Porto Alegre. Ne peut-on pas, à partir de là, imaginer le développement d'une politique citoyenne internationale qui ne soit pas uniquement insérée dans un cadre national, même si elle part de lui?

Paradoxalement, et c'est un paradoxe déplaisant, je vous l'accorde, la suppression des menaces extérieures, c'est-à-dire la disparition de I'URSS et la disparition d'une opposition entre deux sociétés antagonistes, a attenté la force du politique avec un grand P en laissant la place à l'Économique avec un grand E. Or, l'économie ne peut fonctionner que transnationalement. La politique peut être nationale en donnant aux citoyens d'un même État-nation la sécurité devant la menace. Seul l'État peut le faire.
Mais inversement, le commerce international indispensable au développement des marchés intérieurs (ceux-ci étant devenus tous trop petits, compte tenu des capacités de production d'aujourd'hui) échappe peu à peu à l'État. Automatiquement le flux de marchandises s'étend à l'extérieur, d'où la création de groupes industriels et commerciaux qui transcendent les frontières et escamotent le pouvoir politique de l'État. D'où aussi la part éminente que prend l'économie sur le politique. Et comme la tendance de cette économie si puissante est de se donner les moyens de son expansion en pesant sur les gouvernements de manière à les obliger à leur ouvrir des marchés, ces derniers sont devenus envahissants. En contrôlant, par exemple, tous les médias, ils peuvent influencer les gouvernements de façon qu'ils agissent non pas conformément à une idée politique mais conformément aux intérêts des industriels et des commerçants. Nous en avons tous les jours la preuve.

Samuel Huntington

Ainsi s'est imposée l'idée que Huntington a avancée en 1993 dans le « Foreign Affair », à savoir qu'au fond l'étape de l'État-nation était dépassée et qu'on allait en revenir à l'étape des grands ensembles de civilisation qui correspondaient au rassemblement de diverses cultures - la civilisation européenne, la civilisation américaine, la civilisation asiatique - formant des ensembles politiques.

Il y a peu d'obstacles à l'idée, d'ailleurs répandue, de transformer une partie ou la totalité du continent européen en un État politique de structure probablement fédérale. Mais la difficulté, c'est le poids de l'histoire. L'image américaine fascine les Européens. Or nous savons tous que les États-Unis ne se sont pas constitués comme se construit aujourd'hui l'Europe. Ils se sont constitués sur un territoire à moitié vide dont ils ont volontairement ignoré l'histoire en éliminant ceux qui y habitaient.

Cette œuvre peinte vers 1872 par John Gast intitulée « American Progress » est une représentation allégorique de la « Destinée manifeste ».
Dans cette scène, une femme angélique (parfois identifiée comme Columbia, la personnification des  États-Unis au XIXe siècle, porte la lumière de la « civilisation » à l'Ouest avec les colons américains, câblant le télégraphe dans son sillon. Les Amérindiens et les animaux sauvages fuient vers les ténèbres de l'Ouest sauvage.
Le terme de Manifest Destiny (en français « destin manifeste », ou « destinée manifeste » renvoie à une idéologie défendue par les démocrates-républicains aux États-Unis dans les années 1840, plus particulièrement par les faucons sous la présidence de James Madison. Selon cette idéologie, la nation américaine avait pour mission divine de répandre la démocratie et la civilisation vers l'Ouest.

On peut donc dire qu'ils se sont constitués sur une terre sans histoire.
Nous, nous avons vingt-cinq siècles d'histoire enregistrée. Par conséquent, nous avons pris des habitudes historiques qu'il nous est difficile d'abandonner.
Les tenants de l'idée fédérale laissent entendre qu'un État peut se constituer en fédération tout en restant un État souverain. Mais c'est une contradiction profonde.
La question est alors celle-ci: soit nous construisons une Europe fédérale, soit chaque État conserve sa souveraineté. Dans le premier cas, l'Europe est dotée d'un gouvernement, d'un Parlement, d'une culture, et alors nous sommes capables de rivaliser avec des États similaires. Ainsi, nous comprimons le temps, nous comprimons vingt-cinq siècles d'histoire en une cinquantaine d'années pour rejoindre des peuples comme celui des États-Unis constitué depuis deux siècles, des peuples comme le peuple russe constitué depuis quatre siècles ou comme le peuple chinois constitué depuis trente siècles. Nous les rejoignons, et en les rejoignant nous sommes capables de rivaliser avec eux, ce serait là l'objectif de l'Europe.
Si nous n'accomplissons pas cet effort, chaque État gardera une large part de souveraineté. Alors, nous ne serons plus capables de tous les actes que permet la pleine souveraineté car nous en aurons délégué une partie à un État qui n'existe pas. Cet État qui n'existe pas étant l'ensemble des pays européens, l'Europe tout entière ne pourra rivaliser ni avec les États-Unis, ni avec la Chine, ni avec 'Inde, ni avec n'importe quel Etat constitué depuis longtemps.
Autrement dit, la seule question est celle-ci: peut-on comprimer le temps et faire en cinquante ans ce qui a été accompli en plusieurs siècles ailleurs ?
Personnellement, je ne le crois pas.

À ce niveau-là de votre raisonnement, on est dans l'ordre du pari.
Soit nous fonçons dans l'Europe fédérale avec un seul gouvernement, soit nous continuons à renforcer l'État souverain ?

Obtenir la puissance ou, si vous voulez, l'effet de taille de l'État américain ou de l'État chinois tout en conservant des parts de souveraineté n'est pas possible. C'est un peu comme si, aux États-Unis, l'État d'Oregon ou de l'Alabama avaient une certaine autonomie de puissance et absorbaient une part des ressources que l'État américain utilise actuellement pour être une grande puissance.
Inversement, si vous acceptez l'Europe fédérale, alors chacun des États européens doit accepter d'avoir les attributions d'un État américain. La France prendrait le rôle de la Louisiane, l’Allemagne du Texas ou de n'importe quel autre État, et donc, chaque État se contenterait de fonctions purement administratives et locales, les présidents devenant des gouverneurs de province. À ce moment-là, l'Europe peut rivaliser avec les États-Unis. Mais vous avez « comprimé » l'histoire.

Mais, que faire?

Nous ne pouvons rien faire, car la machine est d'ores et déjà engagée dans un processus d'inertie. Pendant cinquante ans les louanges de l'idée européenne ont été chantées auprès des populations. Celles-ci ont besoin d'un idéal. Elles croient du fond de leur cœur que l'Europe leur apportera bien des avantages et que l'imitation du modèle américain leur sera bénéfique.
Mais elles ne se rendent pas compte de ses exigences : à savoir un darwinisme en pratique. Que le plus fort l'emporte ! En y adhérant, cette même population tire un trait sur deux siècles de combats sociaux, mais pour le moment elle ne fait pas le rapprochement entre cette obligation d'en venir à un système moralement sévère et la création d'une Europe capable de rivaliser avec les grands ensembles extérieurs. Car il y a le problème social. Comment voulez-vous rivaliser demain avec l'Amérique et son système quelque peu inégalitaire ? Aux États-Unis, certains chefs d'entreprise ont un revenu 400 fois supérieur à celui de leurs employés.

Lire : Diaporama des dix patrons américains les mieux payés en 2008…

http://www.latribune.fr/diaporamas/actu-en-images/entreprises/les-dix-patrons-americains-les-mieux-payes-en-2008.html

Nous sommes sur ce chemin. Il n'est pas sûr que, après deux siècles de recherche de l'égalitarisme dans lequel nous nous sommes investis, nous soyons capables de l'accepter.

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L'Europe a-t-elle déjà connu ce genre de situation?

Non, pas à ce point, car les moyens d'information n'étaient pas les mêmes. Les moyens d'information actuels mettent les gens en condition de globalisation, alors qu'avant leur entendement était plus spécifique, personnel. Il n'y avait pas cette mise en condition générale réalisée par le pouvoir des médias et qui est tout à fait déterminante aujourd'hui. Qu'ils le veuillent ou non, les médias sont indirectement placés au service des intérêts économiques plus que politiques ou sociaux. Ce sont des intérêts économiques qu'ils font accepter à l'opinion publique, par des procédés variés, dont le ludisme semble, en France, le plus répandu. Le ludisme, c'est le football, le tennis, en général la compétition sportive, qui mobilisent les masses en les distrayant.

Voici le classement des 20 sportifs français les mieux payés pour l’année 2009 :
(salaire annuel en euros, cliquez sur les liens pour découvrir le profil des joueurs))
1. Thierry Henry: 18,8 millions d’euros
2. Tony Parker (Basket NBA): 11,1 millions
3. Karim Benzema : 8,8 millions
4. Sebastien Loeb (rallye): 8,5 millions
5. Franck Ribéry: 8 millions
6. Boris Diaw (basket) 7,4 millions
7. Patrick Viera: 7,2 millions
8. Nicolas Anelka: 7 millions
9. William Gallas : 6,8 millions
10. Eric Abidal : 6,4 millions

La suite…

http://www.pubfoot.com/blog/2010/03/finance-salaire-les-sportifs-francais-les-mieux-payes/

C'est un élément significatif de l'évolution actuelle où le souci social et politique est escamoté au profit du plaisir et du jeu. Dans l'ensemble, la France est heureuse.
Elle a un taux de chômage encore élevé, mais moindre maintenant; elle a surtout un système d'assistance qu'aucun pays au monde n'a réussi à réaliser, qui la prive de ressources pour de grandes entreprises extérieures, mais qui revient à redistribuer des ressources nationales aux citoyens en leur assurant un minimum d'aisance et de stabilité. De ce côté-là, c'est un succès. Mais combien de temps cela peut-il durer ? Car pour le moment la France vit sur ses réserves, c'est-à-dire sur sa fortune et sur l'idée que ce système peut perdurer au sein des rigueurs de l'économie libérale. Déjà, les premiers mouvements de révolte d'une population qui souhaiterait pouvoir continuer comme avant apparaissent en même temps que les premiers signes d'un changement avec la contraction du service public, la vente des entreprises publiques qui vont subir les lois du marché. Or les lois du marché, c'est la concurrence, c'est le combat, et l'on retombe dans le darwinisme dont nous nous étions écartés à la suite de révoltes, de guerres, de révolutions et de souffrances indicibles !

Vous approuvez l'action de José Bové?

Il personnifie ce rejet encore confus de la superposition du libéralisme économique sur le système de la social-démocratie à l'européenne à laquelle, en général, la population est attachée.

Toute proportion gardée, le constat que faisait Chateaubriand d'un monde irréversible qui était pour lui celui de la Révolution française, à laquelle pourtant il n'adhérait pas, ressemble à celui que vous faites à propos de notre époque, à laquelle vous n'adhérez pas du tout, en disant qu'on ne peut s'y soustraire.

Ces contradictions, généralement, se terminent par des mouvements populaires. C'est la cause de l'effondrement de I'URSS. Elle a tenu tant que la police maintenait sa pression et sa violence, mais lorsque Gorbatchev a voulu aménager le système et le rendre plus compatible avec le système occidental, tout l'édifice s'est écroulé. Il a retiré une carte et tout le château de cartes s'est effondré parce qu'il ne tenait qu'à la condition que dure quasi intégralement le système stalinien. Nous vivons ici la même chose.
Notre système est menacé par la superposition du libéralisme économique. Je crains qu'il n'y ait une rupture. En dépit de tout ce qui a été accompli socialement, les catégories socioprofessionnelles sont constamment en rébellion. Toutes réclament davantage de moyens' c'est un leitmotiv, alors que les ressources de l'Etat ne sont pas infinies et vont vers l'épuisement. Tout ce qui devrait remonter du peuple vers l'Etat pour que celui-ci puisse entreprendre de grandes choses à son niveau et au profit de la collectivité, cette forme de ressource est amenuisée par la redistribution directe aux citoyens. Mais il y a une limite. Les Français voudraient tous être fonctionnaires. Humainement, je les comprends. J'échangerais une quantité de travail qui prend sur mon temps contre ma liberté, je donnerais un peu de ma matière grise à la collectivité qui me garantirait un minium vital à vie. C'est un marché séduisant et moralement valable. Mais ce marché peut se révéler intenable parce que les ressources nationales ne sont pas inépuisables et que les exigences de la compétition imposées par le système libéral l'interdisent.

La question reste alors de savoir si nous aurions pu, sans pour autant vivre en autarcie, ne pas en venir là, c'est-à-dire ne pas s'engager dans cette aventure?

Oui et non. Oui, c'était possible, si l'on avait contesté l'idée de Jean Monnet selon laquelle il fallait construire l'Europe politique aux fins de préserver la paix. Car son erreur a été de ne pas reconnaître, même si le phénomène était récent, l'avènement de l'arme nucléaire qui, rendant les hostilités complètement absurdes, impose la paix.
Le phénomène nucléaire impose aux États de se regarder en chiens de faïence parce qu'ils ne peuvent pas se suicider et que tout usage de cette arme est un suicide. C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'un armement pourrait décider un suicide national mondial. C'est un phénomène tellement neuf qu'en 1955 il n'était pas compris et qu'il ne l'est toujours pas !
Il reste la question économique. Un État-nation de 60 millions d'habitants peur-il contrôler à son avantage les flux financiers, les mutations économiques gigantesques actuelles ? Ne lui faut-il pas, pour accompagner ce mouvement, passer à une étape supérieure ? Un certain nombre d'États réussissent à vivre dans ce monde en pleine évolution sans se fondre dans un grand ensemble. Peu à peu, la création de l'Europe politique redevient, sous le prétexte de l'économie, un objectif purement politique. À savoir, pour l'Allemagne, réaliser le rêve du Saint Empire qui a échoué par la guerre mais qui peut réussir par l'intermédiaire de l'économie et du mythe européen. Donc, la transposition de l'économique sur le politique ne serait, en fait, qu'un prétexte.

Précédents articles :

Le prix de nos abandons et de nos lâchetés...

Le 3 janvier 2010

Il fut un des  symboles de notre vieille nation, le coq...Il s'est mué en autruche. Mesurons-nous les conséquences de ces abandons, de ces lâchetés? Un homme, le général Pierre Marie Gallois, notre « Maître d'Ecole », est toujours là pour nous les rappeler! Des conséquences terribles... « Le Consentement fatal ». Un entretien « magistral », conduit avec pertinence et sensibilité par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001: au cœur de nos temps difficiles qui n'ont pas pris une ride!

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« A vouloir se faire, l'Europe se défait. »

Politique France - Le 25 février 2010

Avec notre « Maître d'Ecole » poursuivons la lecture du « Consentement fatal ».
Quelques « paramètres » ont-ils changés? Bien peu...

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Du « Consentement fatal »... suite…

Politique France - Le 4 avril 2010

Poursuite de l’entretien « magistral », conduit par Philippe Petit et Simon Kruk en 2001. Comme toujours notre « Maître d’Ecole » ne laisse rien dans l'ombre: de l'Europe, de l'Allemagne, des jeux américains, du Moyen-Orient, de la Russie... De la France qui paye et payera plus encore le prix de ses abandons... Le général Pierre Marie Gallois, dès 2001- pour ne pas dire plus avant encore…- prévoyait bien des désenchantements.

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